vignette|Boutons et fleur épanouie.
Le Coquelicot (Papaver rhoeas) est une espèce de plantes à fleurs dicotylédones, de la famille des Papaveracées. C'est une plante herbacée originaire du bassin méditerranéen (Eurasie et Afrique du Nord).
C'est une plante annuelle, très abondante dans les terrains fraîchement remués à partir du printemps, qui se distingue par la couleur rouge de ses fleurs et par sa capacité à former de grands tapis colorés visibles de loin.
Elle appartient au groupe des plantes dites messicoles car elle est associée à l'agriculture depuis des temps très anciens, grâce à son cycle biologique adapté aux cultures de céréales, la floraison et la mise à graines intervenant avant la moisson.
Très commune dans de nombreux pays d'Europe, elle a beaucoup régressé du fait de l'emploi généralisé des herbicides et de l'amélioration du tri des semences de céréales.
En Guyane, le nom coquelicot désigne l'espèce Rhynchanthera grandiflora en raison de la proximité de son usage médicinal avec Papaver rhoeas.
Phytonymie
Étymologie Le nom scientifique du genre Papaver est issu d'une racine indo-européenne papa signifiant « bouillie », car il était courant de cuire ainsi les graines de pavot. L'épithète spécifique rhoeas vient du grec , « écoulement » (étymologie qu'on retrouve dans le terme « rhume »), allusion au latex coulant lorsque la tige est blessée..
D'abord écrit coquelicoq (1545), son nom vernaculaire est une variante de l'ancien français coquerico, désignant le coq par onomatopée : il s'agit d'une métaphore entre la couleur de la fleur et celle de la crête du coq.
Noms vernaculaires La plante porte plusieurs noms vernaculaires en français : coquelicot, pavot-coq, pavot des champs, pavot sauvage, poinceau, ponceau..
Les anglophones l'appellent corn poppy ou field poppy, autrement dit pavot « céréalier » ou des champs. Plusieurs noms sont employés en Allemagne : Klatschmohn (pavot ou pavot éclatant), mais aussi Feldmohn (pavot des champs). Le néerlandais use du vocable klaproos et dans son dialecte hollandais kollenbloem (bloem = fleur, kol = sorcière). En Italie, la fleur s'appelle rosolaccio (dérivé de rosa = rose) ou papavero (pavot). En Espagne, le coquelicot est une amapola ou, dans certaines régions, un ababol, emprunts au latin papaver par l'intermédiaire de l'arabe. En occitan, elle est également connue sous plusieurs noms, dont les motivations sémantiques sont les mêmes qu'en français et en italien : rosèla, rosanèla, rosadèla, roèla, capròsa, fuoroge (< sur la couleur rouge, rougeâtre), papaut, pavot, pavòt, paparòc (< latin papaver) et gaugalin, jaujalin, jalh, polagau, cacaracà, (< latin gallus et ses attributs)..
Taxinomie
Synonymes Papaver agrivagum Jord. Papaver ameristophyllum Fedde Papaver arvaticum Jord.
Liste des sous-espèces et variétés Selon : Papaver rhoeas subsp. polytrichum Papaver rhoeas subsp. rhoeas Papaver rhoeas subsp. strigosum Papaver rhoeas var. himerenseSelon (Attention liste brute contenant possiblement des synonymes) : Papaver rhoeas subsp. cyprium Chrtek & Slavík Papaver rhoeas subsp. strigosum Simonk. Papaver rhoeas var. chelidonioides Kuntze Papaver rhoeas var. strigosum Boenn.
Description vignette|redresse|Floraison de coquelicots dans un champ de luzerne. vignette|redresse|Feuille de coquelicot. vignette|redresse|Quelques coquelicots roses parmi des rouges. vignette|redresse|Vue sur les pétales dans un champ en Seine-et-Marne.
Le coquelicot est une plante herbacée annuelle, rarement bisannuelle, à tiges dressées, généralement non ramifiées, hérissée de poils, pouvant atteindre 70 cm de haut. Lorsqu'on la coupe, la tige laisse échapper un latex blanc, comme les autres pavots.
Le système racinaire est formé d'une racine pivotante et de racines fines et superficielles.
