Marguerite Duras () est une écrivaine, dramaturge, scénariste et réalisatrice française, née le à Gia Định près de Saïgon, alors en Indochine française, et morte le à Paris.

Par la diversité et la modernité de son œuvre, qui renouvelle le genre romanesque et bouscule les conventions théâtrales et cinématographiques, elle est une figure majeure de la littérature de la seconde moitié du .

Elle est révélée par un roman d'inspiration autobiographique, Un barrage contre le Pacifique. Associée, dans un premier temps, au mouvement du Nouveau roman, elle publie ensuite régulièrement des romans qui font connaître sa voix particulière avec la déstructuration des phrases, des personnages, de l'action et du temps, et ses thèmes comme l'attente, l'amour, la sensualité féminine ou l'alcool : Moderato cantabile (1958), Le Ravissement de Lol V. Stein (1964), Le Vice-Consul (1966), La Maladie de la mort (1982), Yann Andréa Steiner (1992), dédié à son dernier compagnon Yann Andréa ou encore Écrire (1993).

Elle rencontre un immense succès public avec L'Amant, prix Goncourt en 1984, autofiction sur les expériences sexuelles et amoureuses de son adolescence dans l'Indochine des années 1930, qu'elle réécrira en 1991 sous le titre de L'Amant de la Chine du Nord.

Elle écrit aussi pour le théâtre, souvent des adaptations de ses romans comme Le Square paru en 1955 et représenté en 1957, ainsi que de nouvelles pièces, telle Savannah Bay en 1982, et pour le cinéma : elle écrit en 1959 le scénario et les dialogues du film Hiroshima, mon amour d'Alain Resnais, qui lui vaut d'être nommée pour l'Oscar du meilleur scénario original à la des Oscars et dont elle publie la transcription en 1960. Elle réalise elle-même des films originaux comme India Song, en 1975, avec Delphine Seyrig, Le Camion, en 1977, avec Gérard Depardieu, ou encore Les Enfants, en 1985, avec Daniel Gélin.

Biographie Enfant des colonies Ses parents se portent volontaires pour travailler dans la colonie de Cochinchine. Son père, Henri Donnadieu (certains lui donnent comme prénom « Émile ».), est directeur de l’école de Gia Định, banlieue nord de la Saïgon d'alors, aujourd'hui quartier du district de Binh Thanh de Hô Chi Minh-Ville. Sa mère, Marie Donnadieu-Legrand (1877-1956)., est institutrice. Ils ont trois enfants, Pierre, Paul et Marguerite. Ignorant les préjugés raciaux et bravant les interdits sociaux, les enfants jouent et se lient avec leurs semblables « indigènes » et, contrairement à leurs parents, parlent vietnamien.

Gravement malade, son père part en métropole pour y être hospitalisé. Il y meurt le , à l'âge de quarante-neuf ans. Il est inhumé dans le petit cimetière de Lévignac-de-Guyenne, près de Duras, en Lot-et-Garonne..

Son épouse bénéficie d’un congé administratif et retourne en métropole avec ses trois enfants. Ils habitent pendant deux ans dans la maison familiale du Platier, dans la commune de Pardaillan, près de Duras. En , Marie Donnadieu repart avec ses enfants rejoindre sa nouvelle affectation à Phnom Penh, au Cambodge. Elle ne veut pas y rester et elle est envoyée à Vĩnh Long. C'est là que la petite Marguerite, enthousiaste, apprend le piano. Son professeur, une collègue de sa mère, bâcle les leçons et la déclare inapte.. L'écrivaine s'en souviendra dans Moderato cantabile. Sa mère est ensuite affectée à Sa Đéc.

En 1926, Marie perçoit enfin le premier versement de sa pension de réversion. En 1927, lasse de cette vie de nomade, elle achète, poussée par l’administration coloniale, pour ses fils, une friche du district rural de Prey-Nop, à quatre-vingts kilomètres de Kampot, au Cambodge. La culture de ce polder régulièrement inondé par les hautes marées ne donne rien, à cause des infiltrations de sel, et Marie, ruinée, doit reprendre l’enseignement. Cette expérience marquera profondément MargueriteElle écrit dans Des journées entières dans les arbres : « Il reste toujours quelque chose de l'enfance, toujours… ». et va lui inspirer nombre d'images fortes de son œuvre (Un barrage contre le Pacifique, L'Amant, L'Amant de la Chine du Nord, L'Éden Cinéma).

thumb|Collège Chasseloup-Laubat.

