Limpérialisme est une stratégie et doctrine politique de conquête, visant la formation d'un empire ou d'une domination. Elle peut s'appuyer sur une justification historique, sur le nationalisme ou l'idée d'une menace extérieure comme dans le cas de l'eurasisme, ou encore sur l'idée d'une mission civilisatrice comme dans le cas des anciens empires coloniaux européens. Pour John Atkinson Hobson, la nouveauté dans l'impérialisme de la fin du et du début du , c'est qu'il n'est plus lié à l'idée d'un empire couvrant le monde connu, comme c'était le cas dans le cadre de la Pax RomanaJohn Atkinson Hobson, 1988, p. 8.. Au contraire, à la suite de la montée du nationalisme au , cet impérialisme donne lieu à une lutte entre empires concurrents (Empire allemand, Empire britannique, Empire russe, Empire français…).
Sur le plan économique, l'impérialisme est alors de nature protectionniste et s'oppose au libre-échange. Par ailleurs, ses liens avec certaines formes de capitalisme (un système économique, politique et social fondé sur la propriété privée des moyens de production et d'échange) monopolistique sont mis en avant par de nombreux auteurs marxistesCf. notamment, Vladimir Lénine, L'impérialisme, Stade suprême du capitalisme, 1916.. De nos jours, ce terme est employé de façon large pour désigner tout rapport de domination établi par une nation ou pays sur un ou plusieurs autres pays.
thumb|right|450px|Carte du royaume de Prusse vers 1900. L'impérialisme prussien avait une nature militariste, associant les titres nobiliaires aux grades de commandement.
Origine et évolution du terme Le terme est employé en français à partir des années 1830 pour qualifier une doctrine favorable à la politique de conquête territoriale de Napoléon Bonaparte. Dans les années 1840, il sert aux historiens français à qualifier le système de gouvernement et de domination de l'Empire romain, sens que lui donne Jules Michelet dans son journal dix ans plus tard quand il analyse l'Empire colonial britannique« Impérialisme - étymologie », base CNRTL..
L'impérialisme chez Hobson John Atkinson Hobson emploie le terme pour la première fois en 1902 dans un livre intitulé Imperialism. L'auteur y analyse les forces et les facteurs économiques moteurs de l'impérialisme et certains de ses prolongements politiques. Il fait une distinction entre le colonialisme (qui s'applique, pour lui comme pour les Anciens Grecs, à des territoires peuplés d'émigrants de la société mère comme l'Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande), et l'impérialisme, c'est-à-dire l'« annexion pure et simple de territoires sans volonté d'intégration » telle qu'elle a été mise en œuvre à la fin du siècleBlanchon, 1999, .. Par ailleurs, Hobson développe l'idée selon laquelle la politique impériale développée par le Royaume-Uni durant tout le siècle et notamment depuis les années 1870, s'expliquait par la volonté d'un groupe restreint d'investisseurs et d'aristocrates britanniques de défendre leurs propres intérêts économiques, sans réellement tenir compte de ceux de la nation britannique. C'est donc la situation économique de la métropole qui serait à l'origine de l'expansion impérialeGéraldine Vaughan, Clarisse Berthezene, Pierre Purseigle, Julien Vincent, Le monde britannique 1815-1931, Historiographie, Bibliographie, Enjeux, Belin, 2010, .. Sur le plan politique, il estime que l'impérialisme est foncièrement anti-libéral. En effet, les territoires conquis sont administrés de façon centralisée sans tenir compte de la volonté des populations. Il s'ensuit que pour lui, il s'agit d'une tyrannie. Or, cette tyrannie exercée par des fonctionnaires et des militaires anglais peut contaminer toute la société britannique et menacer la démocratieBlanchon, 1999, ..
