La Classe américaine : Le Grand Détournement, ou simplement La Classe américaine, est un téléfilm français écrit et réalisé par Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette, diffusé pour la première fois en 1993. Il s'agit du troisième et dernier volet d'une série de téléfilms intitulée Le Grand Détournement diffusé le sur Canal+.

Le film est un mashup (mélange d'images d'archives) composé d'extraits de films de la Warner Bros. réalisés entre 1952 et 1980, ainsi que d'un bref extrait d'un épisode de la série télévisée française Maigret de 1992, tous ces extraits étant montés et doublés afin de créer un film inédit.

Le film est une parodie qui réinterprète les scènes et dialogues des acteurs des films qu'il utilise, formant ainsi des situations loufoques et permettant de suivre une histoire au ton délirant et comique.

Synopsis Au cours d’un orage au large de l'atoll de Pom Pom Galli dans « l'Ocean South Pacific » (prononcé « océan soute pacifique »), le capitaine de marine américain George Abitbol (John Wayne), officiellement nommé « l’homme le plus classe du monde », meurt en prononçant dans un dernier souffle la phrase .

Les journalistes Dave (Paul Newman), Peter (prononcé « Pétère », Dustin Hoffman) et Steven (prononcé « Stévène », Robert Redford), chargés d’écrire un article sur Abitbol, décident d’enquêter pour comprendre le sens de ses dernières paroles. Ils interrogent pour cela de nombreuses personnes qui l’ont connu, aimé ou haï.

Dans une séquence apparait Orson Welles, qui fait savoir aux spectateurs du film qu'il désapprouve le scénario (car celui-ci reprend celui de son film Citizen Kane) mais il est peu après tué, disant dans un dernier souffle « Rosebud »Citation du personnage de Charles Foster Kane (interprété par Orson Welles) dans Citizen Kane., avant que le film ne reprenne.

Au cours de plusieurs anecdotes de jeunesse racontées lors de flashbacks, est montrée l'amitié intime d'Abitbol avec le cow-boy Dino (Dean Martin). Mais cette belle amitié était menacée par les troubles de l’humeur de George. En effet celui-ci, ne supportant pas la vie rurale au « Tegzas », faisait souvent preuve d’une extrême violence sans avoir été provoqué.

Dave révèle alors à ses collègues que, contrairement à ce que l’on croyait, George a été assassiné. Le mystère s’épaissit, tandis que les journalistes orientent leur enquête vers une affaire criminelle. Diverses méthodes de journalisme d’investigation sont alors explorées, avec notamment l’usage de déguisements et du « journalisme total », qui pousse Steven à traverser tout le pays à pied, en passant par l’Alaska, pour interroger un témoin.

Peter s’entretient ensuite avec le coquet gastronome hispanophone José (Burt Lancaster). Ce dernier entretenait une rivalité avec George portant sur « la classe », afin de savoir lequel des deux en avait le plus. Cette rivalité avait mis fin à leur amitié peu avant la mort d'Abitbol. Malgré cela, José est visiblement peiné d’évoquer les souvenirs de son ancien ami. Les journalistes font ensuite plusieurs rencontres qui ne font pas avancer l’enquête, notamment avec un homme qui ne se souvient pas, une vachette, une croix en bois, un enfant de cinq ans, un témoin professionnel qui déforme la vérité, une fille en bikini, un fan d’hélicoptères ou un acteur.

Peu après, Peter découvre que George a menti à propos d’une liaison qu’il aurait eue dans sa jeunesse avec la barmaid Jacqueline (Angie Dickinson), celle-ci affirmant n’avoir jamais cédé à ses avances. Dave rencontre ensuite Yves (Robert Mitchum), qui prétend n'avoir jamais rencontré George, puis qui fait battre Dave par son homme de main après l’avoir mis sur la piste de Joël Hammond, ce dernier entretenant une rivalité intellectuelle avec George. Dans le même temps, Steven se rend chez le fils de Joël, le professeur Hammond (James Franciscus). Hammond lui fait part d’une bataille menée avec George contre des animaux préhistoriques « partouzeurs de droite », mais révèle à Steven que Joël est mort et qu'il ne s’était jamais impliqué dans des affaires dangereuses.