En 1928, elle est inscrite en classe de troisième au collège puis au lycée Chasseloup-Laubat de Saïgon (aujourd'hui lycée Lê Quý Đôn), pour suivre des études secondaires.. Sa mère ambitionne pour sa fille l'enseignement des mathématiques. L'internat du lycée étant réservé aux garçons, Marguerite entre alors, rue Barbé (rue Lê Quý Đôn), dans une pension dirigée par une amie de sa mère..

thumb|150px|left|Galerie du lycée Lê Quý Đôn.

En 1931, après la vente de la propriété familiale du Platier, sa mère rachète un appartement de la Ville de Paris au 16, avenue Victor-Hugo à Vanves, dans la banlieue sud de la capitale. Elle obtient un congé administratif. Raison invoquée auprès de l'administration : l'état de santé de son fils Pierre, dépendant à l'opium, renvoyé à Paris en 1929..

Marguerite poursuit ses études en France, dans une école privée, l’école technique Scientia à Auteuil, dans le arrondissement de Paris sous la direction de Charles-Jérémie Hemardinquer.. Printemps 1932, Marguerite tombe enceinte. La famille du jeune homme, assez fortunée, arrangera l'avortement (d'où la signature, en 1971, du fameux Manifeste des 343). Elle est reçue à la première partie du baccalauréat, choisissant comme langue vivante en série B le vietnamien qu'elle maîtrise parfaitement depuis l'enfance. En vacances, elle découvre Trouville-sur-Mer et la côte normande qu'elle retrouvera plus tard en 1963..

De retour à Saïgon fin 1932, sa mère est nommée professeure à l'École primaire supérieure des garçons, elle achète une villa dans le quartier européen, 141, rue de la Testard, à proximité du lycée ainsi qu'une voiture. Marguerite passe les épreuves de la deuxième partie du baccalauréat, option Philosophie au lycée Chasseloup-Laubat..

Automne 1933, munie d'une bourse, la jeune femme quitte l’Indochine définitivement pour la métropole s'inscrivant à la faculté de droit de Paris, rue Saint-Jacques. Marguerite s'installe dans une pension de famille. Par ailleurs, elle mène de front des études de mathématiques et dit suivre des cours de mathématiques spéciales, en parallèle, à la faculté des Sciences..

En , elle fait la connaissance de Robert Antelme, étudiant en droit, fils de sous-préfet et de milieu bourgeoisLaure Adler, Marguerite Duras, Gallimard, Folio, ..

Après avoir obtenu une licence en droit public, elle poursuit un cursus juridique et économique à l'université, (et non pas, malgré la légende, à l'École libre des sciences politiques), et obtient un double diplôme d'études supérieures (DES) de droit public et d'économie politique.. Elle trouve un emploi comme secrétaire au service d'information du ministère des Colonies début . Robert Antelme est mobilisé dans l'armée à la fin de l'été suivant. Donnadieu et Antelme se marient le .

Guerre et entrée en écriture Marguerite Donnadieu cosigne au printemps 1940, avec Philippe Roques, L'Empire français, une commande de propagande du ministre des Colonies Georges Mandel dans laquelle est cité Jules Ferry : , il est du devoir . Retenant que l'indigénat a été aboli en 1903 en Indochine mais occultant que l'Empire reste divisé entre « citoyens » et « sujets », elle affirme dans un article sur le même sujet publié dans l'Illustration : .. Marguerite Duras désavouera ensuite ce livre signé Marguerite Donnadieu.

