vignette|Dessin du ninja archétypal, à partir d'une série de croquis (Hokusai manga) par Hokusai (1817).

est un terme japonais moderne () servant à désigner une certaine catégorie d'espions ou de mercenaires, actifs jusqu'à la période d'Edo (), traditionnellement appelés .

Les fonctions du ninja comprenaient l'espionnage, le sabotage, l'infiltration, l'assassinat et la guérilla. Leurs méthodes cachées de guerre non conventionnelles ont été jugées déshonorantes pour la caste de samouraï qui observait des règles strictes concernant l'honneur et le combat mais, pour autant, qui ne rechignait pas à acheter leur service contre leurs rivaux. . Le shinobi proprement dit, un groupe spécialement formé d'espions et de mercenaires, est apparu au pendant la période de Sengoku. , mais des antécédents peuvent exister au et peut-être au (Heian ou début de l'ère Kamakura) L. Frederic, Japan Encyclopedia, Belknap Harvard, 2002. T. Moriyama, Weekend Adventures Outside of Tokyo, Shufunotomo Co. Ltd., Tokyo, 1998. .

Dans les troubles de la période de Sengoku (), louer les services de mercenaires et d'espions était devenu courant dans la province d'Iga et dans la zone adjacente autour du village de Kōga Illuminati Disclosure, « Ancient Warfare : Shinobi Ninjas and Kung Fu Shaolin Monks », sur YouTube, 20 avril 2015. et c'est à partir des clans de ces régions que provient la majorité de notre connaissance du ninja. Après l'unification du Japon sous le shogunat Tokugawa (), le ninja s'est évanoui dans l'obscurité Thomas A. Green, Martial arts of the world: an encyclopedia, Volume 2 : « Ninjutsu », ABC-CLIO, 2001. . Un certain nombre de manuels shinobi, qui s'appuient souvent sur la philosophie militaire chinoise, ont été écrits aux , notamment le Bansenshukai (1676)Green 2001, p. 358 ; basé sur différentes lectures, Ninpiden est également connu comme Shinobi Hiden, et Bansenshukai peut également être Mansenshukai..

Au moment de la restauration de Meiji (1868), la tradition du shinobi est devenue un sujet d'imagination et de mystère populaire au Japon. Le ninja figurait en bonne place dans la légende et le folklore, où il était associé à des capacités légendaires telles que l'invisibilité, la marche sur l'eau et le contrôle des éléments naturels. En conséquence, leur perception dans la culture populaire repose souvent davantage sur une légende et un folklore que sur ce qu'ont été réellement les mercenaires de la période Sengoku.

Étymologie vignette|gauche|upright=0.5|Kanji du mot « ninja ».

Autrefois shinobi, voire kancho, sekko, ou kagimono-hiki, « ninja » vient de nin = furtif et ja ou sha = individu, spécialiste. . Cette lecture est une lecture on'yomi des deux kanjis et . Dans la lecture native kun'yomi, il est prononcé shinobi, une forme raccourcie de la transcription , combattant de l'ombre..

Le mot shinobi apparaît dans les écrits jusqu'à la fin du dans des poèmes dans le Man'yōshū Takagi, Gomi & Ōno 1962, p. 191; le poème complet est : 万代に / 心は解けて / 我が背子が / 捻みし手見つつ / 忍びかねつも "Yorozu yo ni / Kokoro ha tokete / Waga seko ga / Tsumishi te mitsutsu / Shinobi kanetsumo" (c'est le poème 3940, qui se trouve dans le vol. 17 du Man'yōshū).Satake et al. 2003, p. 108; the Man'yōgana used for "shinobi" is 志乃備, its meaning and characters are unrelated to the later mercenary shinobi.. La connotation sous-jacente de signifie « furtif », « cacher », « secret », d'où son association avec la perspicacité et l'invisibilité. signifie « individu ». Dans les documents historiques, le terme shinobi est presque toujours utilisé.

