Les Avars ou Avares étaient une alliance de plusieurs groupes de nomades eurasiens, parfois qualifiés de « turco-mongols », et issus de la confédération des Ruanruan qui menaçait la Chine au . Ils se sont ensuite installés en Europe centrale sous l'impulsion de leur khagan, Bayan et ont dominé une partie de l'Europe orientale entre les années 560 et 800.

Ethnonyme Comme pour toutes les confédérations multiethniques qui sont passées par la steppe pontique en pratiquant un large métissage basé sur le rapt et l'esclavage, les exonymes, peu documentés, renvoient à de multiples réinterprétations en différentes langues. Ainsi en turc ancien, les Avars sont les « vagabonds », avaral-iR. Catarini, Dictionnaire des nationalités et minorités en U.R.S.S., p. 39, Larousse, Paris, 1990 ..

Ils sont appelés Obres dans la Chronique des temps passés du moine Nestor rédigée à Kiev vers 1115Chronique de Nestor, p. 8 et dans l'Index p. 273..

Histoire Origine vignette|droite|L'Asie centrale vers 500, montrant les territoires d'origine possibles des Avars d'Europe. vignette|droite|Steppe pontique vers 650. Ils sont probablement originaires de Mongolie, connus par les Chinois sous le nom de Ruanruan (Jouan). Au , leur khan Chö-louen fonde un empire nomade de la Corée à l’Irtych.. Les textes byzantins conviennent que leur mouvement vers l'Europe a été déclenché par la montée du premier khaganat turc dans les années 550, centré dans ce qui est aujourd'hui la Mongolie, lorsque les Turcs ont détruit un empire appelé ruanruan par leurs voisins chinois. Cependant, les textes ne s'accordent pas sur qui étaient les Avars, ni d'où ils venaient exactement. Les éléments transmis par la tradition historique sont les suivants:

En 546, leurs vassaux Tölech se révoltent. Bumin, chef des Tujue (Göktürks), réprime la rébellion et réclame en récompense la main d’une princesse ruanruan, ce qui lui est refusé. Vexé, il se décide à la révolte, et envoie une ambassade en Chine auprès des Wei. Il s'allie avec eux, et en 551 épouse une princesse tabghach. En 552, le dernier khan ruanruan, encerclé, se donne la mort. L'Empire avar s'effondre, il est remplacé en Mongolie par celui des Göktürks ; les survivants se réfugient à la frontière de la Chine, où les Qi du Nord, successeurs des Wei, les établissent comme fédérés.

L’historien byzantin Théophylacte Simocatta relate la migration des Avars de la Haute-Asie vers la Russie méridionale. Il distingue les vrais Avars des Pseudo-Avars (Pseudavaroi). Les premiers seraient les Ruanruan proprement-dits, les autres : des peuples rencontrés en chemin, et que les historiens modernes supposent être scythiques (iraniens), hunniques et/ou turcs. Selon Simocatta, les Avars connus en Europe auraient usurpé ce nom prestigieux. Ils seraient selon lui formés de deux hordes unies, celle des Ouar (ou War), qui a donné Avar, et celle des Kounni ou Khouni, qui semble d'origine hunnique, les Ουαρχονήται (Ouarkhonites) des Byzantins. Certains orientalistes, d'après les sources byzantines qui qualifient les Ouarkhonitai d'Ogor, pensent qu'ils pourraient être d'origine ouïghoure, donc turque. Albert Herrmann, qui insistait sur leur origine mongole, suggère que si les Avars qui émigrent en Europe dans la seconde moitié du ne sont plus des Ruanruan, ils pourraient être des Huns hephtalites, vaincus vers 565 et chassés de Transoxiane et de Bactriane par les Sassanides et les Göktürks.

