Gerrit Hermansz. van Honthorst, surnommé aussi, en français et en italien, Gérard de la Nuit (Gherardo della Notte) ou Gérard des Nuits (Gherardo delle Notti), né le à Utrecht, où il est mort le Catalogue raisonné de Judson et Ekkart, et Rijksbureau voor Kunsthistorische Documentatie (RKD)., est un peintre de genre et d'histoire et portraitiste néerlandais du siècle d'or.

Dans les années 1620, il fut, avec Hendrick ter Brugghen et Dirck van Baburen, l'un des principaux représentants de l’école caravagesque d'Utrecht. Son style évolua par la suite vers le classicisme.

Réputé de son vivant, il reçut des commandes notamment de et Élisabeth, roi et reine de Bohême en exil aux Pays-Bas, de et , avant de devenir peintre de cour de Guillaume II d'Orange-Nassau. Aujourd'hui, ce sont surtout ses œuvres de la période caravagesque qui font sa renommée.

Biographie Formation à Utrecht Gerrit van Honthorst est né le dans une famille catholique d'Utrecht. Il était le fils de Herman van Honthorst, un peintre de décors qui figure aux côtés d'Abraham Bloemaert parmi les fondateurs de la guilde de Saint-Luc d'UtrechtRKD.. En dehors de son père, sa famille comptait plusieurs autres artistes, notamment des peintres et des fabricants de tissus et de tapisseriesSilvia Bruno (2008), .. C'est sans doute d'abord auprès de son père qu'il fait son apprentissage, avant de devenir l'élève de Bloemaert.

Rome et Italie (vers 1610-1620) Au début des années 1610, il part pour Rome afin d'y parfaire sa formation. Il y séjournera plusieurs années, et visitera d'autres villes italiennes, comme Venise et Florence.

À Rome, il entre en contact avec Guido Reni. Leurs œuvres à tous deux rencontrent un vif succès, ce qui leur permet de trouver en Vincenzo Giustiniani et son frère Benedetto des mécènes importants. Ceux-ci invitent van Honthorst et Reni à venir vivre dans leur palais durant une période assez longue ; ils peuvent alors y étudier une collection incomparable d’œuvres d’art, qui comprend notamment plusieurs tableaux du Caravage. Un dessin daté de 1616 que van Honthorst réalise d'après le Crucifiement de saint Pierre (1600), un tableau du Caravage se trouvant dans l'église Sainte-Marie-du-Peuple, témoigne de sa présence à Rome à cette époque.

En 1618, van Honthorst réalise, pour le compte des carmes déchaux, le retable La Décollation de saint Jean-Baptiste servant à la décoration de l'église Santa Maria della Scala. Il reçoit également des commandes du cardinal Scipione Borghese, qui le charge de la décoration de l’autel majeur de l’église San Paolo, ainsi que du cardinal Barberini, le futur pape Urbain VIII.

Parmi les peintres néerlandais qui vivaient à Rome à la même période, van Honthorst se lie avec Matthias Stom, à qui il donne des leçons, avec Paul Bril et un certain Colijn. C'est en compagnie de ces deux derniers qu'il retourne à Utrecht en 1620.

Utrecht (1620-1628) vignette|redresse|Le Joyeux Violoniste au verre de vin, vers 1624, Madrid, musée Thyssen-Bornemisza. Six mois après son retour, van Honthorst épouse Sophia Coopman, qui est la fille d'un riche marchand de vins et en même temps sa cousine. En 1622, il est inscrit à la guilde de Saint-Luc d’Utrecht. Avec Hendrick ter Brugghen et Dirck van Baburen, il devient à cette époque l’un des principaux représentants d'un groupe de peintres hollandais, disciples du Caravage, qui sera plus tard appelé l’« École caravagesque d'Utrecht ». Van Honthorst prend alors l’habitude de présenter chacun de ses sujets sous la forme de scène nocturne, depuis la Nativité , jusqu’à Marie Madeleine pénitente, en passant par la Dérision du Christ et le Reniement de saint Pierre.

Rapidement, il acquiert une excellente réputation. Ainsi gagne-t-il le soutien du roi de Bohême, Frédéric V, et surtout de sa femme, Élisabeth, sœur de ; vicomte de Dorchester, alors ambassadeur à La Haye. Élisabeth charge l’artiste d’enseigner le dessin à ses enfantsEncyclopædia Britannica (1910-1911)..

