Le territoire du Groenland est situé entre l'océan Arctique et l'océan Atlantique nord, à l'extrémité nord-est de l'Amérique du Nord. Il s'agit de la plus vaste île non continentale du mondeL'Australie, plus vaste que le Groenland, est aujourd'hui considérée comme un continent plutôt qu'une île, notamment pour des raisons géologiques., bordée par plus d'une centaine d'îles de superficie moindre. La majorité du territoire est occupée par l'inlandsis du Groenland, seconde plus grande masse de glace sur Terre après celui de l'Antarctique.

Archipel administré par le royaume de Danemark, sa seule frontière terrestre est établie avec le Canada et localisée sur l'île Hans (en groenlandais : Tartupaluk), rocher inhabité situé dans le canal Kennedy au nord-ouest de ses côtes. La population du territoire groenlandais est de en 2024, faisant de lui l'un des territoires les moins densément peuplés de la planète. Elle est composée majoritairement par les Inuits, et la principale langue parlée y est le groenlandais.

Sa géologie est très ancienne, impliquant la formation d'un bouclier au Précambrien, il y a près de d'années. Les bassins sédimentaires et la formation d'une calotte glaciaire continentale durant le Pléistocène lui ont donné sa forme actuelle. L'inlandsis subit une perte de masse consécutive au réchauffement de la région arctique, entrainant des conséquences pour le milieu marin, et modifiant le niveau des océans.

A l'intérieur des terres, la calotte glaciaire permet l'existence d'un climat d'inlandsis, l'un des plus froids sur Terre. Le littoral a un climat polaire à subpolaire, ayant permis le développement de la toundra sur certaines surfaces libres de glace.

Géographie physique

Géographie terrestre

Localisation Le Groenland est situé entre l'océan Arctique et le nord de l'océan Atlantique. Presque entièrement compris dans le cercle polaire Arctique, sa nature insulaire et sa proximité avec le continent américain le rendent bordier de nombreuses mers et détroits. Son littoral sud-ouest baigne la mer du Labrador, qui le sépare du Labrador sur de distance parallèle et de longueur méridienne. Plus au nord, ses côtes atteignent le détroit de Davis, bras de mer voisin de l'île de Baffin, plus grande île du Nunavut et du Canada. Cette baie se prolonge par le détroit de Nares, séparant son littoral nord-ouest de l'île d'Ellesmere. Au nord, la mer de Lincoln s'étend depuis le cap Bryant jusqu'au cap Morris Jesup, extrémité septentrionale du Groenland. La mer du Groenland sépare son littoral nord-est du Svalbard, tandis qu'après le cap Nordostrundingen au sud-est, l'Islande en est éloignée par le détroit du Danemark. Une portion de l'océan Atlantique s'y étire ensuite jusqu'au cap Farvel, son point le plus méridional.

Superficie Sa superficie terrestre totale est de , comparable à celle du plateau tibétain, et s'étire sur du nord au sud. La couverture glaciaire étant évaluée à en 2025, l'île principale et les îles périphériques sont couvertes à près de 85 % de glace. La zone économique exclusive du pays a une superficie de . vignette|293x293px|Vue aérienne de Nunataks dépassant de l'inlandsis sur la côte orientale du Groenland.

La projection Mercator, notamment utilisée en navigation pour sa conservation des angles, a toutefois pour effet d'augmenter la superficie des territoires proches des pôles. Celle du Groenland se trouve donc surévaluée dans cette projection .

Topographie L'altitude du territoire est très variable : elle s'élève de façon spectaculaire entre le littoral, généralement au niveau de la mer, et l'intérieur, atteignant en moyenne dans la région centre-est. Point culminant du Groenland, le Mont Gunnbjörn s'élève à et est située sur la côte est, dans la chaine de Watkins qui regroupe les plus hauts sommets du territoire. Les chaines de montagne sont partiellement ou totalement recouvertes par la glace.

