vignette|droite|Réseaux commerciaux austronésiens dans l'Océan Indien vignette|droite|Villes swahili en Afrique de l'Est vignette|Carte gravée de l’île de Mozambique (1598) vignette|droite|Bassin du Zambèze vignette|droite|Expansion coloniale européenne de 1880 à 1913 vignette|droite|Carte courante du Mozambique Par histoire du Mozambique, on entend ici l'histoire des territoires relevant du Mozambique, avant et après l'indépendance de ce pays, acquise en .

Préhistoire La préhistoire du Mozambique dans sa période préhistorique est mal connue.

Protohistoire La protohistoire reste méconnue. La première difficulté réside dans le choix des noms employés pour désigner les populations : les termes utilisés au ont souvent été ceux des colonisateurs européens. Le terme français « Bochimans », par exemple, est dérivé du mot utilisé par les colons néerlandais « bosjesman », et signifiant littéralement « hommes des buissons », « hommes de la brousse » ou « hommes du bush ». Les colons anglais ont utilisé la traduction littérale « Bushmen ». Ces Bochimans, des chasseurs-cueilleurs, ont été opposés aux Hottentots, autre terme des colons néerlandais, pour désigner des populations, arrivées du nord, de la vallée du Zambèze et au mode de vie plus pastoral, se consacrant à l'élevage d'animaux, à l'agriculture et maîtrisant le travail du fer et ayant une structure sociale plus hiérarchisée. À la fin du et début du , une distance est prise à la fois avec le vocabulaire des colons d'origine européenne et avec ce schéma d'opposition, cette dichotomie. Plusieurs termes sont employés mais les chasseurs-cueilleurs installés initialement sont souvent désignés de peuple San, et les populations pastorales de Khoïkhoï.

Il n'est pas confirmé qu'il y ait eu opposition des populations initiales au profit de nouveaux arrivants : comme dans d'autres contrées du monde, il est possible qu'il y ait eu dans un premier temps un processus de néolithisation des populations en place, par l'évolution du mode de subsistance, transmis ensuite des parents aux enfants, sur fond de tradition orale, puis une arrivée d'éleveurs de troupeaux plus importants, qui se traduit par une prédominance culturelle au sein de peuples déjà acquis aux évolutions majeures (élevage, agriculture, travail du fer, etc.), se traduisant notamment dans la langue utilisée.

Parmi les sites archéologiques récents au Mozambique, Manyikeni, Quélimane, , , Sena (Mozambique), Sofala, Tete, Zumbo, ou Matola peuvent être cités. Les études archéologiques, mais aussi génétiques et linguistiques, sont utilisés pour comprendre les évolutions les plus anciennes des populations.

De 500 à 1500 : routes commerciales de l'Océan Indien La présence de routes reliant ce qui est actuellement le Zimbabwe à l'océan Indien favorise l'implantation de nombreux comptoirs commerciaux par les navigateurs indiens, arabes, indonésiens et chinois. Ainsi un capitaine persan, Ibn Shahriyar, dans son Livre des merveilles de l'Inde, rapporte le témoignage d'un marchand arabe du nom d'Ibn Lakis qui, en 945, voit arriver sur la côte du Mozambique montées par des Waq-Waqs qui viennent d'îles chercher des produits et des esclaves zeng (noirs), mot arabe qui donne à l'époque son nom (zangi-bar, littéralement « côte des Noirs ») à la côte orientale de l'Afrique, appelée au « côte swahilie ».

Ces échanges existent donc depuis plusieurs siècles lorsque Vasco de Gama, lors de sa première expédition en 1498, reconnaît la côte est de l’Afrique, établissant des contacts avec les Africains après un débarquement dans la baie de Delagoa, sur le site de la future Lourenço Marques, et avec le sultan , dirigeant une petite île de la côte africaine faisant face à Madagascar, dans la baie de Mossuril, dont le nom actuel est île de Mozambique. C'est le nom de ce sultan, Mussa Mbiki, qui donne en portugais Moçambique, qui a servi tout d’abord à désigner l’île puis toute la région côtière environnante.

