Un sanctuaire grec est un espace sacré (hieron) de la Grèce antique. Il est considéré comme la propriété des divinités, un espace inviolable, strictement délimité, sur lequel on ne peut pénétrer qu'en étant en état de pureté. Les sanctuaires grecs se situent de manière privilégiée sur des lieux remarquables (une acropole, le sommet d'une montagne, une falaise, un bosquet, une source, etc.) indiquant qu'une force surnaturelle réside en ces lieux.
Un sanctuaire fonctionne avant tout comme un lieu de culte où l'on vient honorer une divinité afin d'obtenir ses faveurs. L'élément essentiel du culte est l'autel où se pratique le rite principal du culte, le sacrifice, à l'air libre. Le temple, quand il y en a, est, le plus souvent, l'offrande d'une cité à la divinité du lieu, afin qu'elle l'habite en permanence. Et la statue de culte, une autre offrande qui est faite pour lui plaire. Les sanctuaires les plus importants font l'objet de nombreux aménagements, qui ont souvent un caractère monumental, et reçoivent une grande quantité d'offrandes.
vignette|Le site archéologique d'Olympie, un des principaux sanctuaires du monde grec antique, célèbre pour ses concours athlétiques.
Définition
Un sanctuaire est désigné par le terme hieron, qui désigne un espace consacré à une divinité. Il est donc considéré comme une propriété divine, et ne peut être restitué aux humains et au domaine profane. Il est en principe impossible de le déplacer, même si cela peut se produire exceptionnellement. Le caractère sacré du lieu doit donc être respecté strictement, ce qui implique un ensemble de règles de pureté imposées à ceux qui y pénètrent (les « lois sacrées »), ainsi qu'un principe d'inviolabilité qui fait que toute atteinte à la propriété divine est un sacrilège qui peut entraîner un châtiment divin. Matériellement, le sanctuaire est un espace délimité, une portion de terre « découpée » (téménos) au milieu de l'espace profane, et des bornes ou des enclos peuvent marquer ses limites.
Fonctions Les sanctuaires sont avant tout les lieux où les Grecs se rendent pour accomplir des offrandes et faire des prières à une divinité. Cela inclut plus largement tout un ensemble de cérémonies religieuses visant à honorer les dieux afin de recevoir leurs bienfaits, dont des fêtes périodiques. Les lieux de culte des héros et des héroïnes (hérôon) peuvent être indépendants, mais ils sont souvent situés dans des sanctuaires divins. Dans la plupart des cas ils sont de dimensions plus modestes que les lieux de culte divins Emily Kearns, « Hero-cult », dans .. Aux époques hellénistique et romaine s'y ajoutent les cultes aux monarques, rois et empereurs, qui sont en général intégrés à des lieux de culte divins déjà existants.
Certains sanctuaires ont des fonctions plus spécifiques, surtout ceux consacrés aux divinités liées à la guérison, comme Asclépios, qui servent de lieux de cure, et les grands sanctuaires oraculaires comme Delphes et Dodone où on se rend pour obtenir des messages divins.
Mais les sanctuaires sont bien plus que des lieux de culte, car ils remplissent un ensemble de fonctions sociales, politiques et économiques. Ce sont des lieux de réunion pour les communautés, notamment à l'échelle de la cité, en particulier lors des grandes fêtes religieuses. Leur importance pour la vie politique va au-delà de ces cérémonies religieuses, puisqu'ils servent par exemple de lieux d'inscription ou de dépôts des lois, comme à Gortyne, manière de leur conférer une sanction divine. Ce sont aussi des lieux de refuge en raison de leur aspect sacré qui les rend en principe inviolables. Les grands sanctuaires (et donc les divinités) disposent de richesses importantes, dont des domaines fonciers qu'ils peuvent exploiter ou mettre en location, et des richesses financières à partir desquelles ils peuvent développer une activité bancaire, ou bien servir de réserve pour leur cité en cas de difficulté.
Origines et historique
Âge du bronze
En l'état actuel des connaissances, il n'y a pas d'indication assurée que les Minoens et les Mycéniens de l'âge du bronze moyen et récent (v. 2000-1200 av. J.-C.) aient eu des temples, entendus comme des constructions spécifiques destinées à la vénération des dieux.
On trouve dans les textes en linéaire B la mention de lieux de culte (i-je-ro, hieron) où se déroulent des sacrifices, mais dont on ne peut pas déterminer la nature exacte. Certains sont dédiés à des divinités précises, comme le Posidahion de Poséidon à Pylos, et des divinités associées à leur lieu de culte par une épithète (épiclèse), comme le Zeus du mont Dicté (Diktajoi Diwei) en Crète, également attesté à l'époque classique. Les palais royaux servent probablement de lieux de culte, si ce n'est de principaux lieux du culte officiel. Les rites seraient alors accomplis dans des sortes de chapelles palatiales. D'autres lieux de culte sont situés en dehors des palais, peut-être dans des bâtiments spécifiques, mais les textes ne sont pas explicites sur ce point. À Pylos existe un grand sanctuaire voire une sorte de district sacré appelé pa-ki-na-je, situé près du palais. À Cnossos un lieu de culte important est appelé Diadalejon, terme renvoyant au mythe du Labyrinthe. Des probables lieux de culte en plein air apparaissent également dans certains textes..
