Jacques Doriot, né le à Bresles (Oise) et mort le à Mengen (Wurtemberg, Allemagne), est un homme politique et journaliste français et, sous l'Occupation, une figure majeure de la collaboration.
Il est l'un des dirigeants du Parti communiste français jusqu'à son exclusion en 1934. Il fonde ensuite en 1936 et dirige le Parti populaire français (PPF), de droite et anticommuniste, et reprend le journal La Liberté, qui prend position contre le Front populaire.
Durant la Seconde Guerre mondiale, Doriot est un partisan radical de la collaboration et contribue à la création de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF). Il combat personnellement sous l'uniforme allemand sur le front de l’Est, avec le grade de lieutenant.
À la Libération, en 1944, il se réfugie en Allemagne et tente de mettre en place un . Il meurt lors du mitraillage de sa voiture par deux avions en maraude. Les circonstances de sa mort sont l'objet de controverses. Selon certaines thèses, il aurait été victime de divergences entre les nazis, mais les historiens penchent plutôt pour l'action d'avions alliés.
Jeunesse Jacques Maurice Doriot est né le à Bresles (Oise). Il appartient à une famille ouvrière : son père, Georges Octave, est forgeron et sa mère, Augustine Diéraert, couturière. Il fréquente, durant son jeune âge, l'école Somasco de Creil, où l'un de ses enseignants est le Guadeloupéen Gratien Candace avec qui il échange quelques passes d'armes à la Chambre dans les années 1920Dominique Chathuant, « Gratien Candace : une figure de la vie politique française. partie : la Troisième République (1900-1940) », Bulletin de la Société d’histoire de la Guadeloupe, , 2003, .. Il commence à travailler dès l'âge de quinze ans dans une usine puis trouve un emploi dans une laiterie voisine. En 1915, à l'âge de , il s'installe à Saint-Denis et travaille dans plusieurs usines comme ouvrier métallurgiste. En 1916, il s'inscrit à la section locale des Jeunesses socialistes, lesquelles partagent les idées pacifistes de la minorité de la SFIO. Il vit dans un milieu ouvrier lors de la guerre.
Jacques Doriot épouse le à Frépillon (Seine-et-Oise) Madeleine Claire Raffinot (, Paris - Paris ), fille d'Adolphe, instituteur et d'Héléne Gabrielle Thénard. Le couple a deux filles, Jacqueline (-), épouse de Jean-François d'Hervilly, et Madeleine (-), connue sous le nom de Madeleine Marion, pensionnaire de la Comédie-Française, chevalier de la Légion d'honneur, chevalier de l'Ordre national du Mérite.
Il aura aussi un enfant avec sa maîtresse Ginette Garcia, née Dezouche, sa secrétaire qui l'accompagna en exil comme sa famillePierre Olivier, Lorsque tous trahiront, Prix du roman d'espionnage 2023. Enquête romancée sur la mort de Doriot..
La guerre En , il est mobilisé. En 1918, son unité est décimée au Chemin des Dames. Il est décoré de la Croix de guerre pour avoir ramené des lignes ennemies un camarade blessé, mais il est également condamné à un mois de prison pour indiscipline. Son unité intègre ensuite l'Armée d'Orient, ce qui explique sa démobilisation tardive en 1920.
Années communistes Ascension vignette|gauche|redresse|Jacques Doriot en 1927. Il revient à Saint-Denis en 1920 et rejoint le camp des partisans de la Troisième Internationale au sein de la SFIO. En automne, les Jeunesses socialistes se rattachent à l'Internationale des jeunes communistes, et Doriot est élu suppléant au Comité national. Marqué par la guerre, sans attaches familiales, Doriot devient un révolutionnaire professionnel.
De 1921 à 1922, il représente les Jeunesses communistes françaises à Moscou, auprès de l'Internationale Communiste des Jeunes. Durant son séjour en Union soviétique, il apprend l'agitation et rédige des textes de propagande. Il voyage beaucoup, prend la parole à de nombreuses réunions politiques et fait la connaissance de Lénine, à qui il voue une grande admiration.