Peter a rendez-vous avec Christelle (Lauren Bacall), une ancienne maîtresse de George. Elle lui révèle qu’Yves avait en fait bien rencontré George, puisqu’il était l’ancien petit ami de Christelle et que, jaloux, Yves avait à l’époque menacé de tuer George tôt ou tard. Alors que l’enquête touche à sa fin et que les journalistes ont trouvé le meurtrier (Yves) et son mobile (Christelle), il est révélé que George Abitbol a en fait survécu et qu’il est revenu pour se venger. George obtient peu après l’adresse d’Yves et se présente chez lui. Mais, au lieu de se venger, George obtient des excuses de la part d’Yves et, peu après, les deux couchent vraisemblablement ensemble.

Steven et Peter font la connaissance de madame Soso (Penny Fuller), qui veut bien coucher avec eux et mettre un terme à leurs longs efforts pour se rendre célèbres et « niquer les gonzesses ». Pendant ce temps, Dave, parti chercher George en voiture, écoute celui-ci lui expliquer le sens véritable de sa phrase « Monde de merde » : un cri de révolte à l’encontre de l’injustice qu’il voit partout. Alors que Dave conduit distraitement, ils sont tous victimes d’un grave accident. George dit alors à nouveau sa fameuse phrase et Dave la répète après lui.

Fiche technique Réalisation : Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette Scénario : Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette Musique : Laurent Petitgirard Montage : Jean-Michel Kuess et Guy Rondi Bruitage : Philippe Penot Mixage : Claude Gazeau Production : Ève Vercel, Robert Nador et Michel Lecourt Sociétés de production : Dune, Canal+ Pays de production : Langue originale : français Genre : comédie policière, détournement d'images Format : 1.85 - couleurs - son Dolby Durée : Date de première diffusion : à sur Canal+

Distribution Images d'archives Les noms des personnages sont associés à des acteurs n'ayant pas joué pour La Classe américaine, qui utilise ainsi des plans provenant d'extraits de films préexistants. Les voix sont doublées par des interprètes français (voir la section « Doublage »)

John Wayne (voix : Raymond Loyer) : George Abitbol Dustin Hoffman (voix : Jean-Claude Montalban) : Peter Martin Balsam (voix : Jean-Claude Montalban) : Callaghan Gary Grimes (voix : Jean-Claude Montalban) : un ami de George Jan-Michael Vincent (voix : Jean-Claude Montalban) : le fan d'hélicoptère Stuart Whitman (voix : Jean-Claude Montalban) : un homme du futur Robert Redford (voix : Patrick Guillemin) : Steven Paul Newman (voix : Patrick Guillemin) : Dave Burt Lancaster (voix : Marc Cassot) : José James Stewart (voix : Marc Cassot) : Jacques Orson Welles (voix : Marc Cassot) : lui-même Jason Robards (voix : Marc Cassot) : le patron du journal Ernest Borgnine (voix : Marc Cassot) : Ernest Robert Mitchum (voix : Marc Cassot) : Yves James Franciscus (voix : Joël Martineau) : le professeur Hammond, fils de Joël Dean Martin (voix : Joël Martineau) : Dino Charles Bronson (voix : Joël Martineau) : le chef indien Henry Fonda (voix : Roger Rudel) : Hugues Frank Sinatra (voix : Roger Rudel) : Franky Spencer Tracy (voix : Roger Rudel) : le témoin professionnel Randolph Scott (voix : Roger Rudel) : Joël Hammond Clark Gable (voix : Roger Rudel) : l'acteur Yvonne De Carlo (voix : Christine Delaroche) : la femme de l'acteur Lana Turner (voix : Christine Delaroche) : Isabelle Lauren Bacall (voix : Christine Delaroche) : Christelle Ricky Nelson (voix : Jean-Yves Lafesse) : un ami de George Walter Brennan (voix : Jean-Yves Lafesse) : Stumpy Ned Beatty (voix : Marc François) : Frédéric Angie Dickinson (voix : Evelyne Grandjean) : Jacqueline Antonio Fargas (voix : Marc François) : Huggy-Les-Bons-Tuyaux Slim Pickens (voix : Alain Chabat) : Gorge profonde Jacqueline Bisset : la femme de l'hélicoptère Burgess Meredith : l'homme de l'hélicoptère Jack Warden : un journaliste Akim Tamiroff (voix : Gérard Rouzier) : l'ami de Dino Pamela Tiffin : la fille en bikini Russell Evans (voix : Jean-Éric Bielle) : Julien Lepers Donald Sutherland : le tueur à gage (qui tire sur Orson Welles) Elvis Presley : le « putain d'énergumène »

