Lynn Hill, née le à Détroit (Michigan), est une grimpeuse américaine. Elle est connue pour avoir réalisé en 1993 la première ascension en escalade libre de la voie The Nose à El Capitan dans la vallée de Yosemite et pour l'avoir reproduite l'année suivante en moins de . Pour plusieurs grimpeurs et grimpeuses extrêmes, à l'image d'Yvon Chouinard, cette performance marque un tournant dans l'histoire de l'escalade (la première répétition de l'ascension en libre n'aura lieu que plus tard par Tommy Caldwell et Beth Rodden).

Compétitrice reconnue au début de l'escalade sportive à la fin des années 1980 et au début des années 1990, Lynn Hill détient plusieurs titres internationaux. Ses performances en compétition, où elle égale plusieurs fois le niveau des meilleurs grimpeurs masculins, et en falaise font dire à plusieurs spécialistes comme Alexander Huber qu'elle peut être considérée comme l'une des meilleures grimpeuses, si ce n'est la meilleure, du début des années 1990, tous sexes confondus.

Durant toute sa carrière, la grimpeuse défend la place des femmes dans l'escalade et l'égalité entre les grimpeurs et les grimpeuses. Elle a réalisé de nombreuses premières, démontrant de grandes capacités d'adaptation au rocher malgré sa petite taille et sa force inférieure à celle des hommes. Après avoir mis fin à sa carrière sportive, la grimpeuse s'investit dans la transmission de l'escalade. Elle a ainsi écrit une autobiographie, , et soutient de jeunes grimpeuses, Beth Rodden ou Nina Caprez par exemple, au début de leur carrière.

Au début des années 1980, elle a participé à plusieurs émissions de divertissement à la télévision américaine, notamment qu'elle remporte à quatre reprises.

Lynn Hill a commencé le sport très jeune, notamment la gymnastique. Cette discipline lui a permis d'acquérir de grandes habiletés dans les mouvements dynamiques et les équilibres. Elle découvre l'escalade à l'adolescence grâce à sa sœur et montre rapidement des prédispositions. Les années suivantes, elle s'investit pleinement dans cette passion et rejoint le grand site de la grimpe américaine qu'est le Yosemite. Inspirée par Beverly Johnson, elle se fait un nom dans le milieu de l'escalade à partir de la fin des années 1970 grâce à des réalisations notables à Ophir (Ophir Brocke) et à Shawangunk Ridge (Yellow Crack et Vandals).

En 1986, elle découvre l'Europe et se voit immédiatement séduite par l'approche européenne de l'escalade ainsi que les différents sites calcaires. Habituée aux sites granitiques américains, elle apprécie les possibilités offertes par l'érosion du calcaire qui lui permettent de réaliser des enchaînements de mouvements complexes et fins. L'Europe est aussi pour elle le moyen de découvrir l'escalade sportive naissante. Elle intègre le circuit des compétitions et remporte plusieurs titres, notamment cinq éditions du Rock Master Festival d'Arco entre 1987 et 1992 ainsi que le classement général de la Coupe du monde en 1990. Sa saison 1989 est par ailleurs réduite après une grave chute à Buoux qui l'oblige à plusieurs semaines de rééducation.

En parallèle des compétitions, la grimpeuse réalise des ascensions remarquées en falaise. En 1990, elle établit ainsi la première féminine de Masse critique au Cimaï. Après avoir arrêté la compétition en 1992, elle réalise l'une des ascensions majeures de l'histoire de l'escalade en gravissant la voie en libre en 1993. L'année suivante, elle réédite cette performance et établit un record de vitesse en parcourant l'itinéraire en moins de . Jusqu'en 2001, elle participe à des expéditions avec la marque . Durant ces différents voyages, elle ouvre plusieurs voies au Kirghizistan, au Viêt Nam ou à Madagascar. Elle reste active aux États-Unis où elle continue de réaliser plusieurs premières féminines notables comme ou King Cobra au Yosemite. Elle se retire progressivement de l'escalade extrême au cours des années 2000, entamant une carrière de conférencière et de guide d'escalade (conseils, entraînements et organisation de voyages).

