Léger d'Autun ou Léodegard (en latin Leodegarius) — francisation du germanique Leudgard, de « leud » (« peuple », « gens ») et « gard » (« maison, domaine ») — né vers 616 et mort en 678 ou 679, est un évêque martyr du qui a joué un rôle politique important dans les soubresauts de la monarchie mérovingienne finissante. Il est lié aux villes de Poitiers, où se fit sa formation et où se trouvent ses reliques, et d'Autun dont il fut l'évêque, ainsi qu'à la région de Fécamp et à celle de Doullens en Picardie où il est mort. Un concile d'évêques l'a proclamé Saint en 681 et l'Église catholique romaine célèbre sa fête le .

On le nomme « Léger » par altération.

Biographie

Des récits de la vie de saint Léger existent, en latin et en langue romane : un récit anonyme rédigé peu de temps après sa mort à la fin du , sans doute à l'initiative de l'Église qui voulait faire connaître la figure de l'évêque martyr et des récits de la vie de saint Léger écrits en latin datant des . Ils fournissent des informations nombreuses mais parfois discordantes, et avec une forte tendance à l'hagiographie qui donne le beau rôle au martyr. Les dates restent approximatives et les situations politiques embrouillées de l'époque mérovingienne compliquent l'évocation biographique. La Vie de saint Léger a été écrite en langue romane au .

Un prélat d'extraction aristocratique

D'origine germanique., Léodegard naquit dans une famille riche et noble des bords du Rhin, en Austrasie, vers 616.

Il était le fils de Bodilon, un aristocrate franc, et de Sigrada. Sa mère avait pour frère l'évêque de Poitiers, Didon, et pour sœur Béreswinthe, épouse d'Athalric, duc d'Alsace et mère d'Odile de Hohenbourg (sainte Odile)..

Le frère de Léger, Gaerinus (Warin)/Voir l'article « Famille de Vergy ». est lui aussi un puissant seigneur de Burgondie. Victime du même Ebroïn pour les mêmes raisons que Léger, il meurt en martyr avant son frère.

Un dignitaire au cœur des intrigues mérovingiennes

À la mort de son père, Léodegard était âgé de dix ans ; il fut envoyé à Poitiers auprès de l'évêque Didon, son oncle maternel, ce qui lui permit d'avoir une éducation soignée.. Il y devint à vingt ans diacre puis archidiacre au service du diocèse de Poitiers.. En 650, il prit l'habit monastique à l’abbaye de Saint-Maixent et en fut bientôt élu abbé (en 653 ?).

À la mort du roi , sa veuve, la reine Bathilde, exerça la régence de 657 à 664 pendant la minorité de . Elle appela Léger au palais de Neustrie et lui permit de devenir évêque d'Autun. À la majorité de , Bathilde fut écartée du pouvoir par Ebroïn, maire du palais de Neustrie. Léger perdit l'un de ses principaux appuis. À la mort de , en 673, deux clans s'affrontèrent au sein du palais : Ebroïn soutint la cause de , le plus jeune frère de , Léger soutint celle de , son frère aîné. Ebroïn défait fut relégué à l'abbaye de Luxeuil et relégué à l'abbaye de Saint-Denis.

Ebroïn éloigné, Léger devint un personnage influent, il se crut assez fort pour reprocher à , roi d'Austrasie, son mariage avec sa cousine, Bilichilde, contrevenant ainsi au droit canon et demanda leur séparation. Craignant de perdre son influence, la belle-mère de , Chimnechilde, se rapprocha des ennemis de Léger : le maire du palais, Wulfoald, l'abbé de Saint-Symphorien d'Autun, l'évêque de Clermont Priest. À Pâques 675, au cours d'un concile judiciaire, Léger fut déposé et relégué à l'abbaye de Luxeuil où il rejoignit Ebroïn.

La même année, et Bilichilde furent assassinés. Les cartes étaient rebattuesBruno Dumézil, L'Empire mérovingien s, Paris, Passés Composés, 2023 p. 228 à 231..

