LOurs brun (Ursus arctos) est une espèce de mammifères de l'ordre des Carnivores et de la famille des Ursidés. Originaire d'Eurasie et d'Amérique du Nord, c'est un animal de grande taille et à la stature imposante, pouvant atteindre une masse corporelle de . Il présente un dimorphisme sexuel marqué, les mâles adultes étant plus grands et plus massifs que les femelles. L'Ours brun se caractérise notamment par de puissants muscles aux épaules formant une sorte de bosse unique parmi les Ursidés, ainsi que par des pattes larges et robustes pouvant mesurer jusqu’à de large et de long, adaptées notamment pour creuser efficacement le sol. Sa fourrure, d'un brun caractéristique d’où il tire son nom, varie du beige au brun roussâtre, jusqu'au brun très foncé presque noirâtre.

En français, comme dans de nombreuses langues d’Europe et au-delà, le terme « Ours » renvoie avant tout à cette espèce, au sens strict. L’Ours brun occupe en effet une vaste aire de répartition sur tout l’hémisphère Nord, avec un ensemble diversifié de sous-espèces : l’Ours brun d'Europe, l’Ours brun de Syrie au Moyen-Orient, l’Ours Isabelle dans l’Himalaya, l’Ours brun de l'Oussouri dans l’Extrême-Orient russe, ou encore en Amérique du Nord, le Grizzli ou l’Ours kodiak.

Omnivore opportuniste, l’Ours brun consomme une grande diversité d’espèces végétales et animales : s’il lui arrive de se nourrir d'invertébrés, de petits rongeurs ou de poisson, il peut chasser des proies plus imposantes telles que l’Élan ou le Bœuf musqué. 90 % de son alimentation est constituée de végétaux.

Animal généralement solitaire en dehors de la reproduction et de l’élevage des jeunes, l’Ours brun vit en moyenne à l’état sauvage. Les femelles mettent bas de un à trois oursons qui restent auprès d’elles entre un et quatre ans. Par rapport à sa taille impressionnante, l’espèce possède un cerveau exceptionnellement développé, lui conférant des capacités cognitives élevées, notamment l’usage d’outils.

Il a longtemps été redouté pour l’agressivité dont il peut faire preuve lorsqu’il se sent menacé ainsi que pour les dommages qu’il peut causer aux troupeaux de bétail. Pourtant, les attaques contre l’Homme, bien que fréquemment médiatisées, restent rares.

Présent autrefois dans la quasi-totalité de l’Europe, ainsi qu’en Afrique du Nord, l’Ours brun a été extirpé de nombreux espaces colonisés par l’Homme et même d’archipels entiers comme les îles Britanniques. Plusieurs populations locales ont disparu entre les et : l’Ours de l'Atlas en Afrique du Nord, ou encore l’Ours brun de Californie et le Grizzly mexicain en Amérique du Nord. Bien que son aire de répartition se soit fortement réduite, l’espèce reste classée en « préoccupation mineure » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), avec une population mondiale estimée à environ en 2017. Certaines populations méridionales d’Eurasie sont toutefois gravement menacées, comme l’Ours isabelle, en danger critique, ou l’Ours brun marsicain d’Italie centrale, dont la population avoisine seulement une cinquantaine d’individus.

Depuis des millénaires, l’Ours brun occupe une place centrale dans les cultures humaines : tantôt vénéré comme une figure primordiale, tantôt craint et pourchassé. Présent dans la littérature, l’art, le folklore et la mythologie, il est également détenu par l’Homme depuis l’Antiquité et parfois dressé pour des spectacles, jusqu’à devenir à l’époque contemporaine l’un des animaux les plus charismatiques du monde.

