Céline Émilie SeurreD'après son acte de naissance., dite Cécile Sorel, comtesse de Ségur par son mariage, née le à ParisArchives de Paris, acte de naissance , avec mention marginale du décès (consulté le 6 décembre 2012). et morte le à Hennequeville dans la commune de Trouville-sur-Mer (Calvados) chez M. Robert Jauneaux à la villa Rejane, est une comédienne française.

Jouissant d'une très grande popularité, elle côtoie les plus grandes personnalités de son temps, au nombre desquelles Clemenceau, Rostand, Guitry… Reine des planches, ses apparitions publiques, le plus souvent dans des costumes extravagants, font à son époque sensation. Elle est aussi une « victime » privilégiée des chansonniers et imitateurs, qui caricaturent sa personnalité grandiloquente et ses bijoux fabuleux, surtout à la fin de sa vie.

Biographie La Belle Époque et les Années folles thumb|left|160px|Sorel, « star » française de la Belle Époque.

Cécile Sorel est très tôt attirée par le théâtre. Élève de Delaunay et de Mademoiselle Favart, elle est, durant les premières années de sa carrière, une représentante du théâtre dit « léger ». C'est à cette période qu'un de ses admirateurs, le jeune Vladimir Chtchoukine (il meurt à 25 ans en 1893), tombe fou amoureux d'elle ; il réussit à l'inviter à souper en lui adressant par un employé du théâtre sa carte accompagnée d'un billet de mille francs, soit environ dix mille euros actuels (Natalia Semenova et André Delocque, Chtchoukine - Le patron de l'art moderne, La collection Chtchoukine, 2016, ).

En 1899, elle fait son entrée à l'Odéon et, en 1901, à la Comédie-Française, où elle se spécialise dans les emplois de « grandes coquettes ». Son style est très reconnaissable et serait considéré aujourd'hui comme outré, au ton déclamatoire et à la diction « surarticulée » – c'était aussi, à la même époque, le style de Sarah Bernhardt. Comme cette dernière, elle est notamment associée au rôle de Célimène du Misanthrope de Molière. Élue sociétaire de la Comédie-Française en 1904, Cécile Sorel le restera jusqu'en 1933.

Éternelle fiancée de Whitney Warren, un Américain richissime, elle se marie finalement, et contre toute attente, avec le comte Guillaume de Ségur-Lamoignon, arrière-petit-fils de la comtesse de Ségur, acteur jugé médiocre, appelé Guillaume de Sax à la scène. Plus de quinze ans séparent les époux, et ce mariage donne lieu aux moqueries les plus cruelles : on appelle le couple « la fossile et le marteau », « la belle et le bête », etc. Cécile conservera le titre de comtesse de Ségur jusqu'à la fin de sa vie. Elle était amoureuse de Guillaume de Ségur qui était beau et séduisant, mais elle ne pouvait lui donner d'enfants. Il eut deux enfants adultérins, Béatrice et Victoire, avec sa maîtresse, Madeleine MonierCombat, 16 mai 1949, p.5, mais le couple ne divorça pas.

160px|thumb|Cécile Sorel et Maurice Barrès au jardin des Tuileries lors de l'inauguration du monument André Le Nôtre en 1913. Elle devient une amie proche de l'historien d'art Gustave Larroumet, de Maurice Escande, de Clemenceau, qui en a brossé ce savoureux portrait : , et qui sut un jour la remercier d'un envoi de... chrysanthèmes par ces mots : Cité par Gilbert Prouteau, Le Dernier défi de Georges Clemenceau, France Empire, 1979..

Elle fréquente aussi Maurice Barrès, dont Clemenceau dit qu'elle fut très brièvement la maîtresse, et Félix Faure.

Le , lors de la première de la revue Vive Paris dans laquelle elle interprète Célimène, et après avoir descendu avec succès le grand escalier Dorian du Casino de Paris, elle lance à Mistinguett placée à l'avant-scène le fameux « L'ai-je bien descendu ? ». Écouter Cécile Sorel prononçant son « L'ai-je bien descendu ? » : center

En 1937, elle tourne un petit rôle auto-allusif, la courtisane - très âgée - dans Les Perles de la couronne de Sacha Guitry.

En 1941, elle tourne un rôle inspiré par son propre personnage public, (La Clermont), dans Les Petits riens, un film à sketches de Raymond Leboursier.

Le , elle échappe de peu au bombardement du Théâtre-Français à Rouen où elle venait de donner une représentation du Roi Christine de Marcelle Maurette.

