vignette|Cathédrale Notre-Dame de Paris.|alt=Photographie
Une cathédrale est, à l'origine, une église dans laquelle se trouve le siège de l'évêque (la cathèdre) ayant la charge d'un diocèse. Alors que l'idée commune est que la cathédrale est , le mot renvoie à une fonction et non à une forme spécifique d'église.
Ce lieu de culte est en usage dans l'Église catholique, l'Église orthodoxe, la Communion anglicane et l'Église luthérienne.
Étymologie et termes associés vignette|Dans le monde, il y autant de cathédrales que de diocèses (, , ), soit un peu plus de ..
Le terme cathédrale est d'abord un adjectif dans la locution église cathédrale (yglises cathedraux, « églises épiscopales » dès 1180.) avant de devenir un substantif au .
En français, le verbe cathédrer et le participe cathédrant ont signifié « présider »On peut lire dans le Recueil des édits, déclarations… du Parlement de Normandie (1646-1771) : « […] a ordonné que lesdits substituts ausdits siéges, sont maintenus & gardez dans le droit & possession de cathédrer & présider en l'absence des juges en chef & de leurs Lieutenans, par préférence ausdits Assesseurs, etc. ». et « présidant »On peut lire dans Montaigne, Essais, , chapitre III : « Coutume de l'île de Céa » : « […] car c'est aux apprentifs à enquerir et à debatre, et au cathedrant de resoudre. Mon cathedrant, c'est l'authorité de la volonté divine qui nous reigle sans contredit, et qui a son rang au-dessus de ces humaines et vaines contestations. ».
Le mot latin d'origine grecque cathedra, « siège à dossier », par extension « charge épiscopale ou autre » a régulièrement abouti au français chaire, « siège à dossier », « chaire de professeur ». La forme chaise est issue de chaire par assibilation dialectale du r intervocalique.
En Italie et dans une partie de l'Allemagne, notamment dans la province ecclésiastique de Cologne, une cathédrale est souvent appelée dôme (en italien : ; en allemand : ), du latin , abréviation de , c'est-à-dire « maison de Dieu ». Ainsi la cathédrale de Milan est-elle couramment appelée, en italien, le .
Dans d'autres parties de l'Allemagne et en Alsace (qui est historiquement culturellement allemande), une cathédrale est souvent appelée Münster, du latin . Ce terme est aussi l'origine du terme anglais minster, utilisé pour désigner notamment les cathédrales d'York (York Minster) et de Southwell (Southwell Minster).
Dans la péninsule Ibérique, une cathédrale est souvent appelée siège (en espagnol : ; en aragonais : ; en catalan : ; en portugais : ; en galicien : ), du latin . Ainsi la cathédrale Saint-Sauveur de Saragosse est-elle couramment appelée, en aragonais, la . La cathédrale d'Urgell, couramment appelée, en catalan, seu d'Urgell, a donné son nom à la ville de La Seu d'Urgell, antérieurement appelée Urgell.
Une procathédrale est une cathédrale provisoire : soit une église qui assume provisoirement la fonction de cathédrale sans en avoir le titre canonique, en raison de l'indisponibilité de la cathédrale « titulaire » (en travaux, en construction, démolie, etc.).
Une cocathédrale est un édifice religieux élevé au rang de cathédrale alors qu'il en existe une autre dans le diocèse. La cocathédrale latine de Jérusalem en est un exemple.
Le prêtre qui supervise les offices et la gestion d'une cathédrale est appelé archiprêtre (ou recteur-archiprêtre si celle-ci a le rang de basilique).
Histoire et organisation Origine et évolution des cathédrales vignette|redresse=1.4|L'implantation intra-muros des cathédrales, telle celle de Quimper, dépend des opportunités locales et des contextes spécifiques de chaque cité, mais elle se fait généralement à la périphérie de la ville fortifiée et à proximité des remparts. Cela tient sans doute à la difficulté d'acquérir des terrains mieux situés, ou cela contribue à renforcer l'enceinte par la masse et la valeur symbolique de cette « citadelle de la foi ». Avec l'évolution de la place que prend le christianisme dans l'Empire romain de Constantin (en gros, le bassin méditerranéen), les premières cathédrales sont construites au , comme à Trèves, Arles, Genève ou Besançon. En effet, alors que les premiers chrétiens pratiquent leur culte dans des maisons privées, la liberté religieuse, puis le monopole chrétien se traduisent après l'édit de Milan en 313 par la construction d'églises et par la réalisation de projets architecturaux plus ambitieux, les églises épiscopales.
