Utah Beach est une des cinq plages du débarquement de Normandie le . Plage la plus à l'ouest des zones du débarquement allié et la seule située dans le département de la Manche sur la côte nord-est du Cotentin, à l'ouest de l'estuaire de la Vire (les quatre autres se trouvent sur la côte du Calvados), Utah Beach s'étend de Sainte-Marie-du-Mont jusqu’à Quinéville sur environ de long, avec une zone d'assaut principal à hauteur de Varreville.

Elle fut ajoutée aux plans initiaux du débarquement, du fait d'un plus grand nombre de chalands de débarquement finalement disponibles et permettait ainsi d'avoir une tête de pont plus proche du port de Cherbourg.

Le débarquement à Utah Beach fut certainement le moins coûteux en vies humaines et celui qui atteignit à la fin de la première journée les résultats les plus proches des objectifs initiaux des Alliés. La d'infanterie américaine n'y rencontra qu'une relativement faible résistance ennemie, en contraste avec Omaha Beach, l'autre plage du secteur américain. Les fortifications allemandes y étaient moindres du fait d'une configuration des lieux jugée par les Allemands peu propice à un débarquement. En effet, la plage se trouve sur un cordon littoral adossé à des zones marécageuses. Le débarquement américain sur Utah sera donc précédé d'une opération aéroportée de nuit sur Sainte-Mère-Église et Chef-du-Pont, qui sera elle coûteuse en vies humaines, afin de contrôler les quelques routes au travers des marais permettant les sorties de plage.

La , commandée par le général Leclerc, y débarqua le : monument blindée..

Situation vignette|gauche|redresse=1.2|Plans initiaux et débarquement réel. vignette|gauche|redresse=1.2|Utah Beach, zones de largages prévues des troupes aéroportées et zones inondées.

La partie Est du Cotentin, à la limite des départements de la Manche et du Calvados est une zone de terres basses et humides, sujette à des inondations régulières en hiver. Sur le littoral, s'étendent de larges plages de sable bordées d'un cordon dunaire les séparant des marais que l'on franchit en empruntant des chemins surélevés. Les Allemands avaient volontairement maintenu plusieurs zones inondées pour rendre plus difficile un débarquement.

Cette plage, particulièrement propice à un assaut amphibie, verra ses défenses renforcées après que le maréchal Rommel détectera de nombreuses faiblesses dans le dispositif défensif allemand lors de ses multiples visites d'inspection. Ainsi, les dunes entre la baie des Veys et Saint-Vaast-la-Hougue seront truffées de nids de mitrailleuses et sur les hauteurs de l'arrière-pays seront aménagées quelques batteries lourdes, notamment à Azeville, Crisbecq, Morsalines, La Pernelle. Néanmoins cette zone restera moins fortifiée que d'autres zones de la côte normande du fait que les Allemands estimaient que les marais et les zones inondées rendaient difficile un accès à l'intérieur des terres.

Initialement, les Alliés n'avaient pas prévu de débarquer sur les côtes du Cotentin. La proximité du port de Cherbourg et la nécessité de disposer d'une solution de repli au cas où la situation tournerait mal sur les plages du Calvados, décidèrent les responsables du haut commandement allié (le général Eisenhower et le général Montgomery à ajouter une cinquième plage. Un plus grand nombre de chalands de débarquement disponibles permit cette plage supplémentaire.

L'endroit retenu reçut le nom de code d’Utah Beach. Il s'étend de Sainte-Marie-du-Mont jusqu’à Quinéville, avec une zone d'assaut d'environ deux kilomètres à hauteur de Varreville. Afin de permettre une sortie de plage des troupes fraîchement débarquées et qu'elles ne se trouvent pas bloquées entre la plage et les marais, les Alliés décidèrent d'engager deux divisions parachutistes, la et la divisions aéroportées américaines qui devront pour cela établir un point de fixation sur la zone de Sainte-Mère-Église et Chef-du-Pont et contrôler les quelques routes d'accès aux plages. Ils doivent également prendre le contrôle de la N 13, route nationale reliant Paris à Cherbourg via Caen d'importance stratégique, cela afin d'éviter tout mouvement de troupes ou contre-attaque ennemis par cette voie et aussi de couper la liaison avec la place de Cherbourg. Dans ce même but, ils doivent également contrôler la ligne de chemin de fer reliant Caen à Cherbourg, les ponts sur la Douve et le contrôle du canal de Carentan à la mer. L'assaut aéroporté porte les noms d'opérations Albany et Boston.