En 2005, le Groenland compte au total huit sommets de plus de , dont les deux plus hauts après le Gunnbjörn sont le Mont Forel () et le (). Sur le territoire sont présents soixante sommets de plus de .

Cryosphère

Inlandsis et glaciers

La surface du Groenland est principalement constituée de glace. Celle-ci n'est pas présente qu'en surface, mais également en profondeurL'épaisseur moyenne de la glace de l'inlandsis est supérieure à . Encyclopaedia Britannica. 1999 ., matérialisant une calotte glaciaire qui en raison de ses dimensions importantes est appelée inlandsis. L'ensemble du volume occupé par la glace est évalué à 2,93 millions de km³ en 2001. Elle est présente de manière contigüe sur la majorité du territoire, bien que le littoral comporte des calottes périphériques séparés de la calotte principale ; parmi elles figurent la Flade Isblink (Terre du Prince héritier Christian), la Gungnir (Terre d'Odin) et la Hans Tausen avec ses nombreux glaciers (Terre de Peary). gauche|vignette|410x410px|Recul du glacier d'Helheim au Groenland. alt=Taux de variation d'altitude moyens de l'inlandsis calculés à partir des données de CryoSat-2 et ICESat-2 entre 2018 et 2022.|vignette|253x253px|Taux de variation d'altitude moyens de l'inlandsis calculés à partir des données de CryoSat-2 et ICESat-2 entre 2018 et 2022 (altimétrie laser et radar).|gauche

Perte de masse glaciaire

L'inlandsis du Groenland et sa calotte glaciaire périphérique perdent progressivement de la masse, à un rythme qui ne cesse de croître depuis plusieurs décennies. Le réchauffement de la région arctique, initié par un changement climatique d'origine anthropique, en est à l'origine ; celui-ci a notamment entraîné une augmentation mondiale du volume annuel d'eau douce déversée par les glaciers durant les dernières décennies précédant 2020. La masse perdue continuera d'augmenter dans la majeure partie des régions arctiques au moins jusqu'au milieu du XXIe siècle.

Différentes méthodes sont utilisées pour quantifier l'évolution de la perte de masse de l'inlandsis. Les différences d'altitude (distance verticale entre le sol et un satellite) peuvent être évaluées par altimétrie radar ou laser, et par photogramétrie orbitale (SPOT) ; à grande échelle, les deux modes d'altimétrie ont une précision comparable pour quantifier la fonte de surface, et sont considérés comme fiables. Ensuite, l'interférométrie radar (InSAR) exploite des différences de phase, permettant en particulier d'évaluer le flux glaciaire. La gravimétrie spatiale utilise quant à elle une formation de satellites, en déduisant de leur distance relative les variations locales du champ gravitationnel terrestre. Ce sont ces variations qui permettent d'évaluer la perte de masse, avec une résolution spatiale d'environ 300 à 400 kmLa gravimétrie permet des bilans de masse fiables à l'échelle de l'inlandsis, mais beaucoup moins à l'échelle d'un glacier individuel.. Des prélèvements localisés et directs par les glaciologues peuvent enfin confirmer les données satellitaires, et les mesures sont utilisées de manière complémentaires à une modélisation physique du système glaciaire. Ayant débuté à partir des années 1980, la perte de masse glaciaire résulte à la fois d'une fonte des glaces de surface sur l'ensemble de la calotte, et surtout de l'accélération de la dynamique glaciaire (la masse de glace se déplace alors vers l'aval du glacier)Les glaciers marins sont responsable de 66 % de la perte totale de masse de glace du Groenland entre 1976 et 2022. . Cette accélération est d'une part engendrée par le recul de la ligne d'échouage, induit par les effets cumulés de l'amincissement de la glace sur les basses altitudes, de la fonte océanique et de l'intensification progressive du vêlage. D'autre part, l'augmentation en température des eaux souterraines lié à un transfert accru de chaleur de l'océan Atlantique Nord vers les fjords, ainsi que l'augmentation du débit d'eau de fonte sous-glaciaire en résultant, amplifient l'érosion au niveau des fronts océaniques et la vitesse de glissement basal des glaciers émissaires. L'ensemble de ces facteurs entraîne selon toute vraisemblance un recul généralisé de la glace au Groenland. Celui-ci n'est que très légèrement compensé par l'augmentation des chutes de neige. alt=Plusieurs glaciers s'écoulant à travers une vallée, capturés par le satellite Earth Observing-1 de la NASA en 2009.|gauche|vignette|317x317px|Plusieurs glaciers s'écoulant à travers une vallée dans l'ouest du Groenland, capturés par le satellite Earth Observing-1 de la NASA en 2009.

