Henry Van de Velde est un peintre, architecte, décorateur d'intérieur et enseignant belge, né le à Anvers (Belgique) et mort le à Oberägeri (Suisse).
Dès la fin du , il est avec Victor Horta et Paul Hankar l'un des fondateurs de l'Art nouveau en Belgique et, plus généralement, est considéré comme l'un des acteurs majeurs du mouvement moderniste belgeCible Plus L'Art moderne. Dans les premières années du , il joue un rôle déterminant dans le domaine de l'architecture et des arts décoratifs, en Allemagne essentiellement. Van de Velde était un lecteur assidu de Viollet le Duc et son œuvre était profondément marquée par les idées et la vision générale du maître.
Biographie Origines et formation Né à Anvers, Henry Van de Velde est le sixième des huit enfants d'une famille dont le père est pharmacien. Celui-ci, Charles Van de Velde, originaire de Bruxelles, organise des rencontres autour de compositeurs venus du monde entier. Henry fait ses humanités à Anvers ; au cours de l'année scolaire 1879-1879, il est le condisciple de Max Elskamp, futur poète, avec qui il restera ami.
Henry entre à l'Académie des beaux-arts d'Anvers en 1880 et y reste jusqu'en 1882 ; il devient également l'élève du peintre Charles Verlat dans son atelier privé. En 1883, il est très marqué par une exposition de peintres impressionnistes qui se tient à Anvers ; il veut partir pour Paris et y finir ses études. Il y rencontre le groupe formé autour de la Société des artistes indépendants qui venait d'être créé par Paul Signac et Georges Seurat ; là, Augustin Feyen-Perrin lui conseille de poursuivre ses études avec Carolus-Duran qui l'accepte comme élève pour l'année 1884-1885.
vignette|gauche|<center>Femme à la fenêtre, 1889Musée des Beaux-Arts d'Anvers Henry commence à peindre, il se montre très influencé par les post-impressionnistes et les travaux des pointillistes « Velde, Henri Clemens van de », in: Harald Olbrich (dir.), Lexikon der Kunst. Architektur, Bildende Kunst, Angewandte Kunst, Industrieformgestaltung, Kunsttheorie, tome VII: Stae–Z, Leipzig, E. A. Seemann Verlag, 2004, .. Après avoir vu Un Dimanche à la Grande Jatte de Seurat, il souhaite expérimenter cette technique.
Premières recherches
vignette|gauche|<center>Affiche de la exposition des XX (Bruxelles, 1889) Il revient en Belgique fin 1884 et s'isole pour peindre pendant près de trois ans. Il a trouvé refuge dans une petite auberge à Wechelderzande, près d'Anvers. Il y croise d'autres artistes qui vivent là, formant une sorte de colonie. On trouve Adrien-Joseph Heymans, Florent Crabeels et Jacques Rosseels. En plus de peindre, Henry dévore les ouvrages d'Émile Zola et de Friedrich Nietzsche. Au cours de l'été 1887, sa mère, qui souffrait déjà d'un cancer, lui rend visite et son fils s'occupe d'elle, et s'en sert comme modèle pour ses tableaux. Durant l'hiver 1887-1888, ils reviennent ensemble à Anvers.
Ce séjour n'est pas resté sans initiatives de sa part. À peine revenu à Anvers, il fonde avec Max Elskamp, Georges Serigier, George Morren et l'avocat Charles Dumercy, l'Association pour l'art indépendant qui restera active pendant trois ans.
Fin 1888, Henry part pour Bruxelles et rejoint le Groupe des XX fondé par Octave Maus, participant à leur exposition (février-). Devenu « vingtiste », il coorganise une grande exposition autour de Vincent Van Gogh, dont l'art le marque profondément.
Il devient très proche de Théo van Rysselberghe et du sculpteur Constantin Meunier, qui gravitent également autour des XX. Durant l'hiver, il avait participé aux rencontres organisées par le poète Edmond Picard.
Henry se cherche encore, et, gagné par la neurasthénie, il passe l'été 1889 avec son frère à la Villa Blankenbergher où il rencontre Charles van Lerberghe, avec qui il se lie d'amitié, Émile Vandervelde et l'avocat Max Hallet.
