Camille ClaudelActe de naissance aux Archives de ligne de l'Aisne, Mi 1158, vue 88/476, acte 138. ( ), née à Fère-en-Tardenois. dans l'Aisne, le et morte à Montdevergues (Montfavet, Vaucluse) le , est une sculptrice française.
Son art de la sculpture à la fois réaliste et expressionniste s'apparente à l'Art nouveau par son utilisation savante des courbes et des méandresCat. exposition Camille Claudel, « Au miroir d'un art nouveau », La Piscine de Roubaix, Gallimard 2015..
Collaboratrice du sculpteur Auguste Rodin., sœur du poète, écrivain et diplomate Paul Claudel, sa carrière est météorique, brisée par un internement psychiatrique forcé et une mort quasi anonyme. Un demi-siècle plus tard, un livre (Une femme, Camille Claudel d'Anne Delbée, 1982) puis un film (Camille Claudel, 1988) la font sortir de l'oubli pour le grand public.
Depuis 2017, un musée porte son nom dans la ville où elle a commencé à sculpter, Nogent-sur-Seine, dans l'Aube. Il présente la plus grande collection de ses œuvres, qui permet de suivre toute la carrière de la sculptrice.
Biographie Enfance vignette|gauche|Maison d'enfanceVoir sur maisonclaudel.fr. à Villeneuve-sur-Fère.
Camille Claudel naît le à Fère-en-Tardenois. Elle est la fille de Louis Prosper Claudel (né à La Bresse, dans les Vosges, le ), conservateur des hypothèques, et de Louise-Athanaïse, née Cerveaux, fille du médecin et nièce du prêtre du village. Par son père, on remonte sa généalogie jusqu'à Jacques Elophe Claudel né vers 1500 et mort en 1530, ainsi que jusqu'à Jean Debordeaux, maître-chirurgien de Pierrepont, toujours en Picardie, né autour de 1605. Par ce lien, Camille Claudel est à la fois cousine et contemporaine de Jules Debordeaux, l'un des Trois instituteurs de l'Aisne, martyrs aux mains des Prussiens lors de la guerre de 1870 et immortalisés par une statue de bronze dans la ville de Laon. Conduit par sa carrière en Picardie, son père y trouve une épouse et entre dans une famille de notables enracinée dans l'Aisne. Par sa mère, elle descend de Charlotte de Vertus, issue d'une famille de vignerons. La famille de Vertus prétend descendre directement d'un fils illégitime de Philippe Antoine, bâtard de Vertus, gouverneur de Blois et de Coucy qui meurt des mains du bourreau le . Philippe Antoine était le fils naturel de Philippe d'Orléans, comte de Vertus, fils de Valentine Visconti et de Louis d’Orléans, fils de Charles V le Sage.
En raison de la disparition, à seize jours, du premier-né du couple, Charles-Henri (né en )., Camille Claudel devient l'aînée d'une future fratrie de trois.
Par la suite, le couple Claudel s'installe à Villeneuve-sur-Fère, petit village proche de Fère-en-Tardenois (Aisne). Camille Claudel y passe son enfance entourée de Louise, née en et de Paul, né en . Le presbytère qui a vu naître Paul Claudel à Villeneuve-sur-Fère, est devenu la Maison de Camille et Paul Claudel.
La famille Claudel s'installe ensuite pour quatre années à Nogent-sur-Seine (Aube), de 1876 à 1879. Camille Claudel y fait ses premiers pas d'artiste si bien que son travail attire l'attention d'Alfred Boucher, jeune sculpteur originaire des alentours de Nogent-sur-Seine et vivant à Paris, qui lui reconnaît des dons exceptionnels..
Parcours artistique Ses débuts vignette|gauche|Le sculpteur Alfred Boucher (1850-1934), photographie anonyme, Nogent-sur-Seine, musée Camille-Claudel. vignette|Camille Claudel œuvrant sur Sakountala, avec Jessie Lipscomb dans leur atelier rue Notre-Dame-des-Champs en 1887.
Au plus tôt depuis son adolescence, Camille Claudel est passionnée par la sculpture et commence très jeune à travailler la glaise. Appuyée constamment par son père, qui prend conseil auprès d'Alfred Boucher, Camille Claudel doit affronter la très forte opposition de sa mère qui aura toujours une violente aversion pour cet art, qui passionne sa fille aînée.
