La troisième croisade, qui débuta en 1189 et s'acheva en 1192, est une série d’expéditions menées par Frédéric Barberousse, empereur germanique, Philippe Auguste, roi de France, et Richard Cœur de Lion, roi d'Angleterre, dans le but de reprendre Jérusalem et la Terre sainte à Saladin.

Cette croisade a permis la reprise d’un certain nombre de ports de Terre sainte, mais n’a pas permis la reconquête de l’arrière-pays, ni la reprise de Jérusalem. Cependant, la libre circulation à Jérusalem fut autorisée aux pèlerins et marchands chrétiens.

Contexte

vignette|redresse|gauche|Les chrétiens évacuant Jérusalem sous le regard de Saladin par Alphonse de Neuville. À la mort de Nur ad-Din, en , Saladin alors vizir d’Égypte, se proclame sultan d’Égypte et reprend le programme d’unification des Arabes syriens et égyptiens pour ensuite combattre les États croisés, en reconquérir les territoires et les chasser du levant. Il commence par éliminer les fils de Nur ad-Din, s’empare de Damas dès , puis d’Alep en . Il tente plusieurs incursions contre le royaume de Jérusalem, mais ce dernier est défendu par le roi , dont l’esprit tactique et de diplomatie réussit à repousser les attaques de Saladin ou à minimiser les défaites franques.

Tout change entre 1185 et 1186 avec la mort de Baudouin le Lépreux et l’arrivée sur le trône de Guy de Lusignan, un roi dépourvu du moindre sens politique et sans grande autorité sur les barons. Comme Guy se révèle incapable de soumettre Renaud de Châtillon et de mettre fin à ses pillages, Saladin envahit le royaume et écrase la chevalerie franque à Hattin le .

À la suite de sa victoire obtenue à Hattin, Saladin entreprend de reconquérir le royaume de Jérusalem. Continuant sa reconquête, le , Saladin réussit entre-temps à prendre Jérusalem défendue par Balian d'Ibelin.

Le , un navire sous les ordres du croisé Conrad de Montferrat, arrive en vue de Saint-Jean-d'Acre où il ne peut débarquer voyant que le port est aux mains des musulmans. En effet, Saladin, dans ses desseins de reconquête, a entrepris de reprendre les cités côtières les unes après les autres. Conrad se rend alors à Tyr, et il y débarque alors que la ville est assiégée par les Arabes et que les croisés sont en train de négocier leurs conditions de reddition. Sa présence remonte le moral de ces derniers qui mettent fin aux pourparlers. Conrad prend en main la défense de la ville contre les Arabes qui finissent par lever le siège le , permettant aux croisés de garder une tête de pont en Palestine.

Afin de neutraliser l’efficace Conrad de Montferrat, Saladin libère au cours du (ou en ), le brouillon Guy de Lusignan qu'il avait fait prisonnier à Hattin. Mais Montferrat refuse à Guy l’accès de Tyr, soutenu par une grande partie de la noblesse française qui reprochent à Lusignan la défaite. Guy de Lusignan décide alors en d’assiéger Acre avec une poignée de chevaliers. Saladin, occupé à conquérir le comté de Tripoli et la principauté d'Antioche le laisse faire, sachant qu'il est confiant dans la résistance de Saint-Jean-d’Acre. Les possessions franques se réduisent bientôt à Antioche, Tripoli, Tyr, le krak des Chevaliers et la forteresse de Margat.

La croisade L'une des premières actions de Conrad de Montferrat avait été de prévenir l'Occident de la chute de Jérusalem en envoyant Josse, archevêque de Tyr. Avant d'arriver à Rome, il rencontre le roi . Ce dernier alors en lutte contre l'Empire byzantin ne peut qu'envoyer une flotte réduite et une troupe de deux cents chevaliers. Il meurt peu après en . Son successeur Tancrède de Lecce ne peut pas soutenir son action, car il doit lutter contre Henri de Hohenstaufen qui lui dispute le trône de Sicile. Josse se rend ensuite à Rome, où il rencontre le pape , qui décide de la reconquête des territoires perdus et émet le , la bulle Audita tremendi. appelant à la troisième croisade. Les royaumes anglo-angevin et français sont alors en guerre, mais les légats du pape imposent à Henri II Plantagenêt, roi d’Angleterre, et Philippe Auguste, roi de France, une entrevue près de Gisors le où ils obtiennent des deux souverains leur engagement dans la croisade. Ils lèvent dans leurs États la « dîme saladine » pour financer une nouvelle croisade, mais la révolte du prince Richard Cœur de Lion, soutenu par Philippe Auguste, contre son père , puis la mort de ce dernier le retardent le départ de la croisade.