En 1890, il écrit dans son journal :
Adieu à la peinture vignette|redresse|La villa Le Bloemenwerf à Uccle (1895). vignette|redresse|L'Art nouveau, affiche pour les galeries de Siegfried Bing (Paris, 1895). Il vit ensuite chez sa sœur et son beau-frère à Kalmthout, dans une maison appelée Vogelenzang. Au début des années 1890, il commence à collaborer au magazine Innen-Dekoration fondé par Alexander Koch, témoignant ainsi de son intérêt pour la décoration intérieure et l'artisanat d'art. Il participe également à la fondation de la revue littéraire Van Nu en Straks grâce à August Vermeylen.
Il va délaisser totalement la peinture. Il se tourne vers l'art de la broderie. De la mi- au printemps 1893, Van de Velde vit auprès de sa tante, une brodeuse expérimentée, à Knokke-Heist, pour apprendre tous les secrets de cette technique. Le résultat est une tapisserie, intitulée Engelswache, montrant une assemblée de femmes penchées sur leurs travaux de couture en des tons proches de ceux de Paul Gauguin. Il s'intéresse aussi à l'argenterie, l'orfèvrerie, la porcelaine et la coutellerie, au stylisme, bref, à l'ensemble des arts décoratifs. En avril, Maria et Théo van Rysselberghe lui rendent visite. Ils sont accompagnés d'Émile Verhaeren, Alfred William Finch et Maria Sèthe.
vignette|gauche|<center>Maria Sèthe à l'harmonium, 1891Théo Van RysselbergheMusée royal des Beaux-Arts d'Anvers Sa rencontre avec Maria Sèthe est déterminanteAnne Van Loo (éd.), Henry Van de Velde. Récit de ma vie : Anvers, Bruxelles, Paris, Berlin. I. 1863-1900, Bruxelles, Versa & Paris, Flammarion, 1992, .. Il l'épouse en , elle contribue grandement à la nouvelle inclinaison de son art. Ils collaborent à un certain nombre de projets ensemble, y compris la conception de papiers peints et de vêtements féminins. Henry dessine les plans de leur maison, située à Uccle : baptisée Le Bloemenwerf, elle devient la première expérience architecturale de Van de Velde, inspiré par le mouvement britannique Arts & Crafts, en particulier pour la façade qui rappelle un peu la Red House conçue par William Morris. Entourant la maison, un jardin paysagé, conçu par Maria Sèthe.
Printemps 1895, il fait la connaissance de Julius Meier-Graefe, l'âme critique du magazine d'art Pan auquel il va collaborer. Par Meier-Graefe, il entre en contact avec Siegfried Bing à Paris qui lui commande pour son magasin, la Maison de l'Art nouveau, une série d'objets et surtout tout un ensemble décoratif destiné à quatre nouveaux espaces de vente, une salle à manger, un cabinet en bois de citronnier, un fumoir en bois venu du Congo, et une pièce en forme de rotonde avec meubles incorporés et garnitures coordonnées.
L'Allemagne de la consécration vignette|redresse| Affiche de l'Exposition internationale d'art, Dresde, 1897 (design : Alwin Arnold). vignette|redresse| La Villa Esche à Chemnitz. vignette|redresse| Harry Kessler (1), Ludwig von Hofmann (2), Edward Gordon Craig (3) et Henry van de Velde (4), penchés sur les plans de l'Institut des arts décoratifs et industriels de Weimar (photo de Louis Held, 1904). vignette|redresse| La famille Van de Velde à Weimar devant la Haus Hohe Pappeln (1912). Quelques semaines après l'inauguration de l'exposition Bing à Paris qui provoque une vive émotion, une délégation venue de Dresde, dirigée par le directeur général des musées de cette ville, le conseiller Woldemar von Seidlitz, visite la galerie. Seidlitz propose de démonter les quatre salles conçues et créées pour Bing par Van de Velde et de les réinstaller à Dresde dans le cadre de l'Exposition internationale d'art de 1897 ; de plus, Van de Velde doit créer pour l'occasion une « salle de détente » pour les visiteurs. Également convié, Constantin Meunier se voit offrir deux grandes salles pour une rétrospective de son œuvre. Les deux amis arrivent à Dresde avec leurs familles et sont logés à l'hôtel Bellvue. Après l'exposition, qui dura trois semaines, Van de Velde n'est plus un inconnu en Allemagne. Au moment de s'en retourner en Belgique, Van de Velde rend visite au peintre , originaire de Berlin, qui va devenir l'un de ses premiers clients.
