vignette|La tour Magdala, construite par l'abbé Bérenger Saunière près de l'église Sainte-Marie-Madeleine L'affaire de Rennes-le-Château est l'histoire du mystère entourant la présence d'un trésor à Rennes-le-Château. Cette affaire, dont l'abbé Bérenger Saunière est le personnage principal, débute avec des rumeurs d'une découverte supposée d'objets de valeur ou de parchemins par l'abbé lors de travaux de rénovation dans son église paroissiale en 1887. Ce trésor aurait permis de financer les grands chantiers immobiliers de Saunière, notamment la construction de la villa Bethania et la rénovation de l'église paroissiale Sainte-Marie-Madeleine, qui a profondément modifié la physionomie architecturale et la vie des habitants de ce petit village du département de l'Aude.

Médiatisée par le commerçant Noël Corbu dans les années 1950 afin d'attirer des touristes à Rennes-le-Château, l'affaire a fait l'objet d'une amplification dans les années 1960 par le biais du mystificateur Pierre Plantard, aidé de Gérard de Sède et Philippe de Chérisey. C'est L'Énigme sacrée (Holy Blood, Holy Grail) qui, en 1982, donne à l'affaire une ampleur mondiale en diffusant la théorie selon laquelle le secret de Rennes-le-Château serait d'ordre spirituel et lié à la descendance de Jésus-Christ et Marie Madeleine, inspirant le Da Vinci Code de Dan Brown.

Les recherches contemporaines montrent que la fortune de l'abbé Saunière est issue de dons réalisés par une organisation monarchiste basée à Narbonne et à des pratiques de simonie (trafic de messes). Saunière aurait également revendu des biens ayant appartenu à l'évêque de Narbonne et enfouis près de son église lors de la Révolution française.

Histoire

Contexte

Rumeurs antiques d'un trésor wisigoth

La rumeur d’un trésor wisigoth dans l’actuel territoire de l’Aude est ancienne, et se retrouve dans des textes dès le ..

Rumeurs anciennes du trésor du château de Blanchefort Christian Doumergue rapporte qu'il existe une légende locale selon laquelle le château de Blanchefort, dans le village voisin de Rennes-les-Bains, disposerait d'un trésor. En 1832, publie un livre intitulé Le Voyage à Rennes-les-Bains, dans lequel, rapporte Doumergue, . Labouïsse-Rochefort rapporte que le seigneur local aurait intenté , ce qui tendrait à indiquer qu'une chasse au trésor a eu lieu.

Premières rénovations

Délabrement de l'église et éloignement de Saunière (1885-1886) L'abbé Saunière est nommé le 22 mai 1885, à l'âge de trente-trois ans, à la cure de Rennes-le-Château ; il arrive dans le village le 1er juin 1885, et découvre le délabrement du presbytère et de l'église Marie-Madeleine où il doit officier. Les archives de l'archevêché de Carcassonne et du conseil départemental montrent que le délabrement avancée de l'église a fait l'objet de rapports dans les années précédentes. En 1883, le conseil général du départemental de l'Aude avait indiqué que le clocher de l'église était « lézardé sur ses quatre faces » et que la toiture de l'édifice et du presbytère nécessitaient une réfection complète ; le conseil municipal avait dû financer des travaux (1883) pour éviter un effondrement de l'église. Quand Saunière arrive, les vitraux sont détruits et ont été remplacés par des planches de bois. Dans l'impossibilité d'habiter le presbytère, Saunière est initialement logé chez une paroissienne, Antoinette Marre.

Lors des élections législatives d'octobre 1885, Saunière prend violemment position contre les républicains, . Alerté par le maire, le ministère des Cultes exige à l'évêché la punition de Saunière. Félix Arsène Billard, antirépublicain comme lui, nomme Saunière à un poste de professeur de philosophie au petit séminaire de Narbonne à partir du 1er décembre 1885. Les villageois protestent contre son départ car il n'est pas remplacé, privant les fidèles de messe. Le retour de Saunière à Rennes-le-Château est fixé à juin 1886.

