L'appellation Ashkénazes (prononcé : ), Ashkenazes ou Ashkenazim (de l'hébreu : ) désigne les Juifs d'Europe centrale et orientale. Ils constituent avec les Séfarades et les Mizrahim l'un des trois principaux groupes ethniques juifs.

Leur nom vient du patriarche biblique AshkenazDictionnaire de l'Académie française, ASHKÉNAZE (sh se prononce ch) n. . Emprunté de l'hébreu ashkenazi, dérivé de Ashkenaz, nom d'un des descendants de Japhet.. Les communautés ashkénazes se sont principalement concentrées en Allemagne, en Pologne, en Russie, dans l'ancien Empire austro-hongrois et, de façon plus clairsemée, dans le reste de l'Europe centrale et orientale. Les Ashkénazes sont caractérisés par des coutumes, un héritage culturel et des traditions religieuses particulières. À la différence des communautés séfarades ou mizrahim, la langue vernaculaire des Ashkénazes est le yiddish, variété de moyen haut allemand enrichie d’emprunts à l’hébreu, au polonais et au russeDictionnaire encyclopédique du judaïsme, CERF, Paris, 1996, articles « achkenaze, monde » et « achkenazim » ()..

Certaines sources attestent leur présence dans toute l'Europe du nord-ouest au début du Moyen Âge. Les Ashkénazes constituent la catégorie la plus nombreuse du monde juif.

Terminologie Le nom « ashkénaze » est tiré du Tanakh. Dans la Table des peuples, Ashkenaz est l’un des descendants de Japhet, lui-même fils de Noé, . Le Talmud de Babylonetraité Yoma 10a identifie Gomer, le père d'Ashkenaz, à Germania. Dans ce contexte, il s'agit cependant d'une région située au nord de la Syrie.

Le talmudiste français Rachi (né vers 1040 à Troyes en France et mort le à Troyes) est le premier auteur à utiliser le mot ashkenaz pour désigner la langue allemande et donc, pour lui, le pays d'Ashkenaz est celui où l'on parle allemand, de même que le pays de Tsarfat est celui où l'on parle français. Ashkenaz désigne la Rhénanie où il a étudié, notamment les villes de Mayence et de Worms. Ce terme est repris dans la littérature rabbinique médiévale pour désigner l'Allemagne. La proximité phonétique entre ashkénaz et saxons a pu contribuer à donner au terme sa signification actuelle mais cette hypothèse paraît peu fondée. À partir de Rachi, aux , « ashkénaze » commence à devenir un terme hébreu courant pour désigner l'Allemagne. Pendant la Première croisade, des lettres écrites par les communautés juives byzantines et syriennes qualifient les Croisés d'Ashkénazim.

Plus tard, le terme d'Ashkenaz ne se limite plus à l'Allemagne mais désigne les Juifs d'Europe centrale et orientale puis finalement tous les Juifs d'Europe du Nord.

Dans l'ethnographie et l'imaginaire ashkénaze ce vaste territoire est appelé Yiddishland. Il définit les différents dialectes yiddishs et la subdivision ethnique ashkénaze à savoir les Daïtschs d'Alsace (parlant une forme de yiddish occidental nommé Yédisch-Daïtsch), d'Allemagne et des Pays-Bas notamment, les Polakn de Pologne, les Litvakes des pays Baltes et les Galitsiyaners (Galiciens) de l'actuel Sud de la Pologne et Ouest de l'Ukraine etc.

Selon une théorie soutenue au par le pasteur James Anderson dans son ouvrage , le personnage biblique Ashkenaz fonde le royaume de Germanie sur la côte occidentale de la mer Noire.

Histoire vignette|Yiddishland : dialectes yiddishs|alt=

Origines En 722 av. J.-C., prend la Samarie et détruit le royaume d'Israël dont une partie des habitants se réfugie dans le royaume de Juda et particulièrement à JérusalemDictionnaire encyclopédique du judaïsme, p. 1249. Les autres formeraient les dix tribus perdues, dont les lieux de dispersion ont donné cours à de très nombreuses conjectures, souvent erronées voire fantaisistes.

