L'apiculture est une branche de l’agriculture qui consiste en l’élevage d’abeilles mellifères pour exploiter les produits de la ruche, principalement du miel mais également la cire, la gelée royale, le pollen et la propolis, voire le venin d’abeille. L’apiculteur doit procurer au rucher protection, des soins, et veiller sur son environnement.

Pratiquée sur tous les continents, cette activité diffère selon les variétés d’abeilles, le climat et le niveau de développement économique. C’est une activité où se rencontrent encore aujourd'hui des méthodes ancestrales comme la récolte du miel par pressage des rayons, mais aussi des technologies plus modernes comme l'extraction par centrifugation, l’insémination artificielle, ou la géolocalisation d'abeilles équipées de microréflecteurs radar.

Histoire

vignette|Les apiculteurs, dessin de Bruegel, 1568.

L’abeille était déjà présente sur Terre il y a soixante millions d'années : des fossiles à l’aspect identique aux abeilles actuelles ont été mis au jour. Cette longévité est le résultat de l’adaptabilité exceptionnelle de cette espèce : le comportement de l’abeille est régi par des facteurs innés, et par son adaptabilité aux conditions d’environnement. Des recherches récentes laissent à penser qu'il n'y avait pas d'abeilles au-dessus du nord (soit environ le Danemark et l'Angleterre actuels) en Europe à l'époque du Néolithique (entre 9000 et ).

Préhistoire La récolte du miel des abeilles sauvages La consommation de miel et sa récolte (qu'il faut distinguer de l'apiculture proprement dite), remontent à la Préhistoire. Des peintures rupestres représentant des scènes de collecte de miel montrent que les hommes préhistoriques utilisaient des échelles et pratiquaient l'enfumageMichel Pastoureau, « L'homme et l'abeille », Concordance des temps, ..

À cette époque, la récolte du miel a souvent pour conséquence la destruction de la colonie, comme le montre la première représentation d'une chasse à l'abeille, décrite en 1924 par l'archéologue Eduardo Hernández-Pacheco y Estevan : il s'agit d'une peinture rupestre mésolithique (quatre à sept mille ans) trouvée en Espagne dans la cueva de la Araña (grotte de l’Araignée), près de Bicorp (province de Valence). On y voit deux cueilleurs de miel, le premier au sol, le second grimpant sur une sorte d'échelle de lianes ou de corde avec un panier pour recevoir sa récolte, la main plongée dans un tronc d’arbre ou une anfractuosité de rocher à la recherche de rayons de miel. Autour de lui des abeilles en vol sont grossièrement représentées.

Débuts de la domestication La plus ancienne attestation de la domestication des abeilles est un bas-relief égyptien datant de près de , situé dans le temple solaire d'Abou Ghorab, où l'on voit représentés des ruches et des apiculteurs..

On ne sait pas précisément quand la domestication a eu lieu, mais elle a vraisemblablement été consécutive à la sédentarisation de l'homme au début du néolithique, aux alentours de

La plus ancienne ruche est probablement issue du prélèvement d’un tronc d’arbre creux contenant un nid d'abeilles. Ce tronc, rapporté de la forêt, permettait d'avoir des ruches près des habitations.

Plus tard, avec la maîtrise des techniques d'enruchage (soit l'action de peupler d'abeilles une ruche.), apparaissent les premières ruches artificielles, fabriquées comme des paniers à partir de matériaux végétaux..

Traces archéologiques de miel et de cire Des preuves archéochimiques d'utilisation de miel et de cire d'abeilles sauvages ont été récemment recherchées en analysant environ trouvés au Proche-Orient, en Europe et en Afrique du Nord. Voir aussi recension par ..

On a ainsi retrouvé les plus vieilles traces de cire d'abeille dans des poteries datées de , trouvées en Anatolie, notamment sur les sites de Çayönü Tepesi et de Çatalhöyük, près de Konya. Elle était peut-être utilisée pour rendre les pots étanches, ou - ce qui est probablement le cas à Çayönü Tepesi, puisque les traces sont mélangées à de la graisse animale - pourrait être des résidus de nid d'abeilles entretenus pour produire du miel afin de sucrer les aliments.

En dehors de l'Anatolie, les traces les plus anciennes de cire d'abeille ont été retrouvées dans les Balkans, notamment dans des poteries trouvées sur les sites de Paliambela Kolindros près de la ville grecque de Katerini (4900-), Măgura Uroiului près de la ville roumaine de Simeria (5500-) et Drenovac Turska Česma (actuelle Serbie), soit environ plus tôt qu'on ne le pensait avant cette étude. On en a aussi trouvé en Pologne et en France, dans des sites chasséens du (abri de Font-Juvénal à Conques-sur-Orbiel, Chassey-le-Camp et Bercy) ainsi qu'à Clairvaux-les-Lacs.

Des traces de cire d'abeille ont été retrouvées dans des poteries jusqu'au Danemark, ainsi qu'en Angleterre (mais pas en Écosse, ni en Irlande ni en Scandinavie), à une époque où cette région constituait probablement la limite nord de l'aire de répartition de l'abeille.

Antiquité

Égypte et Mésopotamie

L’apiculture est courante dans l'Ancien Empire égyptien du Des représentations ont été mises au jour dans la « chambre des saisons » du temple solaire du roi Niouserrê à Abou Ghorab (Égypte antique), où l’on voit des scènes montrant l'enfumage, l’extraction et la conservation du miel.. Il s'agit du plus ancien témoignage graphique d'abeilles domestiquées et élevées.. Des pots de miel aujourd'hui entièrement cristallisés ont été retrouvés dans des sépultures.