Les cotylédons sont longs, minces, linéaires et prostrés. Les feuilles, généralement alternes, présentent un limbe lancéolé, aux formes variables (lobé, denté, découpé en lobes étroits) chez la plante adulte.
Les premières feuilles (stade 2-3 feuilles) sont ovales, acuminées, entières, pétiolées, glabres. Les feuilles qui apparaissent ensuite sont découpées, oblongues-lancéolées, pennées, formant d'abord une rosette. Les feuilles supérieures sont généralement tripartites, sessiles.
Les fleurs, solitaires, grandes, simples, ont de 7 à de diamètre et sont portées par de longs pédoncules velus. Elles comptent deux sépales libres, en forme de coupe, qui tombent dès l'éclosion de la fleur, et quatre pétales papyracés, le plus généralement rouge vif, mais parfois roses ou blancs, souvent tachés de noir à la base, qui sont froissés dans le bouton avant l'éclosion et qui se recouvrent peu.
Les boutons floraux sont penchés vers le bas avant la floraison.
Les étamines, nombreuses, ont des anthères introrses noir bleuté, portées par de minces filaments noirs.
L'ovaire, supère, uniloculaire résulte de la fusion d'un nombre variable de carpelles (8 à 15) et est divisé par des cloisons incomplètes (qui ne se rejoignent pas au centre) qui portent les ovules anatropes extrêmement nombreux.
Les stigmates (qui reçoivent le pollen) sont réunis en un disque situé au-dessus de l'ovaire présentant de 8 à 15 rayons.
Les fruits sont des capsules, sphériques, presque obovales, de 1 à de long, contenant une grande quantité de graines minuscules, facilement disséminables par le vent. Ces capsules sèches, à déhiscence poricide, s'ouvrent vers le sommet par une série de valvules (pores) situées immédiatement sous le disque stigmatique et par lesquelles s'échappent les graines lorsque les capsules sont secouées par le vent..
Les graines réniformes sont ridées en réseau à leur surface. De couleur brun sombre, elles font de long environ et renferment un petit embryon droit inclus dans un albumen oléagineux. Un seul plant peut produire , voire . Le poids de est de 0,1 à ..
Risques de confusion Sont très proches du coquelicot et souvent confondues avec lui deux espèces de pavots, Papaver dubium, ou pavot douteux, aux fleurs plus claires, aux étamines jaunes et aux capsules glabres allongées, et Papaver hybridum (pavot hybride), dont les pétales sont foncés et surtout les capsules sont ovales, globuleuses et deux fois plus longues que larges, à poils raides jaunes et denses pour certains, étalés et arqués pour d'autres (les taches noires à la base des pétales ne sont pas caractéristiques du pavot hybride). Autre espèce voisine, Papaver argemone (pavot argémone), de petite taille et dont les pétales ne se chevauchent pas.
Au stade plantule, le coquelicot peut être confondu avec la capselle bourse-à-pasteur (Capsella bursa pastoris). Il faut attendre l'apparition de la quatrième feuille, montrant une incision caractéristique, pour les différencier..
Biologie vignette|thumbtime=1:27|Récolte des coquelicots en Île-de-France. Le coquelicot préfère les terrains fraîchement remués : les champs cultivés, surtout de céréales d'hiver, mais aussi de printemps (plante jadis messicole que les herbicides ont souvent chassée). Il revient ainsi spontanément dans les zones les moins traitées (à l’entrée des champs, le long des haies), les bords de chemins, talus ou dans les milieux ouverts très divers, déjà perturbés (remblais, accotements routiers, constructions en zones agricoles, terrains vagues…).. Il apprécie les sols frais, bien pourvus en eau, limoneux à argileux, et contenant du calcaire et des éléments nutritifs.
Plante archéophyte, elle devient souvent envahissante, et a envahi l'Europe centrale après les glaciations : c'est pourquoi elle entre dans le groupe des plantes hémérochores.
Les graines photosensibles germent lorsqu'elles sont près de la surface du sol..
La germination est impossible à une profondeur excédant 1 à 1,5 cm. La levée se produit en nombre après tout mouvement de terre (labour ou autre).