Les débats autour de l'analyse de l'impérialisme par les marxistes Des auteurs marxistes, principalement Rudolf Hilferding, Rosa Luxemburg, et Lénine avec son ouvrage L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916), reprennent le terme de Hobson et le popularisent. Dans le cadre de la théorie marxiste, l'impérialisme correspond à un stade de développement historique du capitalisme, et répond à une logique essentiellement économique et non pas politique. Lénine, dans son ouvrage, propose cinq caractéristiques centrales de l'impérialisme : Concentration de la production et du capital parvenu à un degré de développement si élevé qu'elle a créé les monopoles, avec un rôle décisif dans la vie économique Fusion du capital bancaire et du capital industriel, et création sur la base de ce capital dit financier, d'une oligarchie financière L'exportation des capitaux, à la différence de l'exportation des marchandises, prend une importance toute particulière Formation d'unions internationales monopolistes de capitalistes se partageant le monde Fin du partage territorial du globe entre les grandes puissances capitalistes..L'impérialisme est le moyen de faire face à la baisse tendancielle du taux de profitKarl Marx, Le capital. en étendant l'exploitation dans le monde colonial. Lénine analyse ainsi la Première Guerre mondiale comme le produit de la lutte entre capitalistes pour l'appropriation des colonies. Au cœur de ce stade de développement du capitalisme, on trouve, après la concentration ayant eu lieu au , le « grand capital », largement contrôlé par les banques et la finance selon Lénine.
À partir de 1960 et notamment sous l'impulsion des mouvements de libération nationale et anti-coloniaux, de nouvelles théories marxistes analysent l'impérialisme et le tout jeune néocolonialisme. Les défenseurs de ces théories, par exemple Samir Amin ou Arghiri Emmanuel, s'opposent à certains points de la définition traditionnelle léniniste de l'impérialisme, notamment sur l'idée que l’exploitation des pays du Sud Global (ou du Tiers monde) se reposerait essentiellement sur la balance négative des capitaux vers les pays riches. Selon eux cette exploitation résiderait dans l'échange inégal en place entre pays exploiteurs et exploités. Ces tendances marxistes se basent, généralement, sur les travaux de Immanuel Wallerstein autour de la théorie des Système-mondes, retraçant l'histoire du capitalisme autour de la contradiction centrale entre le coeur du capitalisme (center ou core, càd les pays impérialistes) et sa périphérie (periphery) exploitée. Ces marxistes analystes de l'impérialisme depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale peuvent être regroupés sous le terme de l'école de la Théorie de la dépendance.
Cette thèse n'a cessé de faire l'objet de vives critiques. En particulier, de très nombreux auteurs ont contesté l'idée que la finalité de l'impérialisme soit avant tout économique. Un des premiers critiques de cette théorie, Joseph Schumpeter défend, par exemple, l'idée qu'il faut voir dans l'impérialisme un phénomène de nature sociologique. Il insiste ainsi sur l'importance de l'aristocratie, notamment les Junkers en Allemagne, dont la position sociale est fondée sur le contrôle de ressources politiques, l'exploitation de richesses terriennes locales et la domination des métiers des armes. C'est plutôt dans cet habitus guerrier, entré en synergie avec l'appareil de l'État moderne, que Joseph Schumpeter situe l'impulsion première de l'impérialisme. Impérialisme versus libre-échange
En 1934, Wilhelm Röpke souligne, dans Impérialisme et capitalisme, que « la prospérité du capitalisme n’est pas fonction du nombre de kilomètres carrés dominés ». Il s'efforce aussi de montrer que le capitalisme libéral, en défendant le libre-échange, constitue un barrage à l'impérialisme. S'opposer au capitalisme écrit-il, c'est renforcer les États et par conséquent l'impérialisme des plus fortsWilhelm Röpke, Impérialisme et capitalisme, 1934 (lire en ligne [PDF]). Selon cette tradition intellectuelle libérale, ce qui doit prévaloir, c'est la paix par le commerce dans laquelle les États, acteurs de l'impérialisme, ont un pouvoir limité.