La croisade germanique vignette|gauche|redresse|L’empereur Frédéric Barberousse. L'empereur germanique Frédéric Barberousse répond également à l'appel du pape ; il prend la croix à la Cathédrale Saint-Martin de Mayence le , quitte Ratisbonne le à la tête d'une armée forte de cent mille hommes, selon les chroniqueurs contemporains, traverse le royaume de Hongrie et prend la direction de Byzance. C'est la première fois que l'empereur participe à la croisade.

Il doit affronter l’hostilité de l'Empereur byzantin Isaac Ange, car ce dernier est en guerre contre le royaume de Sicile, un allié du Saint-Empire romain germanique. De plus Isaac Ange a conclu une alliance avec Saladin contre Kılıç Arslan II, sultan seldjoukide de Roum, et la venue de la croisade risque d’affaiblir son allié. Face à l’énorme supériorité numérique des Allemands, il n’ose pas engager le combat mais cherche à entraver et à ralentir l’armée impériale. De guerre lasse, Frédéric fait saccager la région de Philippopoli et la ville d’Andrinople, de sorte qu’Isaac Ange doit céder et faire traverser le Bosphore à l’armée germanique, tout en informant Saladin de la progression des croisés.

En Asie Mineure, le sultan se montre partisan de laisser le libre passage à l’armée de Frédéric Barberousse, car il espère que la croisade affaiblira son ennemi Saladin. Mais son autorité vieillissante ne peut empêcher des bandes turcomanes de harceler l’armée chrétienne. Lorsque l’armée arrive devant Konya, le , le vieux sultan fait acte de soumission, mais il est aussitôt mis sous tutelle par son fils aîné qui attaque aussitôt l’armée de Frédéric. Ce dernier le met en déroute lors de la bataille d'Iconium et prend d’assaut la ville de Konya.

vignette|redresse|Mort de Frédéric Barberousse, de Gustave Doré.

L’armée germanique continue sa route et arrive en Cilicie où elle est reçue par le prince . Les musulmans commencent à prendre peur et la forteresse de Baghras, la forteresse la plus au nord de l’Empire ayyoubide, est évacuée et prise par un Foulque de Bouillon, chevalier franc, cousin de d'Arménie. Frédéric Barberousse continue sa route vers la Terre sainte quand il se noie en traversant le Saleph le . Bien que son armée soit plus nombreuse que celle de Saladin, ses troupes se dispersent immédiatement après sa mort. La plupart des hommes rentrent en Europe tandis qu’une faible partie, conduite par le fils de Frédéric, Frédéric de Souabe, rejoint Antioche après qu'une épidémie en décima encore quelques-uns. Une fois les survivants remis sur pied, le prince tente de les entraîner vers une opération de diversion sur Alep, mais ils préfèrent rejoindre les croisés français et anglais à Saint-Jean-d'Acre ().

La croisade franco-anglaise Malgré leur promesse lors de l’entrevue de Gisors en , les souverains français et anglais ne partent pas immédiatement et se font même la guerre dans l’année qui suit. Quand meurt le , Richard Cœur de Lion lui succède sur le trône de l'Empire angevin. Alors qu'il n'était que comte d'Anjou, il fut le premier noble d'Europe à prendre la croix, en ; il reprit donc le projet de croisade avec plus de détermination que son père. Finalement, les deux souverains ne remplissent leur vœu qu’un an plus tard. Le , les deux rois partent de Vézelay, et après avoir cheminé ensemble jusqu'à Lyon., ils prennent deux routes différentes, Philippe s’embarquant à Gênes sur les navires de ses alliés génois et Richard sur son immense flotte à Marseille, ils se rejoignent à Messine en Sicile. Ils passent six mois à hiverner dans le royaume de Sicile, pour n’en repartir qu’en . D’évidence chaque souverain cherche à surveiller l’autre, ce qui retarde leurs arrivées en Terre sainte, malgré les demandes pressantes des croisés déjà engagés dans le conflit, au siège d'Acre.

