thumb|Portraits de Marx, Engels, Lénine et Staline lors d'un défilé en République démocratique allemande, en 1953.|280x280pxLe marxisme-léninisme est un courant politique communiste qui se réclame d’une continuité entre la pensée de Karl Marx et Friedrich Engels et les apports théoriques et stratégiques de Lénine. Apparue après la mort de ce dernier, l’expression s’impose progressivement comme doctrine officielle de l’Union soviétique et comme ligne dominante d’une grande partie du mouvement communiste international, notamment parmi les partis liés d'abord à l’Internationale communiste.

Le terme désigne à la fois une lecture du marxisme à partir de Lénine et une codification doctrinale élaborée dans le contexte soviétique, en particulier sous Joseph Staline. Après 1945, il devient une référence majeure pour plusieurs États socialistes, tout en connaissant diverses adaptations nationales, notamment dans le bloc de l’Est, en Chine, en république populaire socialiste d’Albanie, au Vietnam ou à Cuba.

Le marxisme-léninisme demeure aujourd’hui revendiqué par certaines organisations politiques dans de nombreux pays. Il a toutefois été contesté par d’autres courants marxistes, notamment le trotskisme, le communisme de conseils, le communisme de gauche et certaines formes de marxisme libertaire, en particulier sur les questions du parti, de l’État socialiste et de la dictature du prolétariat.

Origines et signification de l'expression thumb|Portrait de Staline par Isaak Brodsky.|285x285px Après la mort de Lénine en janvier 1924, les dirigeants du Parti communiste russe (bolcheviks) - PCR(b) s’emploient à intégrer son apport théorique au marxisme, en le systématisant progressivement sous la forme d’une doctrine politique codifiée; le léninisme. Dès l'été 1924, l'Internationale communiste utilise le terme « propagande du marxisme-léninisme » pour désigner la théorie qui doit être enseignée au sein du mouvement communiste.

L’une des étapes décisives dans la formation du marxisme-léninisme comme doctrine officielle est la codification du léninisme par Staline. Les Principes du léninisme, une série de conférences données par Joseph Staline en 1924, à l'université Sverdlov, dont le texte, clair et accessible à un large public, est ensuite recueilli dans une brochure largement diffuséethumb|Monument à l'effigie de Lénine, à Minsk.|gaucheLe marxisme-léninisme ne fait pas simplement référence à l'addition des idées distinctes de de Karl Marx, Friedrich Engels et de Lénine, mais à un courant politique formé au terme d'un processus de synthèse, de codification et d’institutionnalisation. Le marxisme-léninisme repose sur les fondements philosophiques et historiques élaborés par Karl Marx et Friedrich Engels, mais prend ses caractéristiques propres dans la théorie et la pratique révolutionnaires de V. I. Lénine. L’expression en vient ainsi à désigner l’idéologie officielle de l’Union soviétique et, par extension, celle d’une grande partie du mouvement communiste international au XXe siècle.

Les conceptions de Lénine s'étaient déjà imposées à l'ensemble des partis composant l'Internationale communiste, au détriment des approches dites comme le communisme de conseils, les autres courants communistes étant exclus ; le léninisme est désormais élevé au rang de doctrine codifiée. Les schémas d'analyse marxistes, le matérialisme historique et le matérialisme dialectique sont résumés de manière sommaire. Staline publie ensuite d'autres ouvrages : le Précis d'Histoire du Parti communiste (bolchevik) de l'URSS, réécriture à son profit de l'histoire du mouvement, et Les Questions du léninisme, recueil de textes régulièrement réédité et augmenté de ses réflexions sur les problèmes d'actualité.

La théorie léniniste de l’impérialisme joue également un rôle central dans la formation du marxisme-léninisme. Elle permet de lier la lutte du prolétariat des pays industrialisés aux luttes des masses laborieuses et paysannes des pays dominés, ce qui donne au marxisme-léninisme une portée internationale adaptée aux sociétés coloniales ou semi-coloniales.

Principes Le marxisme-léninisme se présente comme un développement du marxisme dans les conditions historiques ouvertes par l’impérialisme, les guerres mondiales, les révolutions du XXe siècle et la formation des partis communistes. Il reprend plusieurs concepts du marxisme, notamment la lutte des classes, la dictature du prolétariat et la critique du capitalisme, mais leur donne une formulation politique et stratégique particulière, centrée sur le rôle du parti communiste, la conquête du pouvoir d’État, l’anti-impérialisme et la construction du socialisme.

Le marxisme à l’époque de l’impérialisme

Le marxisme-léninisme définit l’impérialisme comme le stade historique du capitalisme dans lequel les monopoles, le capital financier, les rivalités entre grandes puissances et la domination coloniale jouent un rôle central. Dans cette perspective, la révolution socialiste n’est plus pensée seulement dans le cadre des pays capitalistes les plus industrialisés, mais dans un système mondial marqué par des contradictions entre puissances impérialistes, États dépendants, colonies et peuples dominés.

Dans Les Principes du léninisme, Staline présente le léninisme comme le marxisme de l’époque de l’impérialisme et de la révolution prolétarienne. Cette définition sert à distinguer le marxisme-léninisme du marxisme de la Deuxième Internationale, accusé par les communistes d’avoir évolué vers le réformisme et le parlementarisme.

