L'Auberge rouge est une comédie noire française réalisé par Claude Autant-Lara, sorti en 1951.
Le scénario du long-métrage est inspiré de l'affaire de l'auberge de Peyrebeille. En 2007, le film fait l'objet d'une reprise du même nom.
Synopsis En 1831, un groupe de voyageurs, auquel vient se joindre un moine d'un ordre mendiant accompagné d'un novice, se voit contraint de passer la nuit à Peyrebeille, dans une auberge isolée au milieu des montagnes ardéchoises. La femme de l'aubergiste avoue alors au moine, sous le sceau de la confession, qu'elle et son mari ont déjà assassiné plus de cent clients, volé leurs objets de valeur et enterré leurs corps dans le jardin.
La dernière victime est un joueur d'orgue de barbarie flanqué d'un singe apprivoisé, abattu à peine quelques heures plus tôt. Dans leur hâte, les aubergistes cachent son cadavre à l'intérieur d'un bonhomme de neige, dans le jardin. Les nouveaux hôtes doivent être les prochaines et ultimes victimes car le couple envisage de prendre sa retraite. La femme assez pieuse presse le moine de quitter la maison dès le soir, sans quoi « le même traitement l'attend, comme pour les autres ». Mais les voyageurs de la diligence, insouciants et qui ne songent qu’à s’amuser, l’empêchent de prendre la fuite. Désespéré, le moine doit donc à la fois tenter de sauver la vie de ses compagnons, sans trahir le secret de la confession.
Pendant ce temps, la fille des aubergistes et le novice tombent amoureux l'un de l'autre. Quand l'aubergiste apprend du moine que le jeune garçon est le fils du président du tribunal de Privas, il force le prêtre à marier les tourtereaux, dans l'espoir que son futur beau-fils va pouvoir intervenir en sa faveur, si ses activités criminelles sont découvertes. Le lendemain la cérémonie est interrompue par deux gendarmes à cheval ramenant au musicien ambulant son singe s'étant échappé. Le moine réussit à leur faire découvrir le cadavre dissimulé dans le bonhomme de neige et ils arrêtent les aubergistes, ainsi que Fétiche, leur domestique noir.
Soulagés d'avoir été sauvés, les voyageurs à l'exception du moine et du novice, reprennent la route pour gagner la vallée, en promettant qu'ils viendront assister à l'exécution des aubergistes. Mais, comme le bruit le fait comprendre dans la scène finale, le pont que la diligence emprunte et dont Fétiche a scié les poutres durant la nuit précédente, s'effondre sous le poids du véhicule, laissant imaginer la mort de tous ses occupants. Le moine, comprenant ce qui vient de se passer, est effaré et s'enfuit.
Fiche technique Titre français : L'Auberge rouge Réalisation : Claude Autant-Lara Scénario : Jean Aurenche d'après l'affaire de l'auberge de Peyrebeille, adapté par Jean Aurenche, Pierre Bost et Claude Autant-Lara Musique : René Cloërec Décors : Max Douy Costumes : Jacques Cottin et Jean André Photographie : André Bac Son : Jacques Lebreton Montage : Madeleine Gug Production : Simon Schiffrin Sociétés de production . : Memnon Films Société de distribution. : Les Acacias. Pays de production : Langue originale : français Format . : Noir et blanc - 35 mm - 1,37:1 (Format académique) - son Mono Genre : Comédie noire Durée : Dates de sortie . . : France : (sortie nationale selon le site IMDb) ; ; (sortie nationale selon BnF); (sortie nationale selon le site Allociné) ; (réédition) Classification . : France : tous publics. Belgique : tous publics () Affiches : Fernand François (France)
Distribution
Fernandel : le moine Françoise Rosay : Marie Martin, la femme de l'aubergiste Julien Carette : Pierre Martin, l'aubergiste de Peyrebeille Marie-Claire Olivia : Mathilde Martin, la fille des aubergistes Jean-Roger Caussimon : Darwin, un voyageur Grégoire Aslan : Barbeuf, un voyageur Nane Germon : Mademoiselle Élisa, une voyageuse Didier d'Yd : Jeannou, le novice Lud Germain : Fétiche, le serviteur noir des aubergistes Jacques Charon : Rodolphe, un voyageur Andrée Vialla : la marquise Caroline de La Roche de Glun, une voyageuse Robert Berri : le cocher de la diligence André Cheff : l'homme au petit tonneau (à vérifier) André Dalibert : le bûcheron Non crédités : Manuel Gary et René Lefèvre-Bel : les gendarmes
Production Scénario et attribution des rôles L'année suivante, en 1950, changement de cap. Le comte Czarnezci, riche marchand d’armes, qui pense pouvoir tirer profit du centenaire de la mort de Balzac, propose à Autant-Lara d’adapter L’Auberge rouge déjà porté à l’écran, au temps du muet, par Jean Epstein. Alors que le projet s’enlise pour des raisons financières, une nuit, le metteur en scène se réveille en sursaut et déclare à Ghislaine : . Ainsi, avec la complicité d’Aurenche et Bost, Autant-Lara détourne la commande, ne conservant du roman de Balzac que le titre et le décor, une auberge perdue en montagne, théâtre d’évènements sanglants et mystérieux.