Arrivée en Europe Ceux qui se dirigent vers l'Europe sont connus sous le nom d'Avars (grec : Αβάροι : Abaroi, latin : Avari, Avares) et migrent vers l'ouest, tout en poussant devant eux d'autres peuplades turco-mongoles : « les Hunnougour et Sabir et d’autres hordes hunniques » selon Théophylacte Simocatta ; ce nom d’Hunnougour, transcrit par Onogoures, est, par confusion ultérieure avec les Magyars, à l'origine du nom latin d’Unguri, les Hongrois. Les Avars sont mentionnés pour la première fois au nord du Caucase en 555 par des sources syriennes (le pseudo Zacharie le rhéteur).. Installés sur la Volga, ils envoient une ambassade menée par Kandikh au général byzantin Justin en Lazique en 557, par l'intermédiaire du roi des Alains du Caucase, Saros. L'empereur Justinien invite cette ambassade à Constantinople, où elle arrive en janvier 558.. Avec l'autorisation du Sénat, selon Ménandre le Protecteur, l'empereur charge les Avars de soumettre les nomades de la steppe pontique (aujourd'hui ukrainienne) tels que les Koutrigoures, Outigours, Antes, Sabires, Zales et autres, contre un paiement, et des terres sur le bas-Danube..

Vers 560 les Avars vassalisent les Outigours et les Koutrigours., qui nomadisaient au nord-ouest de la mer d'Azov et à l’embouchure du Don. Ils atteignent le bas-Danube en 562., et envoient une nouvelle ambassade à Justinien pour demander des terres au sud du fleuve (Mésie) ; l'empereur leur propose d'occuper le territoire des Hérules, en Pannonie seconde, mais ils ne se montrent pas intéressés. et lancent alors des campagnes au nord-ouest, contre les tribus slaves (Antes, Slovènes et Wendes), à l’ouest (où ils entrent en Germanie, mais sont mis en déroute en Thuringe par le roi franc d’Austrasie Sigebert en 562) et vers la mer Noire (où ils ravagent la Scythie mineure, ce qui les fait entrer en conflit avec l'Empire byzantin, dont c'est une province). Une autre expédition de pillage, jusqu'aux rives de l'Elbe en 566–567, voit la défaite de Sigebert qui est fait prisonnier, puis libéré contre rançon..

Après la mort de Justinien, une ambassade avare est à nouveau reçue par l'empereur byzantin Justin II en 565. L'envoyé des Avars, Targitès, réclame Sirmium et le paiement auparavant versé aux Outigours et Koutrigours, désormais vassaux des Avars. Justin refuse. Durant l'hiver 566–567, les Turcs occidentaux traversent la Volga gelée, dans l'intention d'écraser les Avars. Le Khâgan (« khân des khâns ») avar Bayan, menacé à l'est, conclut une alliance à l'ouest avec les Lombards de Pannonie contre les Gépides, qu'ils chassent de Dacie en 567. Les Avars contrôlent alors la steppe de la Volga au Danube et les populations locales, comme les Slaves, les Valaques et les Bulgares. Ils exploitent la population rurale sédentaire. Les Slaves participent parfois à leurs expéditions, notamment sur Constantinople..

Après le départ des Lombards vers l'Italie, au printemps 568, Bayan occupe la partie ouest du bassin des Carpates et toute la région du moyen-Danube.. Les Avars avancent jusqu’en Bavière et multiplient les raids de pillage dans le monde germanique, souvent en tant que mercenaires des souverains d’Europe occidentale et méridionale.

En 569, ils réclament à nouveau à l'Empire byzantin la possession de Sirmium, en Pannonie, et un tribut. Devant le refus des Byzantins, ils envoient leurs alliés koutrigours ravager la Dalmatie, par la Save, et obtiennent en 571 un traité qui leur laisse les terres des Gépides, sauf Sirmium..

Le premier Empire avar (580-670)

Durant l'été 582, Bayan s'empare de Sirmium. L'empereur byzantin Tibère II lui paie un énorme tribut pour sauvegarder le reste des Balkans, et obtient une paix de deux ans. Bayan, accompagné de Slaves, repasse le Danube en 585, mais est battu durant l'été après s'être avancé jusqu'au Long mur de Thrace. Il assiège Thessalonique ( ou 587), mais est vaincu en 587 par les Byzantins près d’Andrinople. Il revient en 592, prend Anchialos (aujourd'hui en Bulgarie) et ravage la Thrace, mais se heurte au général byzantin Priscus, qui franchit le Danube, l’attaque en Pannonie et le bat complètement sur les bords de la Tissia, tuant quatre de ses fils en 601. Bayan meurt peu après, en 602.

