Étienne (Jacques-Joseph-Alexandre) Macdonald, , né le à Sedan (Champagne) et mort le à Beaulieu-sur-Loire (Loiret), est un général français de la Révolution et un maréchal d'Empire.

Biographie

Origine

Étienne Jacques Joseph Alexandre Macdonald naquit le à Sedan, d'une famille écossaise originaire de l'île de South Uist, dans les Hébrides. Son père, Neill Machachaim, était un fidèle du prétendant écossais au trône d'Angleterre, Charles Édouard Stuart, avec lequel il fut contraint de se réfugier en France après l'écrasement de la rébellion jacobite lors de la bataille de Culloden en 1746. Neil rejoint en 1767 une quinzaine de jacobites exilés à Sancerre depuis 1752. Il s'y établit avec sa femme Marie-Alexandrine Gonaut et ses enfants, dont Étienne. Ce dernier fut interne au collège de Sancerre« Macdonald a son exposition », La Nouvelle République, 18/11/2008 avant de poursuivre son instruction à Paris sous la houlette d'un certain chevalier Pawlet. Alors qu'il se destinait initialement à la prêtrise, il fut très marqué par la lecture des récits d'Homère qui l'incitèrent à embrasser la carrière des armes.

À sa sortie de l'école, Macdonald échoua aux examens pour intégrer le corps du génie mais, grâce à l'entremise de plusieurs personnalités influentes, fut affecté comme lieutenant à la légion de Maillebois au service de la Hollande le . Les tensions entre la Hollande et le Saint-Empire, qui avaient motivé la formation de la légion, s'apaisèrent toutefois rapidement, ce qui entraîna la dissolution du corps et le retour de Macdonald en France. Le jeune homme demeura quelque temps à Sancerre avant de s'enrôler en tant que volontaire dans le régiment de Dillon (futur régiment d'infanterie) le . Il se familiarisa alors avec les rudiments de la vie militaire tout en consacrant une partie de son temps libre à la pratique du violon, de la danse et de l'escrime. Il fut successivement promu sous-lieutenant de remplacement le et sous-lieutenant le de la même année.

Révolution française

thumb|left|180px|Étienne Macdonald, capitaine aide de camp en 1792, Louis-Édouard Rioult, 1834.

Avec le déclenchement de la Révolution française, l'avancement de Macdonald s'accéléra. Promu lieutenant le , il avait épousé le précédent, avec l'appui du général Beurnonville, Marie-Constance Jacob, une jeune femme issue d'un milieu aisé. Alors que la France faisait face à la Première Coalition, il fut employé à l'armée, d'abord comme aide de camp de Beurnonville le , puis, après avoir été nommé capitaine le , à l'état-major du général Dumouriez le 29 de ce mois. C'est en cette qualité qu'il assista, le , à la bataille de Valmy.

Il participa ensuite aux opérations contre les Autrichiens en Belgique. Lors d'une mission de reconnaissance effectuée dans la région de Tournai, les troupes avec lesquelles il se trouvait se débandèrent. Le , au cours de la bataille de Jemappes, il servit sous les ordres du duc de Chartres à la tête d'un régiment de dragons, ce qui lui valut d'être fait lieutenant-colonel du régiment d'infanterie le , tout en conservant ses fonctions d'aide de camp. De retour à Paris, Macdonald fut promu chef de brigade (colonel) du d'infanterie le , là encore grâce au soutien de Beurnonville devenu ministre de la Guerre. Le suivant, il fut élevé au grade de général de brigade. Conscient des risques encourus par les généraux malchanceux sous la Terreur, Macdonald accueillit fraîchement cette promotion :

Il remplaça Souham au commandement de la de l’armée du Nord à la fin de l'année 1794. En 1795, dans l'armée du Nord de Pichegru, il poursuivit les Anglais de Frédéric d'York, passa les fleuves gelés et captura avec sa cavalerie la flotte hollandaise prise dans les glaces. Il fut alors promu général de division le .

