La guerre du Golfe est un conflit qui oppose, du au , l'Irak à une coalition de 35 États dirigée par les États-Unis à la suite de l'invasion du Koweït par l'Irak. La guerre est divisée en deux phases : l'opération Bouclier du désert (en anglais Desert Shield), du au , au cours de laquelle les troupes se renforcent et défendent l'Arabie saoudite, et l'opération Tempête du désert (en anglais Desert Storm), du au , phase de combat qui commence avec un bombardement aérien et naval, suivi d'un assaut terrestre et qui se termine par la victoire des forces de la coalition qui parviennent à repousser l'armée irakienne hors du Koweït et à avancer en Irak. La coalition cesse sa progression et déclare un cessez-le-feu de 98 heures après le début de la campagne terrestre. Au cours de la guerre, les combats sont limités à l'Irak, au Koweït et à des zones situées le long de la frontière avec l'Arabie saoudite ; l'Irak lance des missiles Scud contre des cibles militaires de la coalition en Arabie saoudite et contre Israël.
La guerre du Golfe est aussi connue sous d'autres noms, comme la première guerre du golfe Persique, la première guerre du Golfe, la guerre du Koweït, la première guerre d'Irak, ou tout simplement « guerre d'Irak » jusqu'à ce que le terme fasse référence à la guerre de 2003. Pourtant, il y eut peu de combats dans le golfe Persique en 1991, et le surnom de ce conflit convient mieux à la guerre Iran-Irak qui avait été surnommée en son temps la « guerre du Golfe ».
Ce conflit est marqué par la mise en place d'émissions télévisées en direct depuis le front, principalement par le réseau américain CNN. La guerre gagne également le surnom de « guerre de jeu vidéo » après la diffusion quotidienne d'images provenant de caméras installées à bord des bombardiers américains au cours de l'opération Tempête du Désert.
Origines du conflit
Rapprochement américano-irakien thumb|left|Donald Rumsfeld, en tant qu'envoyé spécial américain au Moyen-Orient, rencontre Saddam Hussein les 19 et 20 décembre 1983. Depuis la révolution de 1958, l'Irak était allié à l'Union soviétique et il y avait des désaccords entre le pays et les États-Unis. Ces derniers étaient préoccupés par la position de l'Irak dans le conflit israélo-palestinien et désapprouvaient le soutien qu'il apportait à de nombreux activistes arabes, comme Abou Nidal. Ils avaient inscrit l'Irak sur la liste des États soutenant le terrorisme, le . Les États-Unis étaient restés officiellement neutres après l'invasion de l'Iran par l'Irak en 1980, devenue la guerre Iran-Irak, bien qu'ils aient fourni des ressources, un soutien politique et quelques avions « non militaires » à l'Irak.
En , l'Iran lance une fructueuse contre-offensive (opération Victoire indéniable) et les États-Unis intensifient le soutien qu'ils apportent à l'Irak afin d'empêcher sa défaite. Dans une tentative d'établir des relations diplomatiques complètes, l'Irak est retiré de la liste américaine des États soutenant le terrorisme. Apparemment, cela était dû à l'amélioration de la teneur des écoutes du régime, bien que l'ancien assistant du secrétaire adjoint américain à la défense ait déclaré par la suite : « Personne n'avait de doutes sur le fait que [les Irakiens] continuaient à être impliqués dans le terrorisme... La vraie raison était de les aider à gagner la guerre contre l'Iran. ». Après des succès militaires de l'Irak et le refus de l'offre de paix par l'Iran en son mois de juillet, les achats d'armes par les belligérants atteignent un pic en 1982. Lorsque le président irakien Saddam Hussein expulse Abou Nidal vers la Syrie après que les États-Unis en ont fait la demande en , l'administration Reagan envoie Donald Rumsfeld rencontrer Saddam Hussein en tant qu'envoyé spécial et renoue des liens avec lui. Malgré le drame de la frégate américaine , attaquée par erreur par des avions irakiens le (37 marins tués), la coordination militaire entre l'Irak et les États-Unis se renforce jusqu'en 1988.
