Le parc Léopold (en néerlandais : Leopoldpark) est un site bruxellois constitué d'un parc public et de bâtiments historiques. Auparavant sur le territoire de la commune d'Ixelles, il est annexé par la ville de Bruxelles en 1913, dont il fait partie de son extension est. Il est situé dans la vallée du Maelbeek et jouxte le centre historique de la commune d’Etterbeek.

Dans le parc se trouvent le Muséum des sciences naturelles de Belgique, le Bâtiment Paul-Henri Spaak du parlement européen, et divers bâtiments de l'ancien campus de l'université libre de Bruxelles.

Histoire

Demeure de plaisance () vignette|gauche|La tour d'Eggevoort (), dernier vestige de la demeure de plaisance.

Pendant des siècles la domaine dite "d'Eggevoort" sert comme demeure de plaisance. Au il est dans les mains d'une Jeanne de Bouchout, de 1819 à 1851 de la famille Dubois de Bianco, dont un membre est bourgmestre d'Etterbeek dans les années 1830. Le seul vestige de cette époque est la tour d'Eggevoort accompagné d'un petit pavillon. Ce petit ensemble de chasse en brique et pierre blanche date du . Il devient pêcherie au et fait partie d'une auberge appelée Petit Paris au . Il est restauré d'une manière historisante vers 1939 d'après les plans dessinés 1914 par l'architecte L.-F. De Pauw.

Jardin zoologique (1851-1880) vignette|gauche|Vue des principaux sites du Jardin zoologique de Bruxelles, 1856. vignette|Serres et maison de Jean Linden, 1856.

Tout commence avec le nouveau Quartier Léopold, dont les habitants aisés ont besoin d'un lieu de promenade. Un portail au bout de la Rue Montoyer donne accès au domaine, transformé en parc élégant. C'est en 1851 que la Société royale de Zoologie, d’Horticulture et d’Agrément acquiert le domaine et fait appel à l'architecte Alphonse Balat et le paysagiste Louis Fuchs pour l'aménagement. Est donc né un parc à l'anglaise.

Le but premier de la société est d'aménager un parc d'agrément. Pour ce faire on cherche d'attirer des actionnaires avec la promesse d'un rendement de 4%, dès la première année. Mais comment générer des bénéfices avec un simple parc? Pour présenter un plus-value aux visiteurs, on se lance dans l'aménagement d'un zoo. Sans aucune expérience dans la matière. Les animaux coûtent cher, les actions ne se vendent pas assez vite, en 1857, les recettes couvrent à peine l'amortissement d'un emprunt. On accumule des dettes.

Le zoo accueille un restaurant, un kiosque à musique, une salle des fêtes, patinage à roulette et glace. Et les animaux? On ne pensait qu'à les mettre en scène, pas de réfléchir de quoi ils auraient besoin pour survivre. Déjà en 1853, le rapport annuel constate un taux excessif de mortalité. Un animal après l'autre meurt du gel en hiver, de l'humidité de sa cage.

En 1860, le zoo achète un bâtiment en construction, juste à coté. Ce sont les Dames Rédemptoristes qui en avaient entamé la construction, à partir de 1856, mais le projet devenant trop cher, elles le cèdent à la Société royale de Zoologie et d’Horticulture. Le zoo propose ces nouveaux locaux en 1861 au Muséum des sciences naturelles, mais reçoit un refus. L'immeuble accueille donc, moyennant des adaptations architecturales par Henri Beyaert, un café-restaurant, une salle de concert, des cabinets de lecture, la collection zoologique propre au zoo et le logement du directeur.

vignette|redresse|Action de la Société royale de Zoologie, d’Horticulture et d’Agrément, 16 mars 1874.

La seule partie du projet qui marche bien, c'est l'horticulture. Le botaniste Jean Jules Linden gère cette partie des installations. Il y cultive des plantes rares et les propose à la vente, entre elles, 600 variétés d'orchidées et 230 de palmiers. En 1854 le futur architecte de la Cour de Léopold II, Alphonse Balat, conçoit une petite serre pour y héberger la Victoria amazonica, nénuphar géant d'Amazonie. Conscient que la Société de Zoologie gère mal le parc, Linden rachète, en 1868, la partie sur laquelle se trouvent ses serres. Son fils la vend à la ville de Bruxelles en 1908. Un buste de Jean Jules Linden trône à l'emplacement de l'ancienne serre de la Victoria amazonica.