Une fin tragique

Libérés, Ebroïn et Léger devinrent alliés un moment mais, la querelle reprit à propos de la succession aux trônes. Léger soutint le retour de et Leudesius fils d'Erchinoald, devint maire du palais de Neustrie. Ebroïn soutint , fils de mais les leudes d'Austrasie ne le suivirent pas et rappelèrent exilé en Irlande. Ebroïn abandonna la cause de Clovis et s'appuya sur la Neustrie-Burgondie. Avec sans doute, le soutien d'Ouen de Rouen, Ebroïn leva une armée et parvint, en 676, à s'emparer de Léger retranché dans son siège épiscopal d'Autun. Emprisonné, Léger fut énucléé puis mis à mort, le ou 679, dans la forêt de Lucheux, en Picardie, où Ebroïn avait de puissants soutiens. Dans la foulée, le comte de Paris, Gaerinus, frère de Léger et le maire du palais de Neustrie, Leudesius, furent éliminésBruno Dumézil, L'Empire mérovingien s, Paris, Passés Composés, 2023 pp. 229-230..

Récit hagiographique du martyre de Léger vignette|

Assiégé et ne disposant pas de forces suffisantes, Léger se rendit pour épargner la cité et ses habitants. Ebroïn fit arracher les yeux, puis les lèvres et la langue de son prisonnier qui n'opposa que la prière à la barbarie ; il fit aussi lapider son frère Guérin, puissant seigneur de Vergy dans les Hautes-Côtes de Nuits en Bourgogne, ce qui révèle l'implication des grands nobles de Bourgogne dans le conflit avec Ebroïn qui était politique plus que personnel.

Selon la tradition, Léodegard/Léger survécut miraculeusement à ses blessures et à la faim durant neuf jours dans la forêt à proximité d'Autun, près de la pierre de Couhard (l'église de Couhard est dédiée à saint Léger) avant d'être retrouvé par ses proches. Il fut ensuite recueilli dans l'abbaye de femmes de Fécamp pendant deux ans où il retrouva tout aussi miraculeusement la parole (anatomiquement, il est possible que le bourreau n'ait blessé que superficiellement sa bouche et sa langue).

Ebroïn, rallié maintenant à et de nouveau maire du palais, décida finalement de faire mettre à mort celui qui était redevenu dangereux pour le pouvoir neustrien, en représentant les intérêts burgondes. Léger d'Autun aurait été assassiné sur ordre d'Ébroïn, le ou 679 soit dans la forêt d'Yveline soit plus vraisemblablement dans celle de Lucheux, au nord de la Picardie. Ebroïn ordonna de faire disparaître son corps après la décapitation : ses sbires, dont le chancelier Robert., agirent le (ou le 3 et en 679 selon les sources)Vie de Saint Léger, Évêque d'Autin. et assassinèrent Léger. Après le 3, le jour de sa fête a finalement été fixé au .

Canonisation

Contexte historique

Pépin de Herstal maire du palais d'Austrasie, cherchait, pour asseoir son pouvoir, à attirer à lui les insatisfaits de la politique du maire du palais de Neustrie, Waratton et de son fils Ghislemar. C'est par l'intermédiaire de ses réseaux, semble-t-il, que le pippinide œuvra pour favoriser, au milieu des années 680, la canonisation de Léger. Il espérait ainsi resserrer les liens déjà anciens avec la région de Poitiers où résidait une partie de la famille de LégerBruno Dumézil, L'Empire mérovingien s, Paris, Passés Composés, 2023 p. 239..

Récit hagiographique de la canonisation

Le corps de Léger fut enterré par une dame pieuse "dans une chapelle du village de Sercin en Artois, sur les confins des diocèses de Cambray & de Thérouanne"., c'est-à-dire, non loin de l'emplacement prétendu du martyre en pleine forêt, entre le territoire des communes de Lucheux (Somme) et de Sus-Saint-Léger (Pas-de-Calais). Et bientôt des miracles se produisent sur sa tombe.

Un concile d'évêques proclame la sainteté du martyr, peut-être à Marly-le-Roi, lors de la fête de Pâques en 681. En effet, bien que sa mise à mort fut politique et non religieuse, son refus de la violence en fait un exemple pour la chrétienté et sa défense des droits de l'Église comptait dans les luttes de pouvoir en cette époque aux pouvoirs instables.

Translation de la dépouille

La renommée de saint Léger grandit. Vers 683, le roi Thierry/Théodoric fit assassiner Ebroïn par Ermenfroi, seigneur franc, et demanda pardon pour ses manquements à l'égard du saint qu'il fit désormais reconnaître et honorer. La translation de sa dépouille a finalement lieu en 684 à Saint-Maixent-l'École, près de Poitiers : on l'inhuma dans une nouvelle église, proche de l'abbatiale, qui lui était dédiée.