En , au moment où le cessez-le-feu avec l'Iran est signé, l'Irak est criblé de dettes et les tensions montent avec les pays proches. La majeure partie de cette dette est détenue par l'Arabie saoudite et le Koweït. L'Irak fait pression sur ces deux nations pour qu'elles effacent ses dettes, mais elles refusent.
Revendication irakienne sur le Koweït Le différend entre l'Irak et le Koweït implique également le fait que l'Irak revendique le Koweït comme territoire irakien légitime. Le Koweït faisait partie de la province ottomane de Bassora jusqu'à l'issue de la Première Guerre mondiale. La dynastie souveraine du Koweït, la famille al-Sabah, avait conclu un accord de protectorat en 1899, qui assignait la responsabilité de ses affaires étrangères au Royaume-Uni. En 1922, c'est le Royaume-Uni qui fixe la frontière entre les deux pays, rendant l'Irak pratiquement sans accès à la mer. Le Koweït rejette par la suite les tentatives irakiennes d'obtenir des dispositions complémentaires dans la région.
L'Irak se voulait déjà souverain du Koweït en 1958. Trois ans plus tard, le général Kassem revendiquait le « territoire koweïtien » comme partie intégrante de la « nation irakienne », juste après la pleine indépendance du Koweït, déclarée le grâce aux appuis britannique et arabe...
Endettement irakien et différend pétrolier L'Irak accuse aussi le Koweït de dépasser les quotas de production de pétrole fixés par l'OPEP. Afin que l'organisation maintienne son prix à le baril, une certaine discipline est nécessaire. Les Émirats arabes unis et le Koweït sont régulièrement en surproduction. Pour ce dernier, il s'agit en partie de réparer les pertes causées par les attaques iraniennes lors de la guerre Iran-Irak et de payer pour les pertes d'un scandale économique. Il en résulte une chute des prix, jusqu'à le baril, soit une perte de sept milliards de dollars par an pour l'Irak. Ce manque à gagner est équivalent à son déficit de la balance de paiements en 1989. Les revenus qui en résultent ne suffisent plus à subvenir aux besoins du gouvernement, et encore moins à réparer les infrastructures endommagées. La Jordanie et l'Irak souhaitent alors plus de discipline et obtiennent une petite victoire. Le gouvernement irakien décrit cela comme relevant d'une guerre économique, et considère que le Koweït a aggravé la situation avec des forages directionnels réalisés à travers la frontière, dans le gisement de Rumaila. À la même époque, Saddam Hussein cherche à tisser des liens étroits avec les États arabes qui ont soutenu l'Irak lors de la guerre. Il obtient le soutien des États-Unis, et pense que l'existence de liens avec des États du Golfe pro-occidentaux pourrait aider à amener et maintenir l'Irak dans la sphère d'influence des États-Unis.
L'énorme diminution des exportations de pétrole de ces deux pays de l'OPEP — Iran et Irak — représente autant de bénéfices pour l'Arabie saoudite et le Koweït, auprès desquels l'Irak est respectivement endetté à hauteur de de dollars américains et de de dollars. Saddam Hussein exige des deux pays arabes non seulement l'annulation de ces dettes, mais aussi un don d'une valeur égale, et menace de représailles armées en cas de désaccord. La reconversion de l'économie de guerre en économie de marché s’opère lentement en Irak. Une diminution du cours du baril de pétrole brut d'un seul dollar fait perdre un milliard de dollars par an. L'Irak produit environ de barils par jour à l'époque, soit environ un milliard de barils par an à l'Irak. Or le Koweït, qui restreint l'accès irakien au golfe Persique et a fortiori à la mer, produit de plus en plus de pétrole et ne respecte même pas ses quotas. L'ultime casus belli arrive lorsque le Koweït est accusé de forer du côté irakien de la frontière entre les deux pays.
