de Russie (Alexandre Alexandrovitch Romanov, en cyrillique Алекса́ндр Алекса́ндрович Рома́нов), né le et mort le , est empereur de Russie, du jusqu'à sa mort. Il est le dernier empereur de Russie mort sur le trône.

Jeunesse Le second fils d' thumb|left| avec son père et sa mère Maria Alexandrovna.

Alexandre est le deuxième fils d'. Très tôt, sa personnalité tranche sur celle de son père, réputé libéral (il a notamment supprimé le servage en Russie).

Tandis que son frère aîné, Nicolas Alexandrovitch, reçoit une éducation soignée, Alexandre . En vain ses professeurs Grott et Soloviov tentent-ils de l'intéresser à l'histoire de son pays, le civiliste Contantin Pobiédonostsev aux théories du droit et le général Dragomirov à la stratégie.. Adolescent, il témoigne d'une force musculaire peu commune :

Par ailleurs, Alexandre désapprouve la liaison de son père avec Catherine Dolgorouki.

Mariage (1866) vignette|Sergueï Levitski, et sa famille, vers 1888-1889..

Sur son lit de mort, son frère aîné aurait émis le souhait que sa fiancéeHélène Carrère d'Encausse pense qu'il s'agit d'une légende propagée par la famille impériale même (, Fayard 2008 )., la princesse Dagmar de Danemark (1847-1928), fille de et de Louise de Hesse, épouse son successeur.

Mais Alexandre aime une autre femme, la princesse Mechtcherski (1844-1868) et a l'intention de renoncer au trône pour l'épouser. après avoir tancé son fils l'envoie au Danemark au printemps 1866 demander la main de la princesse Dagmar. Le vœu de Nicolas est donc réalisé le , date de la cérémonie de mariage.

Alexandre et Dagmar ont eu six enfants : (1868-1918), officiellement dernier empereur de Russie ; Alexandre Alexandrovitch (1869-1870) ; Georges Alexandrovitch (1871-1899) ; Xénia Alexandrovna (1875-1960), mariée en 1894 avec Alexandre Mikhaïlovitch (dit Sandro), grand-duc de Russie ; Michel Alexandrovitch (1878-1918), épouse morganatiquement en 1912 Natalia Cheremetievskaïa, titrée par la suite princesse Romanovskaïa-Brassova. Empereur pendant une journée en mars 1917, à la suite de l'abdication de son frère, il est assassiné en 1918 ; Olga Alexandrovna (1882-1960), mariée en 1901 avec Pierre, duc d'Oldenbourg (divorcés en 1916), remariée en 1916 avec Nicolas Koulikovski.

Tsarévitch (1865-1881) De 1865 à 1881, Alexandre n'a pas de rôle important dans les affaires publiques, bien qu'il soit désormais héritier du trône de Russie. Depuis son mariage, il mène une vie retirée au palais Anitchkov. Toutefois, il manifeste à de nombreuses reprises son désaccord sur la politique menée par son père, l'empereur . Conscient de son manque de préparation, il se tourne vers son ancien précepteur Constantin Pobiédonostsev, juriste de l'université de Moscou connu pour son extrême conservatisme, et qui devient plus tard procureur général du Saint-Synode.. Celui-ci répétait souvent :

Problème de l'influence étrangère

Alexandre désapprouve ce qu'il considère comme une , tout particulièrement en ce qui concerne l'influence allemande. Il souhaite que des principes exclusivement nationaux soient adoptés dans les sphères de l'État, afin que la mosaïque d'ethnies différentes qui compose son pays devienne un État homogène, tant dans le domaine religieux que linguistique ou administratif.

Son père ne cache pas de fortes sympathies allemandes, et utilise fréquemment l'allemand pour s'entretenir en privé. Il fonde ainsi sa politique étrangère sur une alliance avec la Prusse, première puissance allemande. Il ridiculise parfois les exagérations et les excentricités des Slaves.

