Le doublage est le remplacement de la langue originale d'une œuvre audiovisuelle (film, série) par une langue parlée dans les régions géographiques où cette œuvre est diffusée. Le doublage peut également consister à remplacer, partiellement ou totalement, la voix d'un acteur par celle d'un autre, dans la langue de d'origine de l'œuvre, pour des raisons artistiques ou autres.
Par extension, le terme « doublage » peut également désigner la postsynchronisation, technique par laquelle les comédiens enregistrent en studio des dialogues qui n'ont pas pu être captés en direct pour des raisons techniques ou artistiquesTraduction et médias audiovisuels (ouvrage collectif), Presses Universitaires du Septentrion, 2011, pages 73-74Certains acteurs polyglottes ont pratiqué à la fois la postsynchronisation et le doublage : Peter Ustinov, Jodie Foster, Kristin Scott Thomas, Michael Lonsdale, Yul Brynner, Curd Jürgens, Gert Fröbe, Omar Sharif, Max von Sydow, Klaus Maria Brandauer, Diane Kruger, Victoria Abril, Romy Schneider, Carmen Maura, Claudia Cardinale, Charlotte Rampling, Monica Bellucci, Charlotte Gainsbourg, Eva Green, Christophe Lambert, Lambert Wilson, Vincent Perez, etc.. Par convention, on utilise également le terme « doublage » pour désigner les prestations vocales enregistrées avant le tournage, notamment dans le domaine de l'animation ou du jeu vidéoCf. Bérénice Bonhomme, Les stars et le cinéma d’animation, Cahiers de l'Association française des enseignants et chercheurs en cinéma et audiovisuel, juin 2014. Tout en soulignant que ce type de prestation vocale n'est du doublage, l'article n'en emploie pas moins le mot à son sujet, citant en exemple le . Toutefois, le terme le plus approprié pour ces prestations est « création de voix ».
Le doublage en français est principalement réalisé en France, en Belgique et au Québec. . Elles sont majoritairement diffusées en VF (« version française »)Ce terme, inventé à l'époque où le doublage était exclusivement réalisé en France, correspond aujourd'hui plus précisément à une « version francophone »., mais souvent également disponibles en VOSTFR (« version originale sous-titrée en français »), selon les supports. Au cinéma, les copies en VOST sont surtout disponibles dans les grandes villes. À la télévision, la VM (« version multilingue »), diffusant simultanément la VF et la VOST (« version originale sous-titrée ») sur deux canaux audio distincts, tend à se généraliser avec la télévision numérique. Cependant, certaines œuvres ne sont diffusées qu'en VOST.
Dans plusieurs pays, comme l'Italie, l'Espagne ou l'Allemagne, les productions étrangères sont couramment diffusées en version doublée. En revanche, dans des pays comme les Pays-Bas, la Belgique néerlandophone, le Portugal ou la Suède, les films sont, à l'exception des productions destinées aux enfants, généralement diffusés en version originale sous-titrée.
L'histoire du doublage et son invention Origines et mise en place La technique du doublage est apparue dès les débuts du cinéma parlant, les producteurs se trouvant confrontés à la barrière de la langue lors de l'exploitation de leurs films à l'étranger. Avec les films muets, il suffisait jusqu'alors de remplacer les intertitres dans les copies destinées à l'international.
Il est imaginé dans un premier temps de procéder à autant de tournages simultanés que nécessaires, généralement avec la même équipe technique : une fois une scène tournée, les acteurs cèdent la place dans le même décor aux acteurs d'une autre langueMartin Barnier, Des films français made in Hollywood : Les versions multiples (1929-1935), p.13. On peut ainsi compter, en 1930, jusqu'à huit versions linguistiques simultanées pour Secret professionnel (The Doctor's Secret) de William C. de Mille et sept pour Sarah et son fils (Sarah and Son) de Dorothy Arzner. Mais ce processus s'avère rapidement trop onéreux.