Le trio imagine un scénario original dont le personnage central, un moine capucin, lié par le secret de la confession, fait tout pour sauver de la mort de malheureux voyageurs, victimes désignées d'aubergistes diaboliques. Ce conte philosophique, joyeusement anticlérical et au cynisme jovial, pratique un humour macabre, plus courant chez les Anglo-saxons que dans l’Hexagone, sauf exception notable du film Drôle de drame de Marcel Carné, sorti en 1937.
Assez mal accueilli par une bonne partie de la critique, L'Auberge rouge obtient cependant un succès populaire, tout à fait mérité selon Francis Girod lors de son discours prononcé en 2003 à l'Académie des beaux-arts, en hommage à Claude Autant-Lara. Dans le rôle du capucinLe personnage de Fernandel dit que parmi les quatre mendiants du dessert provençal, il est le raisin sec. Il appartiendrait donc à l'ordre des Augustins et pas celui des Franciscains, comme le suggère Girod en l'appelant "capucin"., Fernandel a traversé le film sans rien comprendre à l’esprit de l’entreprise. Les rapports entre la vedette et son metteur en scène ont été exécrables. On dit même que le dernier jour de tournage, le dernier plan mis en boite, Fernandel en guise de salut, adresse un superbe bras d’honneur à Autant-Lara en s'écriant : "Si ça, c’est du cinéma d’art, tiens…"Discours prononcé à l'Académie des beaux-arts lors de sa réception, en hommage à Claude Autant-Lara, academie-des-beaux-arts.fr.
S'il est possible que le projet initial soit une adaptation de Balzac, les auteurs s'inspirent toutefois lointainement de l'affaire de l'auberge de Peyrebeille, dite « l'Auberge rouge », du moins de sa perception dans l'imaginaire collectif, prétexte pour un traitement parodique.
Fernandel réalise pendant le tournage que le film affiche des aspects anticléricaux, un traitement contrevenant à ses convictions religieuses personnelles. Pour l'acteur principal, le tournage n'est pas facilité par sa vision du scénario et de sa mise en scène. À cette époque, l'acteur est déjà très célèbre et il est habitué à représenter le centre d'intérêt quasi exclusif des comédies légères auxquelles il participe comme vedette. Les réalisateurs de « l'Auberge rouge » doivent ruser pour pouvoir produire et monter leur film comme ils l'entendent et non pas comme Fernandel se l'imagine. À la fin du tournage, Fernandel promet de ne plus participer à un « film d'art ». Claude Autant-Lara raconte cette dernière anecdote – notamment à l'occasion d'une série d'entretiens accordés à Freddy Buache – en ajoutant estimer au contraire, avoir fait tourner à Fernandel, un de ses meilleurs filmsBonus du DVD du film, lors d'une interview (référence à rendre plus précise).
Tournage vignette|Au premier plan sur la chaise, le réalisateur Claude Autant-Lara (1951).
Le décor de l'auberge fut entièrement reconstitué en studio, ainsi que les extérieurs en plans serrés. Les extérieurs en plans larges ont été tournés sur le mont Revard à proximité d'Aix-les-Bains en Savoie.