Les royaumes de Neustrie, de Burgondie et d'Austrasie furent alors de fait réunis par et les derniers rois mérovingiens furent contraints peu à peu de céder le pouvoir au maire du palais, Pépin de Herstal appelé aussi Pépin le jeune et à son successeur Charles Martel.

Le développement du culte de saint Léger

Un concile d'évêques ayant proclamé sa sainteté en 681, pour des raisons politiques[Dillange 1995] , p. 16., l’Église cherchant à exploiter l'exemplarité du défenseur de ses droits contre le pouvoir royal, la renommée de saint Léger se développe rapidement et fait de lui l'un des saints les plus populaires du Moyen Âge en France.

Les reliques Les reliques de saint Léger sont recherchées par de nombreuses églises qui se vouent au saint martyr tant en France qu'en Belgique. Elles sont à l'origine des nombreuses dénominations de bourgades et de villages.

La diffusion de son culte s'opère à partir des trois diocèses associés aux différents moments de sa vie : le diocèse de Poitiers, où se trouve son tombeau ; le diocèse d'Autun qu'il dirigea assez longtemps et où il subit les premières étapes du martyre ; le diocèse d'Arras où il fut mis à mort et inhumé dans un premier temps.

À la demande d'Ansoald, évêque de Poitiers, et d'Andulf, abbé de Abbaye Saint-Maixent (684-696), Ursinus de l'abbaye de Ligugé compose une hagiographie de Léger à l'occasion du transfert des reliques du saint homme à Saint-Maixent.

Sa renommée se répand dans les régions voisines comme la Haute-Normandie ou la Picardie mais aussi en Franche-Comté depuis l'Alsace où vécut sainte Odile, cousine germaine de saint Léger, et où l'importante abbaye de Murbach (dans le Haut-Rhin aujourd'hui) lui est dédiée.

Les reliques de Saint-Léger protégées des invasions normandes à Ébreuil dans le diocèse de Clermont (dans le département de l'Allier aujourd'hui), restèrent en partie dans cette région et le culte du saint rayonna alors dans le Limousin voisin et au-delà en Saintonge. La plus ancienne mention authentique du culte de saint Léger remonte à 1108 : elle figure dans une bulle du pape et concerne la cathédrale de Tournai, avec la mention « Ecclesia Sancti Leodegarii ». La tête du saint a été déposée dans un chef-reliquaire à Chaux-lès-Châtillon (Les Terres-de-Chaux, Doubs), chef-d’œuvre de l'orfèvrerie médiévale.

Abbayes et prieurés On recense en France sept abbayes consacrées à saint Léger : abbaye Saint-Léger de Soissons dans l'Aisne, abbaye Saint-Léger d'Ébreuil dans l'Allier, abbaye Saint-André-Saint-Léger de Meymac en Corrèze, abbaye Saint-Léger de Saint-Liguaire à Niort dans les Deux-Sèvres, abbaye Saint-Léger aux Préaux dans l'Eure, abbaye Léger de Masevaux dans le Haut-Rhin, abbaye Saint-Léger de Murbach dans le Haut-Rhin.

On compte aussi plus de trente prieurés, plus de 220 paroisses et de nombreux petits édifices (chapelles, ermitages, oratoires). Dans le Finistère, par exemple, se trouvent une chapelle Saint-Léger à Quimerch, où il est invoqué contre les maladies oculaires, ainsi qu'une chapelle à Riec-sur-Bélon.

L'iconographie est également très abondante avec des vitraux et des statues qui représentent saint Léger en évêque avec sa crosse et sa mitre, tenant parfois ses yeux dans ses mains.

La Belgique et la Suisse ont aussi des lieux consacrés à saint Léger comme à Lucerne dont saint Léger est le saint patron, honoré dans la collégiale de la ville. Une chapelle lui est dédiée à l'entrée du village de Grimentz dans le val d'Anniviers.

Toponymie : Saint-Léger France Une association regroupe les 73 « Saint-Léger de France et d'ailleurs » dans une quarantaine de départements. Le patronyme est employé seul, mais il est aussi souvent complété par un déterminatif :