Gaëtan Gatian de Clérambault est un psychiatre français né le à Bourges et mort par suicide le à Malakoff« Le docteur Clérambault médecin chef de l'infirmerie spéciale du Dépôt s'est donné la mort. », in Le Figaro, Paris, 20 novembre 1934..

Ethnographe et photographe à ses loisirs, Clérambault a fait carrière à l'Infirmerie spéciale, y accumulant un matériau clinique dans sa recherche de l'étiologie des passions criminelles, spécialement l'érotomanie, appelée depuis syndrome de Clérambault. Il élabore le concept d'automatisme mental et soutient l'idée d'un développement intrinsèque des psychoses à partir d'un écho de la pensée sorti de l'inconscient, et non d'une cénesthésie. Tout en insistant sur les origines toxiques voire infectieuses des hallucinations, il inaugure pour les paranoiaques une clinique structurale du sujet.

Biographie Extraction et première jeunesse (1872-1888) Gaëtan Gatian de Clérambault est issu d'une famille noble de TouraineJacques-Xavier Carré de Busserolle, Armorial général de la Touraine, , , Société archéologique de Touraine, Tours, 1866.. Avec son plus jeune frère Roger, il sera élevé dans la tradition catholique et l'orgueil de descendre, par sa mère, d'Alfred de Vigny, par son père, l'historien Édouard Gatian de Clérambault, de René Descartes.. Sa mère Valentine de Saint-Chamans est la sœur de Léontine, mère de Noémie de Saint-OursHenry de Woelmont, Notices généalogiques, 1923, p. 928..

Sa petite enfance se passe à Bourges. Il y découvre en jouant la menuiserie et la mécanique auprès d'un père bricoleur, sous-inspecteur de l'Enregistrement qui lui transmet ses souvenirs de receveur en Algérie, à Oran puis Tlemcen. Il n'a pas tout à fait cinq ans quand, en , meurt sa sœur aînée. S'ensuivent deux années qui inquiètent les médecins par ce qui ressemble à des migraines ophtalmiques à répétition mêlées à des nausées. C'est l'école qui clôt cette période et, en 1881, seules les leçons quotidiennes de latin, que sa mère a alors l'idée de lui donner elle-même, viennent le consoler du chagrin que lui cause le déménagement pour Guéret, préfecture où son père est nommé inspecteur pour quatre ans.

À treize ans, il est envoyé à Paris et inscrit à l'internat du collège Stanislas. Il y découvre L'Imitation de Jésus-Christ, dont, resté célibataire, il fera sien le modèle de vie ascétiqueG. Gatian de Clérambault, Souvenirs d’un médecin opéré de la cataracte, Éditions Hippocrate, Paris, 1935.. Brillant, il passe sa philosophie avec un an d'avance.

Études supérieures (1889-1901) En 1889, Gaëtan Gatian de Clérambault s'inscrit pour deux ans aux cours de dessin à l’École des arts décoratifs, où les études commencent par celles de l'anatomie, jusqu'à ce que son père lui enjoigne de faire son droitFranck Nouchi, « Gaëtan Gatian de Clérambault, de blouses en voiles », Le Monde, 6.08.2015, ., ce qu'il réussit en 1892 mais c'est pour aussitôt s'inscrire à la Faculté de médecine, de sorte que l'année suivante il peut accomplir son service militaire dans des conditions favorables, officier du Service de santé. Récusé de la prestigieuse artillerie pour les trois centimètres qui manquent à son mètre soixante sept, ce sera au RI, qui est stationné à Beauvais dans la caserne Watrin. Son service militaire terminé à l'automne 1894, il reprend son externat de médecine.

En 1898, dans la même promotion que Joseph Capgras, il sort admis du concours de l'internat. C'est alors qu'il choisit de s'orienter vers la pathologie mentale. Il soutient sa thèse de doctorat l'année suivanteG. Gatian de Clérambault, Contribution à l'étude de l'othématome (pathogénie, anatomie pathologique et traitement), faculté de médecine, Paris, 1899.. En y défendant une thèse opposée à celle de Valentin Magnan sur l'origine des othématomes régulièrement observés chez les aliénés, non parce que ceux-ci se cognent mais parce que la vésanie s'accompagne de carences alimentaires, il inscrit celle-ci dans la rivalité entre la moderne école de Charcot et la prestigieuse Sainte Anne. C'est en effet à la Salpêtrière qu'il commence son internat. Il est affecté au quartier des femmes de l'ex-service de Jean-Martin Charcot que dirige Paul Dubuisson, un médecin expert près le tribunal proche de donner tort à la sociétéPaul Dubuisson, Les Voleuses de grands magasins, , A. Storck, Paris, 1902. plutôt qu'à ses patientes enfermées.

Au pavillon, il découvre l'aspect criminologique de la pratique et observe comment le sexe féminin privilégie parfois certains développements de la pathologie mentale, tels que la kleptomanie. En amphithéâtre, il reçoit les enseignements de l'hypnologue Jules Voisin sur l'idiotie congénitale, du neurologue Jules Dejerine sur la neuroanatomie, de l'aliéniste Philippe Chaslin sur la démence précoce. Il se déplace à Sainte Anne pour participer aux cours de Valentin Magnan, à la leçon du mercredi, à la conférence dominicale, et aussi aux présentations de malades. C'est là qu'il acquiert les techniques psychiatriques de l'entretien, de l'anamnèse, du tableau clinique mais c'est dans Emil KraepelinEmil Kraepelin, Psychiatrie. Ein Lehrbuch für Studierende und Ärzte, , Leipzig, 1896, ed. qu'il apprend la cliniqueJ. Lacan, Écrits, « De nos antécédents », , Seuil, Paris, décembre 1966 ..

