Achélôos (en ou , aussi orthographié Achéloos) ou Achéloüs (en ) est, dans la mythologie grecque, le dieu-fleuve de l'Achéloos, fleuve grec situé en Épire.
Fils aîné du Titan Océan et de sa sœur Téthys, Achélôos est le père des Sirènes et de nombreuses nymphes. Il est le protagoniste de plusieurs récits mythologiques, dont le plus important est son combat contre le héros Héraclès pour la main de Déjanire.
Il fait l'objet d'un culte dans plusieurs régions et villes de Grèce, notamment en lien avec celui des nymphes. Dieu-fleuve ancien, mentionné par Homère, il possède un caractère panhellénique et sert de modèle de représentation pour les divinités fluviales locales du monde grec. Il est représenté dans les arts grecs mais aussi étrusques, généralement comme un homme barbu et cornu ou comme un taureau androcéphale, le plus souvent affrontant Héraclès. Il est aussi figuré dans des œuvres de périodes postérieures, notamment à la Renaissance.
Étymologie Le nom grec d'Achélôos est , existant aussi sous la forme . ou même . En latin, il se nomme ..
Le nom du dieu a sans doute une origine pré-grecque, akkadienne : la racine peut provenir du terme , signifiant « cours d'eau », ou du terme , se rapportant à la notion de divinité..
Généalogie et famille Achélôos est le fils de la Titanide Téthys et de son frère, le Titan Océan, 340. ; il est parfois dit le fils du Soleil et la Terre. Il est l'aîné des Potamoi (ou dieux-fleuves), au nombre de trois mille.
Il est aussi considéré soit comme le frère des Sirènes, soit comme leur père, IX, 34, 3., avec Calliope, Melpomène, I, 3, 4., VII, 18., Terpsichore, IV. ou Stéropé (princesse calydonienne, fille du roi Porthaon), I, 7, 10..
Avec (princesse thessalienne, fille du roi Éole et d'Énarété), il est le père d'Hippodamas et d'Oreste, I, 7, 4-5..
Plusieurs autres enfants lui sont connus (sans que leurs mères soient mentionnées) : la nymphe Callirrhoé (mère d'Acarnan et Amphotéros avec Alcméon), VIII, 24, 9., III, 7, 5-7., la nymphe corinthienne Pirène, II, 2. et la naïade Castalie, X, 8, 9... Dans les Bacchantes d'Euripide, il est le père de la nymphe Dircé (tandis que Callimaque en fait la fille de l'Isménos). Dans Phèdre, Platon évoque le fait que toutes les nymphes sont les filles d'Achélôos.
Fonctions
Dieu-fleuve épirote
vignette|Vue du fleuve Achéloos en Eurytanie. Achélôos est le dieu du fleuve homonyme, aussi appelé Aspropotamos. Il s'agit d'un des plus longs fleuves de Grèce, situé en Épire, formant la frontière entre l'Étolie et l'Acarnanie et se jetant dans la mer Ionienne, près des îles Échinades, VIII, 38, 9-10.. Il est appelé par Ovide. En tant que dieu, Achélôos est le protecteur des eaux limpides.
Pausanias désigne Achélôos comme , propos précisés comme ceux de Homère dans l’Iliade.
Divinité aquatique panhellénique
La possible origine des eaux
Dans une majorité des textes antiques (dont la Théogonie d'Hésiode), Téthys et Océan sont les parents et donc l'origine des cours d'eau. Ainsi, au vers 195 du chant de l'Iliade, il est indiqué qu'Océan est à l'origine de toutes les eaux de la terre ; or, certains textes, en retirant ce vers, attribuent ce rôle à Achélôos..
Cette thèse, notamment défendue par le chercheur Giambattista D'Alessio, se base sur deux scholies de Zénodote (), qui rédige une édition critique du texte d'Homère, dans laquelle il présente certains passages comme postérieurs, dont le vers 195. Un papyrus attribué à un auteur nommé Ammonios () présente également cette thèse. Achélôos est donc, pour une période ancienne, l'origine des eaux (des cours d'eau comme des mers), avant que ce rôle ne soit attribué à Océan plus tardivement.