De 1879 à 1881, les Claudel habitent à Wassy (Haute-Marne). Camille Claudel persuade sa famille (à l'exception de son père retenu par ses obligations professionnelles) d'emménager à Paris, afin de perfectionner son art auprès des maîtres. Les trois enfants et leur mère habitent au boulevard du Montparnasse, de 1882 à 1886.
Elle suit tout d'abord les cours de l'Académie Colarossi. En 1882, elle loue un atelier au rue Notre-Dame-des-Champs« Rencontre : Rodin et Claudel », article site du musée Rodin., où d'autres sculptrices viennent la rejoindre, la plupart anglaises, dont Jessie Lipscomb, avec qui elle se lie d'une profonde amitié. Une photographie de William Elborne, mari de Jessie, prise en 1887, les montre travaillant ensemble dans leur atelier (voir ci-contre).
En 1882, Camille Claudel étudie sous la direction du sculpteur Alfred Boucher. Celui-ci est à Paris pour mettre en place La Ruche, un phalanstère d'une communauté d'artistesMarta Buissan, La Ruche. Une cité d'artistes centenaire aujourd'hui Mémoire Dess, Lyon 2, 2003.. Mais, lauréat du prix du Salon, il doit partir pour Rome et il s'installe à la Villa Médicis, afin d'honorer des commandes (il n'a jamais gagné le prix de Rome, étant toujours arrivé second ; c'est seulement à l'aide de la fortune amassée grâce aux commandes de l'État qu'il peut entreprendre ce voyage). Il demande à Auguste Rodin de le remplacer pour le cours de sculpture, qu'il donne au groupe de jeunes filles. Ainsi Camille Claudel, après avoir rencontré Rodin en 1882 (Article sur le site du musée Rodin, pour l'Exposition sur Camille Claudel 2013-2014)., intègre l'année suivante l'atelier parisien du maître au dépôt des marbres de l'État, rue de l'Université à Paris..
En 1888, elle reçoit une mention honorable au Salon des artistes français puis une médaille de bronze à l'Exposition universelle de 1900René Édouard-Joseph, Dictionnaire biographique des artistes contemporains, tome 1, A-E, Art et Édition, 1930, ..
Les années Rodin vignette|Femme de Gérardmer (Vosges) par Claudel (1885).
Les premières œuvres que Camille Claudel montre à son maître Rodin , comme Vieille Hélène et Paul à . Vers 1884, elle intègre son groupe de praticiens, et elle participe à plusieurs sculptures des œuvres de Rodin, comme l'imposant groupe statuaire Les Bourgeois de Calais « The Burghers of Calais », article sur l'exposition Camille Claudel & Rodin, site du musée Detroit Institute of Arts. dont la légende veut que Camille Claudel fut chargée des mains, et Jessie Lipscomb des drapésVoir sur camille-claudel.org..
Très vite, la connivence puis la complicité artistique s'installent ; Camille Claudel, par son génie, l'originalité de son talent et sa farouche volonté, devient indispensable à Rodin ; tel qu'il le dit lui-même :
Et à ceux qui la critiquent, Rodin répondra :
Camille Claudel , et elle lui inspira L'Éternelle idoleL'Éternelle Idole est un assemblage de plâtre, le plâtre original étant un surmoulage du marbre taillé pour Eugène Carrière ; voir sur musee-rodin.fr., Le Baiser, sculpture à laquelle ils travaillèrent ensemble, et à la Porte de l'Enfer, œuvre inachevée d'Auguste Rodin. Suivront également des œuvres comme La Danaïde, dont le praticien est Jean Escoula., ou Fugit AmorDont le praticien est inconnu..
Ils vivent leur passion amoureuse durant une dizaine d'années, mais Rodin, lors de leur rencontre, vit depuis plus de deux décennies avec sa compagne, son ancien modèle Rose Beuret « Camille, My Beloved, in Spite of Everything », article sur l'exposition Camille Claudel & Rodin, site du musée Detroit Institute of Arts. qu'il a rencontrée en 1864, année de naissance de Camille Claudel. Rodin ne voudra jamais quitter Rose Beuret, et il l'épousera à « Rose Beuret », article musée Rodin., quelques mois avant sa mort en 1917. Après Camille Claudel, Rodin prend pour maîtresse son élève et sculptrice Sophie Postolska de 1898 à 1905Ruth Butler, Rodin: The Shape of Genius, Yale University Press, 1996, et 544 (en ligne [archive]), Marc Toledano, La Polonaise de Rodin, Paris, France-Empire, 1986, 294 p. ..