Le , Saddam Hussein rencontre l'ambassadrice américaine à Bagdad, April Glaspie. Celle-ci, au courant des mouvements de troupes à la frontière (« nous constatons que vous avez amassé des troupes nombreuses à la frontière ») - décelés par satellites, aussi bien les officiels américains que français pensaient à une démonstration de force et ne pensaient réellement à une invasionL’amiral Jacques Lanxade a convoqué une réunion à l’Élysée où tous les experts présents avaient exclu l’éventualité d’une invasion irakienne du Koweït peu avant son déclenchement., lui a clairement indiqué que les États-Unis ne soutiendraient jamais la solution d’un contentieux territorial autrement que par des moyens pacifiques. Le président irakien ne peut donc tirer argument de cet entretien.
Mais certaines interprétations lui laissent entendre que les États-Unis n'interviendraient pas dans un conflit opposant deux pays arabes· Pour d'autres, Saddam Hussein « interpréta de travers l'approbation américaine à son projet de modification, par la force, de sa frontière avec le Koweït ; il y vit le feu vert pour s'en emparerNoam Chomsky dans La loi du plus fort. Mise au pas des États voyous, Le Serpent à Plumes, 2002, . ». Voici ce qu'April Glaspie déclara à Hussein :
Ce qui peut se traduire comme suit :
Le , une réunion de médiation est organisée à Djeddah sous les auspices du roi Fahd d'Arabie Saoudite, où le Koweit propose de compenser les pertes relatives au champ pétrolifère de Rumailah (fourniture de ) par jour, d’annuler complètement les dettes de guerre irakiennes, d’accorder un bail de sur les îles de Boubyan et Warda ainsi qu’un don de de dollars par an en contrepartie d’une reconnaissance définitive de la frontière entre l'Irak et le Koweït. L’Irak ayant refusé cette offre, la médiation échoue.. Le , l'armée irakienne envahit le Koweït en quelques heures. L'émir Jaber se réfugie à l'étranger.
Réaction à l'invasion du Koweït vignette|Champ de pétrole en feu durant l'opération Tempête du désert au Koweït. L'invasion du Koweït est condamnée par la communauté internationale qui vote la résolution 660 dès le , puis elle conduit à des sanctions économiques immédiates contre l'Irak. Le , « l'infirmière Nayirah » (appelée ainsi par les médias) témoigne devant une commission du Congrès des États-Unis, qui est retransmise à la télévision. Elle déclare notamment que . Après la guerre, il a été découvert que ce témoignage était entièrement faux, qu'il avait un objectif de propagande pour que l'opinion publique internationale contribue à ce qu'elle soutienne l'action militaire. La jeune fille, coachée selon certaines sources par Michael Deaver, ancien conseiller en communication de Ronald Reagan, s'appelait Nayirah al-Ṣabaḥ, et était la fille de l'ambassadeur du Koweït à Washington Saud bin Nasir Al-Sabah.. Le , la résolution 678 du Conseil de Sécurité des Nations unies autorise le recours à la force contre les forces irakiennes, si celles-ci n'ont pas évacué le Koweït au . Adoptée par 12 voix contre 2 (Cuba, Yémen) et 1 abstention (la Chine), c'est la première résolution de l'ONU à autoriser le recours à la force depuis la guerre de Corée (1950).
Le président américain George Bush déploie les forces des États-Unis en Arabie saoudite et exhorte d'autres pays à envoyer leurs propres armées sur le terrain. De nombreuses nations rejoignent la coalition, y compris la France, ce qui en fait la plus grande alliance militaire depuis la Seconde Guerre mondiale. La grande majorité des forces militaires de la coalition viennent alors des États-Unis, avec l'Arabie saoudite, le Royaume-Uni et l'Égypte comme principaux contributeurs, dans l'ordre. Le Koweït et l'Arabie saoudite paient environ 32 milliards de dollars sur les 60 milliards que coûte le conflit.
Déroulement
vignette|Entraînement des forces britanniques, 6 janvier 1991. vignette|Quatre F-111 lors de la campagne aérienne de 1991. vignette|Avions de la coalition durant l'opération Bouclier du Désert. De bas en haut : un Alpha Jet et un Mirage F-1 du Qatar, un autre Mirage F-1 mais français, un F-16 américain et un CF-18 Hornet canadien.