Un synonyme de l'eau Dans les Saturnales, le philologue tardo-antique Macrobe rapporte l'emploi du nom d'Achélôos pour désigner l'eau dans des textes grecs puis latins, par exemple chez Aristophane ou Virgile.. Cet usage viendrait du fait qu'il s'agit de l'aîné des Potamoi ; son nom désignerait également plusieurs autres fleuves (Pausanias cite deux homonymes du fleuve Achéloos : celui du mont Sipyle et celui du mont Lycée) et aurait ainsi pris un sens commun correspondant à l'eau, plus particulièrement celle utilisée dans une dimension rituelle ou religieuse. Cet usage peut également venir du caractère panhellénique et connu de tous les Grecs du dieu, en tant qu'ancienne divinité à l'origine des eaux.
Mythe
L'origine du fleuve Maurus Servius Honoratus, grammairien du , fait le récit de l'origine du fleuve Achéloos : Achélôos, fils de Gaïa, accablé par le chagrin après la mort de ses filles les Sirènes, invoque sa mère qui la reçoit en son sein, faisant jaillir un fleuve éponyme..
Combat contre Héraclès vignette|Héraclès affrontant Achélôos changé en serpent de mer. Stamnos, entre et , British Museum.
Achélôos affronte Héraclès pour la main de Déjanire, I, 8, 1.. Vaincu une première fois, le dieu-fleuve se métamorphose en long serpent de mer, que Héraclès étouffe. Il se change alors en taureau, mais le héros parvient à lui briser une corne. Le dieu, vaincu et humilié, se réfugie dans les roseaux.
vignette|redresse|Hercule et Achélôos. Peinture murale du collèges des Augustales de Herculanum, .
Héraclès jette la corne brisée dans le fleuve Toante ou Thoas, qui devient l'Achéloos. Dans les Métamorphoses d'Ovide, les naïades la consacrent en corne d'Abondance, IX, 1-100. ; dans d'autres récits, la corne est consacrée par les Hespérides, ou d'abord à la Fortune, qui la confie à l'Abondance. Selon le pseudo-Apollodore, Achélôos échange sa corne avec Héraclès contre celle de la chèvre Amalthée.
Le combat contre Héraclès et les différentes métamorphoses d'Achélôos ont fait l'objet d'interprétations. La métamorphose et l'identification d'Achélôos en taureau est commune à de nombreux fleuves : elle représente le bruit et la force dévastatrice du torrent, X, 2.. La métamorphose en serpent illustre le cours sinueux du fleuve. La figure d'Héraclès vient alors dompter le cours en le dévient, voire en le détournant, IV, 35. ; la corne cassée symbolise alors deux affluents unifiés. La corne d'Abondance représente le bienfait du fleuve et la fertilité de la région. Ce combat serait ainsi une métaphore des travaux effectués dans la région de la Parachéloïtide afin de dévier le fleuve Achélôos.
Le banquet d'Achélôos vignette|Le banquet d'Achélôos. Plat en majolique de Domenico da Venezia, , Metropolitan Museum of Art.
Aux livres et des Métamorphoses d'Ovide, Thésée et ses compagnons, rentrant de la chasse du Sanglier de Calydon, sont invités chez Achélôos, dans une grotte, pour un banquet., où différents récits de métamorphoses sont racontés, VIII, 547-884., en rapport avec les pouvoirs des dieux..
Achélôos raconte d'abord le récit des origines des Îles Échinades : situées à l'embouchure du fleuve, dans la mer Ionienne, ce sont initialement cinq nymphes, filles d'Échinus, ayant subi la colère d'Achélôos. En effet, ces dernières, ayant organisé un festin et sacrifiant dix taureaux pour les divinités champêtres, ont oublié d'inviter le dieu-fleuve. Celui-ci, en colère, les submerge et les emporte jusqu'à la mer ; Neptune, pris de pitié, les métamorphose en îles.
Le dieu fait ensuite le récit de : la jeune femme, éprise de la divinité fluviale, est poussée d'une falaise par son père ; elle est elle aussi métamorphosée en île par Neptune, grâce à la prière d'Achélôos.
Le dieu continue ses récits en narrant l'histoire de la fille du roi Érysichthon, qui s'échappe de sa condition d'esclave en se métamorphosant. Il évoque aussi le combat contre Héraclès.
Les invités du dieu-fleuve le croient, sauf Pirithoüs, qui remet en question le pouvoir de métamorphose des dieux ; un autre compagnon de Thésée, Lélex, vient alors le contredire en racontant l'histoire de Philémon et Baucis, couple changé en arbres, qu'il a eu l'occasion de voir.