En 1899, Henrik Ibsen s'inspire de l'histoire d'amour de Rodin et de Camille ClaudelSchmoll gen. Eisenwerth, J. Adolf (1994). Auguste Rodin and Camille Claudel. Prestel. . dans Quand nous nous réveillerons d'entre les morts, pièce de théâtre considérée comme le testament du dramaturge norvégien, par la réflexion qu'il fait sur la création et les artistes..
Camille Claudel a souvent envisagé le mariage avec Rodin, mais ce dernier disait : Brigitte Fabre-Pellerin, Camille Claudel, un amour impossible, Paris, Éd. F-P. Foucart, 1986, . préférant toujours Rose Beuret, qu'il va d'ailleurs choisir par la suite, délaissant Camille Claudel.
Portraits de Camille Claudel par Rodin et Boucher Camille Claudel a été l'élève, l'assistante, la maitresse et la muse d'Auguste Rodin. Celui-ci, Article autour de l'œuvre de Rodin Tête de Camille Claudel coiffée d'un bonnet, site du musée Rodin. par le visage de Camille Claudel, en réalise plusieurs portraits ou en , après la rupture des amants.
On retrouve son visage dans différentes sculptures, dont elle a été le modèle, comme Camille aux cheveux courts ou Masque de Camille Claudel, le Buste de Camille Claudel (1884) en bronze ; L'Aurore (1885) en marbre ; Camille au bonnet (1885) en plâtre ; L'Adieu (1892) en plâtre ; La Convalescente (1892) en marbre ; La Pensée (1901) en marbre ; La France (1904) en bronze ; Camille au bonnet (1911), en pâte de verre réalisée par Henry Cros d'après le modèle de Rodin Elle a également posé pour Alfred Boucher pour la sculpture Jeune fille lisant (1882) en plâtre patiné, qui lui est dédiée : Voir sur museecamilleclaudel.com...
Portrait de Rodin par Camille Claudel
Vers sa propre expression vignette|Camille Claudel sculptant Vertumne et Pomone vers 1903Photographie anonyme en illustration de l'article Gabrielle Réval, les artistes femmes au Salon de 1903 publiée dans le de Fémina .. vignette|gauche|Plaque 31 boulevard de Port-Royal ( arrondissement de Paris). vignette|Camille Claudel, Vertumne et Pomone (1905, détail), marbre, Paris, musée Rodin.
Vers 1886, Camille Claudel réalise La Jeune Fille à la gerbe qui influence Rodin et dont se rapproche la sculpture postérieure de Rodin, La Galatée.
En 1886, en pleine passion avec Rodin, elle commence la sculpture d'un couple pétri de désir, Sakountala, sur lequel elle travaille sans relâche durant deux ans « A Mutual Passion », .. La sculpture, exposée en 1888, connaît un certain succès public et critique et obtient une mention honorable au Salon des artistes français.
Elle habite occasionnellement au boulevard de Port-Royal de 1886 à 1892Album Claudel par Guy Goffette, bibliothèque de la Pléiade, Éditions Gallimard, 2011, ..
Camille Claudel glisse de l'expressivité passionnée et exclusive du corps nu, propre à ce dernier, à une science des attitudes plus originale et maîtrisée qui relève de son génie personnel. Des drapés très art nouveau enveloppent de plus en plus les corps. Un chef-d'œuvre tel que La Valse. (qui compte plusieurs versions) montre l'étendue de son talent. Mais l'artiste ne s'arrête pas là, elle explore une nouvelle voie, profondément originale. , confie-t-elle à son frère Paul. Elle en donne quelques croquis étonnants, parmi lesquels on reconnaît Les Causeuses. Des œuvres nombreuses et remarquables naissent alors sous ses doigts. C'est l'invention d'une statuaire de l'intimité, qu'elle seule a pu atteindre.
La voie amorcée par Camille Claudel vise à saisir sur le vif le vécu d'un geste simple, dans l'intensité de l'instant. Elle s'attarde au moment qui s'échappe, et tente d'en faire sentir toute la densité tragique.