En 1627, van Honthorst peint deux tableaux pour le pavillon de chasse de la famille d'Orange-Nassau à Honselaarsdijk (Westland). Il achète alors sur la Domplein à Utrecht une vaste maison, dans laquelle il fait aménager un atelier sur , dont le succès est important, puisqu’il accueillera jusqu’à une vingtaine d’élèves à la fois, payant chacun cent florins par anEncyclopædia Britannica (1910-1911), citant comme source Joachim von Sandrart.. Le de la même année, en tant que doyen de la guilde, Van Honthorst reçoit la visite de Rubens qu'il peindra sous les traits de l’« honnête homme », cherché et enfin trouvé par Diogène.

Sir Carleton, de retour en Angleterre (1625), recommande ses œuvres auprès de Thomas Howard, d’ArundelEncyclopædia Britannica (1910-1911)., favori du roi Charles et, tout comme le monarque, grand amateur d'art. Le roi ne tarde pas à inviter le peintre à venir en Angleterre, ce que celui-ci fait en 1628.

Londres (1628) et Utrecht vignette|redresse|Portrait du roi Charles  d'Angleterre, Londres, National Gallery. De mai à , van Honthorst séjourne à Londres en compagnie de Joachim von Sandrart, son élève. Charles lui confie une partie de la décoration intérieure de la Maison des Banquets du palais de WhitehallRKD. – C’est Rubens qui réalisera les peintures des plafonds en 1635 et Antoine Van Dyck, qui fut longtemps actif en Angleterre, y travailla également.. Il peint aussi une série de portraits, ainsi qu’une imposante allégorie représentant Charles et Henriette son épouse en Apollon et Diane dans les nuages, recevant le duc de Buckingham en Mercure, tuteur des enfants du roi de Bohême ; une œuvre conservée au château de Hampton Court. À Londres, il fait de nouveau la rencontre d’Orazio Gentileschi, arrivé dans la ville en 1626, et qui entre-temps avait développé un style différent. Van Honthorst est alors au faîte de la gloire : il reçoit un bon cheval, la citoyenneté anglaise et une pension à vie.

Il repart cependant de nouveau à Utrecht, où sa position parmi les artistes semble avoir été importante. Il réussit à conserver le soutien du monarque anglais, pour qui il exécute en 1631 un portrait du roi et de la reine de Bohême entourés de leurs enfants. À peu près à la même période, il illustre l’Odyssée pour lord Dorchester et compose des scènes de l’histoire du Danemark pour le roi Christian IV . En 1633, il devient peintre de la cour de Frédéric V et du prince Frédéric-Henri d'Orange-Nassau.

La Haye (1637-1651) En 1637, il se fixe à La Haye où, pour répondre à la demande, il ouvre sur la Westeinde un second atelier. La même année, il est membre de la guilde de Saint-Luc localeRKD. – Il fut ainsi membre des guildes de Saint-Luc et d'Utrecht et de La Haye.. En 1641, après la mort de Michiel Van Miereveld, il devient peintre de la cour du stadhouder Guillaume II d'Orange-Nassau. Il participe alors à la décoration des palais de Rijswijk, Honselaarsdijk et, en 1649, à celle de la « Salle orange » (l’« Oranjezaal ») du palais Huis ten Bosch. Il exécute également les portraits de bon nombre de dames de courP. Van der Ploeg et C. Vermeeren (1998), ..

Dernières années à Utrecht (1652-1656) vignette|redresse|Portrait de Frédéric Guillaume  grand électeur de Brandebourg et de sa femme Louise Henriette de Nassau, vers 1647, La Haye, Mauritshuis. Il rentre à Utrecht en 1652, et y meurt quatre ans plus tard, le . C’est là qu’il est enterré, dans la cathédrale Sainte-Catherine.

Van Honthorst eut de nombreux élèves et assistants, parmi lesquels Joachim von Sandrart et son propre frère Willem van Honthorst, connu pour les œuvres qu’il réalisa comme peintre de cour de Louise Henriette de Nassau, épouse de Frédéric Guillaume, grand électeur de Brandebourg. Herman, l’autre frère de Van Honthorst, fut un prêtre qui fit parler de lui ; jeté en prison, il fut libéré à la suite de l'intervention du stadhouder.