Le flux relatif d'eau douce vers la mer d'Irminger, provenant à la fois du ruissellement et des précipitations, a atteint 50% d'augmentation cumulée sur les vingt années précédant 2010 (pour un débit cumulé absolu de 1500 ± 154 km³). Une reconstitution du bilan de masse glaciaire total au Groenland (combinant épaisseur, élévation de surface, dynamique glaciaire et bilan de masse de surface), indique un bilan positif de 1972 à 1980, la glace s'étant accumulée à hauteur de 47 ± 21 milliards de tonnes par année (Gt/a) sur l'inlandsis. L'ablation (perte) glaciaire atteint cependant 80 ± 6 Gt/a en moyenne durant chaque décennie passée cette date.

Impact de l'écoulement glaciaire sur le milieu biologique Au sein des régions arctiques et subarctiques, la majorité de l'eau de fonte issue des masses de glace se déverse dans l'océan à travers les fjords. Elle est principalement constituée d'eau douce, à laquelle viennent s'ajouter des charges sédimentaires (libérées via l'abrasion de la glace par la roche), des composants inorganique agissant parfois comme des nutriments, et dans une moindre mesure de la matière organique dissoute ou particulaire. Son écoulement affecte directement l'écosystème situé en aval, et ce différemment selon la configuration glaciaire. Le volume de solutés exportés depuis la calotte glaciaire jusqu'aux régions côtières du Groenland est susceptible d'augmenter à mesure de sa fonte progressive.

alt=Un écoulement de glace sur l'inlandsis (Jeremy Harbeck, NASA).|vignette|395x395px|Un écoulement de glace sur l'inlandsis (Jeremy Harbeck, NASA). |gauchePour les glaciers se jetant dans la mer, le ruissellement est une source importante de nutriments pour les écosystèmes présents dans les estuaires, contribuant à hauteur d'un cinquième de leur métabolisme. Les flux verticaux accrus de macronutriments, et leur métabolisation rendue plus simple par des concentrations plus élevées en composants inorganiques dans l'eau contenant les sédiments en suspension, tels que l'acide silicique et le fer dissous, sont responsables de la prolifération du phytoplancton durant l'ensemble de la saison de fonte. La métabolisation de la matière organique est d'autant plus facilement réalisée par des organismes aquatiques lorsque cette matière est jeune et peu altérée, induisant une prépondérance des eaux de fontes nouvelles dans le développement de la production primaire. Pour les glaciers terrestres des régions côtières semi-fermées, les écoulements glaciaires estivaux contribuent à stratifier la colonne d'eau dans les fjords en aval, du fait d'importants apports en particules lithogéniques, et produisent ainsi une couche superficielle pauvre en nutriments, qui réduit localement la production primaire et repousse la biomasse phytoplanctonique vers les profondeurs. Les panaches de sédiments en suspension, lieux d'une forte turbidité, réduisent la disponibilité lumineuse indispensable à la photosynthèse par le phytoplancton, contribuant également à cette diminution. Pour ces raisons, la production primaire dans les fjords glaciaires arctiques sans glaciers marins est généralement faible comparée à d'autres environnements côtiers.