À partir de 610, son successeur se tourne vers l'ouest et attaque l'Italie. Cividale, capitale du duché lombard du Frioul, est prise. Le duc Gisulf II meurt au combat, et sa femme Romilda passe à l'ennemi. Les Avars mettent le Frioul à feu et à sang et combattent le roi lombard Agilolf. En 619, lors d'une entrevue à Héraclée de Thrace, le Khagan tente de s'emparer de la personne de l’empereur Héraclius, puis attaque vainement Constantinople. Il s'allie aux Perses sassanides, en guerre contre les Byzantins, pour assiéger conjointement Constantinople en juin–juillet 626 avec « et fantassins » (chiffre certainement exagéré par les chroniqueurs de l'époque), comportant, en plus des Avars, des contingents slaves, asiatiques et germaniques ; mais la flotte byzantine parvient à empêcher les Avars et les Perses de coordonner leur action, et les Avars sont repoussés avec de très lourdes pertes (). Cette défaite est le signal de la révolte pour les tribus slaves, et des populations valaques soumises par les Avars. À la mort du Khagan vaincu (630), les Proto-Bulgares, jusqu'alors fidèles alliés des Avars, demandent que la dignité de Khagan soit attribuée à leur khan Koubrat. Les Avars répriment cette révolte, mais doivent abandonner aux Proto-Bulgares la région au nord de la mer Noire, dite Grande Bulgarie (632). À l'ouest, le Franc Samo prend la tête de la révolte slave et s’affirme comme chef des territoires libérés, la Moravie, la Bohême, la Basse-Autriche et la Serbie blanche (631). Dans le bassin du bas-Danube et les Balkans, les envahisseurs slaves forment des « sklavinies », petites principautés indépendantes les unes des autres, qui s'intercalent entre les « valachies » et échappent plus ou moins complètement au pouvoir de l’empereur byzantin. Les Slaves occupent ainsi la région entre Danube et Save, qui échappe aux Avars. Après la mort de Samo en 658, son domaine se désagrège. Les Avars rétablissent leur domination sur la frontière du Danube, mais ils sont déjà entrés en décadence.

L'Empire avar tardif (680-804)

L'Empire avar se replie sur les territoires de l’actuelle Hongrie, l'ancienne Pannonie, en y accueillant les fragments d’autres peuples venus des steppes (turco-bulgares ou finno-ougriens ?). Une période plus paisible commence, qui développe un artisanat raffiné (objets ciselés ornés « de griffes et de rinceaux »).

À partir de l'an 791, les Francs de Charlemagne et de son fils Pépin d'Italie, décidés à en finir avec ces païens, les combattent violemment et sans relâche avec leurs troupes franques, bavaroises et lombardes. Leur camp retranché, le Ring des Avars, est pris en 796, avec un trésor considérable, fruit de plusieurs siècles de pillages. Après les dernières révoltes contre les Francs en 799/805, Charlemagne ne conserve que la partie occidentale de leur empire, située entre le Danube et l'Inn, et en fait sous le nom d' une marche de l'empire des Francs. Le reste est occupé par les Slaves et des Bulgares.

Les Avars sont exterminés ; ceux qui se soumettent sont convertis au christianisme de gré ou, bien souvent, de force, les derniers rebelles seront vaincus en 805. Une loi franque ordonne de ne vendre aucune arme aux Avars, et leur existence en tant que peuple distinct s'arrête là. Une toute dernière expédition, en 811, détruit les derniers résistants. Certains, peu nombreux, se réfugient dans les montagnes de Transylvanie, au milieu des Valaques et des Slavons ; les Sicules transylvains sont parfois considérés comme leurs descendants, mais ils ont adopté la langue hongroise, avec quelques particularismes et archaïsmes. Ceux restés en Pannonie sont harcelés et totalement dispersés par les Proto-Bulgares, autrefois persécutés par ces mêmes Avars. On n'entendra plus parler d'eux à partir des années 822.

Selon Constantin VII Porphyrogénète, on trouvait encore au en Croatie un certain nombre de leurs descendants, que l’on appelait encore AvarsConstantin VII Porphyrogénète, De Administrando Imperio, Chap. XXX-XXII, 30. Le thème de Dalmatie, c. 950..

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