Dès 70 et l'échec de la Première guerre judéo-romaine, des communautés juives se sont établies dans le bassin méditerranéen. En remontant les fleuves (le Rhône, le Rhin et le Danube), elles forment progressivement de nouvelles communautés en Gaule et en Germanie. En Gaule et dans l'ouest de la Germanie, la présence juive est un phénomène nouveau qui résulte de l'immigration provenant du sud de l'Europe.

Les communautés ashkénazes sont formées au en Lotharingie, c'est-à-dire dans une région correspondant à l'actuelle France du nord-est, à la Lorraine, à la Flandre et à la Rhénanie. Au , les Juifs désignent la France du nord sous le nom « Tsarfat » et la Rhénanie sous le nom d'« Ashkenaz ». Ces deux régions font partie de « Loter », la Lotharingie. Progressivement, Ashkenaz finit par s'appliquer à l'ensemble du judaïsme rhénan au sens large et aux régions avoisinantes. À partir du , les communautés juives sont suffisamment importantes pour développer une forme spécifique d'identité juive. Elles apparaissent alors comme un nouveau groupe au sein du peuple juif. Sous l'impulsion de personnalités charismatiques, le judaïsme ashkénaze prend son autonomie par rapport aux centres juifs de Babylonie. Ashkenaz devient un pôle auquel les Juifs de France et d'Allemagne viennent s'adresser en matière de loi juive. Des maîtres, tels que Joseph Bonfis (Joseph Tov Elem), Guershom Meor Hagola ou Rachi deviennent des sources d'autorité dont les décisions forment le socle de la tradition religieuse ashkénaze. L'influence des maîtres de Babylonie reste cependant présente en Europe.

Du Moyen Âge à l'époque moderne thumb|500 px|Carte datée des diverses expulsions des Juifs au Moyen Âge ainsi que les routes prises par les exilés

De 1050 à 1300, les communautés ashkénazes sont présentes dans le Nord de la France, en Angleterre, aux Pays-Bas, en Suisse et en Italie du Nord. Les croisades puis les expulsions d'Angleterre (en 1290), de France (principalement en 1306 puis définitivement en 1394) et de certaines régions de l'Allemagne au amenèrent les Juifs à migrer encore à l’Est en Pologne (au ), en Lituanie () et en Russie (). De plus, une partie de cette population, soit au plus 12 %Almut Nebel, Dvora Filon, Marina Faerman, Himla Soodyall et Ariella Oppenheim. "Y chromosome evidence for a founder effect in Ashkenazi Jews", (European Journal of Human Genetics (2005) 13, 388–391. doi:10.1038/sj.ejhg.5201319 Published online 3 November 2004)Almut Nebel, Dvora Filon, Bernd Brinkmann, Partha P. Majumder, Marina Faerman, Ariella Oppenheim. "The Y Chromosome Pool of Jews as Part of the Genetic Landscape of the Middle East", The American Journal of Human Genetics (2001), volume 69, numéro 5. , pourrait descendre des Khazars, peuple turc partiellement converti au judaïsme dont des populations ont migré vers l’ouest après la destruction de leur empire au . À partir du , la communauté juive polonaise fut la plus importante de la Diaspora.

vignette|Famille ashkénaze - Pologne|gauche vignette|Ashkenazes résidant à l'American colony à Jérusalem, entre 1900 et 1920

L'Europe centrale leur fut plus accueillante pendant plusieurs siècles jusqu'au , quand se produisit l'un des massacres les plus tristement célèbres, celui perpétré par les Cosaques de Bogdan Khmelnitski, en 1648 et 1649, contre les Juifs d'Ukraine.