L'impérialisme chez Arendt Dans Les Origines du totalitarisme (1951), Hannah Arendt rattache l'impérialisme à la notion d'expansion (à différencier de la conquête, selon elle) comme fin en soi. Selon elle, l'impérialisme est apparu quand l'État-nation devint trop étroit pour le développement de l'économie capitaliste. Son approche rattache l'impérialisme à la genèse du totalitarisme : d'une part il a inauguré une « politique mondiale », d'autre part, il a préfiguré au sein de certains pays la négation de l'État-nation au cours du (exactions coloniales, pouvoirs spéciaux dans les colonies...). L'impérialisme aurait également permis l'apparition des conceptions raciales qui ont été exploitées par le nazisme.
Impérialisme et géopolitique dans l'œuvre de Thual vignette|500px|droite|Organigramme de fonctionnement d'une structure impérialiste, en rouge, avec composante sous-impérialiste, en orange, et l'entité sous contrôle en jaune.
Impérialisme François Thual, géopolitologue, chargé de cours à l'École des Hautes Études et directeur d'études au Collège Interarmées de Défense, donne la définition suivante :
Sous-impérialisme D'autre part, afin d'affiner l'étude des différentes formes de contrôle géopolitiques, le concept de sous-impérialisme a été créé par les spécialistes de la géopolitique. La définition donnée par François Thual est la suivante :
Les modèles de sous-impérialisme (typologie de Thual) François Thual a identifié un certain nombre de cas de sous-impérialisme dont la classification peut se résumer à trois systèmes.
Le modèle de contrôle par capture territoriale directe Cette première forme de sous-impérialisme est le modèle anglais des Dominions où une colonie devient elle-même un centre de colonisation et d'expansion à la fois pour elle-même et pour la métropole. Toutefois, ce modèle inclut également des colonies britanniques n'ayant pas le statut de Dominion.
Exemple des dominions vignette|270px|droite|Carte des colonies de l'Afrique du Sud, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande en 1918. Les Dominions sont en rouge et leurs colonies en orange. vignette|270px|gauche|Modèle impérialiste, avec composante sous-impérialiste, de contrôle avec capture territoriale directe dans le cadre des Dominions britanniques Trois exemples sont données à travers les expériences coloniales de l'Australie, de l'Afrique du Sud et de la Nouvelle-Zélande à la fin de la Première Guerre mondiale : L'Australie obtint à l'issue du traité de Versailles la partie allemande de la Nouvelle-Guinée et l'archipel de Bougainville sous la forme d'un mandat de Société des Nations type C. Cette capture territoriale directe permit à l'Australie de renforcer son influence régionale dans le monde mélanésien et d'accroître dans le même temps le domaine de l'Empire britannique jusqu'à l'indépendance de ce territoire en 1975. Le traité de Versailles accorda à l'Afrique du Sud un mandat de la Société des Nations de type C sur le Sud-Ouest africain. Ce mandat en accordant le contrôle territorial sur le territoire de la future Namibie augmenta le poids de l'Afrique du Sud en Afrique australe jusqu'en 1990. La Nouvelle-Zélande obtint un mandat de type C de la Société des Nations sur les Samoa allemandes. Le contrôle sur ce territoire permit à la Nouvelle-Zélande d'avoir une influence territoriale directe sur le monde polynésien jusqu'en 1961. Le contrôle exercé par Londres sur Canberra, Pretoria et Wellington était d'ordre politique, du fait que leur politique étrangère relevait à l'origine de la Grande-Bretagne et que les armées de ses trois pays étaient parties intégrantes de l'armée britannique..
Exemple de colonie n'ayant pas le statut de dominion vignette|270px|droite|Carte simplifiée de l'hémisphère Nord, avec la partie euro-africaine, avec la Grande-Bretagne en rouge vif, l'Égypte en rouge clair et le Soudan anglo-égyptien en orange. La partie du Condominium cédée à la Libye en 1919 est hachurée.