Un pied peut produire jusqu'à . Celles-ci gardent longtemps leur capacité de germination dans le sol, en général pendant 5 à 8 ans. Selon certains auteurs elles peuvent rester dormantes dans le sol plus de 80 ans.
La floraison a lieu principalement au printemps et en été, entre avril et août (dans l'hémisphère nord) ou de mars à juin autour du bassin méditerranéen, mais il arrive qu’une deuxième floraison survienne en automne, vers la fin septembre..
Le coquelicot contient dans toutes ses parties du latex dans lequel se trouvent divers alcaloïdes dont le principal est la rhœadine, mais contrairement au pavot somnifère, il ne contient pas de morphine.
Les pétales sont riches en mucilage et contiennent des tanins et des pigments anthocyaniques, dérivés de la cyanidine (mécocyanine et cyanine) qui lui donnent sa couleur rouge, ainsi que des alcaloïdes dérivés de la benzylisoquinoline, des alcaloïdes d'isoquinoléine et des alcaloïdes dérivés de la tétrahydro-3H-3-benzodiazépine, dont la rhœadine (qui est le plus abondant avec près de 50 % du total), la rhœarubine I et II , la rhœagénine, l'isorhœadine, la papavérine et la . La teneur totale en alcaloïdes est proche de 0,07 à 0,12 %..
Utilisations diverses Usage médicinal Comme tous les pavots, le coquelicot a des effets narcotiques dus aux alcaloïdes qu'il contient.
Il a été très utilisé en phytothérapie. Selon une étude ethnobotanique de Françoise et Grégoire Nicollier (1984), relative aux usages des plantes dans la vie quotidienne d'autrefois à Bagnes (Suisse), cette plante dite panaoû ou panou en francoprovençal était utilisée comme analgésique : , de même pour le bétail précisent les auteurs..
On utilise aujourd'hui surtout ses pétales séchés, qui prennent une couleur lie-de-vin à la dessiccation et dont on fait le plus souvent des tisanes. Infusés dans de l'eau bouillante ils servent aussi à préparer des sirops. Macérés dans de l'alcool (vodka, rhum) avec du sucre, ils font des liqueurs ou des sirops colorés mais peu savoureux (leur goût pouvant être relevé par du lierre terrestre)... Ses effets sont apaisants chez l'adulte, mais plus encore sur les jeunes enfants (on mélangeait autrefois du coquelicot à la bouillie des enfants pour faciliter leur sommeil). Par ses propriétés émollientes, sédatives légères et béchiques, le coquelicot est un calmant de la toux et des irritations de la gorge. Il est alors utilisé sous forme de pastilles à sucer. Il existe un sirop de coquelicot. Ce sirop est déjà mentionné au dans le dictionnaire de Furetière pour un usage médicinalbooks.google.fr.
Les pétales séchés de Papaver rhoeas (ainsi que de Papaver dubium) figurent sous le nom de « coquelicot » dans la pharmacopée française..
Les pétales de coquelicot rentrent dans la composition des fleurs pectorales, notamment dans la « tisanes des quatre fleurs » qui comprend en fait sept espèces..
Usage alimentaire vignette|Paparene aux olives noires, spécialité salentine.
Les jeunes feuilles de pavot sont traditionnellement consommés crues (hachées, elles servent à aromatiser soupes, légumes et céréales). Plus matures, elles peuvent se consommer cuites comme les épinards, et utilisées pour aromatiser soupes et saladesDes herbes pas si mauvaises..., de Jean-Marie Polese, édition De Borée 2011, . Dans le Salento (Italie), on prépare les paparene nfucate en faisant cuire les jeunes feuilles, cueillies avant la floraison, à feu doux dans un peu d'eau avec de l'huile d'olive et des olives noires..
Les boutons floraux peuvent être conservés dans du vinaigre comme les câpres. Le jeune ovaire encore tendre peut être croqué tel quel pour sa saveur de noisette.. Ils peuvent aussi être poêlés. Les fleurs peuvent être ajoutées crues dans tous les types de plats.
Les pétales rouges du coquelicot décorent les plats mais servent aussi à préparer un sirop coloré utilisé contre la toux, les coliques des enfants.. À Nemours, on prépare depuis 1870 des bonbons aux coquelicots et depuis 1996 un sirop et une liqueur de coquelicot..