Pierre Gustave Toutant de Beauregard, ou Pierre Gustave Toutant-Beauregard, est un militaire et homme d'affaires américain né le dans la paroisse de Saint-Bernard et mort le à La Nouvelle-Orléans. Il devient l'un des généraux confédérés durant la guerre de Sécession.
Communément appelé P. G. T. Beauregard, il utilise rarement son prénom à l'âge adulte et signe sa correspondance sous le nom de G. T. Beauregard. Ingénieur civil de formation à l'Académie militaire de West Point, il sert avec distinction en tant qu'ingénieur dans la guerre américano-mexicaine. Après une brève nomination comme surintendant de West Point en 1861, et après la sécession du Sud, il démissionne de l'armée des États-Unis et devient le premier général de brigade de l'armée des États confédérés.
Il commande les défenses de Charleston en Caroline du Sud au début de la guerre de sécession à la bataille de Fort Sumter le . Trois mois plus tard, il remporte la première bataille de Bull Run près de Manassas en Virginie. Il commande par la suite des armées dans le théâtre occidental de la guerre de Sécession, notamment à la bataille de Shiloh au Tennessee et à la première bataille de Corinth dans le nord du Mississippi. Il retourne à Charleston et la défend en 1863 contre les attaques navales et terrestres répétées des forces de l'Union. Sa plus grande réussite est de sauver l'importante ville industrielle de Petersburg en Virginie en et donc la capitale confédérée voisine de Richmond des attaques de l'armée de l'Union.
Son influence sur la stratégie confédérée est amoindrie par ses mauvaises relations avec le président des États confédérés d'Amérique Jefferson Davis et d'autres hauts responsables. En , Beauregard et son commandant, le général Joseph E. Johnston, convainquent Davis et les autres membres du cabinet que la guerre doit prendre fin. Johnston provoque la reddition de la plupart des armées confédérées restantes, y compris Beauregard et ses hommes, au major général William Tecumseh Sherman.
Après sa carrière militaire, Beauregard retourne en Louisiane, où il défend les droits civiques des esclaves affranchis comme leur droit de vote, et il travaille dans le secteur du chemin de fer et enfin prospère en tant que promoteur de la Louisiana State Lottery Company.
Biographie Enfance et études
Pierre Gustave Toutant de Beauregard est né le à la plantation « Contreras » dans la paroisse de Saint-Bernard proche de La Nouvelle-Orléans dans une famille créole. Il est le troisième enfant d'Hélène Judith de Reggio, d'ascendance française et italienne et descendante de , membre d'une famille noble italienne dont la famille a migré d'abord en France puis en Louisiane, et de son mari, Jacques Toutant de Beauregard, d'ascendance française et galloise. Il a trois frères et trois sœurs. Sa famille est catholique..
Enfant, Beauregard se lie d'amitié et joue avec des garçons esclaves de son âge, et a comme nourrice une esclave dominicaine. Il grandit dans une grande maison à un étage, contrairement aux vastes plantations construites plus tard. Il s'agit néanmoins d'un manoir d'aristocrates selon les normes de l'époque. Toutant de Beauregard chasse et chevauche dans les bois et les champs autour de la plantation de sa famille et navigue avec son embarcation dans ses cours d'eau. Il fréquente les écoles privées de La Nouvelle-Orléans, puis une école française à New York. Au cours de ses quatre années new-yorkaises, à partir de ses douze ans, il apprend l'anglais, le français ayant été sa première et seule langue en Louisiane.
Il rejoint ensuite l'Académie militaire de West Point. L'un de ses instructeurs est Robert Anderson, qui deviendra plus tard le commandant de fort Sumter et se rendra à Beauregard au début de la guerre de Sécession.. Lors de son inscription à West Point, Beauregard utilise Toutant comme un deuxième prénom pour s'adapter à ses camarades de classe. À partir de ce moment, il utilise rarement son prénom, préférant G. T. Beauregard. Il obtient son deuxième diplôme dans sa classe en 1838 et excelle à la fois comme artilleur et ingénieur militaire, tout en étant fin stratège. Ses amis de l'armée lui donnent de nombreux surnoms : Little Creole, Bory, Little Frenchman, Felix ou encore Little Napoleon.
Toutant de Beauregard est de la même promotion que les futurs généraux William Farquhar Barry, Robert Seaman Granger, Irvin McDowell, Justus McKinstry, Andrew Jackson Smith et William Joseph Hardee, Edward Johnson, Alexander Welch Reynolds, Henry Hopkins Sibley, Carter Littlepage Stevenson, James Heyward Trapier, Henry Constantine Wayne. Les cinq premiers ont combattu dans l'armée de l'Union et les sept derniers dans celle de la Confédération.
Carrière dans l'armée des États-Unis Il est breveté le dans la 1st US Artillery puis dans le Corps du génie de l'armée des États-Unis le et enfin le ..
Pendant la guerre américano-mexicaine, Beauregard sert comme ingénieur sous les ordres du général Winfield Scott. Il est breveté le pour bravoure et conduite méritoire lors des batailles de Contreras et de Churubusco, et major le pour Chapultepec, où il est blessé à l'épaule et à la cuisse. La victoire lors de la bataille de Chapultepec est en partie due à son éloquence à défendre le point de vue du général Scott lors du conseil de guerre du . Il convainc ainsi les officiers généraux réunis de modifier leur plan d'attaque de la forteresse de Chapultepec et cette victoire permet alors la prise de Mexico par les troupes américaines. Il est l'un des premiers officiers à entrer dans la ville. Beauregard considère que ses contributions à des missions de reconnaissance dangereuses et à l'élaboration d'une stratégie pour ses supérieurs sont plus importantes que celles de son collègue ingénieur, le Robert Lee , il est donc déçu lorsque Lee et d'autres officiers reçoivent plus de brevets que lui. Il est promu le .