De plus, lorsque la notoriété de la vedette dépasse les frontières, il est impossible de la remplacer. Laurel et Hardy doivent ainsi, dans leurs premiers films parlants, apprendre phonétiquement leur texte dans plusieurs langues.. Par la suite, leurs accents furent conservés dans les versions françaises de leurs films doublés. Mais le résultat est souvent loin d'être satisfaisant en matière d'intelligibilité.
Confronté à ce problème sur le tournage de Chantage (1929), Alfred Hitchcock imagine une solution audacieuse pour faire de son film le premier long métrage parlant britannique. Son actrice principale, Anny Ondra, étant en effet dotée d'un fort accent slave , Hitchcock demande à une actrice anglophone, , de réciter depuis la cabine son les dialogues qu'Ondra mime devant la caméra.
Les doublages francophones sont réalisés, à l'origine, exclusivement en France, d'abord à la manière traditionnelle des pièces radiophoniques par des acteurs souvent venus du théâtre. Il se développe fortement sous le régime de Vichy, l'agrément n'étant accordé par le Comité d'organisation de l'industrie cinématographique qu'aux films doublés, avant de se généraliser via la télévision. Le procédé de la bande rythmographique (plus communément appelée « bande rythmo ») est mis au point en 1949 à l'auditorium MGM de Paris. Mais depuis la fin des années 1980, le Québec a progressivement développé ses propres structures, d'abord en québécois, puis en « français international ». Ainsi, des doublages français à destination des DVD zone 1 sont réalisés au Québec, quand ils ne sont pas d'origine. Depuis les années 2000, des doublages à destination de l'Europe sont réalisés également en Belgique comme la série Doctor who. Aujourd'hui l'entreprise la plus populaire en France est Dubbing Brothers, basée à Paris et crée en 1989.
La mention systématique des noms des comédiens assurant le doublage au générique (« carton de doublage ») est devenue obligatoire depuis 1995, année où une grève fut organisée afin que leur soit accordée une plus grande reconnaissance, notamment au travers du paiement de droits de rediffusion (convention DADR). De même, les noms des adaptateurs des dialogues de la version française et des directeurs artistiques, s'ils sont cités depuis longtemps dans le générique des longs métrages sortant en salles, le sont désormais également à la télévision.
Les doublages ancrés dans la production d'une œuvre
115px
Le remplacement d'une voix par une autre devient dès lors non seulement un outil commercial mais aussi artistique permettant au réalisateur de donner vie aux personnages sans contrainte physique. Ainsi, dans la série des Fantomas, Jean Marais joue le rôle de Fantômas mais c'est Raymond Pellegrin qui lui prête sa voix. De même, la voix de Dark Vador dans la franchise de science fiction Star Wars est celle de James Earl Jones et non celle de l'acteur présent dans le costume du personnage, David Prowse.. La saga Star Wars a souvent utilisé ce procédé d'ailleurs, comme dans L'Empire contre-attaque où Boba Fett est incarné par Jeremy Bulloch, alors que c'est Jason Wingreen qui lui prête sa voix.. Dark Maul est incarné par Ray Park, mais sa voix est celle de Peter Serafinowicz dans La Menace fantôme et celle de Sam Witwer dans Solo.. vignette|gauche|Dans le film musical Les Parapluies de Cherbourg (1964), les scènes chantées de Catherine Deneuve sont doublées par Danielle Licari. Dans les films musicaux, certains acteurs sont doublés par des chanteurs, même lorsqu'ils ont une formation musicale. Ainsi Marni Nixon doubla pour le chant Deborah Kerr dans Le Roi et moi, Natalie Wood dans West Side Story et Audrey Hepburn dans My Fair LadyAudrey Hepburn enregistra toutefois en vue du tournage plusieurs chansons, que l'on peut entendre dans les bonus DVD du film. Il en fut de même pour Ava Gardner dans Show Boat qui, bien que bonne chanteuse, fut doublée par une voix plus lyrique..
