Lordre national de la Légion d'honneur est l'institution française qui, sous l'égide du grand chancelier et du grand maître, est chargée de décerner la plus haute décoration honorifique française actuelle. Instituée le par le Premier consul de la République, Napoléon Bonaparte, elle récompense depuis ses origines les militaires comme les civils ayant rendu des à la nation.

En 2016, l'ordre comptait et environ un million de personnes ayant été décorées de l'ordre depuis sa création.

Histoire

thumb|upright=0.8|Décret du portant création de la Légion d'honneur. thumb|upright=0.8|Première remise de décorations de la Légion d'honneur par Napoléon Ier, le , d'après le peintre Jean-Baptiste Debret. thumb|upright=0.8|Remise de la décoration de la Légion d'honneur au camp de Boulogne à Charles Étienne Pierre Motte (1785-1836), le , d'après Victor-Jean Adam (1801-1866). thumb|upright=0.8|Francis-Antoine Conscience, Légion d’honneur, belle... mais inutile !, 1831. .

Romaine par son nom (inspirée par la de l'Antiquité) Steven Englund, Napoleon: A Political Life, Scribner, 2004, ., par son symbolisme (les aigles) et son organisation (seize cohortes pour la France), la Légion d'honneur infléchit la tradition des ordres militaires d'Ancien Régime en étant ouverte à tous, y compris aux non militaires. et non plus seulement aux officiers.

Dans le royaume de France il y avait deux décorations militaires importantes : l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, créé par en et l'institution du Mérite militaire, créée par en .

Alors que certains, comme le ministre de la Guerre Louis-Alexandre BerthierHistoria, spécial , Les citations célèbres, janvier 2013., y voient une atteinte au principe de l'égalité civique et considèrent les décorations comme des hochets de la monarchie, Bonaparte justifie cette institution en conseil d'État : ..

La Révolution française avait en effet aboli toutes les décorations de l'Ancien Régime. L'Assemblée constituante avait créé la décoration militaire, elle aussi supprimée. Sous la Convention nationale, les généraux avaient pris pour habitude d'attribuer des armes d'honneur (fusil d'honneur, sabre d'honneur ou encore tambour d'honneur) pour récompenser les actes de bravoure.

Le projet de loiLa commission chargée de préparer le projet de loi fut présidée par Cambacérès. est discuté devant le Conseil d'État à partir du : Bonaparte y intervient personnellement et pèse de tout son poids pour soutenir la nécessité de distinctions, pour repousser la création d'un ordre strictement militaire et pour réfuter les accusations de retour à l'Ancien Régime. Le projet est adopté par contre 10. Saisi du projet le , le Tribunat, qui avait nommé Lucien Bonaparte rapporteur parlementaire, l'approuve par contre 38, malgré l'opposition jacobine qui craint la restauration d'une nouvelle aristocratie et une entorse au principe révolutionnaire d'égalité. Lucien Bonaparte, Pierre-Louis Roederer, Auguste Frédéric Viesse de Marmont et Mathieu Dumas défendent tant et si bien le texte de loi qu'il est adopté le , par le Corps législatif par contre 110. La loi est signée et scellée par le Premier consul le « La Légion d'honneur au fil du temps », crdp-reims.fr.. Le premier grand chancelier nommé le est un civil, Bernard-Germain de Lacépède.

Les insignes sont fixés par décret le : une étoile d'argent pour les légionnaires, une étoile d'or pour les autres grades. Par bien des aspects, ces insignes rappellent visuellement ceux de l'ordre de Saint-Louis, créé par Louis XIV pour honorer les officiers et supprimé en 1792 : le ruban rouge, les branches en croix de Malte pommetées et émaillées de blanc de l'étoile, qui supporte un médaillon central doré à la bordure émaillée de bleu.

Les premières nominations sont publiées en. Quatre grades sont créés : « légionnaire », « officier », « commandant » et « grand officier »Cardona C., Dutheuil T., Jullien L., Vasseur E., Les brevets de la Légion d’honneur sous le Consulat et le Premier Empire, Ordres et Distinctions, le bulletin scientifique de la Société des Amis du musée de la Légion d'honneur, numéro spécial 2021, p.78-107, septembre 2021..