La société est dissoute en 1876, et après trois essais de mettre le jardin en vente, sans que personne ne se porte candidat, c'est la ville de Bruxelles qui reprend le domaine, le .

Parc Léopold, Cité de la Science (1891-) vignette|Congrès Solvay de 1927. La photo a été prise devant l'actuel bâtiment central du lycée Émile Jacqmain.

La ville de Bruxelles vend, le , les bâtiments du couvent et les les entourant à l'État qui va, avec 30 ans de retard, quand même y installer le musée des sciences naturelles, ouvert après travaux en 1891. À la même époque, la ville exproprie la partie de l'étang que le zoo n'avait que louée.

Quand la ville n'arrive pas à faire revivre le zoo en 1878, elle procède à la vente des animaux en 1879/80, ferme le zoo. La ville se décide enfin, en 1880, à ouvrir le Parc Léopold au public. Mais, à cause des dégradations occasionnées, on le ferme déjà deux ans après. À partir de 1883, la ville loue le parc occasionnellement à des associations les plus diverses pour l'une ou l'autre fête.

L'université libre de Bruxelles, de son côté, n'a, à ce fin du , ni de personnalité juridique, ni de fonds propres. Elle dépend de la ville de Bruxelles. À une époque, à laquelle les universités introduisent de plus en plus des cours pratiques dans l'enseignement, elles avaient besoin d'investissements. L'ULB a déjà réussi de monter des laboratoires, entre autres un de botanique en 1884, un autre de psychologie en 1889. Mais en , la faculté de médecine déclare, dans le nom du rapporteur Paul Héger, d'avoir besoin d'une "école pratique", composé, dans l'immédiat, de quatre instituts : ceux d'anatomie humaine, d'histologie, de physiologie, de pathologie et d'hygiène. Suivi, dans un avenir un peu plus éloigné, de quatre autres : ceux de physique et de chimie médicales, d'anatomie et de physiologie pathologique, de thérapeutique expérimentale. Les coûts estimés dépassent de loin les moyens de la ville.

Un institut de physiologie, Héger le réclame sans succès depuis 1873, année pendant laquelle il en avait visité un à Vienne. En 1885 il rencontre Ernest Solvay, inventeur et industriel, qui voit aussi le besoin d'un tel institut, après d'en avoir visité un à Berlin, en 1881. Les deux hommes partagent l'idée que la science n'est rien sans l'expérience.

Commence une longue collaboration, qui se solde dans la construction de cinq nouveaux bâtiments dans le parc, accueillant autant d'instituts scientifiques.

De 1892 à 1893 est mis en place un double "Institut de Physiologie", double, parce que la moitié du bâtiment sert à l'enseignement, organisé par l'ULB, alors que l'autre moitié comme institut de recherche, indépendant de l'université.

C'est à Alfred Solvay, frère d'Ernest, de financer le deuxième bâtiment et institut dans le parc, l'Institut d'hygiène, de bactériologie et de thérapeutique pour la recherche et la production des vaccins et médicaments.

Entre 1893 et 1898 est construit le troisième institut, lInstitut d'Anatomie et Histologie. Cette fois Paul Héger trouve un investisseur privé dans l'industriel Raoul Warocqué, mais c'est la ville de Bruxelles qui le finance à deux tiers.

Ce troisième bâtiment n'étant pas encore prêt, la ville et l'université passent, du au , à l'inauguration festive de l'ensemble, en présence de délégations étrangères : discours, concours, cortèges, concerts, réceptions, spectacles, bals.