Dans ces églises primitives des premières communautés chrétiennes essentiellement urbaines, la cathèdre, le trône de l'évêque en latin, est placée au fond de l'abside, dans l'axe, comme le siège du juge de la basilique antique, tandis que l'autel s'élève en avant de la tribuneL'évêque, entouré de son clergé, se trouve ainsi derrière l'autel, isolé et dépourvu de retable, et voit donc l'officiant en face. Cette disposition primitive explique pourquoi, jusque vers le milieu du dernier siècle du Moyen Âge, dans certaines cathédrales, le maître-autel n'est qu'une simple table sans gradin, tabernacles ni retables.. Les données archéologiques et les sources écrites sur ces cathédrales paléochrétiennes montrent des édifices de tailles très diverses mais qui ont généralement en commun une implantation intra-muros. Cf ., dans des agglomérations occupées depuis l'Antiquité et qui sont le plus souvent des chefs-lieux de cités. Ces cathédrales primitives sont intégrées dans de vastes ensembles monumentaux, les groupes épiscopaux, dont l'édifice principal est celui qu'on remarque en premier, et c'est d'ailleurs le plus valorisé par les réfections patrimonialisantes. Il est appelé à cette époque Ecclesia mater, « église mère » ou Ecclesia senior, au sens d'« église doyenne ou ancienne ». vignette|gauche|La construction de cathédrales gothiques en Occident est liée à l'essor agricole et urbain intervenu aux (miniature du mois de juin des Très Riches Heures du duc de Berry).
Dans les églises cathédrales, les évêques procèdent aux ordinations. Lorsqu'un évêque est invité par l'abbé d'un monastère ou d'une abbaye, une cathèdre est disposée au fond du sanctuaire, l'église abbatiale devenant temporairement une cathédrale. L'évêque exerce aussi son autorité sur les autres églises de son diocèse (églises rurales, églises urbaines, et église suburbaines où peuvent être aménagées les tombes des martyrs ou des saints locaux, souvent d'anciens évêques).
Le siège épiscopal est considéré comme le signe et le symbole de la juridiction des évêques. La cathédrale n'est pas seulement une église dédiée au service du culte, elle conserve, surtout durant les premiers siècles du christianisme, le caractère d'un tribunal sacré, analogue à celui de la basilique antique. Ainsi, les cathédrales demeurent jusqu'au , des édifices à la fois religieux et civils. Si la cathédrale est, comme toute église, d'abord la maison de Dieu, on ne s'y réunit pas seulement pour assister aux offices religieux, on y tient aussi des assemblées de nature politique ou commerciale, les considérations religieuses n'étant cependant pas dépourvues d'influence sur ces réunions civiles ou militaires. Marchés, foires ou fêtes se tiennent aux portes de la cathédrale mais aussi dans sa nef ou ses bas-côtés qui accueillent la vie grouillante du peuple, des quêteurs, mendiants, auxquels se mêlent mauvais garçons et prostituées, où traînent chiens et cochons les jours de foire..
Contrairement aux idées reçues, la cathédrale de Rome n'est pas la basilique Saint-Pierre du Vatican mais la basilique Saint-Jean de Latran, « tête et mère des églises de la Ville et du monde ». Autres clichés, la construction des cathédrales romanes fait bien partie du « blanc manteau d'églises » qui, selon la formule de Raoul Glaber, est l'œuvre des évêchés ou des monastères, et elles sont petites, basses et massives alors qu'elles peuvent atteindre de grandes hauteurs et de vastes dimensions, notamment dans les grands centres de pèlerinage, Le Puy, Chartres ou Compostelle. Les cathédrales gothiques du Moyen Âge classique issues de l'essor urbain lié aux progrès de l'agriculture ne sont généralement pas construites par les princes, les rois ou les évêques qui, selon la légende romantique, y verraient un moyen d'affirmer la puissance de la foi au cœur de leurs diocèses. Si ces derniers y participent grâce au produit de la dîme (contribution obligatoire, correspondant généralement à un dixième des récoltes agricoles des fidèles), elles sont en général construites par les villes, avec leurs riches nobles et bourgeois, par les chanoines qui étaient en général membres de familles aristocratiques et fortunées, et par le clergé bourgeois.. Ainsi de nombreux historiens qualifient les grandes cathédrales de ou de .. Après ce premier âge d'or des cathédrales gothiques (), le second âge d'or est le lorsque ces édifices religieux, transcendant leur fonction religieuse, se mettent à incarner les identités nationales en construction : dans le contexte de recharge sacrale, ce siècle qui connaît un renouveau correspond à un mouvement de restauration, reconstruction et construction de cathédrales porté par le romantisme et l'essor de l'architecture historiciste, notamment le style néogothique.
Les maîtres d'œuvre qui supervisent le chantier de la cathédrale ne sont pas des architectes ou des techniciens. Ils sont responsables vis-à-vis du Conseil de fabrique et se bornent à surveiller les travaux exécutés par des ouvriers spécialisés (maçons, sculpteurs, tailleurs de pierre), appelés compagnons, réunis en confréries ou fraternités. Ces derniers, payés à la tâche, laissent parfois sur les pierres des signes gravés, les marques de tâcheron qui sont leurs signatures. La construction est également réalisée par des manœuvres moins bien payés. On ne peut que conjecturer la participation des masses populaires à cette construction, vu le silence des textes à ce sujet, cette participation se faisant soit bénévolement soit par réquisition et corvée..
D'après la base de données Gcatholic, au , l'Église catholique compte 320 cocathédrales pour 3 043 cathédrales et 43 procathédrales. 473 anciennes cathédrales ne sont pas des cocathédrales..
Financement des chantiers vignette|Parmi les vitraux de Chartres, la baie 17 présente deux panneaux par registre dont l'un représente un tronc placé placé par le chapitre sur un autel et qui recueille les oboles de pèlerins.