La première manifestation publique de cet antagonisme est la guerre franco-prussienne de 1870. Le tsar soutient à cette occasion la Prusse, quand le tsarévitch montre quelques sympathies vis-à-vis de la France. En réaction à la défaite de Sedan, il note dans son journal :

Question d'Orient : nouveau désaccord

Le désaccord réapparaît de manière épisodique pendant les années 1875-1879, tandis que la question orientale provoque un certain émoi dans tous les échelons de la société russe, surtout au cours de la guerre russo-turque de 1877-1878.

Inspirés par les révoltes des chrétiens des Balkans, les Bulgares se révoltent contre le pouvoir ottoman au printemps 1876. Le sultan Abdülaziz réplique en envoyant irréguliers (les fameux bachi-bouzouks) qui commettent de nombreux massacres. Par solidarité, la Serbie et le Monténégro déclarent la guerre à la Turquie, le , et sont écrasés par l'armée du nouveau sultan Abdul-Hamid, surnommé . , qui s'était assuré de la neutralité autrichienne, attaque le . Les Russes, aidés par les Roumains, traversent facilement le Danube, mais sont arrêtés à la forteresse de Plevna par Osman Pacha. Cette place forte tombe en décembre, après un long siège.

Les Russes continuent sur leur lancée, ils prennent Batoum ainsi que la forteresse de Kars en Arménie, et atteignent Trébizonde sur la mer Noire. Ils se dirigent aussi vers Constantinople et prennent Andrinople à quelques kilomètres. Cette expansion des troupes russes inquiète de nombreux gouvernements. L'Angleterre ne souhaite pas que la Russie s'empare des détroits. La paix est signée aux conditions du vainqueur par le traité de San Stefano, le .

thumb|Le Dernier combat de Plevna (). Au début du conflit, l'empereur nomme le grand-duc Nicolas Nicolaïevitch généralissime, ce qui est une grande déception pour le prince Alexandre qui espérait le poste.. Alexandre paraît au départ plus slavophile que le gouvernement russe, mais sa nature flegmatique le préserve de nombre d'exagérations d'autres slavophiles. Ses propres observations à la tête de l'aile gauche de l'armée en Bulgarie dissipent rapidement les illusions populaires en vogue en Russie à propos des Bulgares. Ces derniers étaient en effet représentés à Saint-Pétersbourg comme des martyrs et des saintsDans les écrits notamment de Sergueï Aksakov, Mikhaïl Katkov ou Fiodor Dostoïevski.. Comme la plupart de ses camarades officiers, Alexandre a des difficultés à concevoir de l'affection pour les Bulgares. Observateur direct du conflit, Alexandre ne partage pas la mauvaise réputation que ses contemporains russes accordent aux Ottomans. Il se montre cependant discret sur ses opinions personnelles durant toute sa participation à la guerre — Lettre d'Alexandre à Pobiédonostsev, 8 septembre 1877, dans ..

Jamais consulté sur les questions politiques, le tsarévitch Alexandre montre une bonne tenue dans le cadre de ses devoirs militaires, qu'il remplit consciencieusement sans jamais faire obstruction aux ordres donnés. Il se rend compte toutefois de la nécessité de moderniser l'armée.

Congrès de Berlin (1878)

Après la guerre, le premier ministre britannique Benjamin Disraeli exige la révision du traité de San Stefano, et mobilise les réservistes pour intimider la Russie. La Russie espère qu'en échange du soutien russe lors de la création de l'Empire allemand, Bismarck aidera à résoudre la question d'Orient dans un sens favorable à la Russie.

Disraeli parvient à convaincre l'Autriche-Hongrie, et la plupart de ce que la Russie a obtenu dans le traité de San Stefano est sacrifié au congrès de Berlin, le chancelier allemand Bismarck ne voulant pas donner satisfaction à la Russie victorieuse. Bismarck se limite au congrès de Berlin à être un sans aider à la résolution de ce problème, à l'indignation générale de la cour russe. Peu de temps après, il conclut une alliance avec l'Autriche-Hongrie, dans le but de contrecarrer les desseins russes en Europe orientale, notamment dans les Balkans. De plus, ni l'Angleterre, ni l'Allemagne et l'Autriche ne veulent d'une Grande Bulgarie.