Le a lieu en la chapelle des Invalides la toute première remise de Légion d'honneur par Napoléon aux officiers méritants au cours d'une fastueuse cérémonie officielle, la première de l'Empire. La remise des insignes se fait dans l'ordre alphabétique des patronymes , signe du respect que le nouveau régime veut manifester envers le principe révolutionnaire d'égalitéLa Légion d'honneur sous le Consulat et l'Empire.. Napoléon décore pour la première fois. des militaires lors de la deuxième cérémonie au camp de Boulogne le .

La Légion d'honneur s'adresse dès les origines aussi bien aux civils qu'aux militaires, on prête d'ailleurs à Napoléon Bonaparte la célèbre phrase : ..

Un décret du ajoute la Grande décoration dont les titulaires seront par la suite nommés , puis (ordonnance du ). L'ordonnance du institue l'ordre royal de la légion d'honneur. composé de chevaliers (ex légionnaires), d'officiers, de commandeurs (ex commandants), de grands officiers et de grand'croixAu , au lieu de « grand’croix », l'orthographe « grand-croix » apparaît générale dans tous les dictionnaires : Le Petit Larousse (), Le Petit Robert (), Académie française () Pour désigner la décoration, le mot « grand-croix » est féminin invariable. Lorsqu’il désigne le ou la titulaire, il est toujours masculin (mais il peut éventuellement être féminin pour le seul Larousse, dans le cas d’une femme) ; « grand-croix » ne prend ainsi le pluriel que dans ce cas, sous la forme « grands-croix » (le Wiktionnaire semble toutefois le seul à préconiser ici aussi l’invariabilité). (ex grands cordons).

L'association des mérites militaires et civils (la répartition en 2012 est environ : deux tiers/un tiers), permet à l'ordre de survivre à tous les régimes. En 2026, on dénombre ; en moyenne et décorés chaque année.. Dispositions sur la Légion d'honneur sous la Restauration Par la charte du et l'ordonnance du maintient et réorganise la Légion d'honneur..

Une ordonnance royale du concernant l'organisation, la composition et l'administration de la Légion d'honneur, la renomme « Ordre royal de la Légion d’honneur ». L'ordonnance de Louis-Philippe du qui détermine la forme de la décoration de la Légion d'honneur abandonne officiellement cette dénomination mais jusqu'en 1848, les brevets sont délivrés aux chevaliers de l'« Ordre royal de la Légion d'honneur ».

Par une ordonnance du , Louis XVIII maintient les décrets impériaux du et du statuant que les membres de la Légion d'honneur porteraient le titre de chevalier transmissible à l'aîné de celui qui en aurait été revêtu, sous condition d'obtenir à cet effet des lettres patentes et en justifiant d'un revenu net de trois mille francs au moins ; transmissibilité restreinte ensuite à l'aîné de ceux qui auraient réuni une dotation au titre de chevalier et à la charge d'obtenir confirmation jusqu'à la troisième génération. Par la même ordonnance, Louis XVIII reprenant une disposition prise en 1750 pour l'ordre de Saint-Louis ordonne : il continuera d'être expédié des lettres patentes conférant le titre personnel de Chevalier et des armoiries aux membres de la Légion d'honneur, qui se retireront à cet effet devant le Chancelier de France et qui justifieront qu'ils possèdent un revenu net de trois mille francs au moins, en biens immeubles situés en France (Article ) ; lorsque l'aïeul, le fils et le petit-fils auront été successivement membres de la Légion d'honneur et auront obtenu des lettres patentes, conformément à l'article précédent, le petit-fils sera noble de droit et transmettra la noblesse à toute sa descendance (Article 2).

Il n'existe qu'un cas connu de chevalier héréditaire en application de l'ordonnance de 1814 (3 générations de membres de la Légion d'honneur ayant obtenu des lettres patentes de chevalier) : Flüry, décret du ., avant que ne soit adopté l'amendement Wallon et que le président de la République ne décide par conséquent en conseil des ministres du .