L'épisode à Narbonne est méconnu. On sait toutefois que Saunière y a retrouvé son frère, Alfred, qui enseigne également au petit séminaire et est membre d'un groupe réactionnaire appelé Cercle catholique de Narbonne, déclinaison locale des cercles catholiques initiés par Albert de Mun, proche d'Henri d'Artois, comte de Chambord et prétendant au trône de France en tant qu'Henri V jusqu'à sa mort (1883). Organe de propagande antirépublicaine, le cercle est sous surveillance de la sous-préfecture de Narbonne ; Alfred Saunière est considéré dans les rapports du sous-préfet comme l'un des acteurs principaux du cercle.

Premier don et rénovation (1886-1887) Saunière retourne à Rennes-le-Château en juin 1886. Il apparaît alors dans ses archives qu'il obtient un don de 3 000 francs-or de la part de la comtesse de Chambord (1817-1886), veuve d'Henri d'Artois, et qui soutient le Cercle catholique, fondé par l'allié des comptes de Chambord, Albert de Mun. La somme obtenue, rapporte Doumergue, .

Dès 1887, les travaux de remise en état son quasiment achevés et l'église est à nouveau utilisable. Saunière fait inscrire sur le fronton de l'église (), qui est, selon un rapport de la sous-préfecture de Narbonne, la devise du Cercle catholique de Narbonne.

Découvertes

Découverte d'un premier parchemin dans le maître-autel (1887) En 1887, les travaux urgents de rénovation touchent à leur fin. Cela permet à Saunière de se concentrer sur la décoration de l'église. Il obtient beaucoup de dons du Cercle catholique de Narbonne, et notamment un don de 700 francs en nature de la part d'une dénommée Marie Cavailhé de Coursan. Royaliste, elle était proche du Cercle catholique de Narbonne où Alfred Saunière militait, et un fervent soutien de la comtesse de Chambord. Elle paie directement la facture du nouveau maître-autel à l'entrepreneur F. D. Monna de Toulouse ; on retrouve un duplicata de facture établi à son nom en 1905.. Le remplacement du maître-autel avait été envisagé dès au moins 1883, une délibération du conseil général de l'Aude indiquait alors que la commune, associée au conseil de fabrique local, demandait une subvention de l'État pour son remplacementExtrait du rapport du Préfet de l'Aude sur les PV des séances du Conseil Général, session d'août 1883, pages 704 et 705. Saunière fait par ailleurs refaire les vitraux par Henri Feur, reconnu à l'époque comme l'un des meilleurs vitriers de France. Le 15 juin 1890, Saunière invitera à Rennes-le-Château Marie Cavailhé de Coursan et quelques autres donateurs pour leur faire admirer les rénovations permises par leurs dons.

Lors du changement de maître-autel, en 1887, les ouvriers déplacent la pierre et le balustre du maître-autel très ancien, et découvrent un ou des « parchemins ».. Selon les versions, cette découverte aurait été faite par le carillonneur Captier (grand-père ou arrière-grand-père d'Antoine Captier), et le parchemin se serait trouvé dans une fiole située dans le chapiteau d'un balustre. (voir section dédiée aux témoignages oraux) ; ou alors, elle se serait trouvée dans une cache d'un pilier ancien (dit « wisigothique ») qui soutenait cet autel, sorte de petite ouverture creusée à même la pierre qui, à l'époque médiévale, contenait généralement des reliques de tailles relativement modestes. La dimension de ce type de cache invalide pourtant la présence de plusieurs parchemins, au vu de l'aspect de tels documents et de la forme même d'une cache dans un tel pilier si ancien. Ainsi, si la découverte d'un parchemin a été déclarée à la mairie, il n'a probablement pas été découvert dans la capsa du maître-autel.. Les maçons ont aussi rapporté que, quelques jours plus tard, une cavité dans un mur aurait été découverte, dans laquelle se seraient trouvés des pièces d’or et des bijoux ; Saunière aurait dit aux maçons qu’il ne s’agissait que de médailles sans valeur pécuniaire. Le nombre et l'identité des maçons n'est pas exactement connu..