Après deux siècles de relative tolérance, les pogroms poussèrent à nouveau les Juifs vers l'Ouest de l'Europe et en Palestine ottomane appelé le Yichouv au et au début du . De nombreux Juifs émigrèrent aussi vers le continent américain pour rechercher de nouvelles opportunités. La grande majorité des Juifs américains est d’origine ashkénaze depuis la première moitié du (sauf en ce qui concerne les Juifs d'Amsterdam, d'origine espagnole ou portugaise).

vignette|Immigration vers les États-Unis|alt=

Période contemporaine Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la Shoah perpétrée par les Nazis décima méthodiquement les communautés ashkénazes d’Europe que l’on estimait à de personnes avant la guerre. Environ de Juifs furent ainsi massacrés : des de Juifs polonais, de de Juifs d’Ukraine, la quasi-totalité des Juifs des Pays-Bas et entre 50 et 90 % des Juifs des pays slaves, des pays baltes, de l’ex-Empire austro-hongrois, d’Allemagne et de Grèce, 26 % des Juifs de France.

La plupart des survivants des communautés d'Europe centrale et orientale émigrèrent après la guerre vers Israël et, dans une moindre mesure vers les États-Unis.

Culture

vignette|Ashkénazes hassidim d'Ukraine.|alt=|gauche Les Juifs ashkénazes tirent leurs coutumes du Talmud de Jérusalem (mais ils étudient et obéissent aux décrets du Talmud de Babylone) et leur liturgie des sages de Tibériade, contrairement aux Juifs séfarades et mizrahim, descendants des exilés de Babylone, qui suivent la liturgie et le Talmud de Babylone.. Plusieurs coutumes spécifiques et certaines particularités liturgiques vont dans ce sens, et cela correspond à l'origine géographique de chaque groupe http://www.morasha.it/sbr/sbr_somekh.html. On pense que l'étude du Talmud de Jérusalem a été peu à peu abandonnée par les yeshivot ashkénazes par manque de sources et de commentaires, la plupart des textes ayant été perdus. Il semblerait ainsi que Rachi ne disposât que de fragments de celui-ci. L'étude se serait donc progressivement reportée sur le Talmud de Babylone, moins virulent contre le christianisme et donc moins censuré. Cependant certains documents retrouvés dans la Guéniza du Caire pourraient indiquer un abandon du Talmud de Jérusalem beaucoup plus ancien, en fait dès que la rédaction du Talmud de Babylone fut achevée.

Les Juifs ashkénazes développèrent des centres d’études religieuses en Pologne, Russie et Lituanie pendant des générations. Des mouvements comme le hassidisme, la Haskala, en Allemagne, avec Moïse Mendelssohn. et même le sionisme naquirent également en Europe de l’Est.

Les traditions des Ashkénazes sont légèrement différentes de celles des Séfarades et Mizrahi, même si le service synagogal a la même structure dans les différentes communautés et si les textes principaux sont le plus souvent identiques. Avec le temps, des différences apparaissent également entre les Ashkénazes d'Europe de l'Est (notamment de Pologne, Lituanie, Russie) et les Ashkénazes plus occidentaux (surtout d'Allemagne et de France). Les coutumes d'Europe de l'Est sont mentionnées dans le commentaire du Choulhan Aroukh de Moses Isserles mais nous manquons de sources écrites sur les coutumes d'Europe occidentale. La liturgie de cette dernière est en revanche bien connue grâce au Mahzor Vitry, datant du . Peu d'ouvrages sur le service synagogal d'Europe de l'Est nous sont parvenus, la plupart datant du et présentant le noussa'h sfard des Hassidim.

Les virent l’éclosion d’une vie intellectuelle très riche ; c’est à cette époque que vécurent le rabbin Guershom de Mayence (Magenza), dit Meor Hagola, « la Lumière de l’Exil », dont deux des grandes décisions sont l’abolition du lévirat et de la polygamie et Salomon Ben Isaac de Troyes, dit Rachi (1040-1105), . Le moine franciscain Nicolas de Lyre lisait Rachi dans le texte original, et reconnaissait la dette intellectuelle qu’il avait envers lui ; les érudits de la Réforme et plus tard Martin Luther lui empruntèrent également beaucoup..

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