Plus récemment, la grande chancellerie de la Légion d'honneur a déclaré que .

Il y a eu cependant des cas de chevaliers héréditaires confirmés selon les décrets impériaux du et du : Domitien Joseph Asselin de Williencourt (chevalier de l'Empire le , confirmé par décret impérial du en faveur d'un petit-fils, éteint) ; Jacquot (chevalier de l'Empire par lettres patentes du , confirmé par décret impérial du en faveur du fils, éteint) ; Vésin (chevalier de l'Empire par lettres patentes du , confirmé en faveur de l'aîné de ses petits-fils par décret du , éteint).

Le général de corps d'armée Jean Vallette d'Osia (décoré en 1917 à l'âge de ) est celui qui a appartenu à l'ordre le plus longtemps, pendant : il a été décoré du grand cordon, en 1978 par le président de la République, Valéry Giscard d'Estaing.

Le plus jeune décoré à titre militaire de toute l'histoire de la Légion d'honneur a été Fernand Fille, aspirant d'infanterie, en 1915 à 18 ans« Un héros de 18 ans - Le Plus Jeune Chevalier de la Légion d'honneur » in Le Petit Journal, 18 juin 1915. En 1933, Suzanne Grinberg est la première femme à recevoir la Légion d’honneur à titre professionnel..

En 1981, le général d'armée Alain de Boissieu, grand chancelier de la Légion d'honneur depuis 1975, démissionne pour ne pas devoir remettre le collier de grand maître de l'ordre au président élu François Mitterrand parce que ce dernier avait par le passé traité Charles de Gaulle de « Boissieu Alain (de) (France) », charles-de-gaulle.org.« Alain de Boissieu, au service de la France et du Général », revue-republicaine.fr..

Depuis les années 2010, l'institution incite les titulaires à poursuivre leur action d'entraide envers les membres les plus démunis tout en développant une dynamique significative de solidarité nationale intergénérationnelle envers tous leurs concitoyens et notamment les plus jeunes d'entre eux. C'est au sein de la Société des membres de la Légion d'honneur (SMLH), association reconnue d'utilité publique créée en 1921 que l'action des décorés s'organise en France et dans le monde.

En 1996, sous Jacques Chirac, la présidence de la République instaure une politique de rajeunissement des nominations et des promotions dans l'ordre dans le but d'anticiper la construction d'un parcours de décoration rationnel permettant, pour les plus méritants, l'accès à une dignité. Ainsi, un quart du contingent pour le grade de chevalier et un cinquième du contingent pour le grade d'officier peuvent être proposés sans passer par le grade équivalent dans l'ordre national du Mérite.

En , le président de la République Emmanuel Macron se prononce pour la revalorisation de la Légion d'honneur, estimant que . Pour cela, il compte limiter le nombre de décorations remises. À cette fin, aucune promotion n'est effectuée à Pâques en 2018. Hors promotion spéciale, ne demeurent que la promotion du et celle du .. Ce nouveau calendrier des promotions civiles est entériné par le décret du ..

Organisation Code de la Légion d'honneur L'ordre de la Légion d'honneur, institué par la loi du prise en application de l' de la Constitution du , est une communauté constituée de tous ses membres, dotée d'un nom, d'un sceau, d'un statutLes 80 décrets, arrêtés pris depuis 1802 ont été fondus dans le décret du pour former le « Code de la Légion d'honneur et de la médaille militaire »., d'un patrimoine, et d'une personnalité juridique de droit public.

Depuis fin 1962, il est régi par le Code de la Légion d'honneur, de la médaille militaire et de l'ordre national du Mérite, issu de la refonte et des réformes profondes voulues par le général de Gaulle en 1962.

Sa devise est .

Grades et dignités L'ordre comprend trois grades (chevalier, officier et commandeur) ainsi que deux dignités (grand officier et grand-croix). En général, selon la terminologie officielle, on est successivement : .