Dénominations Nom scientifique valide : Ursus arctos Linnaeus, 1758 selon ; Nom vulgaire (vulgarisation scientifique) typique en français : Ours brun ; Autre noms vulgaires : Ours (stricto sensu), Ours grizzly, Ours vulgaire ; Noms vernaculaires (langage courant) : Grizzli, Grizzly ;

Dénominations vulgaires et vernaculaires régionales : arzh gell (breton), bronge bier (luxembourgeois), bruunn beir (flamand), hartz arre (basque), martin, ôrs bron (arpitan), ors brun (occitan), os bru (catalan), ós bru (catalan)

Étymologie Le nom scientifique Ursus arctos, vient du latin , signifiant « ours », et du grec / , signifiant également « ours ». Taxonomie

Historique vignette|gauche|L’Ours brun des Alpes par Jacques de Sève dans l’Histoire naturelle de Buffon 1760. L’ours apparaît dans la taxonomie moderne dès la dixième édition du Systema Naturae de Linné dès 1758 sous le nom actuel d’Ursus arctos, se caractérisant des autres espèces du genre Ursus par sa queue courte (). Sa localité-type correspond aux () été restreinte par Thomas (1911a) au (), mais comprenait également l’Ours blanc () comme variété de l’espèce arctos.

Comme il est l’espèce-type du genre Ursus, ainsi que des taxons supérieurs, Ursinae, Ursidae etc… sa taxonomie subira peu de changements, cependant, de nombreux spécimens furent décrits, tantôt décrit comme des espèces, ou bien comme des variétés puis des sous-espèces. En Europe, l’on comptait plusieurs espèces d’Ours brun comme l’Ours des Asturies (Ursus pyrenaicus) dans les Pyrénées et la péninsule ibérique, ou encore l’Ours de Norvège (Ursus norvegicus) en Scandinavie, ainsi que des variétés régionales multiples comme l’Ours blanc terrestre (var. albus), l’Ours noir d’Europe (var. niger), ou encore l’Ours fourmilier (var. formicarius) etc… La taxonomie et la classification des sous-espèces de l'ours brun ont été qualifiées de « redoutables et déroutantes », peu d'autorités s'accordant sur une même liste de sous-espèces. Il existe des centaines de sous-espèces obsolètes, et jusqu'à 90 sous-espèces ont déjà été proposées.

Une analyse d'ADN de 2008 n'a identifié que cinq clades principaux regroupant l'ensemble des populations actuelles d'ours bruns, tandis qu'une étude phylogénétique de 2017 a mis en évidence neuf clades, dont un englobe les ours blancs. En 2005, 15 sous-espèces actuelles ou récemment éteintes étaient reconnues par la communauté scientifique générale et recensées par .

Les analyses génétiques montrent que, mis à part une récente fragmentation de la population causée par l'Homme, les ours bruns d'Amérique du Nord forment généralement un système de populations interconnectées, à l'exception de la population (ou sous-espèce) de l'archipel Kodiak, isolée depuis probablement la fin de la dernière période glaciaire. Ces données montrent que l’ours brun d’Alaska péninsulaire U. a. gyas, le Grizzly des rocheuses (U. a. horribilis), l’Ours brun de Sitka (U. a. sitkensis) et l’Ours brun de la Stikine (U. a. stikeenensis) ne sont pas des groupes distincts ou cohésifs, et correspondraient plutôt à des écotypes. Par exemple, les ours bruns d'une zone côtière donnée de l'Alaska sont plus étroitement apparentés aux grizzlis adjacents qu'aux populations d'ours bruns plus éloignées.

L'histoire évolutive des ours de l'archipel Alexandre est atypique : ces populations insulaires portent de l'ADN d'ours polaire, provenant sans doute d'un groupe d'ours polaires resté isolé à la fin du Pléistocène. Cependant, les échanges génétiques continus via les mouvements de mâles venus du continent ont ramené leur génome nucléaire à plus de 90 % d'ascendance d'ours brun. Les analyses de l'ADN mitochondrial indiquent que les ours bruns se divisent apparemment en cinq clades distincts, dont certains coexistent ou se chevauchent selon les régions.