Biographie Jeunesse Lynn Hill naît le à Détroit dans le Michigan. Cinquième enfant d'une fratrie de sept, elle grandit à Fullerton en Californie, où sa mère est assistante dentaire et son père ingénieur dans l'aérospatiale..

C'est une enfant active qui grimpe sur tout ce qui l'entoure, des arbres aux lampadaires.. Elle est par ailleurs très sportive : elle se tourne vers la gymnastique dès l'âge de et s'illustre dans cette discipline les années suivantes.. Malgré sa passion pour ce sport, elle n'apprécie pas certains aspects de la discipline lors des compétitions féminines. Habituée à devoir se faire une place au sein de sa fratrie, elle n'aime pas devoir poser de manière stéréotypée et réaliser des chorégraphies auxquelles elle n'accorde que peu d'intérêt. Ainsi, bien qu'elle fasse partie de l'équipe de gymnastique du YMCA (championnat sud-californien) et participe au show de la mi-temps pour l'équipe de baseball des Angels (Los Angeles), elle arrête la gymnastique à l'âge de .

Dans son autobiographie, Lynn Hill explique cette décision par son caractère indocile et épris de liberté ainsi que son sentiment de s'opposer à des règles qu'elle estime infondées. Elle identifie cette attitude d'opposition comme normale pour son âge de l'époque mais y voit également l'influence plus générale d'une prise de conscience concernant les droits de femmes ou les discriminations raciales. Elle mesure en effet les différences et l'écart qui peuvent exister entre les activités et représentations des garçons et des filles.

Au lycée, la jeune femme reprend la gymnastique et pratique la natation et la course à pied. Elle explique par la suite que ses capacités gymniques ont contribué à son succès en escalade., notamment pour maintenir des équilibres et réaliser des mouvements périlleux, décomposer des enchaînements de positions dynamiques et complexes en des séries de mouvements fins et distincts ou résister à la pression et au stress.

Débuts en escalade alt=Montagne du parc national de Joshua Tree|vignette|Vue sur la formation rocheuse Old woman dans le parc national de Joshua Tree (Californie). C'est sur ce type de parois que Lynn Hill s'est beaucoup entraînée durant son adolescence. Lynn Hill découvre l'escalade en 1975 grâce à l'une de ses sœurs aînées, Kathy.. Celle-ci, fiancée au grimpeur Chuck Bludworth, l'emmène avec eux lors de certaines courses. Contrairement à sa sœur, elle fait rapidement preuve d'une aisance naturelle et grimpe en tête. L'adolescente est séduite par le sentiment de liberté, à l'opposé de la rigidité des règles en gymnastique. Par ailleurs, l'escalade permet à la jeune fille de s'éloigner de l'ambiance familiale morose due au divorce de ses parents.

Adolescente, elle pratique l'escalade principalement dans le parc national de Joshua Tree dans le sud californien. Afin de financer ses excursions durant ses week-end et congés, la jeune femme travaille dans un petit restaurant. Deux ans après ses débuts, elle fait sa première excursion au parc national de Yosemite, destination favorite des grimpeurs ouest américains depuis les années 1950 en raison des nombreuses parois et big walls de granite qui s'y trouvent. Sur place, elle rencontre Charlie Row qui devient son petit ami et l'emmène réaliser ses premières ascensions en grandes voies.

Durant ces premières années de grimpe, Chuck Bludworth lui fait découvrir la culture du milieu de l'escalade américain. Hill dévore ainsi les différents magazines, livres et récits d'ascensions auxquels celui-ci est abonné. Elle est particulièrement influencée par l'éthique de grimpe prônée par Yvon Chouinard et centrée autour de valeurs comme l'engagement et respect du caractère naturel du rocher. Par ailleurs, les ascensions notables de la grimpeuse Beverly Johnson captent son attention, en particulier son solo de sur le Dihedral Wall sur El Capitan.. La jeune femme est ainsi motivée par les réalisations de son aînée et sa capacité à affirmer la position des femmes dans le milieu de l'escalade.