La question de la continuité des lieux de culte entre l'âge du bronze et l'âge du fer, qui débute vers 1200 av. J.-C., n'est pas évidente à résoudre : il y a certes des traces d'occupation mycénienne sur certains sanctuaires majeurs de l'Antiquité classique (Delphes, Délos), mais rien n'indique avec assurance qu'il s'agisse déjà d'un sanctuaire. En fait bien souvent quand il y a continuité d'occupation, un sanctuaire émerge durant les âges obscurs à partir d'un site mycénien qui n'a pas de rôle religieux évident, à quelques exceptions près (à Épidaure, à Aghia Irini sur Kéos). Cela implique au minimum la préservation d'une mémoire de l'époque mycénienne, quand bien même elle soit floue, qui assure la continuité de l'occupation voire l'attribution d'un aspect sacré à un site. Mais les sanctuaires du , avec leurs téménos et leurs temples, ne ressemblent en rien à ceux identifiés pour l'époque mycénienne, ce qui semble indiquer une rupture profonde dans les croyances et pratiques religieuses.
Siècles obscurs
Durant l'époque « post-palatiale » (v. 1180-1070 av. J.-C.) venant après l'effondrement de la civilisation mycénienne, les continuités dans les lieux de culte sont surtout visibles en Crète, sur des sites de plein air (Mont Juktas, Kato Symi), des grottes (Patsos), des sites minoens où des structures cultuelles anciennes sont encore en usage (Aghia Irini) et des pièces de résidences de certains sites, notamment celles disposant de banquettes (Halameslos, Kavousi Vronda). Sur le continent les éléments de continuité sont moins visibles, par exemple des sortes de chapelles à Tyrinthe, les cultes devant surtout se dérouler sur des sites de plein air disposant d'aménagements limités. Les figurines constituent encore la principale documentation sur les offrandes, et les continuités avec l'âge du Bronze sont évidentes sur ce point.
Les ruptures se font plus évidentes au début de l'âge du Fer. La période « sub-mycénienne » (v. 1070-1020 av. J.-C.) voit la quasi-disparition des figurines votives dans le monde égéen, à l'exception de la Crète, tandis les sites rituels post-mycéniens du continent disparaissent, de même qu'un certain nombre de ceux de Crète, d'autres subsistant mais avec une activité rituelle apparemment très limitée. La plupart des lieux de culte sont alors à ciel ouvert, et font au mieux l'objet d'aménagements paysagers, comme à Kalopodi (Locride) où une terrasse est aménagée vers le milieu du , pour accueillir l'assemblée participant aux rituels collectifs les plus importants. Il est également généralement admis que les « maisons de chefs » telles que celles de Nichoria servent aussi de lieux de rituels, les chefs accomplissant probablement les rituels majeurs.
Époque archaïque
thumb|left|Le site de l'Héraion de Pérachora.
Dans leur configuration « classique », les sanctuaires de la Grèce antique sont organisés autour d'un autel, d'un téménos délimitant l'espace sacré, disposent de dépôts d'offrandes, et les principaux ont un temple, édifice qui abrite une statue divine. Cela semble s'établir progressivement aux s, durant la transition entre les siècles obscurs et l'époque archaïque. C'est alors qu'apparaissent les premiers autels. Si on en juge par les descriptions d'Homère, il semble qu'avant cela l'exécution des rites ne doive pas forcément se dérouler dans des lieux précis. Les dépôts votifs sont le principal moyen d'identifier un lieu de culte, et ils se développent progressivement, en particulier au , en particulier Olympie, aussi Delphes, sanctuaires dont la stature panhellénique semble alors se constituer, mais cela est visible ailleurs (à Phères en Thessalie, au sanctuaire d'Artémis Orthia à Sparte, à Pérachora près de Corinthe, etc.). Les éventuels temples sont impossibles à distinguer des grandes maisons car ils n'ont pas encore de caractéristiques architecturales précises avant le début de l'époque archaïque, quand apparaissent les premières formes spécifiques d'architecture sacrée (à Thermos, Érétrie, Samos).
Le développement des sanctuaires a souvent été lié à celui de la cité-État (polis). Cela renvoie à l'existence de rites communautaires, et à un investissement matériel, qui sont les indices de la consolidation de ces communautés. La constitution d'un lieu de culte et son appropriation par une communauté est moyen pour elle de marquer son territoire en affirmant son autorité cet espace sacré ; cela vaudrait notamment pour les sanctuaires situés aux confins des espaces civiques, près des territoires occupés par des voisins, à moins qu'il ne faille y voir des lieux de compétition entre les différents chefs des communautés situées à leur voisinage.
Tout ne s'explique pas par le cadre de la polis, puisqu'il y a un certain nombre de contre-exemples, et non des moindres, de sanctuaires dont le rôle transcende l'horizon civique et qui se trouvent à l'intersection de plusieurs communautés, à diverses échelles : plusieurs sanctuaires jouent un rôle au niveau de groupes territorialement plus étendus, les ethnè ou d'autres entités et groupes sociaux plus ou moins structurés qui y trouvent un point de ralliement, par exemple Dodone en Épire, Thermos en Étolie, Ptoion en Béotie, Délos pour les Ioniens, aussi Delphes et Olympe dans leur environnement régional, qui ont donc un rôle à plusieurs niveaux ; ces deux derniers exemples sont en effet des sanctuaires « panhelléniques », qui à l'époque archaïque sont des lieux prisés par les élites aristocratiques, les tyrans et les cités de tout le monde grec, qui briguent la victoire lors de leurs concours et les couvrent d'offrandes somptueuses pour renforcer leur prestige ; l'oracle de Delphes a en plus le rôle de sanction divine pour des sujets sensibles politiquement. L'aspect communautaire n'est pas nécessairement en jeu partout, et peut-être faut-il aussi relier la constitution de certains lieux de culte à la volonté d'individus puissants plutôt que d'une communauté. Les tyrannies s'accompagnent ainsi à plusieurs reprises de la construction de temples monumentaux.
Quoi qu'il en soit, (F. de Polignac), aussi bien par les rituels qui s'y déroulent, les réalisations artistiques qui y sont exposées, que les édifices qui y sont érigés : .