Après la Seconde Guerre mondiale thumb|gauche|Cécile Sorel fleurissant l'orant de Marie-Antoinette, en 1941. À la Libération, elle est inquiétée, peut-être parce qu'elle apparaît plusieurs fois dans le journal collaborationniste Le Matin, notamment en une du numéro du , où on la voit en photo en train de fleurir le priant de Marie-Antoinette à la basilique Saint-Denis« Cécile Sorel a fleuri la tombe de Marie-Antoinette », Le Matin, une du 17/10/1941, sur Gallica., mais surtout en raison d'une lettre écrite en allemand, retrouvée dans les papiers de la Gestapo, datant du , signée « Cécile Sorel, Gräfin van Segur », dans laquelle elle demande au général commandant du Grand Paris l'attribution d'un appartement situé à Paris quai d'Orsay dont le propriétaire, juif, a fui la capitale. Dans cette lettre, elle indique mettre son « influence, en matière d'art, au service de la collaboration franco-allemande la plus étroite ». La commission d'épuration du spectacle la frappe d'une année d'interdiction d'exercer son métierParis-Presse, 28 novembre 1945, : « Cécile Sorel signait volontiers Gräfin von Ségur quand elle écrivait à Messieurs les Allemands ». Le 30 novembre 1945, ledit journal reproduit le texte de sa lettre, traduite en français : « Paris, 12 juin 1942. À la Kommandantur du Grand Paris. Je me permets par la présente, de vous adresser la prière suivante : En ma qualité d'artiste représentative du théâtre français, je mets mon influence, en matière d'art, au service de la collaboration franco-allemande la plus étroite. Actuellement, je n'ai pas d'appartement convenable pour recevoir et honorer tous mes amis allemands. Aussi me serait-il agréable de pouvoir emménager, très prochainement, dans un appartement que je voudrais éventuellement choisir parmi les nombreux appartement ayant été occupés par des juifs. Je pourrais par exemple, indiquer l'appartement 89, quai d'Orsay. J'espère que vous aurez la bonté de prendre ma demande en considération et de me donner, le plus tôt possible, une réponse positive. Dans cette attente, je vous assure de ma très haute considération. Signé Cécile Sorel, Gräfin van Ségur ». À propos de sa fréquentation des Allemands, elle dit : « Isadora, Cécile et Suzy, stars de la Côte fleurie », Le Calvados, , automne 2014..

À Biarritz, elle habite soit à la villa Mirasol, près de l'hôtel du Palais, soit dans une suite qu'elle loue à l'année à l'hôtel Continental.

À Paris, elle habite un hôtel particulier au 21 de la rue Le Sueur, qui est racheté en mai 1941 par le sinistre docteur Petiot.

Le , son mari décède. Le , elle est saisie d'une « conversion », à la suite de laquelle elle prononce ses vœux dans le tiers-ordre franciscain – comme l'avait fait l'« autre » comtesse de Ségur avant elle – à la chapelle des Carmes de Bayonne ; elle prend le nom de sœur sainte Cécile de l'Enfant-Jésus. Ses dernières années sont consacrées à l'écriture et à la foi. Elle apparaît encore, cependant, dans une émission télévisée consacrée à sa carrière en 1965.

thumb|160px|Tombe de Cécile Sorel au cimetière du Montparnasse (division 9). Elle meurt en 1966, âgée de quatre-vingt-douze ans, des suites d'une fracture du col du fémur, à la villa Réjane de Hennequeville de Trouville-sur-Mer, que louait Jean Dupuy, dit le « baron Barclay » au propriétaire Robert Jauneaux ; elle s'est éteinte en murmurant au neveu de M. Jauneaux âgé de 5 ans : . OnJean Rieu. a dit d'elle : « Elle a vécu ce que vivent les roses, les roses en fer forgé ».

Elle est inhumée au cimetière du Montparnasse (division 9) à ParisCimetières de France et d'ailleurs.

Hommages vignette|Plaque au 7 quai Voltaire. L'actrice est représentée sur la fresque en trompe-l'œil peinte par Charles Hoffbauer au plafond de la coupole du château d'Artigny à Montbazon, ancienne propriété du richissime parfumeur François Coty. Un collège de la commune de Mériel porte son nom. Elle a vécu pendant vingt ans au quai Voltaire (7 arrondissement de Paris), où une plaque lui rend hommage.