La conquête de Chypre Philippe Auguste s’embarque de Messine le et arrive en vue de la côte de la Terre sainte le . Richard Cœur de Lion part le , mais une tempête déroute sa flotte sur Chypre. Cette île est gouvernée par Isaac Doukas Comnène lequel s’est rendu indépendant de l’Empire byzantin cinq ans auparavant. Sa politique, hostile aux croisés, le conduit à informer Saladin des mouvements de la croisade, et ses gens pillent deux navires anglais, en perdition et forcés d’aborder l’île. Richard réagit en débarquant à Limassol le et entreprend de combattre Isaac, lequel est battu et capturé à Nicosie le . Puis il rembarque et arrive à Saint-Jean-d'Acre, vend l'île de Chypre aux Templiers contre la modique somme de d'argent.. Le grand maître de l'ordre du Temple, Robert de Sablé y installe donc une première base solide pour les Templiers avant de partir lui aussi rejoindre Acre ; il vend l'île un an plus tard à Guy de Lusignan. La base des Templiers est transférée à Acre où elle restera près d'un siècle.

Le siège de Saint-Jean-d’Acre par les croisés

vignette|Le siège de Saint-Jean-d'Acre d'après une miniature du . Dès sa libération par Saladin en , Guy de Lusignan était parti mettre le siège devant Saint-Jean-d'Acre avec une poignée de chevaliers dont le grand maître de l'ordre du Temple Gérard de Ridefort qui fut capturé puis exécuté le devant Saint-Jean-d'Acre, il fut remplacé dans ses fonctions deux ans plus tard par Robert de Sablé, grand ami du roi Richard, ayant passé dix neuf ans à sa cour. Occupé à conquérir la principauté d'Antioche, Saladin n’avait pas réagi, n’y voyant qu’une opération de diversion destinée à l’obliger à lever le siège de la forteresse de Beaufort, âprement défendue par Renaud Granier, comte de Sidon. Quand Guy de Lusignan décide de s’occuper de secourir Acre, son armée est fermement retranchée dans son camp et des renforts ont commencé à le rejoindre : les rescapés de la croisade allemande, des croisés français et anglais qui ont devancé le départ des souverains. C'est le cas du comte , neveu des deux rois, qui arrive le et annonce l’arrivée prochaine de ses deux oncles, Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion. Chaque troupe qui arrive grossit le dispositif des croisés et isole de plus en plus les assiégés qui ne peuvent pas non plus compter sur une aide maritime, la mer étant largement dominée par les escadres chrétiennes. Une querelle dynastique commence entre le roi Guy de Lusignan, qui doit son trône à sa femme Sibylle laquelle vient de mourir, et Conrad de Montferrat, qui vient d’épouser Isabelle, la sœur de Sibylle, mais ne compromet pas les opérations de siège.

vignette|Reddition de Saint-Jean-d'Acre d'après une miniature du .

L’arrivée du roi de France devant Saint-Jean-d'Acre le , ainsi que du roi d'Angleterre et du nouveau grand-maître templier Robert de Sablé deux mois plus tard, isole complètement et efficacement Acre de l’extérieur. La rivalité latente entre les deux souverains européens qui épouse la rivalité entre les deux prétendants au royaume de Jérusalem, divise le camp croisé en deux factions. Tandis que le roi de France prend parti pour Conrad de Montferrat, Richard soutient Guy de Lusignan.

Le , les habitants d'Acre font parvenir à Saladin un message disant qu’ils sont à bout de ressources et qu’ils sont dans l’obligation de capituler. Saladin tente une attaque désespérée le lendemain et échoue. Le , la ville entame des négociations de reddition et ouvre ses portes aux croisés le .