Liste de sites archéologiques en Afrique australe, dont au Mozambique : Manyikeni, Matola, Quélimane, Sena, Sofala (ville ancienne), Tete, Zumbo... Liste de civilisations de l'Afrique précoloniale Commerce interrégional par caravanes en Afrique de l'Est Traite négrière dans le sud-ouest de l'océan Indien Culture swahilie, Ère shirazi Expéditions navales ottomanes dans l'océan Indien (1509-1589), Raids ottomans sur la côte swahilie (1585-1589) Histoire du commerce dans l'océan Indien, , liste des ports antiques Sultanat de Kilwa (957c-1513), Chronique de Kilwa (1520) Sultanat d'Angoche (1485c-1910) à Angoche et Moma) (province de Nampula)

Période coloniale portugaise (1498-1975)

thumb|left|Armes et artisanat traditionnels du Mozambique exposés au musée régional de l’Algarve (à Lagos (Portugal))

Par la signature du traité de Tordesillas en 1494, toute l’Afrique, considérée comme , est attribuée au royaume du PortugalCf. .

L'implantation portugaise commence dès le début du , par la capture de la petite île de Moçambique en 1507, lors de la deuxième expédition de Vasco de Gama (1460/69-1524), et la construction en 1510 d’un fort carré et d’une ville, São Sebastião de Moçambique, qui sont placés sous l'autorité du vice-roi des Indes résidant à Goa.

Les Portugais se livrent à de très rentables trafics d’ivoire et développent la traite des Noirs. L'esclavage n'était pas connu dans cette partie de l'Afrique australe avant cette colonisation européenne (à la différence des régions plus au nord ou de Madagascar ou Zanzibar), comme en témoigne Henry Francis Fynn (1803-1861). Cet esclavage est introduit par les colonisateurs portugais, qui achètent des hommes et des femmes pour les revendre vers la traite orientale ou la traite atlantique.

En 1544, Lourenço Marques (sans dates connues) explore les côtes continentales, et d'autres comptoirs sont créés. Mais, à partir de la période, de 1580 à 1640, pendant laquelle les couronnes portugaise et espagnole sont réunies, ces établissements sont abandonnés plus ou moins à eux-mêmes, au profit de ceux d’Inde et d’Extrême-Orient, nettement plus rentables, et de la colonisation du Brésil. Malgré le désintérêt de la métropole, l’activité se poursuit, en particulier la vente d’esclaves à destination de la péninsule Arabique et de l’Empire ottoman.

Dans le courant du , les Portugais instituent les prazos, qui proviennent au départ de dons de terres que les chefs africains accordent à des aventuriers portugais en échange de leurs services. Le gouvernement portugais, à son tour, distribue des prazos da Coroa (plantation de la Couronne) à ses serviteurs les plus loyaux, qu’il charge de pacifier les territoires concédés et qui doivent, en principe, payer des taxes. En 1752, le territoire du Mozambique est doté d'une administration coloniale autonome. Mais cette administration coloniale demeure liée à une structure d'occupation militaire, dépourvue de lois et abandonnée à l'arbitraire des représentants de la métropole. Au début du , les descendants des prazeiros, presque tous métissés, vivent sur leurs terres en véritables potentats, ne reconnaissant plus que nominalement l'autorité de l'administration coloniale. Ils obligent les chefs noirs à payer un tribut en ivoire et en esclaves et devant la précarité croissante de leur condition, les Africains fuient leurs villages, augmentant l’insécurité. À partir des années 1840 et jusqu'à la fin du , l'administration coloniale portugaise lutte contre ces familles de prazeiros et la conception féodale des concessions qu'ils ont obtenus. Les prazos eux-mêmes existent jusqu'au en tant qu'unités de politique fiscale et administrative.

