Vladimir Sergueïevitch Soloviev, plus rarement Solovev ou SoloviovSoloviev est la transcription passée dans l'usage, Soloviov étant la transcription normalisée (voir transcription du russe en français). (en ), né à Moscou le et mort à Ouskoïe près de Moscou le , est un philosophe et poète russe.
Éléments biographiques
Vladimir Soloviev est le fils de Sergueï Soloviov (1820-1879) fils du prêtre orthodoxe russe d'esprit ouvert et curieux Mikhaïl Soloviov, archiprêtre et professeur de religion. Il naît à MoscouAu 16 de la rue Ostojenka le dans une famille Il est décrit comme un enfant sensible et travailleur, brillant et mystique.
L'ambiance corrosive des années 1860, marquées par le matérialisme scientifique, en fait un adolescent qui refuse toute pratique religieuse entre 14 et . Il étudie ensuite Spinoza et passe du matérialisme au positivisme. Il aborde ensuite Arthur Schopenhauer et Schelling, ce qui lui permet de concilier idéalisme et sciences. Il passe ensuite par une phase de pessimisme absolu (vers ).
Vladimir Soloviev redevient brusquement chrétien vers l'âge de vingt ans, mais tout en étant assez proche de la figure du narodnik brossée par Ivan Tourgueniev : une jeune personne radicale, positiviste, aimant le peuple et voulant l'éduquer, assimilée progressivement aux terroristes. Cependant, son côté spiritualiste le rapproche de Léon Tolstoï et de Fiodor Dostoïevski.
En même temps que s'opère son retour à la foi, il délaisse ses études scientifiques pour s'orienter vers l'histoire et la philologie. Il se met à fréquenter l'Académie ecclésiastique Saint-Sergedépendant du monastère de la Trinité-Saint-Serge. en y prenant des cours de théologie.
En 1873 commence une relation d'amitié profonde avec Dostoïevski. Il a des rapports tendus avec Tolstoï :
Maître de conférences à la Faculté de Moscou à , docteur à 27, il acquiert une vaste notoriété par ses leçons publiques sur la Théandrie (1877-1878). En , il accompagne Fédor Dostoïevski, dévasté par la récente mort de son fils de trois ans, au monastère d'Optina Poustin. L'écrivain lui fait part de son projet de roman, Les Frères Karamazov. En 1881, pour avoir publiquement demandé à l'empereur Alexandre III de gracier les assassins de son père, Alexandre II, il est contraint de quitter l'UniversitéN. Struve. Anthologie de la poésie russe. YMKA-Presse, 1991.. Il rencontre l'évêque catholique Strossmayer à Đakovo, mais son retour en Russie se fait sous le signe du découragement, car les critiques lui viennent aussi bien du côté orthodoxe que du côté catholique.
En 1891, l'Église orthodoxe lui refuse les sacrements ; le , il est reçu au sein de l'Église grecque-catholique russe par le père Nicolas TolstoïMichel d'Herbigny, Un Newman russe : Vladimir Soloviev, Paris, Beauchesne, 1911, p. 314-316..
Derniers instants thumb|Portrait de Soloviev par Nikolaï Yarochenko. Soloviev meurt au château d'Ouzkoïe, soigné par le prince Serge Nikolaïevitch Troubetzkoy, son ancien élève et professeur de philosophie, et l'épouse de celui-ci, née princesse Prascovie Obolensky. Le philosophe bredouillait en grec, en latin, en français et en italien, pris par la fièvre. Il croyait voir aussi des Chinois : déclara-t-il en français. Sont appelés ensuite à son chevet l'historien Vassili Ossipovitch Klioutchevski, sa mère Polyxène Vladimirovna Solovieva et ses sœurs Nadège et Polyxène.
L'agonie commence le et il meurt le lendemain vers neuf heures du soir. Son corps est mis dans la chapelle du château. Les funérailles y ont lieu le , puis la dépouille est emmenée à Moscou. Une liturgie a lieu à la chapelle de l'université en présence des proches et de différents professeurs, ainsi que des princes A.D. Obolensky du ministère des Affaires étrangères et V.S. Obolensky-Neledinski du ministère de l'Intérieur. Il est enterré dans une tombe à côté de celle de son père, Sergueï, au cimetière de Novodiévitchi. Le professeur Herié prononce l'éloge funèbre
Le penseur vignette|Christ pantocrator du Monastère Sainte-Catherine du Sinaï, une icône encaustique du . Soloviev est en milieu orthodoxe l'ambassadeur du dialogue œcuménique. Il juge que le Raskol est une plaie de l'Église russe et réfléchit à réconcilier les vieux-croyants avec l'Église russe. Il espère un temps en un concile, puis pense que l'Église orthodoxe russe ne peut résoudre ce problème.
L'assassinat d'Alexandre II en est une profonde remise en cause de l'idée qu'il se fait de la Russie. À partir de cette époque, il voit en Rome l'unique moyen de faire revivre l'Église orthodoxe. Pour lui, le Schisme de 1054 (Orient/Occident) préfigure le Raskol. Il pense que la chrétienté a besoin de centralisation et d'un chef pour accomplir sa mission : la réalisation sur terre du royaume de Dieu. Il oppose l'Orient, avec ses aspirations contemplatives vers le divin, à l'Occident et à ses tendances actives et pratiques vers l'humain.