En effet, de retour au pays, Van de Velde ouvre à Ixelles son premier studio de création, qu'il fonde en tant que société anonyme, grâce à un premier investisseur, Eberhard von Bodenhausen, un proche d'Herrmann. Dès lors, il se lance dans la production entre autres de meubles, de luminaires, de bijoux, de reliures. Il se met en relation avec les différents « showrooms » de Paris, Berlin et La Haye, cette visibilité lui permettant de recueillir des commandes. Parmi ses clients, des Belges, intellectuels et amateurs d'art qui se montrent séduits par ce nouveau mouvement artistique. Du côté allemand, se manifeste le jeune Herbert Eugen Esche (1874-1962), issu d'une famille bien connue d'industriels du textile de Chemnitz. En 1902, Esche lui passera commande d'une maison et de la décoration intérieure, la villa Esche.
Une autre rencontre déterminante est celle de Harry Kessler. Le baron et mécène lui fait d'abord meubler son appartement berlinois sur la Köthener Strasse ; plus tard, Van de Velde s'occupe de la décoration intérieure de sa maison à Weimar, sur la Cranachstrasse. Grâce à Kessler, il est invité à donner une série de conférences sur l'Art nouveau à Berlin, dans les salons de Cornelia Richter. De son côté, le baron participe aux « ateliers d'arts appliqués » organisés par Van de Velde dans la capitale allemande.
En 1901, Van de Velde accepte, sur l'invitation de Kessler, de déménager à Berlin. Il rencontre Elisabeth Förster-Nietzsche qui lui demande de transformer la villa Silberblick à Weimar, dans le but de mettre en valeur les archives de Nietzsche. À cette fin, il développe le concept de « transcription ornementale » ou art programmatique appliqué à l'architecture, à l'ameublement et à la maquette des livresRoland Jaccard, « La sœur abusive de Zarathoustra », Le Monde des livres, 6 octobre 1978.
Outre la villa Esche, d'autres commandes architecturales pour des particuliers arrivent, comme la Villa De Zeemeeuw pour le docteur Leuring, à Schéveningue, aux Pays-Bas (1901-1902), et celles passées par Karl Ernst Osthaus, l'un des plus importants collectionneurs d'art et mécènes allemands de son temps. Ce dernier lui soumet un projet de musée des beaux-arts destiné à la région industrielle de la Ruhr, qui n'en dispose pas. Van de Velde en conçoit la décoration mais aussi la circulation intérieures, et le conseille aussi sur la constitution du fonds ; alors qu'Osthaus collectionnait des peintures allemandes plutôt académiques de la première moitié du , Van de Velde lui fait découvrir les modernes belges et français. Ainsi est né à Hagen le projet du musée Folkwang (1902). Pour Osthaus, il conçoit également à Hagen une maison particulière en 1907 Walter Erben, « Karl Ernst Osthaus, Lebensweg und Gedankengut », in: Hertha Hesse-Frielinghaus et al., Karl Ernst Osthaus. Leben und Werk, Recklinghausen, 1971, ..
Par Kesler et Förster-Nietzsche, Van de Velde rencontre le grand-duc Guillaume-Ernest de Saxe-Weimar-Eisenach qui le charge d'une mission culturelle importante, mettre en valeur les productions culturelles de la région. Van de Velde décide alors de résider avec sa famille à Weimar. Il choisit la Cranachstrasse, en voisin de Kessler et de Förster-Nietzsche. Avec Maria Sèthe, il aménage sa résidence avec les quelques meubles qu'il fait venir de la maison Bloemenwerf d'Uccle. C'est son ami l'illustrateur suédois Hugo Westberg qui assure le déménagement entre Berlin et Weimar. Mais l'appartement de location devient rapidement trop petit pour la famille Van de Velde qui compte déjà sept personnes : en 1906, il dessine les plans de sa propre maison, au 58 Belvederer Allee, la Haus Hohe Pappeln.
Le , il ouvre à Weimar le premier cycle de Kunstgewerbliche Seminar (séminaire de formation aux arts appliqués).