Œuvre

Van Honthorst a produit de nombreuses œuvres dont il se trouve des exemples dans beaucoup de musées à travers le monde : des tableaux d’histoire de petit format, aux sujets bibliques, mythologiques, allégoriques et littéraires, des peintures de genre montrant des buveurs et des musiciens, ainsi que d’innombrables portraits, notamment de Charles et la reine d'Angleterre, du duc de Buckingham, et du couple souverain de Bohême.

En Italie, il fut influencé par Le Caravage et son utilisation du clair-obscur. Également l’œuvre d’Annibale Carracci constitua pour lui une source d’inspiration. Il se spécialisa progressivement dans des scènes nocturnes montrant des personnages éclairés par la lumière vive d’une chandelle. Ces peintures, au style vigoureux et saisissant, frappent l'imagination et charment la vue, malgré des coloris quelquefois un peu trop assombris ; elles furent très prisées du public et lui valurent le surnom de « Gherardo delle Notti ». Van Honthorst ne se risqua toutefois jamais à un réalisme cru ; contrairement à ce qui est le cas pour ses collègues Hendrick ter Brugghen et Dirck Van Baburen, ses peintures possèdent toujours un brin d’élégance qui rappelle son maître Bloemaert.

Après son retour à Utrecht, il demeure encore quelque temps fidèle à ce style mais, dans le courant des années 1620, son œuvre se rapproche de plus en plus du classicisme, davantage au goût de la noblesse. Les peintures lisses et froides qu’il réalise finalement dans les dernières années de sa carrière ne témoignent pas d’une grande personnalité, et sont de nos jours moins appréciées. Samuel Van Hoogstraten écrivit à ce propos en 1678Samuel Van Hoogstraten, Inleyding tot de Hooge Schoole der Schilderkonst (Introduction à l'école supérieure de la peinture), Rotterdam, 1677. :

Ainsi, sa réputation repose-t-elle principalement sur sa période caravagesque.

Parmi ses œuvres postérieures, cependant, certaines, bien que d'un traitement assez sec, sont loin de manquer d’intérêt, comme ses portraits du duc de Buckingham et de sa famille (Hampton Court), du roi et de la reine de Bohême (Hanovre et Combe Abbey), et de Marie de Médicis (1628, palais royal d'Amsterdam), les Stadhouders et leurs Femmes (Amsterdam et La Haye), les représentations de Charles Louis et Rupert, neveux de Charles d’Angleterre (Paris, musée du Louvre, Saint-Pétersbourg, Combe Abbey et Willin), et le portrait de William Craven, de Craven, de Craven (Londres, National Portrait Gallery).

Liste d’œuvres

vignette|redresse|Le Fils prodigue, 1623, Munich, Alte Pinakothek. vignette|redresse|Le Joyeux Violoniste au verre de vin II, 1624, Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage. vignette|redresse|Femme accordant un luth, 1624, château de Fontainebleau. vignette|Samson et Dalila, 1616, Cleveland Museum of Art.

Allemagne Cologne, Wallraf-Richartz Museum : Nativité, 1622, huile sur toile, . Dresde, Gemäldegalerie Alte Meister : Le Dentiste, 1622Dentiste, Dresde.. Hambourg, Kunsthalle : Solon et Crésus, 1624. Munich, Alte Pinakothek : La Joyeuse compagnie ou Le Fils prodigue, 1623. Wiesbaden, musée de Wiesbaden : Les Tricheurs, vers 1620, huile sur toile, ..

Autriche Vienne, musée d'Histoire de l'art : Le Philosophe imperturbable.

Belgique Bruxelles, musées royaux des Beaux-Arts de Belgique : Le Couronnement d'épines. Gand, cathédrale Saint-Bavon : Lamentations du Christ, 1633 ; Saint Sébastien.

Espagne Madrid : musée du Prado : L'Incrédulité de saint Thomas, vers 1620. musée Thyssen-Bornemisza : Le Joyeux Violoniste avec un verre de vin, 1624.

États-Unis Princeton, Musée d'Art de l'université de Princeton : Artémise, vers 1635. Cleveland, Cleveland Museum of Art : Samson et Dalila, vers 1616. Los Angeles, J. Paul Getty Museum : Groupe musical sur un balcon, 1622 ; Le Christ couronné d'épines, 1640. Sacramento, Crocker Art Museum : Allégorie de la peinture, 1648 ; Saint-Louis, musée d'Art de Saint-Louis : Courtisane souriante, tenant une image obscène, 1625 ; Washington, National Gallery of Art : Le Concert, 1623.

France