Après avoir servi aux armées du Rhin et d'Italie, il fut nommé gouverneur de Rome et des États pontificaux. En 1799, quand les Français évacuèrent Rome, il fit la campagne contre les armées alliées. Il livra du 17 au la bataille de la Trebbia aux Austro-Russes de Souvorov, essuya une lourde défaite et ne parvint à faire sa jonction avec le général Moreau qu'avec une partie de ses forces d'origine.

Consulat et Premier Empire

Il commande la garnison de Versailles lors du coup d'État du 18 Brumaire et appuie Napoléon Bonaparte. D'abord affecté à l'armée du Rhin sous les ordres de Moreau, il est choisi pour commander, à partir du , un corps de réserve de qui devient l'armée des Grisons en octobre. Chargé de conduire ses troupes dans le Tyrol afin d'y occuper les Autrichiens tout en maintenant le contact avec les forces françaises déployées en Allemagne et en Italie, il franchit les montagnes du Splügen au prix de nombreuses difficultés et s'empare de Trente le ; cette marche victorieuse, bien que sans confrontation directe avec les troupes adverses, inspire au chef d'état-major de Macdonald, le général Mathieu Dumas, le commentaire suivant : .

Après la fin des hostilités, Macdonald est envoyé au Danemark comme ministre plénipotentiaire jusqu'en 1803. À son retour, il reçoit le titre de grand officier de la Légion d'honneur. Disgracié pour avoir soutenu le général Moreau sous lequel il avait servi, il vit une période d'exil en Berry. Macdonald achète le château de Courcelles-le-Roy et de Bois-Sir-Aimé. C'est à cette époque qu'il devient gouverneur de la militaire et il réside à Bourges, rue Jacques-Cœur.

vignette|gauche|Étienne Macdonald, duc de Tarente, maréchal de France, Jean-Sébastien Rouillard, 1837.

Ce n'est qu'en 1809 qu'il reprend le commandement d'une division en Italie. À l'issue de la bataille de Wagram, lors de laquelle il enfonce le centre de l'armée autrichienne sous le feu d'une nombreuse artillerie, il est élevé à la dignité de maréchal d'Empire. À son retour à Paris, en 1810, il est fait duc de Tarente et prend le commandement d'un corps d'armée en Espagne. En 1812, il commande le corps en Russie. En 1813, il prend part aux batailles de Lützen et de Bautzen, est sévèrement battu à la Katzbach par le général prussien Blücher et participe enfin à la bataille de Leipzig. Là, il traverse à la nage l'Elster, où périt Poniatowski, et assiste le à la bataille de Hanau. Pendant la campagne de 1814, il commande l'aile gauche de l'armée, et assiste à Fontainebleau à l'abdication de Napoléon, à laquelle il contribue.

Restauration et monarchie de Juillet

vignette|Tombe du maréchal Macdonald au cimetière du Père-Lachaise.

Après l'abdication de Fontainebleau, il accepte la pairie le . Dans la nuit du 19 au , il part de Paris avec Louis XVIII, et, après l'avoir accompagné jusqu'à Menin, il revient, refuse tout poste de Napoléon, et prend du service dans la Garde nationale comme simple grenadier. Après Waterloo et le retour des Bourbons, le duc de Tarente reçoit la mission de congédier l'armée de la Loire, créée par Napoléon le pour combattre les Vendéens à nouveau révoltés. Il est nommé major-général de la Garde royale de Louis XVIII en . Le , il est nommé grand chancelier de la Légion d'honneur, dignité qu'il conserve jusqu'en 1831.

Le , il présente à l'Assemblée la couronne royale de Louis-Philippe. Trois autres maréchaux de France l'accompagnent : Molitor, Oudinot et Mortier. C'est sa dernière apparition officielle. Il cesse ses fonctions de grand chancelier de la Légion d'honneur le et meurt le Adolphe Robert, Dictionnaire des parlementaires, Bourloton, Paris, 1891, tome 4, , dans son château de Courcelles-le-RoyChâteau de Courcelles-le-Roi sur le site Napoléon et Empire., à Beaulieu-sur-Loire (Loiret), âgé de , laissant un fils âgé de . Il repose au cimetière du Père-Lachaise () à Paris.

