Marc Bloch, né le à Lyon. et mort le à Saint-Didier-de-Formans dans le département français de l'Ain, est un historien et un résistant français.
Spécialiste d'histoire médiévale, il fonde avec Lucien Febvre, moderniste, les Annales. Histoire, Sciences sociales en 1929. Cette revue est à la base de l'École des Annales, un courant historiographique qui marque un renouvellement des études historiques par ses démarches transdisciplinaires et portées sur l'histoire globale, l'histoire économique, et la longue durée.
Ancien combattant de la Première Guerre mondiale et de la Seconde Guerre mondiale, Marc Bloch est décoré de la Légion d'honneur à titre militaire, de la croix de guerre 1914-1918 (avec quatre citations) et de la croix de guerre 1939-1945 (avec une citation). Il prend part à la bataille de France en 1940. Après la défaite, il est victime des lois antisémites du régime de Vichy et perd son poste à la Sorbonne. Réfugié en zone libre, il exerce un temps à Clermont-Ferrand et Montpellier, dans des conditions précaires. Il rejoint la Résistance durant l'occupation de la France, passant à la clandestinité en 1943. Devenu un dirigeant régional important au sein des Mouvements unis de la Résistance, Marc Bloch est arrêté le lors d’une opération menée par la Gestapo de Lyon avec le concours du groupe de collaborateurs français. Torturé durant plusieurs mois, il est finalement exécuté par la Gestapo le .
Marc Bloch est l'auteur de plusieurs ouvrages majeurs, d'abord dans le champ de l'histoire médiévale, avec Les Rois thaumaturges (1924), Les Caractères originaux de l'histoire rurale française (1931) et La Société féodale (1939-1940). Il livre également, dans L'Étrange Défaite (rédigé en 1940, publié en 1946), un témoignage sur la campagne de France et l'effondrement de 1940. Enfin, il rédige Apologie pour l'histoire ou Métier d'historien (écrit entre 1941 et 1943, publié inachevé à titre posthume en 1949), une réflexion théorique sur la méthode de la discipline historique.
Bien que discret sur ses engagements politiques, Bloch s'est toujours impliqué aux côtés des luttes de gauche (mouvement ouvrier puis lutte antifasciste). Avec son épouse Simonne, il entre au Panthéon le .
Biographie Origines : une famille de juifs alsaciens ayant opté pour la France en 1871 Marc Léopold Benjamin Bloch est issu d'une famille bourgeoise. de juifs alsaciens ayant choisi (L'Étrange Défaite, ). en 1871 de quitter les territoires annexés par l'Empire allemand afin de rester français. L'ancêtre de la famille est Getschel (Gabriel) Bloch fils de Wolf, colporteur mort le à Wintzenheim. Au début de L'Étrange Défaite, Étienne Bloch, fils de Marc, met en note la traduction d'une lettre en yiddish de l'arrière-grand-père de Marc Bloch, Getschel, soldat des armées de la République. La lettre, écrite à Mayence, est datée de juin 1793 (mois de Tamuz de l'an 5554) :
Le grand-père paternel de Marc Bloch, Marx Bloch, né lui aussi à Wintzenheim, instituteur puis directeur d’école juive à Strasbourg. Il épouse Rose Rosalie Aron, originaire de Soultz-sous-Forêts.
Marc Bloch est le fils de Gustave Bloch, normalien (ENS), historien de la Grèce antique et Rome antique, mais aussi de la Gaule, auteur d'une Cité grecque., devenu professeur d'histoire ancienne à l'université de Lyon, puis à Paris, à l'ENS et à la Sorbonne et dont la renommée est considérable, et de son épouse Sara Ebstein (1858-1941)., originaire de Frœningen.
Jeunesse Formation et débuts professionnels (jusqu'en 1914) Marc fait de brillantes études secondaires en classe préparatoire au lycée Louis-le-Grand et est admis à l'ENS en 1904Dossier de normalien conservé aux Archives nationales dans le fonds de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm sous la cote 61/AJ/233 (Salle des inventaires virtuelle des Archives nationales)..
vignette|gauche|Engagement de servir l'État signé par Marc Bloch à son entrée à l'ENS, Archives nationales, 61 AJ.
