Les Antonins sont les membres de la famille impériale d'empereurs romains qui ont régné entre 96 et 192

Les cinq premiers empereurs Antonins sont entrés dans l'histoire sous le nom des « Cinq bons empereurs », expression inventée en 1503 par le penseur humaniste Machiavel dans les Discours sur la première décade de Tite-Live, et reprise dans l’ouvrage Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain de l'historien Edward Gibbon en 1776. Il s'agit de plusieurs ensembles familiaux distincts, mêlant alliances matrimoniales complexes et adoptions. La désignation de son fils Commode comme héritier par Marc Aurèle fut considérée comme un choix malheureux et comme le début du déclin de l'Empire. Avec l'assassinat de Commode en 192, la dynastie des Antonins prit fin. Elle fut suivie d'une brève période de troubles connue sous le nom d'« Année des cinq empereurs », qui s'acheva par l'avènement de la nouvelle dynastie des Sévères.

Caractéristiques de la dynastie Le terme « antonin » provient non pas du premier membre de la dynastie mais d'Antonin le Pieux. Si l'on a retenu cet adjectif pour qualifier l'ensemble des empereurs, c'est parce que le règne d'Antonin est l'exemple même et la synthèse de toutes les qualités des différents règnes.

La première des caractéristiques de cette dynastie, particularité exceptionnelle qui assura la continuité du pouvoir durant quatre-vingt-quatre ans, est le choix par l'empereur régnant, de son vivant, de son successeur. Ni Nerva ni Trajan ni Hadrien n'eurent de fils, le trône échut donc à chaque fois non pas à un héritier dynastique mais à l'homme que l'empereur considérait comme le plus à même de régner après lui. Mal considéré après le règne sanglant de Domitien qui avait succédé, après le règne de son frère Titus, à son père Vespasien, le principe d'hérédité fut totalement battu en brèche durant ces cinq premiers règnes. Seul Marc Aurèle destina son fils Commode au trône.

On peut donc légitimement se demander si le principe du choix du successeur parmi les plus capables ne fut pas utilisé par défaut, parce que, fait exceptionnel, quatre empereurs de suite n'eurent pas d'enfant mâle en vie à leur avènement. Des reconstitutions prosopographiques récentes, telles celles de François Chausson, ont battu pareillement en brèche le thème antonin de propagande du « choix du plus digne » : les Antonins étaient en réalité déjà apparentés par le sang avant l'adoption, et celui qu'adoptait l'empereur régnant était son plus proche héritier mâle. L'Empire restait, comme sous les Julio-Claudiens, les Flaviens ou les Sévères, un bien patrimonial à léguer au parent le moins éloigné. Marc-Aurèle ne fit qu'obéir à cette logique séculaire et non à la « faiblesse » paternelle traditionnellement invoquée lorsqu'il associa son fils Commode au trône.

Cela n'oblitère pas le fait qu'ils furent choisis pour leurs qualités et non simplement du fait de leur origine familiale, par leurs prédécesseurs, aussi capables qu'eux.

Une autre idée reçue est souvent utilisée pour donner aux Antonins des signes d'âge d'or, c'est la relative absence de complots et de luttes politiques à l'intérieur de la dynastie, que l'on compare souvent avec les intrigues constantes des Julio-Claudiens. En réalité, l'adoption de Trajan qui vit s'affronter plusieurs factions dans l'entourage de Nerva, les dernières années d'Hadrien où celui-ci est tiraillé entre ses différents neveux pour sa succession, l'usurpation d'Avidius Cassius, etc., nous montrent que les intrigues et les tentatives de coup d'État sont plus nombreuses qu'il n'y paraît.

Les historiens contemporains sont de plus en plus nombreux à considérer les Antonins, comme des empereurs qui se plaçaient en continuité politique des Julio-Claudiens et des Flaviens, et non comme des « bons empereurs », terme et concept inventé et fantasmé par Gibbon et beaucoup de ses successeurs. Les pratiques autocratiques de leurs prédécesseurs s'accentuent et se renforcent; divinisation des membres de la famille impériale (domus augusta), promotions à de hautes fonctions de chevaliers et de sénateurs homo novi loyaux en contrepartie d'une aristocratie jalouse et surveillée, pratiques de la censure perpétuelle à l'encontre du sénat, par les procédures adlectio inter praetores (admission parmi les préteurs) et adlectio inter patricio (admission parmi les patriciens).

Réalisations en politique extérieure Caractères généraux de l'armée romaine sous les Antonins Héritière de l'armée créée par Auguste, l'armée romaine sous les Antonins est un outil très efficace qui remplit ses missions avec succès, malgré des effectifs réduits.

L'armée est composée avant les guerres danubiennes de Marc Aurèle de , chiffre proche de celui de l'armée augustéenne, ce qui traduit selon Paul Petit un souci de stabilité. En prenant en compte les corps auxiliaires, cela donne environ pour une frontière d'environ au total (densité moyenne : ). Les effectifs pour un territoire si étendu sont excessivement faibles. Plus grave peut-être, il n'y a qu'une seule légion en arrière des frontières : les réserves stratégiques de l'Empire, ce sont à cette époque les de la VII Gemina basée en Tarraconaise (nord de l'Espagne).

Pourtant, on estime que ces représentent 0,85 % de la population libre et entre 3 et 4 % des citoyens. Ces chiffres sont impressionnants, car il ne faut pas oublier que ces font partie de l'armée régulière et permanente. Pour donner un ordre de grandeur, cela représenterait aujourd'hui environ en France , suivant que l'on prend le pourcentage de la population libre ou celui des citoyens , en 2007 et hors réservistes, ).