Sous-espèces et populations La diversité génétique de l'ours brun s'organise en plusieurs grands clades mitochondriaux façonnés par les cycles glaciaires du Pléistocène. À la racine de l'arbre évolutif se détachent les lignées les plus anciennes : celle d'Afrique du Nord (clade VI, comprenant l'éteint ours de l'Atlas) et celle d'Asie centrale (clade basal associant l'ours Isabelle et l'ours de Gobi, individualisé il y a environ 658 000 ans). Le reste des populations se scinde entre une lignée occidentale, regroupant la souche d'Europe occidentale et méridionale (clade 1) ainsi que la forme côtière des îles ABC (clade 2a), cette dernière partageant une proximité mitochondriale directe avec l'ours blanc issue d'une introgression ancestrale, ainsi que une vaste lignée orientale. Cette dernière intègre l'ours bleu du Tibet (clade 5), l'expansion continentale des grizzlis nord-américains (clade 4) ainsi que le grand assemblage holarctique (clade 3) réunissant les formes côtières géantes du Pacifique Nord et les taxons septentrionaux d'Eurasie.

Bien que de nombreux taxons historiques décrits au fil des siècles soient désormais considérés comme de simples écotypes ou des synonymes juniors, les classifications de référence retiennent une quinzaine de sous-espèces officielles. En Europe et en Sibérie occidentale, l'Ours brun d'Eurasie (U. a. arctos) occupe les massifs boisés continentaux avec un régime à forte dominante végétale, tandis que vers l'est, l'Ours brun de Sibérie orientale (U. a. collaris) et l'Ours brun de l'Oussouri (U. a. lasiotus) atteignent des gabarits plus massifs. Les côtes du Kamtchatka abritent l'imposant Ours de Béring (U. a. beringianus), grand consommateur de salmonidés. Plus au sud subsistent l'Ours brun de Syrie (U. a. syriacus), petit ours clair aux griffes blanchâtres inféodé au Proche-Orient et au Caucase, ainsi que les formes de haute altitude que sont l’Ours brun Isabelle (U. a. isabellinus) en Himalaya et l'Ours bleu du Tibet (U. a. pruinosus), reconnaissable à sa toison sombre argentée. En Amérique du Nord, le célèbre Grizzly (U. a. horribilis) peuple l'intérieur des terres, relayé sur le littoral et les îles par des sous-espèces côtières comme l'Ours brun d'Alaska (U. a. alascensis), l'Ours brun de la Stikine (U. a. stikeenensis), l'Ours brun de l'île Dall (U. a. dalli), l'Ours brun de Sitka (U. a. sitkensis) et les géants que sont l'Ours brun d’Alaska péninsulaire (U. a. gyas) et l'Ours kodiak (U. a. middendorffi), dont les mâles peuvent dépasser 600 kg. Plusieurs entités remarquables ont disparu sous l'impact humain, telles que l'Ours de l'Atlas (U. a. crowtheri) en Afrique du Nord ou le Grizzly de Californie (U. a. californicus).

En plus des sous-espèces officiellement reconnues, plusieurs populations d'ours bruns présentent un intérêt biogéographique, génétique ou historique majeur. Parmi elles, l'Ours brun d'Ézo (U. a. yesoensis) peuple l'île d'Hokkaidō au Japon avec une structure génétique complexe issue de vagues migratoires successives. L'Ours de Gobi (U. a. gobiensis), ou Mazaalai, est quant à lui une population relique rarissime confinée au désert de Gobi en Mongolie, adaptée aux milieux hyper-arides et classée en danger critique d'extinction. En Europe, l'Ours brun marsicain (U. a. marsicanus) constitue un noyau endémique isolé dans les Apennins centraux en Italie, caractérisé par un faible taux de reproduction et un fort isolement génétique. L'Ours brun des Asturies (U. a. pyrenaicus), ou ours brun des Pyrénées et des Asturies, subsiste dans la cordillère Cantabrique tandis que sa souche pyrénéenne indigène s'est éteinte au début du XXIe siècle. L'histoire de ces populations s'enrichit de formes entièrement disparues à l'époque historique, telles que le Grizzly du Mexique (U. a. nelsoni), éteint dans les années 1960 sous la pression des persécutions humaines, ou l'Ours brun de l'Ungava (U. a. ungavaesis) une population subarctique autrefois établie dans la taïga du nord du Québec et du Labrador et disparue au cours du XXe siècle.

Évolution L'ours brun est l'une des huit espèces actuelles de la famille des Ursidés (Ursidae) et l'une des six espèces de la sous-famille des Ursinae.