Sous la foi du témoignage du maçon et limonadier Élie Bot., il semble attesté que, lors de travaux, un ou des parchemins sont remis au curé, lequel prétexta qu'ils étaient de grande valeur pour les garder de côté. Face aux exigences du conseil municipal, Saunière fournit des calques de ces parchemins. Ils disparaissent durant l'incendie de la mairie survenu dans les années 1910. Ainsi, les parchemins publiés dans L'Or de Rennes par Gérard de Sède (1967) sont en réalité des faux grossiers, notamment réalisés par Philippe de Chérisey et préalablement introduits dans les archives de la Bibliothèque nationale de France..

Aucun historien ne semble connaître exactement aujourd'hui le contenu de ces parchemins, leur auteur ni leur époque.. Le contenu des parchemins étant inconnu avec certitude, les différentes théories émises, souvent relayées par des livres non sourcés comme celui de Gérard de Sède (1967), ne se basent pas sur des éléments factuels. Pauline Captier, tante d'Antoine Captier et confidente de Marie Dénarnaud (servante et amante de Saunière), a soutenu que Dénarnaud lui avait confié que le parchemin datait de la Révolution française et énumérait des biens précieux mis à l'abri à cette époque. Parmi d'autres théories, on trouve un arbre généalogique, sous forme de litanies, énumérant les descendants du roi Dagobert II entre l'an 681 et mars 1244 (date du mariage de Jean VII avec Elisende de Gisors), qui daterait du et porterait le sceau de la reine Blanche de Castille. ; ou encore, un testament de François-Pierre d'Hautpoul en date du , enregistré le 23 novembre de la même année par le notaire d'Espéraza, et qui contiendrait la généalogie des mérovingiens de 1200 à 1644, ainsi que 6 lignes faisant référence à saint Vincent de Paul.. On a aussi parlé d'un testament d'Henri d'Hautpoul du , contenant des invocations aux cinq saints repris par Saunière dans le statuaire de son église.

Dalle des chevaliers (1891) En 1891, Saunière continue la rénovation de l'église. En septembre 1891, le carrelage est descellé afin d'en poser un nouveau. Dans son journal, Saunière écrit, le 21 septembre 1891, . Cette découverte aurait eu lieu lors de restauration du carrelage de la nef, à la suite de sa décision de procéder à l'installation d'une nouvelle chaire. Face au maître-autel, ses ouvriers auraient découvert une dalle sculptée dite « du Chevalier ». Le 29 septembre, Saunière informe monseigneur Billard et son secrétaire. Il est certain que Saunière a cessé d'employer les maçons qui avaient travaillé avec lui et découvert la dalle ; des nouveaux sont recrutés le 14 octobre.

Cette découverte est cohérente avec le témoignage d'Alphonse Rousset (voir plus bas), ainsi qu'avec un ancien registre paroissial couvrant les années 1694 à 1725, retrouvé dans les papiers de Saunière, et aujourd'hui propriété d'Antoine Captier et Claire Corbu. Ce registre fait référence à un tombeau situé au sein de l'église et accueillant les corps des anciens seigneurs du château local ; c'était une coutume dans certaines provinces françaises sous l'Ancien Régime. Le registre mentionne l'inhumation d'Anne Delsol, propriétaire du château Delsol, en 1705, ainsi que d'Henry du Vernet, lieutenant colonel de cavalerie du régiment de Ruftège, en 1724. On trouve une référence à cette crypte dans le testament d'Henry de Hautpoul, seigneur de Rennes, daté d'avril 1743, et qui demande à ce que .