À Sainte-Hélène, Napoléon émet ce jugement à son égard : .

Considérations

L’Encyclopædia Britannica de 1911 dit à son sujet :

vignette|Le maréchal Macdonald à cheval (gravure du ).

Gunther Rothenberg écrit que Macdonald était un excellent commandant malgré sa tendance à surestimer ses propres capacités.. Richard Dunn-Pattison loue également sa « profonde acuité militaire », tandis que Richard Humble le cite comme « l'un des plus insolites et des plus talentueux des maréchaux ». L'historien John M. Keefe affirme qu'à l'exception de l'échec de la Katzbach, dû selon lui aux déficiences de l'état-major dans les corps français n'opérant pas sous les ordres de Napoléon, la carrière du maréchal fut généralement couronnée de succès. ; quant à Camille Duclert, elle avance que tout autant qu'.

Ce point de vue n'est pas partagé par Archibald Macdonell pour qui la carrière de Macdonald ne fut qu'une succession d'échecs.. Un autre spécialiste, le colonel américain John Elting, porte lui aussi un jugement très critique sur les talents de Macdonald, dont il estime que la nomination a été, plus qu'autre chose, un « boulet » pour Napoléon : « sous le commandement direct de l'Empereur, il [Macdonald] pouvait certes se montrer très efficace ; mais, sitôt abandonné à lui-même, il avait toujours une journée de retard — quand il ne faisait pas retraite inutilement […]. Napoléon disait de Macdonald qu'il était brave mais malheureux, ce qui voulait dire, dans le vocabulaire de l'Empereur, qu'il n'avait pas la présence d'esprit suffisante pour faire face à des changements rapides de situation ». Dans son évaluation des mérites des grands capitaines de l'armée impériale, Oleg Sokolov note une certaine forme de complaisance historiographique à l'égard des compétences de Macdonald, qui ne résiste pas d'après lui à un examen de son bilan en tant que chef de guerre. Il écrit :

De fait, les jugements portés sur les états de service de Macdonald font l'objet de débats parmi les historiens. Tout comme Sokolov, le colonel Elting pointe l'influence néfaste des mémoires de l'intéressé — « il s'attribue platement le mérite de combats où il n'était pas présent et rejette la responsabilité de ses erreurs sur ses subordonnés » —, notamment dans l'appréciation de son rôle auprès d'Eugène de Beauharnais durant la campagne d'Italie de 1809, qu'il juge exagéré. Sur cet aspect précis de sa carrière, Mike Hallaron prend la défense du maréchal : « coïncidence ou non, la direction des opérations par le vice-roi s'améliora fortement après l'arrivée de Macdonald à l'armée, particulièrement au moment de la bataille du Piave. Et si les Souvenirs de Macdonald sur cette affaire sont peut-être trop durs à l'égard d'Eugène et de ses choix en tant que commandant en chef, il ne faut pas non plus nier la contribution importante de Macdonald à la victoire du Piave et la dépendance du vice-roi à l'endroit de son plus ancien lieutenant-général ».. Frederick Schneid est d'avis que même en tenant compte des exagérations du maréchal, « il ne fait guère de doute que Macdonald était un commandant talentueux ».. Les campagnes de Russie en 1812 et d'Allemagne en 1813 révélèrent toutefois ses limites dès lors qu'il se retrouvait livré à ses propres moyens ; en cela, il n'était d'ailleurs pas différent de nombreux maréchaux qui éprouvaient souvent des difficultés à combattre loin du regard de l'Empereur.. De même, son action en Espagne ne fut pas très brillante et il échoua dans son principal objectif qui était de pacifier la Catalogne.