Il est reçu à l'agrégation d'histoire et géographie en 1908..
En 1908-1909, il part en Allemagne, pays doté d'une importante école historique, où il suit des cours à l' puis de Leipzig.
De 1909 à 1912, il est pensionnaire de la fondation Thiers, qui accorde chaque année à cinq étudiants une bourse de trois ans pour des recherches en vue d'une thèseOlivier Leroy-Dumoulin, Marc Bloch, Presses de Science Po, page 16 (édition 2025), note 2..
En 1911, il adhère au groupe d'études socialistes fondé par Robert Hertz, rassemblant des intellectuels de gauche qui doivent soutenir le mouvement ouvrier par des conférences et des publications. Ce groupe est affilié à la section française de l'Internationale ouvrière.
En 1912, il est nommé au lycée de Montpellier, puis au lycée d'Amiens en 1913.. En juillet 1914, il prononce le discours de distribution des prix devant les élèves et les professeurs du lycée.
Période de la Première Guerre mondiale (août 1914-mars 1919) Au mois d'août 1914, la France, alliée à la Russie et au Royaume-Uni, entre en guerre contre l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie.
Marc Bloch est mobilisé dans l'infanterie avec le grade de sergent. Se trouvant au Luxembourg le , il participe à la longue retraite qui ramène l'armée française sur la Marne où, le , a lieu le début de la contre-offensive française, la bataille de la Marne. Atteint par la fièvre typhoïde, il est hospitalisé et après une période de convalescence à Paris, il revient sur le front, devenant en 1916 officier de renseignement du régiment d'infanterie.
Par la suite, promu adjudant et chargé du commandement d'une section, il participe à la bataille de la Somme (1916). Il participe aux combats en ArgonneSur le séjour de Marc Bloch en Argonne pendant la Première Guerre mondiale, voir Daniel Hochedez, « Un historien au front : Marc Bloch en Argonne (1914-1916) », Horizons d'Argonne (Centre d'études argonnais), , juin 2012, ., puis à la bataille du Chemin des Dames en 1917.
Il termine le conflit dans la même fonction avec le grade de capitaine. Il est démobilisé en .
Durant ces quatre années de guerre, il fait l'objet de quatre citations et reçoit en 1919 la croix de guerre, puis la Légion d'honneur à titre militaire.
Mariage (1919) et descendance En 1919, il épouse Simonne Vidal (1894-1944), fille d'un polytechnicien, issue d'une famille enracinée depuis le dans le comtat Venaissin et en Alsace.
Six enfants naissent de ce mariage, dont Étienne Bloch, qui en 1997 publiera la « biographie impossible » de son pèreMarc Bloch, une biographie impossible, Culture et Patrimoine en Limousin, 1997, 152 p., ., et Jean-Paul Bloch, admis à l'École normale supérieure en 1950Annuaire des anciens élèves de l'ENS., qui devient directeur des laboratoires scientifiques des Terres australes et antarctiques françaisesL'Antarctique, continent de la science, Le Monde, 15 mai 1980..
Carrière universitaire
Professeur à l'université de Strasbourg (1919-1936) Marc Bloch est nommé professeur à la faculté des lettres de l'université de Strasbourg, d'abord comme maître de conférences en 1919, puis professeur sans chaire en 1921, puis professeur d'histoire du Moyen Âge en 1927. Ses qualités professorales et sa rigueur méthodologique contribuent alors au prestige de l'Université françaiseDossier d'enseignant conservé aux Archives nationales dans le fonds du ministère de l'Instruction publique sous la cote F/17/27175 (voir la notice sur ce fonds dans la Salle des inventaires virtuelle des Archives nationales.. Il y rejoint des universitaires de premier plan comme Lucien Febvre et André Piganiol, avec qui il noue des liens fructueux. Le milieu qu'il fréquente, amis ou collègues, sont tous proches de la SFIO ou du parti communiste. En 1921, il signe le manifeste coopératif des intellectuels et universitaires français. Il adhère au comité des relations scientifiques avec la Russie, fondé en 1925.