Le parti d’avant-garde et le centralisme démocratique Lénine juge, dans la brochure Que faire ? (1902), que la révolution a vocation à être organisée en Russie par un parti strictement hiérarchisé et organisé, composé de de l'action politique. Ces derniers constitueraient l' de la classe ouvrière : les ouvriers n'ayant pas un sens inné de la conscience de classe et de la théorie révolutionnaire, il appartiendra au parti de la leur apporter, et de susciter la lutte des classes. Lénine préconise l'organisation du parti selon le principe du centralisme démocratique, qu'il définit comme l'alliance de la et de l', et qui implique en pratique que les militants observent de manière stricte les consignes d'action, dès lors que celles-ci ont été débattues et décidées au sein des organes de direction du parti.

La conception léniniste du parti d’avant-garde s’inscrit dans le contexte de la scission de la social-démocratie russe après l’échec de la révolution de 1905. Les mencheviks estimaient que la Russie devait d’abord traverser les étapes du développement capitaliste avant qu’une révolution prolétarienne soit possible, tandis que les bolcheviks, sous la direction de Lénine, soutenaient qu’un parti révolutionnaire discipliné pouvait conquérir le pouvoir au nom du prolétariat.

En 1921, Lénine fait voter, lors du congrès du Parti communiste, une résolution selon laquelle . Alors que Marx n'avait jamais rien écrit de tel, la conception léniniste du rôle dirigeant du Parti est par conséquent élevée au rang d'élément de la « pensée marxiste », consacrant dans les faits le régime du parti unique.

La dictature du prolétariat et l’État de transition Lénine, qui se considère comme un marxiste orthodoxe, reprend les grilles d'analyse de l'économie marxiste et du matérialisme historique, tout en adaptant les concepts marxistes au contexte particulier de la Russie. Dans L'État et la Révolution, rédigé durant la révolution russe, il aborde la question de l'État et du gouvernement sous la dictature du prolétariat, phase qu'il identifie à celle de la socialisation de la force du travail. Après le renversement du capitalisme par le biais d'une révolution violente, les moyens de production passeront sous un régime de propriété sociale, c'est-à-dire sous contrôle de l'État, ce qui correspond selon Lénine au stade du , c'est-à-dire du collectivisme économique, ce qui serait la phase de la société communiste. Après ce stade, dont Lénine ne précise pas la durée, l'État disparaîtra progressivement de lui-même, pour aboutir finalement à la phase , soit celle de la société sans classes et du communisme intégral, le mot étant ici entendu au sens d'organisation sociale égalitaire, sans État ni propriété privéeAndré Piettre, Marx et marxisme, Presses universitaires de France, 1966, Vladimir Ilitch Lénine, L'État et la Révolution, Gonthier, 1964, .

Lénine, tout en prônant la mise en place d'un régime démocratique, se positionne à l'encontre de la démocratie parlementaire et ignore la notion de pluralisme. La révolution d'Octobre, officiellement réalisée au nom des Soviets (conseils ouvriers censés détenir le pouvoir), se solde par un pouvoir sans partage du Parti communiste, dont le Politburo constitue le véritable gouvernement de la Russie soviétique.

L’alliance ouvrière-paysanne Le marxisme-léninisme accorde une importance stratégique à l’alliance entre la classe ouvrière et la paysannerie. Cette question occupe une place particulière dans les pays où le prolétariat industriel est minoritaire et où la majorité de la population est paysanne.

Dans la conception léniniste, la classe ouvrière doit diriger la révolution, mais elle ne peut conquérir et conserver le pouvoir sans gagner l’appui des masses paysannes. L’alliance ouvrière-paysanne devient donc une condition de la révolution démocratique, de la révolution socialiste et de la consolidation du pouvoir révolutionnaire.

Ce principe distingue le marxisme-léninisme des lectures du marxisme centrées principalement sur les sociétés capitalistes industrialisées d’Europe occidentale.

La question nationale, coloniale et anti-impérialiste vignette|Fidel Castro et ses combatants dans Sierra Maestra en décembre 1958 Le marxisme-léninisme intègre les luttes nationales et coloniales à la stratégie de la révolution mondiale. Les mouvements de libération nationale sont analysés comme des forces pouvant affaiblir l’impérialisme et modifier le rapport de force international en faveur du socialisme.

Cette conception ne signifie pas un soutien indifférencié à tout nationalisme. Dans la doctrine marxiste-léniniste, l’appui aux mouvements nationaux dépend de leur rapport à l’impérialisme, à la lutte des classes et à la perspective révolutionnaire. Les luttes des peuples colonisés ou dominés sont ainsi considérées comme des composantes possibles du front mondial contre l’impérialisme.

Cette place accordée aux questions coloniale et nationale devient l’un des traits les plus caractéristiques du marxisme-léninisme au XXe siècle, notamment dans les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

La stratégie et la tactique révolutionnaires Le marxisme-léninisme se présente aussi comme une doctrine de stratégie politique. Il insiste sur la nécessité d’une analyse concrète de la situation concrète, c’est-à-dire d’une évaluation des rapports de force, des classes en présence, du rôle de l’État, des contradictions principales et secondaires, ainsi que des possibilités d’alliance.

Cette conception accorde une importance particulière aux mots d’ordre, aux étapes de la lutte, au rapport entre action légale et illégale, entre activité parlementaire et extra-parlementaire, et entre luttes économiques, politiques et idéologiques.

La stratégie marxiste-léniniste vise ainsi non seulement à interpréter la société capitaliste, mais à organiser la conquête, l’exercice et la défense du pouvoir politique.

La construction du socialisme Après la prise du pouvoir, le marxisme-léninisme affirme la possibilité de construire le socialisme sous la direction d’un État contrôlé par le parti communiste. Cette construction repose généralement sur la nationalisation des principaux moyens de production, la planification économique, l’industrialisation, la collectivisation ou socialisation progressive de l’économie, ainsi que la transformation des rapports sociaux hérités du capitalisme.