Les différents récits montrent des aspects différents du dieu-fleuve, ainsi qu'un caractère ambivalent : sa colère et son impétuosité dans le mythe des Îles Échinades, évoquant les crues du fleuve, ses envies sexuelles, ayant pris la virginité de Périmèle, mais aussi son caractère protecteur, entourant l'île créée de ses bras.
Purification d'Alcméon Achélôos intervient dans le mythe d'Alcméon. Fondateur légendaire d'Argos Amphilocienne en Acarnanie, il commet un matricide contre sa mère Ériphyle. Pourchassé par les Érinyes, il est protégé par le roi Phégée de Psophis, qui le purifie et lui offre la main de sa fille Arsinoé. Il lui offre en cadeau le collier et le peplos d'Harmonie. Sa terre d'accueil étant devenue stérile, Alcméon part à la recherche d'Achélôos, qui le purifie une seconde fois, et lui donne la main de sa propre fille, Callirohé. Cette dernière demande les parures d'Harmonie, qu'Alcméon récupère à Phégée. Les frères d'Arsinoé le tuent ; Achélôos demande alors que les parures soient consacrées à Delphes.
Culte vignette|upright|Bas-relief votif, avec un masque d'Achélôos dans le coin inférieur gauche. , Musée national archéologique d'Athènes.
Le culte d'Achélôos est attesté dans différentes parties du monde grec, aussi bien en Grèce continentale, en Grande-Grèce, dans les Cyclades qu'à Cyrène.. Il est souvent associé à celui des nymphes..
Pausanias rapporte que dans l'Amphiaréion d'Oropos, à la frontière entre l'Attique et la Béotie, un des autels (le cinquième) était consacré à Achélôos, ainsi qu'au dieu-fleuve Céphise, aux Nymphes et à Pan, I, 34, 3... Il évoque un autre autel à Achélôos à Mégare, construit par le tyran Théagène sur le lit d'un ancien cours d'eau, I, 41, 2.. Le trésor des Mégaréens à Olympie présentait des figurines en bois marqueté d'or, figurant notamment Achélôos, en tant qu'offrandes, VI, 19.. Le fait que Achélôos soit vénéré en dehors de sa région d'origine, contrairement à d'autres dieux-fleuves aux cultes locaux, montre le caractère panhellénique du dieu.
Dans certains sanctuaires dédiés au dieu Asclépios, Achélôos et les nymphes font l'objet d'un culte : liées à l'eau, utilisée dans les rites guérisseurs asclépieiens, ces divinités sont complémentaires à Asclépios et ses pouvoirs de guérison. Dans le sanctuaire de , en Crète, un culte des nymphes et d'Achélôos antérieur à celui d'Asclépios est ainsi attesté grâce à une inscription du .
L'historien grec de l'époque classique Éphore de Cumes rapporte, dans un fragment de son œuvre cité par Macrobe, qu'Achélôos joue un rôle dont les rituels de l'oracle de Dodone, des serments et des offrandes étant réalisés en son nom..
Dans la culture Représentations antiques
Achélôos est représenté comme un personnage au visage humain, barbu et moustachu, avec des cornes et des oreilles d'animaux. Il possède aussi un corps d'animal, soit de taureau, soit de serpent de mer.
Dans l'art grec
vignette|Tétradrachme sicilienne figurant un taureau androcéphale, identifié comme Achélôos ou le fleuve Gela. Entre et , Gela.
Aux , Achélôos figure sur des bas-reliefs grecs en marbre, accompagnant les dieux Hermès, Pan ou des nymphes. Une des scènes figurées sur le trône de l'Apollon du temple des Grâces à Amyclès représente le combat d'Achélôos et Héraclès. Sculptée par Bathyclès de Magnésie, cette œuvre est décrite par Pausanias, III, 18..
Dans la céramique grecque, il est souvent représenté en train d'affronter Héraclès. Dans un stamnos du , conservé au British Museum, Héraclès affronte Achélôos changé en créature mi-homme, mi-serpent, dans un combat semblable à celui de lutteurs. L'artiste développe l'idée de nudité héroïque, avec Héraclès vainqueur, sur le point de briser la corne du dieu-fleuve.