Théâtre Avant la Comédie-Française 1893 : Madame Sans-Gêne de Victorien Sardou et Emile Moreau, Théâtre du Vaudeville : de Rovigo 1896 : Amoureuse de Georges de Porto-Riche, Théâtre du Vaudeville : de Chazal 1896 : Lysistrata de Maurice Donnay d'après Aristophane, Théâtre du Vaudeville : Philinna 1898 : Les Transatlantiques d'Abel Hermant, Théâtre du Vaudeville : Valentine Chesnet 1899 : Les Antibel d'Émile Pouvillon et Armand d'Artois, Théâtre de l'Odéon : Jane 1900 : Les Princesses de légende, spectacle poétique de Jean Lorrain, Théâtre de l'Odéon : Oriane 1900 : Château historique d'Alexandre Bisson et Julien Berr de Turique, Théâtre de l'Odéon

Comédie-Française thumb|Cécile Sorel, en 1920, par Reutlinger. Entrée à la Comédie-Française en 1901 Sociétaire de 1904 à 1933 sociétaire

1901 : Chérubin de Francis de Croisset : la Cloé 1901 : Le Marquis de Priola de Henri Lavedan : Savières 1902 : Le Marquis de Priola de Henri Lavedan (reprise) : Savières 1902 : Le Plaisir de rompre de Jules Renard : Blanche 1902 : L'Autre Danger de Maurice Donnay : Lacorte 1903 : Le Misanthrope de Molière : Célimène (65 fois de 1903 à 1933) 1904 : Le Mariage de Figaro de Beaumarchais : La comtesse (117 fois de 1904 à 1931) 1904 : Le Paon de Francis de Croisset : Lucinde 1905 : Les Deux Hommes d'Alfred Capus : Jacqueline Evrard 1906 : Les Caprices de Marianne d'Alfred de Musset : Marianne 1906 : Poliche de Henry Bataille : Rosine de Rinck 1907 : L'Étincelle d'Édouard Pailleron : de Renat 1907 : Monsieur Alphonse d'Alexandre Dumas fils : Raymonde de Montaiglin 1907 : Chacun sa vie de Gustave Guiches et Pierre-Barthélemy Gheusi : Henriette Desclos 1908 : Les Deux Hommes d'Alfred Capus : Jacqueline Evrard 1909 : Le Masque et le bandeau d'Albert Flament : Marie de Mourgues 1909 : La Rencontre de Pierre Berton : Camille de Lançay 1912 : Sapho d'Alphonse Daudet et Adolphe Belot : Fanny Legrand 1913 : Vouloir de Gustave Guiches : Laurence 1914 : L'Envolée de Gaston Devore : Derembourg 1915 : Le Mariage forcé de Molière : Dorimène 1917 : Manon en voyage opéra comique en 1 acte de Jules Massenet et Claude Terrasse, théâtre Édouard-VII 1921 : Les Fâcheux de Molière : Climène 1922 : Le Mariage forcé de Molière : Dorimène 1922 : Marion de Lorme de Victor Hugo : Marion de Lorme 1923 : La Mégère apprivoisée de William Shakespeare : Catharina 1923 : Poliche de Henry Bataille : Rosine de Rinck

Après la Comédie-Française vignette|Cécile Sorel en 1938 (photo studio Harcourt). 1944 : Le Roi Christine de Marcelle Maurette, théâtre Édouard-VII, Théâtre-Français Rouen

Filmographie 1909 : La Tosca d'André Calmette et Charles Le Bargy 1909 : Le crime à Zidore de Maurice de Féraudy 1937 : Les Perles de la couronne de Sacha Guitry et Christian-Jaque 1941 : L'An 40 de Fernand Rivers 1942 : Les Petits Riens de Raymond Leboursier

Bibliographie Collection de Cécile Sorel (sociétaire de la Comédie-Française), par Maîtres F. Lair Dubreuil et Henri Baudoin, commissaires-priseurs, Galerie Georges Petit, Paris, jeudi 6 et vendredi . Robert Cardinne-Petit, « Cécile Sorel », en couverture un portrait de Cécile Sorel par Bernard Bécan, Les Hommes du jour , Éditions Henri Fabre, 1933. Olivier Calon, Cécile Sorel, idole des Années folles, Buchet-Chastel, 2023.

Notes et références

Annexes

Liens externes

Hommage à Célimène (Cécile Sorel) - Panorama, , Ina Cécile Sorel, la comtesse de Ségur - Henry Magnan, Yannick Bellon, Pour le plaisir, , Ina Divers documents concernant – notamment – Cécile Sorel, sur Gallica.

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