L'expansion vers l'intérieur des terres de la Colonie du Cap, une colonie néerlandaise puis britannique, provoque des réactions des Zoulous, et poussés par les Zoulous, la création de 1824 à 1895 d'un nouveau royaume africain, le royaume de Gaza, dans le sud du Mozambique actuel. En 1884-1885, les puissances coloniales européennes divisent l'Afrique en « sphères d'influence » lors de la conférence de Berlin. Dans ce « partage de l'Afrique », les terres qui correspondent à l'actuel Mozambique reviennent aux Portugais. Ceux-ci attaquent et mettent fin à ce royaume de Gaza.

Les Britanniques émettent à l'époque de sérieux doutes sur la réalité de l'administration locale dans les colonies portugaises et dénoncent l'inconsistance de la colonisation portugaise. Ces critiques sont d'autant plus fortes qu'en dépit de l'abolition de la traite en 1836, celle-ci continue et est dénoncée par Livingstone. Lisbonne ne tarde pas à répondre aux critiques britanniques et organise des expéditions à partir de 1845 pour démontrer sa présence et affirmer son autorité.

En 1877, la ruée vers l’or au Transvaal encourage les quelques colons à s’aventurer plus vers l’intérieur des terres. São Sebastião de Moçambique perd alors sa prédominance au profit de Lourenço Marques, reliée en 1890 au Transvaal par la première voie ferrée du territoire. Le port de Lourenço-Marquès est en effet devenu le débouché naturel pour l'exportation des minerais du Witwatersrand. Le Mozambique devient alors une « dépendance occulte » de l'Afrique anglophone.

vignette|droite|Projet Carte rose (1887) La tension monte entre les Britanniques et les Portugais sur leur empire colonial respectif en Afrique, les Portugais (qui ont perdu le Brésil en 1822) rêvant d'un domaine colonial africain placé sous leur houlette allant de l'Océan Atlantique à l'Océan Indien et englobant des terres sous domination britannique telles que la Zambézie du Sud. C'est le projet géopolitique dit de la carte rose, (en portugais : ). En 1890, un ultimatum britannique exigeant le retrait des troupes portugaises entre l'Angola et le Mozambique sous peine d'intervention militaire britannique, entraîne quelques troubles locaux, mais conduit concrètement au retrait partiel de troupes portugaises conformément à la volonté britannique. Cette reculade de la monarchie portugaise a surtout des répercussions dans la politique intérieure du Portugal, étant exploitée par les républicains. C'est un des éléments qui va discréditer profondément le régime monarchique portugais et conduire quelques années plus tard à la proclamation de la République portugaise. En 1891, la frontière orientale du Mozambique avec la Zambézie du Sud est fixée par le traité anglo-portugais de 1891. Dans l'opération, les Britanniques récupèrent le Manicaland. vignette|Environnement 1900-1915.

Le gouvernement portugais décide alors de confier l'exploitation de la majeure partie du pays, pour cinquante ans, à trois compagnies privées qui se voient attribuer les pouvoirs d'un État sur un territoire et le monopole de son exploitation en échange d'une redevance versée au Portugal. Ces trois compagnies sont : la , basée à Beira, qui contrôle les districts de Manica et Sofala soit . Ses capitaux sont essentiellement français mais aussi portugais, britanniques et sud-africains ; la , qui contrôle les districts de Tete et Quélimane soit . Ses capitaux sont essentiellement portugais, allemands, français, sud-africains et britanniques ; la , enfin, détenue par des capitaux britanniques et qui contrôle tout le Nord du territoire mozambicain.

vignette|Beira vers 1905.

Le bilan de ces compagnies est décevant. Les politiques, visant à l’enrichissement de la métropole portugaise et des colons européens, ont tendance à négliger le développement des infrastructures sociales (dispensaires, écoles) et de l’équipement du pays. Un accord inter-étatique est même conclu entre le Portugal et l'union d'Afrique du Sud, afin de permettre le recrutement de travailleurs migrants mozambicains dans les mines du Transvaal.

En fait, seule la compagnie de Mozambique développe des infrastructures, notamment la ligne de chemin de fer reliant Beira à Salisbury, achevée en 1900. C'est aussi cette compagnie qui développe la culture commerciale de la canne à sucre, le sucre devenant la principale exportation du Mozambique.