De nombreuses sources diffusent la légende urbaine d'un « miel des pyramides » ou « miel des pharaons », datant de deux mille ans et potentiellement toujours comestible. S'il est avéré que des pots à miel ont été retrouvés dans la tombe de Toutankhamon découverte en 1922, leur contenu avait depuis longtemps disparu. D'autres récipients retrouvés lors de fouilles contenaient des substances qui pouvaient ressembler à du miel à première vue. Des analyses postérieures montreront qu'il s'agissait de natron. Entretemps, la légende d'un miel « éternel », qui ne se périme jamais, était née.

L'utilisation en médecine et comme offrande religieuse, de cire et de miel importé (sans que l'on puisse déterminer s'il s'agit de miel d'abeille ou de datte), est attestée en Mésopotamie au Le gouverneur de Mari Shamas-res-ușur se posant en promoteur de l'élevage d'abeilles.. Comme les Égyptiens ou les Mésopotamiens, les Hittites pratiquent l'apiculture ; pour preuve : les Lois hittites à Hattusa punissent vers les voleurs de ruches."Depuis quand ?", le dictionnaire des inventions, Pierre Germa, p. 9..

En , des archéologues découvrent à Tel Rehov intactes datées de l'époque biblique en Palestine, entre le milieu du jusqu'au début du . Leur production à cette époque est estimée annuellement à de miel et de cire..

Grèce antique L’importance de la pratique apicole ainsi que la connaissance des pratiques d’apiculture dans le monde minoen et mycénien est bien établie. Les mondes minoen et mycénien utilisaient des ruches similaires aux ruches traditionnelles en pierre, en céramique ou tressées, des enfumoirs et d’autres pièces apicoles.. L'apiculture est une activité agricole importante dans la Grèce antique, notamment en AttiqueVoir aussi: Agriculture en Grèce antique#Miel.. Aristote, dans son Histoire des animaux, premier traité d'apiculture, décrit la forme hexagonale des cellules des ruches qui ont à leur tête une abeille-roi, à la fois mâle et femelle et des abeilles de différentes tailles et anatomiesLe naturaliste hollandais Jan Swammerdam rédige un traité sur l'histoire des abeilles au où il peut étudier, grâce au microscope, l'anatomie interne de l'abeille. Il est le premier à identifier également les 3 castes d'abeilles et la reine des abeilles.. Il considère que les abeilles n'ont pas de sang. Démocrite est le seul à considérer qu'elles ont des viscères, trop petits pour être vus à l'œil nu.

Rome antique Il existe plusieurs traités d'apiculture, dans la Rome antique.

Pline l'Ancien décrit avec précision certains modèles de ruche mobile, en osier ou en liège (apiarium), manipulée par un esclave apiculteur, l’« apiarius ».

Le poète latin Virgile y consacre le quatrième chant de ses Géorgiques, évoquant notamment la légende d'Aristée et de ses ruches. Il y associe l'horticulture, réduite aux fleurs mellifères. Il présente les abeilles comme un monde idéal, le sommet de la hiérarchie des êtres animés, les comparant sans cesse au monde des hommes mais aussi des dieux « dans la mesure où le miel qu'elles produisent est une nourriture alchimique par excellence (produite produite par transformation de la fleur par l'animal) ». Ses descriptions se montrent d'ores et déjà concrètes et didactiques :D'abord il faut chercher pour les abeilles un séjour et une habitation où les vents n'aient aucun accès (car les vent les empêchent de porter leur butin chez elles) [...]. Les ruches elles-mêmes, ou formées d'écorces creuses, ou tissées d'osier souple, doivent avoir d'étroites ouvertures : car, sous l'influence du froid, l'hier condense le miel , et la chaleur le liquéfie et le fond.

Moyen Âge

Des modèles de ruches en planches sont courants dans l’Antiquité, ainsi que des ruches tressées, et en céramique : elles sont d’abord faites de baguettes de bois entrecroisées, étanchéifiées avec un mélange de bouse de vache et de cendres. Les ruches en paille tressée, plus tardives, sont mentionnées pour la première fois dans une ordonnance de Charlemagne, datée de 799, le Capitulaire De Villis. La récolte dans ces ruches est pratiquée par étouffage total ou partiel de l’essaim, ou encore par la taille de rayons, ce qui entraîne sa mort, ou son affaiblissement.

Au Moyen Âge, l'élevage de « mouches à miel » se développe particulièrement dans les monastèresCertains moines fabriquent des cierges en cire d'abeille pure pour les églises, l'abeille ayant un symbole ambivalent : virginité médiévale (sa sexualité étant inconnue à l'époque, on considère qu'elle se reproduit par parthénogenèse ou par pourriture d'un animal), érotisme (par son dard) à la Renaissance. ou en forêt par des communautés paysannes ou des agents forestiers, les « bigres »Bigre est issu du latin apiger, api, abeille et gererer, gouverner, littéralement celui qui gère les « bigreries » ou « hostels aux mouches », ruchers à l'orée ou au cœur des forêts., le prélèvement d'essaims, de ruches, de miel ou de cire constituant des redevances féodales, l'abeillage. Parallèlement à l'essaimage naturel, la transhumance des ruches est pratiquée lorsqu'un lieu floral était entièrement exploité (image de gauche, datant de 1555)..

Observations et ouvrages érudits du Moyen Âge mentionnant les abeilles ou le miel Plusieurs savants du Moyen Âge étudient ou font référence aux abeilles et au miel.