vignette|Vue sur le Salathé Wall (El Capitan, 1961). La voie Dihedral Wall débute au niveau du renfoncement au milieu de la photographie et se termine sur la fin de l'arrondi au niveau du sommet sur la gauche.|alt=Photographie d'une montagne en noire et blanc, vue de face

Lynn Hill poursuit sa scolarité au lycée de Fullerton jusqu'à la fin des années 1970. Toutefois, la jeune femme ne montre pas un grand intérêt pour les matières universitaires et préfère se concentrer sur l'escalade. Durant les étés entre 1976 et 1978 ainsi qu'au début des années 1980, la jeune femme campe régulièrement au camp 4 dans la vallée de Yosemite. Elle s'intègre ainsi à la communauté de grimpeurs locaux et rejoint également l'équipe de recherche et de sauvetage..

Si la vie au camp 4 est unanimement reconnue comme rebelle et en marge des normes sociales établies de l'époque., elle reste toutefois empreinte d'une forte asymétrie dans les rapports entre les hommes et les femmes. Bien que la grimpeuse Beverly Johnson ait commencé à réduire l'écart entre les sexes au camp 4, celui-ci restait fortement dominé par les hommes. Les témoignages de l'époque rapportent ainsi un mode de vie et des valeurs masculines. Par exemple, Joseph Taylor explique que si le terme d'oppression n'est pas adapté, il existe toutefois de réelles pressions et injonctions faites aux femmes pour adopter un comportement perçu comme masculin. Lynn Hill doit donc faire face à une communauté peu solidaire et accueillante avec les femmes.

Malgré cela, Lynn Hill grimpe quasiment tous les week-ends au Yosemite entre 18 et . Elle fait équipe avec d'autres grimpeuses et amies, notamment Mari Gingery, et réalise des ascensions importantes telles que The Nose (en escalade artificielle) ou la première féminine de The Shield sur El Capitan (en six jours).

vignette|gauche|Vue actuelle du Camp 4 (2014).|alt=Photographie de tentes dans un bois

Sur le plan technique, cette période est fondatrice pour la grimpeuse. Elle devient l'une des figures du groupe Stonemasters et développe sa gestuelle.. Surtout, elle s'inscrit dans le mouvement de l'escalade traditionnelle américaine et de son éthique en développement à cette période. Elle met ainsi l'accent sur la préservation de la nature et de l'intégrité du rocher, préférant l'utilisation de protections amovibles (coinceurs, hex, friends) plutôt que de pitons à expansion (spits), et défend les notions d'engagement et de liberté, en valorisant les enchaînements et les réalisations à vue. Elle devient également une figure emblématique de la grimpe libre, rejetant l'escalade artificielle avec ses cordes fixes et son recours aux points de protection et autres artifices (étrier, balancelle) pour faciliter la progression. Cette approche de l'escalade l'oblige à accepter le risque de chute (encordée) comme un facteur incontournable de ses ascensions. Bien qu'elle soit d'une nature intrépide, Lynn Hill explique avoir fait plusieurs mauvaises chutes en grandes voies, ce qui la pousse à réfréner ses ardeurs et à adopter une position plus mesurée et méfiante.

vignette|Vue du sol depuis les dernières longueurs de la voie The Shield (El Capitan, 2007).|alt=Photographie d'une personne, escaladant une montagne, montrant le sol.

À la fin des années 1970, Hill et le grimpeur John Long s'associent au sein d'une même cordée.. Les deux grimpeurs s'entraînent ensemble, développant des programmes spécifiques (musculation ou course à pied) en plus de l'escalade. Les deux américains finissent par entretenir une relation amoureuse à l'été 1978, notamment après que la grimpeuse ait entendu John Long réciter un poème qu'il a écrit sur une grimpeuse et ses aspirations. John Long l'encourage dans certains défis physiques, comme une tentative de record du monde au développé couché pour laquelle elle échoue malgré de bonnes performances à l'entraînement.