Doublage Un des aspects du téléfilm est que, dans certains cas, les comédiens de doublage sont les voix habituelles des acteurs en question. Ainsi, le film compte entre autres la participation de Marc Cassot (voix de Paul Newman après la disparition de Marcel Bozzuffi, bien qu'il ne double pas Paul Newman dans ce film), de Raymond Loyer (voix de John Wayne) et de Roger Rudel (voix de Frank Sinatra) pour le doublage de plusieurs acteurs dans le film.

Liste des comédiens ayant participé au doublage en version française :

Marc Cassot Patrick Guillemin Raymond Loyer Joël Martineau Jean-Claude Montalban Roger Rudel Evelyne Grandjean Christine Delaroche John Wayne X Dustin Hoffman X Martin Balsam X Gary Grimes X Jan-Michael Vincent X Stuart Whitman X Robert Redford X Paul Newman X Burt Lancaster X James Stewart X Orson Welles X Jason Robards X Ernest Borgnine X Robert Mitchum X James Franciscus X Dean Martin X Charles Bronson X Henry Fonda X Frank Sinatra X Spencer Tracy X Randolph Scott X Clark Gable X Yvonne De Carlo X Lana Turner X Lauren Bacall X Angie Dickinson X

Genèse En 1992, à l'occasion de la journée de la télévision sur Canal+, le producteur Robert Nador souhaite produire un film composé uniquement d'images d'archives, et contacte en premier lieu Alain Chabat. S'il décline la proposition par manque de temps, Chabat ne manque pas de lui recommander Michel Hazanavicius avec qui il travaille dans l'émission Les Nuls, l'émission, plus précisément dans le détournement de vidéos. Le producteur accepte et le met en relation avec Dominique Mézerette ; ensemble, ils réalisent deux premiers détournements, intitulés Derrick contre Superman et Ça détourne.

En 1993, à l'occasion des cent ans du cinéma et des soixante-dix ans de la Warner Bros., celle-ci délivre à Canal+ l'autorisation exceptionnelle d'utiliser les extraits de son catalogue (environ ). Le but officiel était de permettre de monter un petit film promotionnel, avec néanmoins quelques recommandations : ne toucher, entre autres, ni à Clint Eastwood ni à Stanley Kubrick. Robert Nador propose alors au duo Hazanavicius/Mézerette de réaliser ce défi, avec pour objectif une diffusion en salle de cinéma.

Production Durant quatre mois, Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette consacrent leurs journées à visionner les classiques de la Warner sans le son, ne sélectionnant les passages qu'en fonction de ce qu'ils interprètent en lisant sur les lèvres des personnages à l'écran. En résulte une sélection d'extraits totalement différents les uns des autres, se jouant sur des époques différentes (du far-west jusqu'aux années 1980), ce qui rend difficile l'élaboration d'une trame narrative cohérente.

Michel Hazanavicius explique leur processus d'écriture :

On observe ainsi tout au long du film de nombreuses références à Citizen Kane : le réemploi d'une ligne de dialogue () ; le nom restaurant El Rancho renvoie à la localité où habite une des proches de Charles Foster Kane ; enfin, au début du film, Orson Welles se permet : . À la suite de quoi, il se fait tirer dessus et meurt en disant , tout comme son héros dans Citizen Kane.

Pour le scénario et la mise en forme, les auteurs s'inspirent des détournements cinématographiques du mouvement situationniste. Les auteurs citent entre autres le travail de Guy Debord ou bien La dialectique peut-elle casser des briques ? de René Viénet, dont le mélange entre humour et politique va grandement influencer le travail des deux auteurs.