Les scénaristes Adolph Green et Betty Comden feront du cas du film Chantage (1929) l'un des principaux éléments scénaristiques du film Chantons sous la pluie (1952) dans lequel, lors du passage du cinéma muet au parlant, les producteurs imaginent de faire doubler la vedette du muet Jean Hagen – dont la voix, très vulgaire, est en décalage avec son image à l'écran – par une jeune débutante.
Dans le cinéma italien, le courant du néoréalisme de l'immédiat après-guerre contribue à généraliser l'usage de la postsynchronisation (appelée par extension doublage), consistant à faire enregistrer les voix des personnages en studio après les prises de vues, par des comédiens qui ne sont pas forcément ceux d'origine. Adoptée pour des raisons à la fois économiques et techniques, la postsynchronisation continue ensuite d'être utilisée par le cinéma italien dans la quasi-totalité des cas. Un autre facteur contribuant à généraliser le doublage est la présence fréquente dans les films italiens, du fait du système des coproductions internationales, d'acteurs étrangers dont les voix doivent être remplacées par celles d'acteurs italiens. L'industrie audiovisuelle italienne, en dépit de toutes les avancées techniques dont elle a bénéficié, n'a adopté le son direct que partiellement et très tardivement.
Impact sur les comédiens En France, il a longtemps été d'usage de faire doubler, quand c'était possible, un même acteur par la même voix afin de ne pas désorienter le spectateur. Le corollaire est que l'acteur qui parvient à doubler une star montante s'assure quasiment une « rente de situation » pour l'avenir. Le comédien Dominique Paturel, notamment connu pour son doublage de l'acteur Larry Hagman dans la série Dallas, déclare à ce sujet
D'autres comédiens considèrent qu'ils ont un véritable impact sur le succès local d'un film et demandent une plus grande reconnaissance pécuniaire. C'est notamment le cas de Marcus Off, la voix allemande de Johnny Depp dans le film Pirates des Caraibes, qui a porté plainte contre Disney. En 1993, la comédienne Lucie Dolène gagne son procès historique envers Disney pour obtenir des droits sur l'utilisation de sa voix après la sortie en VHS du film d'animation Blanche-Neige et les Sept Nains..
La censure Suivant les pays, certaines œuvres connaissent une censure lors du doublage. C'est notamment le cas pour le doublage allemand du film RoboCop lors de sa diffusion télévisuelle. La même chose s'est produite en France avec la diffusion de plusieurs anime dans l'émission Club Dorothée durant les années 1980 et 1990.. Ainsi, le doublage des anime de l'époque, comme celui de Ken le Survivant ou de Nicky Larson, est considéré comme , les comédiens de l'époque ont dû improviser toutes les lignes de dialogues à cause des restrictions du CSA..
Les raisons d'un nouveau doublage En France, de nombreux films antérieurs aux années 1960 ou des films ressortis en « version longue » après de nombreuses années ont fait l'objet de « redoublages » pour des raisons artistiques (les comédiens d'origine étaient décédés), techniques (masters trop abîmés) ou économiques, le coût d'un nouveau doublage étant moins cher que celui d'une remastérisation. Ainsi, Francis Lax, qui double en 1977 Harrison Ford dans la version cinéma du film La Guerre des étoiles, est remplacé en 1997 par Gabriel Le Doze le temps d'une nouvelle scène disponible dans l'Édition spéciale du film, la voix de Lax ayant vieilli avec les années. C'est également le cas du film Amadeus (1984), dont le doublage a été .
Plus rare, afin de mieux correspondre à un territoire, la version originale d'une œuvre peut se voir être altérée.. Ainsi, deux personnalités américaines qui prêtent leurs voix au film d'animation américain Shrek 2, ont été spécifiquement doublés par d'autres personnalités locales pour le marché britannique.
Les différentes étapes Détection