Historiquement, le mot ninja n'était pas d'usage courant mais les occidentaux l'utilisent aujourd'hui pour décrire ce que son image renvoie dans l'inconscient populaire. Cette image romantique, et le terme même de « ninja », sont relativement récents (vers 1780). On connaissait également : les shinshu (de Nagano) que l'on appelait , les koshu (de Yamanashi), appelés nozaru (singes des montagnes), les rikuzen (de Sendai), appelés kuro-nagi (cheveux noirs), les joshu (de Tochigi) appelés .. est une appellation n'étant attribuée qu'à une certaine catégorie d'espions infiltrés dans les provinces pour des années, voire des générations, y prenant véritablement racine. Au Japon, le mot « ninja » est devenu usuel dans les années 1950, à travers le succès de romans historiques, de mangas et de films de cinémaÀ l'approche des vrais ninjas, Nippon.com, le 27 septembre 2017.

En Occident, le mot ninja est devenu plus répandu que le shinobi dans la culture après la Seconde Guerre mondiale, peut-être parce qu'il était plus confortable pour les locuteurs occidentaux.

Un autre terme, existe, et est, à l'origine, de l'argot qui signifie « femme »吉丸雄哉(associate professor of Mie University) (April 2017). "くのいちとは何か". In 吉丸雄哉、山田雄司 編. 忍者の誕生. 勉誠出版. : p168., supposément venu des caractères , et (prononcé ku, no et ichi), qui forment les trois traits qui forment le kanji pour « femme » ()吉丸雄哉(associate professor of Mie University) (April 2017). "くのいちとは何か". In 吉丸雄哉、山田雄司 編. 忍者の誕生. 勉誠出版. , : p168.. Une autre explication du terme kunoichi vient du fait que les humains mâles ont neuf trous ou fentes dans leurs corps (yeux, narines, bouche…) mais que les femmes en ont un ichi de plus (la vulve). De fait, l'entraînement des kunoichi s'axait pour beaucoup sur la manipulation et la séduction. Dans les fictions écrites à l'ère moderne, kunoichi signifie « ninja féminin », bien que l'existence de ninja féminin ne soit quasiment jamais référencée dans les écrits.

Origine En raison de leur origine géographique probable, les ninjas sont aussi parfois nommés hommes d'Iga (Iga no mono) ou de Kōga, ou encore troupe d'Iga (Iga shu) ou de Kōga. Mais anciennement, plusieurs clans étaient disséminés sur tout le territoire nippon.

Les ninjas les plus réputés étaient en effet probablement issus de ces deux provinces voisines situées à côté de Kyōto. Ces provinces étant indépendantes, ils n'étaient redevables d'aucune taxe et jouissaient d'une liberté de mouvement que n'avaient pas les bushi (ou samouraïs), qui étaient, eux, inféodés aux daimyos (seigneurs féodaux) ; ils n'étaient pas non plus soumis au , et pouvaient donc pratiquer des techniques de guerre non-orthodoxe (espionnage, guérilla, embuscades, assassinats). N'étant pas subordonnés aux grandes familles, celles-ci les utilisaient pour leurs basses besognes (pillages, assassinats). Une de leurs grandes spécialités était de s'introduire de nuit dans les châteaux et camps militaires et d'allumer un incendie, afin de faciliter l'assaut par des troupes classiques ; en général, ils se déguisaient pour porter la même tenue que leurs victimes (ils n'étaient donc pas forcément vêtus de noir) afin de semer la confusion.

Par ailleurs, les familles nobles commencèrent à faire appel à des mercenaires dès le règne du premier empereur du Japon : Jinmu Tennō (sans doute des ninjas). Mais c'est lors de la période Kamakura (1192-1333), période marquée par de nombreux conflits et assassinats entre familles, que ces pratiques, même si elles ne correspondaient pas au code du bushido, ont été le plus utilisées par le pouvoir et les seigneurs féodaux. Ceux qui devinrent par la suite les ninjas avaient établi leurs demeures souvent dans les montagnes où ils côtoyaient les pratiquants de shugendō : les yamabushi qui souvent furent leurs maîtres d'armes. On voit souvent des documents anciens montrant des guerriers aux prises avec des tengu, dieux de la montagne, en réalité des yamabushi.