Marguerite est révoquée du ministère des colonies le . Le , Robert Antelme entre comme auxiliaire temporaire à la préfecture de Police de Paris, puis en au cabinet de Pierre Pucheu, secrétaire d'état à l'intérieur créateur en 1941 des Brigades spéciales, forces de répression supplétives de l'occupant nazi. À partir de Robert Antelme exerce les fonctions d’attaché de presse au secrétariat d’État à l’Information et à la Propagande dirigé par Paul Marion. Marguerite est enceinte et accouche d'un garçon mort-né en . En , elle est recrutée à la Commission de contrôle du papier d’édition, organe indirect de censure, voulu et supervisé par la Propagande allemande. Cette commission, créée par un décret du , est sous le contrôle de Paul Marion, par l'intermédiaire de son représentant Paul Haurigot , et s'installe au Cercle de la Librairie 117, boulevard Saint Germain. La commission est composée de 5 membres permanents : le président du Syndicat des Éditeurs, René Philippon, le directeur du Comité d'organisation des industries du livre (au sein du COIACL), Marcel Rives, le président du conseil du livre, Bernard Faÿ, un auteur scientifique, Louis de Broglie, et un auteur littéraire Paul Morand , le plus souvent suppléé par Paul Chack. Des représentants de la Propagandastaffel assistent aux réunions.Très appréciée, Marguerite Antelme devient officiellement secrétaire en titre de la Commission le , fonction qu'elle exercera jusqu'en . Marguerite Antelme reçoit, classe et expédie les listes de livres à publier ou à republier à la Propaganda-Abteilung Frankreich.

En , le couple Antelme s'installe au étage 5, rue Saint-Benoît, dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, dans un appartement que leur a trouvé Betty Fernandez, amie de Marguerite et épouse de l'écrivain pro-hitlérien Ramon Fernandez. Ramon Fernandez, membre important du PPF de Jacques Doriot, a participé en au « congrès de Weimar » sur l'invitation de Gerhard Heller et publié à son retour un éloge dithyrambique de Goebbels. Betty et Ramon Fernandez habitent le même immeuble que le couple Antelme au étage. Jusqu'en 1944 Marguerite est très assidue chez les Fernandez, dont le brillant salon est fréquenté par Chardonne, Jouhandeau, Brasillach, Drieu la Rochelle, Karl Epting, Gerhard Heller . Le couple Fernandez possèdait « un charme essentiel. Ils étaient l’intelligence et la bonté », dira plus tard Marguerite Duras. En 1984, dans une émission télévisée d'Apostrophes, elle fera preuve de la même ambiguité : “Les collaborateurs, ils étaient collaborateurs et puis voilà. Ils n'auraient jamais fait de mal à une mouche... Pourquoi salir Brasillach ? Qu'est ce qu'il a fait Brasillach ? “

À la Commission de contrôle du papier d’édition, elle préside, sous le contrôle de Gerhard Heller, lui-même sous l'autorité du major Heinz Schmidtke, un comité de lecteurs chargé d'autoriser, ou non, l'attribution aux éditeurs agréés d'un quota de papier, lequel par ailleurs est rationné. Marguerite Antelme fait recruter un certain nombre de lecteurs parmi ses amis dont Pierre Lafue, André Thérive, Ramon Fernandez, et Dionys Mascolo dont elle a fait la connaissance en chez Gallimard et qui devient son amant. Au mois de décembre, elle apprend la mort de son frère Paul, en Indochine.

Marguerite se met à l'écriture et publie en 1943 son premier roman Les Impudents. Elle le signe du nom de Duras, le village où se trouve la maison paternelle. Fin 1943 Robert Antelme se rapproche de la Résistance par l'intermédiaire d'un ami et résistant convaincu, Jacques Bénet. En , Jacques Bénet et François Mitterand, de retour de Londres, se rendent chez les Antelme rue Saint Benoit. Robert Antelme, Marguerite Duras et Dionys Mascolo intègrent alors le MNPGD dont Mitterrand , alias Morland, et Jacques Bénet sont les principaux dirigeants nationaux. Robert Antelme devient responsable adjoint à la propagande pour la région parisienne auprès d'Edgar Morinet participe à la rédaction des tracts et journaux. Les rencontres ont lieu dans l’appartement de la famille Antelme, rue Dupin. Marguerite Duras avouera plus tard: « Je ne me suis pas engagée. On m’a embarquée. On n’a pas été des héros. La Résistance est venue à moi ».