Il soutient une thèse de doctorat (« allégée », grâce aux dispositions prises en faveur des anciens combattants) au propos déjà neuf, portant sur l'affranchissement des serfs en Île-de-France au Moyen Âge : Rois et serfs, un chapitre d'histoire capétienne (1920). Son directeur de thèse est Christian Pfister (1857-1933), un ami de son père, premier doyen de la faculté des lettres de l'université de Strasbourg, qui apparaît alors comme la vitrine de la science française face à l'Allemagne vaincue.
Deux ouvrages magistraux (1924 et 1931) et un double échec au Collège de France vignette|Première édition des Caractères originaux de l'histoire rurale française en deux volumes chez Armand Colin. En 1924, Marc Bloch publie une œuvre magistrale, Les Rois thaumaturges. Il y expérimente avec audace une méthode comparative empruntée aux maîtres de la linguistique (il parle lui-même une dizaine de langues.).
En 1928, Marc Bloch présente sa candidature au Collège de France et propose d'enseigner une « histoire comparée des sociétés européennes ». Mais il n'est pas élu par les membres du Collège.
En 1931, son ouvrage le plus maîtrisé, Les Caractères originaux de l'histoire rurale française, innove une fois encore, car il exploite une interdisciplinarité peu courante à cette époque (utilisant des données de botanique, de démographie) pour mieux comprendre l'évolution des structures agraires de l'Occident médiéval et moderne.
Il est de nouveau candidat malheureux au Collège de France en 1934-1935. « Ses échecs au Collège de France ne furent peut-être pas sans lien avec la montée de l'antisémitisme », écrit Stanley Hoffmann dans sa préface à L'Étrange Défaite(, éditions Gallimard, ..
L'aventure des Annales (à partir de 1929) Marc Bloch participe en 1929, avec le « groupe strasbourgeois » dont fait partie Lucien Febvre, à la fondation d'une revue, les Annales d'histoire économique et sociale dont le titre marque en lui-même une rupture avec « l’histoire historisante »., qui prédomine en France depuis l'époque de l'école méthodique.
Bloch y publie d'importants articles, ainsi que de brillantes notes de lecture, dont l'impact méthodologique s'est fait encore sentir après sa mort, et jusqu'à aujourd'hui.. La plupart des comptes rendus de lecture qu'il publie dans les années 1930 dans cette revue mentionnent son point de vue critique sur l'actualité, notamment les agissements de la dictature hitlérienne.
Face à la montée des périls (années 1930)
alt=Photo en noir et blanc de Vidal et Bloch, portant chacun un enfant sur ses épaules.|droite|vignette|Marc Bloch avec Simonne Vidal et leurs deux plus jeunes enfants au début des années 1930. En 1934, inquiet devant l'évolution de la situation en Allemagne, gouvernée depuis janvier 1933 par le régime nazi violemment antisémite de Hitler, mais aussi en France (journée du 6 février 1934), il signe le manifeste inaugural du Comité de vigilance des intellectuels antifascistesFlorian Mazel et Yann Potin, Marc Bloch. L'histoire en résistance, Paris, Le Seuil, 2026. auquel il adhère. Il signe de nombreux appels ou manifestes en faveur d'une politique plus sociale ou contre les menées militaires des régimes fascistes.
Professeur à Paris (1936-1939) En 1936, il succède à Henri Hauser à la Sorbonne en tant que maître de conférences en histoire économique, puis, en 1937, en tant que professeur doté d'une chaire d'histoire économiqueDossier de professeur conservé aux Archives nationales dans le fonds du rectorat de Paris sous la cote AJ/16/5876 (voir la notice sur ce fonds dans la Salle des inventaires virtuelle des Archives nationales..
En 1939 paraît la première partie de son livre La Société féodale (La formation des liens de dépendance), dans la collection L'Évolution de l'humanité, dirigée par Henri Berr (1863-1954), fondateur de la Revue de synthèse (1900) et du Centre international de synthèse (1925), partisan de l'interdisciplinarité dans les sciences humaines. La seconde partie (Les classes et le gouvernement des hommes) parait en 1940.
Un historien dans la guerre et sous l'occupation