Ernest Solvay n'est pas juste un mécène qui soutient financièrement les projets des autres. Ses fondations à lui, suivent ses propres idées et projets. Son soutien aux projets médicales de Paul Héger s'explique par sa volonté de ramener les phénomènes de la vie à des déterminismes physico-chimiques. Vite, il a la conviction, que les phénomènes sociaux s'étudient aussi à partir de fondements physiques et chimiques. Les phénomènes sociaux, il faut les étudier, selon lui, pour savoir améliorer le sort des ouvriers, avant que des conflits néfastes pour l'industrie n'éclatent. "Il faut hâter ces progrès économiques et intellectuels, parce que, si nous ne le faisons pas on nous forcera à le faire au-delà de ce qui est pratique, avec violence et dans de mauvaises conditions", dit-il dans sa fonction de sénateur libéral, le , et demande d'abord au gouvernement de fonder un institut des sciences sociales. Et comme le gouvernement ne donne pas suite à sa demande, il se lance lui-même.

Son Institut de Socologie, mieux connu sous le nom de Bibliothèque Solvay, devient en 1901/02 le quatrième institut du parc, la ville donne le terrain, mais Solvay s'en garde l'organisation, indépendant de l'ULB, il installe Émile Waxweiler comme premier directeur.

Le cinquième institut du parc vient de la Province du Brabant. Elle ne veut plus être dépendant de l'étranger pour les vaccins et médicaments et installe son Institut Pasteur directement derrière l'institut d'hygiène, sur un terrain juste en dehors du parc. Décision prise en 1900, les recherchent commencent directement dans des locaux provisoire, les bâtiments sont opérationnel en 1903.

Le sixième institut au parc est l'Institut de Commerce, construite en 1904/05, qui prend place entre l'Institut de Physiologie et celui de sociologie. Entièrement financé par Ernest Solvay, son fonctionnement est, cette fois, dans les mains de l'ULB.

Avec l'exception de l'Institut d'Hygiène, les bâtiments de l'époque sont toujours visibles aujourd’hui, et font du parc un lieu de grand intérêt architectural. Mais tout d'abord il s'agit d'un manifeste pour une science basé sur la recherche expérimentale et de l'interdisciplinarité. La cité scientifique est un projet global, mêlant les aspirations des grands industriels à celles des scientifiques, la recherche expérimentale aux applications concrètes ainsi que les sciences naturelles aux sciences sociales.

C'est dans ces instituts que se tiendront tous les 3 ans les fameux « Congrès Solvay ». Pendant une semaine, une vingtaine de spécialistes discute un problème d'actualité soigneusement préparé par des rapporteurs. La première édition de 1911 réunira 11 futurs prix Nobel parmi lesquels figurent notamment Marie Curie et Albert Einstein. À la cinquième édition de 1927, ont participé 17, qui obtinrent le Prix Nobel dont Albert Einstein et Marie Curie. Dans la foulé, Solvay fond l'Institut International de Physique (1912) et l'Institut International de Chémie (1913) qui prennent siège dans les locaux de son institut de Physiologie.

En 1913, s'opère un changement des limites communales : le parc passe d'Ixelles à la ville de Bruxelles ..

Abandon par l'ULB (1919-) L'université ambitionne, à partir de 1909, de transférer la totalité de ses locaux depuis la rue des Sols vers le parc. Des projets pour une grande cité universitaire sont proposés par les architectes Constant Bosmans et Ernest Acker. Mais, interrompu par la Première Guerre Mondiale, les discussions se terminent dans le constat qu'au parc Léopold il n'y a pas assez de place. On commence donc, en 1919 de transferer les instituts au nouveau campus Solbosch.

Le Muséum des sciences naturelles, quant à lui, reste au Parc Léopold. En 1930, le lycée Émile Jacqmain s’installe dans l’ancien institut de Physiologie, et occupe à partir de 1955 aussi l'ancienne École de Commerce. À la place de l'ancien bâtiment Eastman apparaît en 2007 la Maison de l'Histoire européenne. Depuis 2013, la bibliothèque Solvay, est le lieu d'activité de la société Edificio SA qui y organise toutes sortes d'évènements culturels, sociaux et caritatifs. L'ancien institut de l'Anatomie devient le laboratoire intercommunal de chimie et de bactériologie. L'ancien Institut Pasteur étant occupé par le bureux de lobbying du Land de Bavière.

En 1993 est inauguré le bâtiment Paul-Henri Spaak du Parlement Européen et intégré dans le parc.

Les différents bâtiments