La charité manque pour faire l'union, mais il n'y a que cette union qui permettrait de reconstituer la divino-humanité, l'Église universelle. Rome en serait le centre. La mission de la Russie serait de faire cette union. Il ne veut pas latiniser l'Orient : chacune des deux Églises est déjà profondément l'Église universelle, pour Soloviev la scission n'est qu'apparente et causée par un manque de charité. Il pense y associer plus tard le protestantisme, avec son principe de liberté, capital, car l'Église « achevée » serait la « théocratie libre »Maxime Herman, Vie et œuvre de Vladimir Soloviev, éditions universitaires, Fribourg Suisse, 1995. Vladimir Soloviev théorise toutes ces idées dans Le grand Débat et la politique chrétienne, en 1883.
Soloviev est parfois comparé à son contemporain, le cardinal John Henry Newman. Ils ont les mêmes préjugés contre le papisme au départ, le même ostracisme, la même volonté de faire la volonté divine, le même goût pour les Pères de l'Église (notamment Saint Augustin), pour l'histoire ecclésiastique, la philosophie des évolutions religieuses, l'ascension de la connaissance humaine jusqu'à Dieu, les devoirs quotidiens de la piétéMichel d'Herbigny, Un Newman russe : Vladimir Soloviev, Paris, Beauchesne, 1911, 336 p..
Les poésies de V. Soloviev ont connu un grand succès : sept éditions de 1893 à 1921.
Recherche d'unité
Cette recherche d'unité pousse Soloviev à se plonger dans l'étude des Pères de l'Église et des conciles œcuméniques pour évaluer les exigences de la papauté en la matière. Il admet alors que la mission confiée par le Christ à saint Pierre est le fondement essentiel de la communion entre l'ensemble des Églises chrétiennes.
Cette prise de position vaut à Soloviev une mise à l'écart du monde universitaire et l'hostilité de l'État tsariste. Empêché de publier en Russie, il rédige en français son ouvrage La Russie et l'Église universelle, dans lequel il reconnaît le pape « comme juge suprême en matière de religion ». Soloviev ne songe toutefois pas à devenir catholique de rite latin — et les églises catholiques de rite oriental sont illégales en Russie. Mais un prêtre russe devenu catholique, Nicolaï Tolstoï, qui exerce discrètement (et illégalement) son ministère dans le rite melkite à Moscou, reçoit secrètement la profession de foi de Soloviev et lui donne la communion le , ce dont le pape Léon XIII est informé. Usé par le harcèlement et le surmenage, Soloviev meurt quatre ans plus tard mais son espérance en l'unité des chrétiens demeure et « portera du fruit »John Janaro, professeur émérite de théologie au Christendom College. Grandes conversions, Magnificat (magazine), juin 2024, , p. 256..
Citations
Œuvres
Œuvres traduites en français
Bibliographie 1888 : Wladimir Guettée, La Russie et son Église, lettre à M. V. Soloviev à propos de sa brochure intitulée ″l'Idée russe″, coédition Fischbacher-Vve Monnom, Paris-Bruxelles. 1911 : Michel d'Herbigny, Un Newman russe : Vladimir Soloviev (1853-1900), Beauchesne, Coll. Bibliothèque Slave Série A, Paris. 1935 : Dimitri Strémooukhoff, Vladimir Soloviev et son œuvre messianique, L'Âge d'Homme (réimpression sans date [vers 1975] d'un original de 1935, thèse de doctorat ès lettres parue dans les "Publications de la Faculté des lettres de l'Université de Strasbourg" ). 1950 : Vladimir Soloviev. Conscience de la Russie [Choix de textes] traduit et présenté par Jean Gauvain, éd. Egloff, Paris. 1950 : Vladimir Soloviev. Conscience de la Russie, la vocation de la Russie, la Chine et l'Europe, récit sur l'Antéchrist. Textes choisis et présentés par Jean Gauvain, Desclée de Brouwer, Paris. 1975 : Jean Rupp, Message ecclésial de Solowiew : présage et illustration de Vatican II, Coédition Lethielleux-Vie avec Dieu, Paris-Bruxelles. 1982 : Serge M. Solowiew, Vie de Wladimir Solowiew par son neveu, Préface, notes et traduction de Jean Rupp, éd. S.O.S., Paris. 1990 : Le Sens de l'amour : Essais de philosophie esthétique, éd. Desclée De Brouwer, 271 p., 1993 : Michelina Tenace, La beauté unité spirituelle dans les écrits esthétiques de Vladimir Soloviev, Troyes (France), Éd. Fatès, 203pp. 1994 : 1998 : Maxime Herman, Patrick de Laubier (Préface), Vie et oeuvre de Vladimir Soloviev, Editions Universitaires Fribourg Suisse, 157 p., 2000 : Art et philosophie russe [journée d'études, Université de Bourgogne, Dijon, ], Françoise Lesourd et Michel Eltchaninoff (Dir.) ; publ. par le Centre Gaston-Bachelard de recherches sur l'imaginaire et la rationalité [et la Société Soloviev], éd. universitaires de Dijon, Coll. Cahiers d'histoire de la philosophie . 2001 : Paul Toinet, Vladimir Soloviev, chevalier de la Sophia, Ad Solem, Genève.
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes
Liens externes
Communication du professeur Joseph Yacoub présentée au colloque Vladimir Soloviev, la Russie et l'Église universelle, Université catholique d'Ukraine, 30 octobre –, Lviv. pour le de la naissance de Soloviev. Ce congrès a bénéficié d'une lettre de Jean-Paul II. Voir sur le site de France catholique L’héritage de l’ecclésiologie sapientielle de Vladimir Soloviev par Antoine Arjakovsky sur le site de l'Université catholique d'Ukraine. Textes en ligne sur la Bibliothèque russe et slave : L'Idée russe Saint Vladimir et l'État chrétien La Russie et l’Église Universelle L’Antéchrist Introduction à la philosophie religieuse de Vladimir Soloviev. Anastasia Yastrebtseva / Cahiers de philosophie de l'Université de Caen
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