Après son retour en France, il est placé en 1923 à la tête des Jeunesses communistes. Sous sa direction elles deviennent un instrument de bolchevisation du Parti communiste (PC), qui avait toujours été fortement marqué par le modèle socialiste. Il joue aussi un rôle clé dans le noyautage communiste de la Fédération sportive du travail, qui opte pour l'adhésion à l'Internationale rouge des sports, dont Doriot est plus tard président (1930-1934)André Gounot, "Jacques Doriot : l’impact ‘sportif’ d’un homme politique, in . ttps://www.researchgate.net/publication/327160566_Doriot_-_dirigeant_sportif. En , le PCF lance une campagne contre l'occupation de la Ruhr par les troupes françaises. Comme beaucoup de dirigeants du PCF (Cachin, Péri etc), il est condamné à plusieurs années de prison pour incitation de militaires à la désobéissance : il avait placardé dans la Ruhr, la veille de l'entrée des troupes, des affiches appelant les soldats français à fraterniser avec le peuple allemand. Il n'est libéré que le soir de son élection comme député de la Seine, le . En , il publie un pamphlet, L'Armée et la Défense du capitalisme, et appelle les soldats français à fraterniser avec l'« ennemi ».
Il est libéré peu avant l'échéance de sa peine grâce à son élection au poste de député de Saint-Denis (quatrième circonscription de la Seine), aux législatives de 1924. En 1925, les effectifs des Jeunesses communistes atteignent le point le plus haut des années 1920.
Élément prometteur, Doriot jouit alors d'une grande popularité dans le Parti. Sa carrière politique prend son essor : il devient membre du Bureau politique en 1924. Ambitieux, Doriot espère atteindre des postes de direction, mais l'Internationale ne lui attribue pas la position qu'il recherche. Il se replie alors sur le parti français dans lequel il est très influent et très apprécié, et où il commence à se détacher de la direction de l'Internationale. Du militant bolchevique qu'il était, il se mue progressivement en , observe l'historien Jean-Paul Brunet. Ses relations avec le groupe dirigeant sont tendues, et il doit faire face à un rival, le secrétaire général Maurice Thorez.
vignette|redresse|Jacques Doriot en 1929.
En raison de graves irrégularités constatées dans la gestion municipale de Saint-Denis, le maire Gaston Venet et deux adjoints, Delhomme et Marcel Marschall, sont révoqués par un décret du ministre de l’Intérieur le . La direction nationale du Parti donne son feu vert à une succession par Doriot, qui est élu maire par le conseil municipal de Saint-Denis le . La ville, en plus d'être un bastion du PC, devient son fief personnel.
Des dirigeants communistes français, Doriot est l'un des plus avertis sur les questions internationales : porte-parole du parti, il dénonce le traité de Versailles et l'impérialisme français, et proclame le droit des peuples à l'autodétermination, y compris pour l'Alsace-Lorraine.
Au début des années 1930, il entretient d’excellentes relations avec Bernard Lecache et la LICA (Ligue internationale contre l'antisémitisme, devenue LICRA) alors qu'elles ne le sont pas avec le reste du parti.. Ainsi, en 1931, pour illustrer les appuis dont elle dispose dans le monde politique, la LICA cite le cas de Doriot« Rapport du comité central sur la position de la LICA devant les élections de 1932 », Bulletin de la LICA, novembre 1931.. Toujours en 1931, en opposition à Paul Ramadier, qui suggérait de stopper l’immigration et d'introduire des quotas dans les entreprises discriminant les étrangers, il dénonce des et une ..
Doriot a l'occasion d'aller en Allemagne pour apporter au Parti communiste d'Allemagne le soutien du PCF et observe le succès foudroyant du Parti nazi. Entre 1932 et 1934, le PCF perd en influence. Cependant, aux élections législatives de 1932, alors que le parti subit un recul important, Doriot obtient une victoire franche et est le seul candidat communiste élu au premier tour.