Ce que cette armée ne peut faire avec le nombre (les soldats sont dispersés aux frontières), elle le fait avec la qualité.

Les soldats sont en effet des professionnels volontaires. Les sous-officiers sont pareillement des soldats de métier et, si le corps des officiers supérieurs n'est pas encore professionnel, une plus grande attention est portée au choix des tribuns militaires et des légats (sous Hadrien notamment). Cette époque voit toutefois un phénomène déjà ancien prendre de l'ampleur : la régionalisation des armées, recrutées sur le lieu où elles sont cantonnées. Certains engagés sont également des fils de soldats (). Ces facteurs accentuent les disparités entre les différentes armées romaines, qui, au siècle suivant, seront source de problèmes importants. Seule exception à cette constatation : les corps auxiliaires sont eux cantonnés loin de leurs foyers.

L'armée romaine de cette époque est en effet divisée en deux grands corps : d'un côté les légions, de l'autre les corps auxiliaires. Ces derniers sont organisés en cohortes de , en aile de cavalerie de , recrutées de manière exclusivement régionale, mais combattant à la romaine et sous commandement romain. Les soldats sont des pérégrins et obtiennent au bout de la citoyenneté romaine.

À côté des auxiliaires, de nouvelles unités « barbares » font leur apparition sous Hadrien : les numeri (numerus au singulier). Ce sont des unités militaires qui combattent cette fois sous commandement indigène, qui conservent leurs propres dieux, leur langue, et ne reçoivent généralement pas le droit de cité après leur engagement. Leur nombre est toutefois réduit.

Les opérations militaires liées à la politique défensive de l'Empire à partir d'Hadrien nécessitent une modification de l'utilisation des légions : au lieu de manœuvrer toute une légion, méthode lourde, on préfère détacher des groupes : ce sont les vexillationes (ou « vexillations », c'est-à-dire détachements en français). Il y en a autant dans les légions que dans les corps auxiliaires. Ces détachements sont commandés par des ( au singulier). Leurs missions sont temporaires.

Les dernières flammes d'une politique offensive Depuis la deuxième guerre punique, Rome n'a cessé d'étendre son territoire, conquérant la Gaule, l'Égypte, la Bretagne Cette politique expansive diminua lentement durant les Julio-Claudiens, et les Flaviens, sans jamais cesser (annexion des États-clients augustéens, annexion de la Bretagne par exemple).

Sous Trajan, l'Empire connut ses deux dernières campagnes de conquête et d'annexion de grande envergure , la politique de l'Empire resta défensive jusqu'à la fin. C'est pourquoi d'ailleurs on considère souvent Trajan comme le dernier grand conquérant de l'Antiquité romaine.

Conquérant, il le fut assurément, mais comme le soulignait Pline le Jeune, « il ne craignait pas la guerre mais ne la cherchait pas ».

Les guerres daciques

En le roi dace Décébale, vaincu déjà par Domitien, réarmait en nouant des alliances avec les Roxolans et les Bures. Trajan réagit rapidement en prenant la tête d'une douzaine de légions (sur un total de 28, ce qui est appréciable). La guerre fut rapide, et Décébale, vaincu, abandonna le Banat et dut raser ses forteresses.

En , Décébale attaqua le Banat afin de le reprendre. C'est la deuxième guerre dacique, qui est bien plus difficile que la première. À la fin de cette campagne, Décébale s'est suicidé et Trajan annexe la Dacie. En plus de mettre la main sur les mines d'or du pays, il offre à l'Empire un avant-poste en Europe centrale à une époque où les tout premiers remous des grandes migrations commencent à se faire légèrement sentir. La Dacie heureuse, bien défendue, constituait une protection très intéressante des deux Mésies et des deux Pannonies (l'inférieure et la supérieure). Trajan savait peut-être qu'au cœur de l'Europe des peuples (Goths, Suèves) s'agitaient ; mais qu'il le sût ou non n'enlève rien au bien-fondé de cette annexion.

L'annexion de l'Arabie Pétrée et la guerre parthique Depuis l'annexion définitive du royaume de Judée en , une mince bande territoriale reliait la nouvelle province de Judée et celle d'Égypte. Le royaume nabatéen d'Arabie menaçait par sa position géographique en coin cette ligne de communication vitale. De plus, les Nabatéens, peuple de Bédouins caravaniers, servaient aux marchands romains d'intermédiaire avec la mer Rouge, et prenaient au passage évidemment une commission. Ces deux raisons convainquent Trajan de conquérir le royaume d'Arabie. Il charge Cornelius Palma, l'un de ses meilleurs généraux, qui était le légat de Syrie, d'annexer ce royaume, ce qui est fait sans grande résistance en ; la province d'Arabie est créée.

C'est ensuite que Trajan commença les préparatifs de sa grande guerre parthique, qui devait sûrement dans son esprit être un dépassement des exploits d'Alexandre le Grand en même temps qu'une façon de créer un glacis sur les frontières orientales de l'Empire romain, destruction de l'Empire parthe qui depuis le compromis conclu avec Néron n'avait pourtant pas été dangereux. Il concentre de nombreux soldats en Cappadoce, dépêche des envoyés (Pline le Jeune légat impérial à pouvoir consulaire en Bithynie, province qui était pourtant sénatoriale) afin d'assurer la préparation de son offensive, modifie l'organisation administrative des territoires qui vont être engagés dans la guerre (la grande Cappadoce est divisée en Galatie dépourvue de soldats, et Cappadoce, base de l'offensive).