Toutant de Beauregard rentre du Mexique en 1848. Pendant les douze années suivantes, il est responsable de ce que le département du génie appelle . Une grande partie de ses travaux d'ingénierie sont cependant effectués ailleurs, réparant d'anciens forts et en construisant de nouveaux sur la côte de Floride et à Mobile en Alabama. Il améliore également les défenses des forts Jackson et Saint Philip sur le fleuve Mississippi en dessous de La Nouvelle-Orléans. Il travaille sur un conseil d'ingénieurs de l'armée et de la marine pour améliorer la navigation des canaux de navigation à l'embouchure du Mississippi. Il crée et brevette une invention qu'il appelle (littéralement « pelle à barres auto-agissante ») destinée à être utilisée par les navires pour traverser des bancs de sable et d'argile.
Tout en servant dans l'armée, il fait activement campagne pour l'élection de Franklin Pierce, le candidat démocrate à l'élection présidentielle américaine de 1852 et un ancien général de la guerre américano-mexicaine qui avait été impressionné par la performance de Beauregard à Mexico. Pierce le nomme comme ingénieur directeur de l'United States Custom House de La Nouvelle-Orléans, un immense bâtiment en granit construit en 1848 et occupé par la douane américaine. Comme le bâtiment s'enfonce de manière inégale dans le sol de la Louisiane, Beauregard développe un programme de rénovation. Il occupe ce poste de 1853 à 1860 et stabilise la structure avec succès.
Pendant son service à La Nouvelle-Orléans, Toutant de Beauregard devient insatisfait de son rôle d'officier en temps de paix. Il informe le Corps des ingénieurs de l'armée américaine à la fin de l'année 1856 qu'il va rejoindre le flibustier William Walker qui a pris le contrôle du Nicaragua. Ce dernier lui avait offert le grade de commandant en second de son armée. Des officiers supérieurs, dont le général en chef Winfield Scott, convainquent Beauregard de rester aux États-Unis. Il entre brièvement en politique en tant que candidat aux élections municipales de La Nouvelle-Orléans en 1858, où il est promu par les partis whig et démocrate pour défier le candidat du parti Know Nothing. Beauregard est battu de peu.
Employant l'influence politique de son beau-frère John Slidell, Beauregard obtient le poste de surintendant de l'académie militaire de West Point le . Ses ordres sont révoqués et il abandonne le poste après seulement cinq jours lorsque la Louisiane se sépare de l'Union. Il proteste auprès du Département de la Guerre, lui reprochant d’avoir en le considérant comme un officier confédéré avant même le début des hostilités.
Famille thumb|upright=0.5|left|alt=Portrait d'une femme aux cheveux sombres, portant un vêtement blanc et un collier.|Marie Antoinette Laure Villeré, la première femme de Beauregard et la mère de ses trois enfants.
En 1841, Toutant de Beauregard épouse Marie Antoinette Laure Villeré (1823-1850), la fille de Jules Villeré, planteur de canne à sucre dans la paroisse de Plaquemine et membre de l'une des plus importantes familles créoles françaises de sud de la Louisiane. Le grand-père paternel de Marie est Jacques Phillippe Villeré, le deuxième gouverneur de la Louisiane. Elle est décrite comme ayant les yeux bleus et la peau claire. Le couple a trois enfants : René (1843–1910), Henri (1845–1915) et Laure (1850–1884). Marie meurt en , en donnant naissance à Laure.
Dix ans plus tard, le veuf Beauregard épouse Marguerite Caroline Deslonde, la fille d'André Deslonde, planteur de canne à sucre dans la paroisse de Saint-Jean-Baptiste. Caroline est la belle-sœur de John Slidell, un sénateur américain de la Louisiane et plus tard un diplomate confédéré. Elle meurt à La Nouvelle-Orléans en , alors que la ville est sous occupation de l'Union. Ils n'ont pas d'enfant ensemble.
Guerre de Sécession Charleston
Toutant de Beauregard voyage par bateau à vapeur de New York à La Nouvelle-Orléans et commence immédiatement à donner des conseils militaires aux autorités locales, notamment en renforçant les forts Jackson et Saint Philip, qui gardent les approches du Mississippi à La Nouvelle-Orléans. Il espère être nommé commandant de l'armée d'État, mais c'est Braxton Bragg qui est finalement nommé, au grand regret de Beauregard. Conscient que ce dernier puisse avoir du ressentiment, Bragg lui propose le grade de colonel. Beauregard s'enrôle cependant comme soldat dans les (« Gardes d'Orléans »), un bataillon d'aristocrates créoles français. En même temps, il communique avec Slidell et le nouveau président, Jefferson Davis, recherchant un poste supérieur dans la nouvelle armée des États confédérés. Des rumeurs selon lesquelles Beauregard puisse être nommé à la tête de toute l'armée rendent furieux Bragg. Préoccupé par la situation politique concernant la présence de l'Union à fort Sumter dans le port de Charleston, Davis choisit Beauregard pour prendre le commandement des défenses de Charleston. Beauregard semble être la combinaison parfaite d'ingénieur militaire et de chef charismatique du Sud nécessaire à cette époque et en ce lieu.
thumb|upright|alt=Portrait d'un homme en uniforme confédéré avec sa signature.|Pierre Gustave Toutant de Beauregard sous l'uniforme confédéré.
Beauregard devient l'un des généraux les plus fréquemment décrits dans les chroniques confédérées, et presque tous les observateurs notent les traits français de son visage. Son comportement est avec les gens qui lui déplaisent. Ses soldats le voient passer des mois sans sourire. Beaucoup de ceux qui l'ont vu pensent qu'il ressemble , non sans lui déplaire.