La séparation entre samouraï et ninja est difficile à établir comme le montre la vie du célèbre guerrier Jūbei Mitsuyoshi Yagyū qui fut un samouraï et un ninja hors pair. Il rédigea des traités de stratégie militaire, nommés les .

Aux yeux de la population, les ninjas, par leur activité criminelle et leurs méthodes peu orthodoxes, faisaient partie des classes sociales ou . Ces castes comprenaient les criminels, mendiants, vagabonds et tanneurs, activités et états indésirables de la société japonaise, aujourd'hui regroupés sous le terme burakumin.

Histoire vignette|upright=1|Jiraiya, un personnage du conte japonais Jiraiya Goketsu Monogatari, d'abord chef de clan puis ninja.Estampe d'Utagawa Kuniyoshi.

Les ninjas proviennent a priori à l'origine de troupes formées entre le et le , et de bushi vaincus sans seigneurs (rōnin), qui se sont réfugiés dans les provinces d'Iga et de Kōga (maintenant les préfectures de Mie et de Shiga, du côté du lac Biwa). Ayant en commun le déracinement et la défaite, ils développèrent des techniques de survie dans ces contrées sauvages, ainsi que des techniques de combat pragmatiques provenant d'origines diverses. Ils subirent sans doute l'influence : des de la région de Kumano, à qui ils doivent les techniques d'utilisation des grappins, des yamabushi, ascètes vivant dans la montagne et adeptes du shugendō (pratiques mystiques), des moines bouddhistes de la région, notamment des bouddhistes ésotériques shingon, et des hinin, personnes de basse condition sociale utilisées pour les tâches jugées impures, notamment en relation avec le sang et le cuir.

Les ninjas étaient sans doute à l'origine des troupes de guerriers similaires à des milices civiles au service de propriétaires terriens (jizamurai) dont le but était la défense de la province ; ils n'étaient probablement pas uniquement des guerriers mais exerçaient un autre métier (paysan ou goshi : soldat-paysan).

À cette époque, Kibi no Makibi, ambassadeur japonais en Chine, amena au Japon les doctrines militaires chinoises, dont L'Art de la guerre de Sun Tzu (appelé Son Shi au Japon). Une autre hypothèse probable est qu'à cette période les futurs ninjas aient subi l'influence de sociétés secrètes chinoises, déjà formées à ce genre d'activités depuis des siècles, dans les guerres incessantes dans l'Empire du milieu, et qui auraient pu avoir quelques membres expatriés dans l'archipel nippon.

Une chose est sûre, nombreux ont été leurs emprunts et améliorations dus aux échanges commerciaux et de populations, comme dans l'île d'Okinawa, berceau de certains types d'arts martiaux, qui ont pu se mélanger.

Dans le cas du développement des traditions purement japonaises qui s'ensuivirent et aboutirent à la perfection de ces troupes, il est incontestable que l'établissement dans ces contrées sauvages et entourées de montagnes, sans grand intérêt économique et protégées des invasions des seigneurs voisins, a sans doute contribué à développer un esprit d'indépendance, et notamment l'absence d'attachement à un seigneur, et aucune réticence morale à se retourner contre d'anciens alliés. Cela a aussi contribué au secret, et donc à l'aura de mystère qui les entoure.

Il est difficile de donner une date exacte de l'apparition des ninjas, il s'agit sans doute d'une évolution progressive. Le premier recours documenté daté à l'utilisation de ces troupes d'Iga et de Kōga (les Iga shû et les Kōga shû) est sans doute l'attaque du château du seigneur Rokkaku à Magari par le seigneur Ashikaga vers 1487. Ieyasu Tokugawa, qui fut daimyo (seigneur féodal) puis shogun au eut fréquemment recours à ces agents de renseignement. Mais les ninjas étaient aussi parfois des guerriers inféodés à leur seigneur et n'ayant aucun rapport avec les familles d'Iga et Kōga, comme ceux utilisés par Shingen Takeda à la même période : il existait plus de soixante-dix familles de ninjas à travers l'ensemble du Japon à cette époque, moins réputées que celles des deux provinces phares certes, mais tout aussi dévouées à cet usage.