Il profite de ce succès pour se rendre à Moscou et dresser un bilan sévère de l'état du Parti. Il met alors en valeur sa réussite personnelle afin d'obtenir la direction de toute la région parisienne, qui représente le tiers des effectifs. Le Komintern ne lui donne pas satisfaction, les dirigeants soviétiques le trouvant peu fiable et probablement guidé par des ambitions personnelles. Doriot veut rester dans le mouvement communiste et gagner la direction du Parti, mais pour cela il dépend de l'Internationale. Il fait donc marque d'allégeance envers celle-ci, cherche à gagner ses faveurs, mais ne peut réfréner les marques d'affirmation de son indépendance. Comme il refuse de n'être qu'un pion de Moscou et cherche plutôt un statut de partenaire, les relations sont tendues avec le pouvoir stalinien. À cela s'ajoutent l'établissement de la dictature hitlérienne et l'écrasement du Parti communiste d'Allemagne qui représente pour l'Internationale la plus grosse défaite de son histoire.
Au sein du PCF, voyant ses ambitions frustrées, il se sent à l'étroit, et sa volonté de donner au Parti une orientation nouvelle alimente les inimitiés.
Divergences avec le Komintern En février 1927, il fait partie d'une délégation ouvrière envoyée par le Komintern en Chine, pour superviser les accords entre l'URSS et le gouvernement de Tchang Kaï-chek, chef du Kuomintang, qui s'est allié aux communistes chinois et à l'URSS pour vaincre les seigneurs de la guerre chinois et unifier la Chine. Il y rencontre Mikhaïl Borodine, le représentant du Komintern auprès du gouvernement chinois et héros du roman d'André Malraux, Les Conquérants. Mais en avril 1927, Tchang Kaï-chek rompt avec l'URSS et fait massacrer les communistes chinois à Shanghai. Un mois plus tard, en mai 1927, de retour de Chine, il assiste au du comité exécutif de l'Internationale communiste à Moscou, où la question chinoise est passée sous silence, pour préserver Staline..
Dès 1928, alors que le Komintern impose aux partis communistes la nouvelle ligne, qui non seulement refuse toute coopération avec les partis sociaux-démocrates, mais encore les combat, Doriot et quelques autres dirigeants communistes expriment leurs réticences à l'égard de la tactique de « classe contre classe ».. Lors du du PCF, qui s'ouvre le 31 mars 1929, il fut attaqué par plusieurs délégués pour sa tiédeur quant à la nouvelle ligne du Komintern et se livre à une autocritique humiliante..
En 1933, des pourparlers s'engagent entre socialistes et communistes en vue de l'organisation de débats publics sur le thème de l'unité ouvrière, mais ces pourparlers sont rompus. Doriot, partisan de la création d'un front commun, désapprouve cette rupture. En fait, le maire de Saint-Denis veut exploiter l'affaiblissement de la SFIO, qui vient d'exclure son aile droite néo-socialiste et son aile d'extrême gauche, l'Action socialiste. Son but est de rapprocher les deux partis pour que le communisme retrouve de l'influence.
Le Komintern rejette sa proposition, qu'elle présente comme opportuniste. Dans cette proposition, Doriot insiste pour changer de tactique en démontrant les avantages qui pourraient en découler : les propositions de front unique qu'il s'agit d'envoyer à la direction socialiste permettraient d'élargir la scission de la droite et de rallier au Parti communiste le groupe de l'Action socialiste. Surtout, le rapprochement avec la SFIO permettrait au Parti communiste de prendre la tête d'un mouvement de masse antifasciste. Mais le Komintern continue de rejeter cette proposition, et Thorez rappelle que la SFIO, parti bourgeois, est un adversaire.
Doriot est exaspéré par cette position du Komintern. Choqué par les émeutes d'extrême droite du 6 février 1934, il s'éloigne de la direction du PC en militant pour l'union des gauches, notamment celle avec la SFIO. Comme de nombreux hommes de gauche, Doriot perçoit que la division entre les socialistes et les communistes en Allemagne a joué en faveur de Hitler, et il veut éviter de répéter la même erreur en France.