Le grand-duc Alexandre en tire la conclusion que la meilleure chose à faire pour la Russie est de réorganiser son armée et sa marine en vue de possibles affrontements futurs. À ces fins, il suggère un certain nombre de réformes.

Propositions de réformes

Durant sa campagne en Bulgarie, Alexandre observe la corruption et les graves désordres qui s'ensuivent dans l'administration militaire. De retour à Saint-Pétersbourg, il découvre de semblables abus au sein du ministère de la Marine. Il s'aperçoit que des personnages haut placés (comme deux grands-ducs) y sont impliqués. Son père, alerté, ne s'inquiète guère de ce que son fils lui montre. À cette époque, le tsar a perdu la plus grande partie de son courage réformateur, à l'œuvre durant la première décennie de son règne. En conséquence, les relations entre le père et le fils se tendent un peu plus.

Assassinat d' et accession au trône

Le , des terroristes de Narodnaïa Volia assassinent l'empereur . Durant les dernières années de son règne, , agacé par la propagande nihiliste et l'augmentation du nombre de conspirations anarchistes avait hésité entre renforcer l'autocratie ou faire des concessions aux aspirations de l'intelligentsia. Il s'était finalement décidé en faveur de la seconde solution ; , il signe un oukase créant un certain nombre de « commissions consultatives » qui auraient pu devenir des assemblées de notables.

En 1883, Tchaïkovski compose sa cantate Moscou pour le couronnement du nouvel empereur. Plus tard, commence la construction de la cathédrale Saint-Sauveur-sur-le-Sang-Versé en l'honneur de son père.

Empereur de Russie

Politique intérieure réactionnaire thumb|5 roubles à l'effigie du tsar (1888). thumb|Portrait de l'empereur par Dmitriev-Orenbourgski, musée historique d'État de Moscou.

L'assassinat d' a pour résultat immédiat de remettre en question les projets de réformes en cours, que le nouveau souverain soumet, le , à un conseil des ministres spécialement convoqué pour la circonstance : s'y affrontent les partisans des réformes (soutenus par le comte Loris-Melikov), bientôt écartés du pouvoir, et les partisans de l'autocratie, menés par Constantin Pobiédonostsev, procureur du Saint-Synode, et ancien précepteur de l'empereur et le comte Dimitri Tolstoï, ministre de l'Éducation. se range à leur avis : il proclame dans le Manifeste du 29 avril 1881Dans le calendrier julien, le 11 mai dans le calendrier grégorien. que l'abandon du pouvoir autocratique porte en lui-même sa propre punition.

Règlements temporaires Des règlements temporaires destinés à assurer la sécurité de l'État et l'ordre public sont promulgués à la fin de l'été 1881 dans plusieurs régions de l'Empire : les fonctionnaires reçoivent des pouvoirs étendus en matière de police et de presse ; toutes les libertés peuvent être suspendues par simple décret et les causes civiles portées devant les tribunaux militaires. Valable initialement trois ans, ce règlement provisoire est constamment renouvelé par la suite et reste en vigueur jusqu'à la fin du tsarisme.

En 1882 est créée la Section de protection de l'ordre et de la sécurité publique, plus connue sous le nom d'Okhrana : elle infiltre les petits groupes révolutionnaires d'agents provocateurs et en accélère la décomposition, qui se conclut en 1887 avec l'arrestation de des cercles populistes à Moscou et d'un petit groupe d'étudiants à Saint-Pétersbourg qui préparait un attentat contre le tsar. Des apprentis terroristes, dont Alexandre Ilitch Oulianov (frère du futur Lénine), sont condamnés à mort et pendus.

Contre-réformes Le gouvernement impérial publie également des contre-réformes destinées à restreindre la portée des changements intervenus sous .

La réforme judiciaire est démantelée. L'indépendance et l'inamovibilité des magistrats sont abolies en 1885 ; la publicité des débats judiciaires limitée en 1887. En 1889, les juges de paix élus sont remplacés par des représentants de la noblesse terrienne nommés par le ministère de l'Intérieur qui cumulent ainsi les fonctions de juges et d'administrateurs locaux.