Autour du film Le film illustre un affaire criminelle survenue en Ardèche vers 1830. À quelques kilomètres du petit village de Lanarce, au lieu-dit Peyrebeille, un couple d'aubergistes, les époux Martin, aurait, selon la rumeur publique, tué et dévalisé plus de cinquante voyageurs en près de vingt-trois ans. Leur cupidité supposée finit par attirer l'attention du voisinage et les conduit à leur perte. Ils sont arrêtés puis exécutés, au terme d'un procès peu satisfaisant ayant débuté le . Pierre Martin, son épouse et leur complice Jean Rochette doivent répondre de chefs d'assassinats, tentatives d'assassinats et vols. Le , le jury les déclare coupables de l'assassinat d'une seule personne, dont on a retrouvé le corps dans l'Allier. Leur pourvoi en cassation est rejeté et le roi Louis-Philippe laisse la justice suivre son cours, sans les gracier. Le , les condamnés sont guillotinés sur le lieu des crimes, en présence d'une foule nombreuseGazette des Tribunaux.. Au , le nombre de victimes est contesté car certains auteurs l'estiment à une seule, voire aucune : les époux auraient été victimes d’une rumeur malveillante sur fond de haine politique entre légitimistes, orléanistes et républicainsÉmission radio thématique de Jacques Pradel diffusée le sur Europe 1 : La véritable histoire de l'Auberge rouge avec l'auteur Gerald Messadié, auteur du Secret de l'Auberge rouge (Paris, Éditions de l'Archipel, 2007, ) et Thierry Boudignon, archiviste aux Archives nationales, auteur de l'ouvrage L'Auberge rouge (Paris, CNRS Éditions, 2007, ).. Le fait divers en question n'a aucun rapport avec la nouvelle de Balzac L'Auberge rouge. Cependant le projet original du film aurait dû s'inspirer de cette œuvre, l'essentiel des fonds nécessaires à la réalisation du film ayant pu être rassemblé grâce au fait qu'à l'époque de la sortie au cinéma, la France se prépare à célébrer le centenaire de la mort de l'écrivain, décédé en 1850. Seulement après avoir vendu son projet aux producteurs, Autant-Lara s'aperçoit que la reconstitution des décors nécessaires au tournage va excéder le budget alloué par les producteurs. Selon ses déclarations, sa femme lui suggère dès lors de mettre en scène l'histoire de l'auberge de Peyrebeille, permettant de conserver le titre du projet initial. Contrairement à ce qu'affirment certaines sources erronées, L'Auberge rouge n'est pas à l'origine de la locution « ne pas être sorti de l'auberge », laquelle est antérieure aux crimes de Peyrebeille.
Films 2007 : L'Auberge rouge, film français de Gérard Krawczyk avec Christian Clavier (Pierre Martin), Josiane Balasko (Rose Martin), Gérard Jugnot (le père Carnus). Nouvelle version du film d’Autant-Lara.
Ne pas confondre avec les autres films du même nom tirés de la nouvelle de Balzac, L'Auberge rouge : 1912 : L'Auberge rouge, film français muet, scénario et réalisation de Camille de Morlhon avec Jean Worms (Frédéric Taillefer), Georges Saillard (Prosper Magnan) 1923 : L'Auberge rouge, film français muet, scénario et réalisation de Jean Epstein avec Jean-David Évremond (Jean-Frédéric Taillefer), Léon Mathot (Prosper Magnan) 1965 : (L'Auberge rouge), téléfilm hongrois (48 minutes) de Sandor Szönyi d'après un scénario de Gabriella Horváth avec Imre Sinkovits (Taillefer), Lajos Cs. Németh (Prosper Magnan), Ferenc Ladányi (Walhenfer), József Gáti (Herman)
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Articles connexes L'Auberge rouge de Gérard Krawczyk, film de 2007 Auberge de Peyrebeille
Liens externes
Catégorie:Film français sorti en 1951 Catégorie:Comédie noire française Catégorie:Film à huis clos Catégorie:Film français en noir et blanc Catégorie:Film colorisé Catégorie:Film réalisé par Claude Autant-Lara Catégorie:Film scénarisé par Jean Aurenche Catégorie:Film scénarisé par Pierre Bost Catégorie:Film tourné en Savoie Catégorie:Film se déroulant dans les années 1830 Catégorie:Film se déroulant dans un hôtel Catégorie:Film français inspiré de faits réels Catégorie:Film mettant en scène un tueur en série