Changement de poste et de paradigme (1902-1913) vignette|La « Tour pointue », 36 quai des Orfèvres, où l'ISPP dispose de dix huit cellules et Clérambault, vingt-quatre ans durant, d'un bureau. Le , Clérambault quitte l'Assistance publique de Paris pour rejoindre Paul Garnier, médecin-chef depuis 1886 de l'infirmerie spéciale, qui est le service de médecine légale de la Préfecture de police de Paris destiné à la psychiatrie et dont le rôle est d'orienter - sur la base d'un diagnostic psychiatrique argumenté - , soit vers la prison, soit vers l'hôpital ou leur domicile, les personnes conduites au Dépôt à la suite d'un scandale sur la voie publique.

Moins de huit mois plus tard, il rédige avec un de ses collègues un article sur la folie à deux dans lequel il soutient que la psychose ne doit pas être réduite à son délire car il observe des cas où elle se manifeste par un discours suffisamment cohérent pour être partagéH. Guiard & G. G. Clérambault, « Contribution à l’étude de la folie communiquée et simultanée. (Travail du service de M. P. Garnier) », in Archives de Neurologie, vol. XIV, , & , , Bureaux du progrès médical, Paris, 1902..

En 1903, il prend une année sabbatique, qu'il passe à Vienne.

À partir du , il fait fonction de médecin adjoint sous la supervision d'un agrégé, Ernest Dupré. Deux mois et demi plus tard, son chef de service, Paul Garnier, meurt soudainement. Arthur Legras vient le remplacer.

Depuis son retour d'Autriche, il adresse à ses collègues hospitaliers des certificats d'internement qui, de façon très inhabituelle, attestent du strict athématisme de la psychose du patient, instillant ainsi une clinique nouvelle selon laquelle le délire n'est qu'une superstructure.. Depuis Esquirol, les paranoïas étaient, sous le terme de monomanie, distinguées selon un schéma unique par le thème dominant du délire, de la folie des grandeurs, la folie d'amour, la folie de la maladie…

Clérambault, parce que ses patients ne sont pas hospitalisés mais mènent une vie sociale, observe des psychotiques qui ne délirent pas toujours ou pas d'une seule manière. Confronté à des toxicomanes, il note en outre que le contenu du délire présente des constantes selon la substance utilisée, alcool, éther, chloral, cocaïne… C'est ce qui l'amène à rechercher un « phénomène élémentaire » au-delà des idées délirantes, qui ne soit pas une . Il invente l'expression de petit pour désigner cet

En 1910, il visite la Tunisie. Il accède au statut de praticien le . Pour ses vacances, il retourne en Tunisie. Il y fait des croquis des habitants dans leurs vêtements non cousus.

Guerre et dévoilement (1914-1919) La guerre vient interrompre sa carrière. Clérambault est mobilisé le et son régiment est envoyé au front près de Soissons. Blessé à l'épaule, ce qu'il lui vaudra d'être décoré de la Croix de guerre (1914-1918) avec palme et croix de chevalier de la Légion d'honneur, il est envoyé au Maroc et affecté au 1er régiment de marche d'Afrique. Il est chargé de réorganiser les dispensaires, ce qui lui donne l'occasion d'apprendre l’arabe. Il retrouve la psychiatrie en se voyant confier la

C'est là qu'il décide de rassembler pour sa collection personnelle une quantité de photographies de femmes qu'il fait poser dans sa propre demeure. Le prétexte en est l'étude du drapé et la sauvegarde d'un savoir-faire en péril. Les modèles d'un jour sont invitées à prendre la pose dans les différentes phases de l'habillage ou du , jusqu'à une cinquantaine par sérieA. M. Christin, « Propositions sur la pensée visuelle de G-G de Clérambault », in Mei - Médiation et Information, , , L'Harmattan, Paris, 1997., afin qu’il fixe chacune sur la pellicule.

Démobilisé le , il séjourne encore une année au Maroc pour se consacrer à son étude du drapé. Il repère les enveloppements , … décrypte les schémas , … étudie les positionnements thoracique, scapulaireG. Gation de Clérambault, Classification des costumes drapés, Archives du Musée de l'homme, Paris, 1928, cité in Y. Papetti Y., F. Valier F., B. de Freminville & S. Tisseron, La passion des étoffes chez un neuropsychiatre - Gaëtan Gatian de Clérambault, 1872-1934, , Solin, Arles, 1997.… toute une grammaire du drapé. Inventeur d'un nouveau champ de l'anthropologie, il étend ses études aux chlamydes grecques, aux toges romaines, aux tuniques assyriennesJ. Kessel, in Le Figaro, Paris, 4 décembre 1934. pour retrouver comment les drapés se sont combinés en passant d'une contrée à l'autre, d'une époque à une autreG. Gation de Clérambault, Classification des costumes drapés, Archives du Musée de l'homme, Paris, 1928, cité in Y. Papetti Y., F. Valier F., B. de Freminville & S. Tisseron, La passion des étoffes chez un neuropsychiatre - Gaëtan Gatian de Clérambault, 1872-1934, , Solin, Arles, 1997..

La figure de l'Infirmerie psychiatrique (1920-1927) Clérambault ne reprend son travail à l' Infirmerie psychiatrique (IP) de la préfecture de police de Paris que le , désormais au poste de médecin-chef. Il succède enfin à Ernest Dupré, qui avait pris la suite d'Arthur Legras en 1916. Les cellules sont insalubres. Il n'aura de cesse de réclamer à la préfecture de police de Paris, un aménagement plus digne des locaux.