C'est la d'infanterie américaine du major général Barton, appartenant au américain commandé par le général J. Lawton Collins, qui fut chargée de prendre d'assaut Utah Beach. La première vague d'assaut est menée par le brigadier général Theodore Roosevelt Junior, cousin germain de l'épouse du président américain en exercice, Franklin Delano Roosevelt (dont il est également un lointain cousin), fils de l'ancien président Theodore Roosevelt et seul général, ce jour du , à accompagner une vague d'assaut. Ce débarquement bénéficie de l'appui feu du groupe de bombardement de l'amiral Morton Deyo et d'un écran de fumée lancé par le , groupe Lorraine des ex-forces aériennes françaises libres. En tout ce sont plus de , la « Force U », de convoyage, de protection ou d'appui aux troupes à terre qui seront impliquées dans le débarquement sur Utah Beach.

Flotte et couverture navale

thumb|right|250px|L' bombardant des positions allemandes près d'Utah Beach le 6 juin

Opérations C'est à le , après une intense préparation d'artillerie et un bombardement aérien efficace des principales positions allemandes, que la d'infanterie US est engagée. Deux escadrons de chars DD amphibies sont mis à l'eau à du rivage. Ils rejoignent la plage par leurs propres moyens grâce à deux hélices et une jupe de caoutchouc. Ils s'approchent en deux vagues d'assaut, pour l'une, 16 pour l'autre, de la plage où ils commencent à tirer sur les positions des Allemands alors que ceux-ci peinent à réorganiser leur défense après le terrible et efficace bombardement allié qui vient juste de cesser (bombardement maritime et bombardement aérien).

En raison d’une erreur de navigation, les premières vagues d’assaut prirent pied à environ au sud de l'endroit prévu. Heureuse erreur pour les Alliés puisque les défenses allemandes étaient là nettement moins redoutables, et les soldats allemands des territoriaux assez âgés et mal équipés. Pendant le début du débarquement de la division d'infanterie américaine, les tirs allemands sont nourris mais peu précis et peu à peu, les positions de mitrailleuses allemandes sont rapidement neutralisées. Il subsistera tout au long de la journée des tirs aléatoires mais meurtriers des canons et mortiers de la d'infanterie allemande située dans les terres mais que l'avancée des troupes à terre et les tirs guidés des navires alliés réduiront progressivement.

La plage est aux mains des Alliés assez rapidement. La marée, en se retirant, découvre les défenses des plages que les unités du génie commencèrent à éliminer moins d'une heure après le début du débarquement, afin d'ouvrir des passages aux chalands de débarquement de matériels et véhicules lourds. Deux heures après le débarquement, le mur antichar fut dynamité en plusieurs endroits et les chars purent commencer leur progression à l'intérieur des terres. La jonction des troupes débarquées et des parachutistes à l'intérieur des terres se fit en début d'après midi du côté de Pouppeville.

Les pertes de la (tués, blessés et disparus) ne dépassèrent pas les pour la journée du .

Seuls les canons de de la batterie allemande MKB de Crisbecq, appelée aussi batterie de Saint-Marcouf, commandée par Walter Ohmsen (qui surveillait tout le secteur à partir de son poste de commandement et d'observation de Crisbecq) furent en mesure de gêner sporadiquement les opérations de débarquement sur les journées des et , ainsi que les batteries de de la Pernelle, situées à plus au nord, qui gêneront, pendant près de deux semaines, les opérations de débarquement des Alliés..

Raisons d'un succès Comparativement à Omaha Beach, la sanglante, Utah Beach fut un succès, et ce dû à plusieurs facteurs : moins de fortifications allemandes comparé à d'autres plages. La défense est largement fondée sur l'isolement du cordon littoral de l'intérieur du pays par les zones inondées ; un bombardement avant l'assaut efficace : beaucoup des grands blockhaus identifiés, comme la batterie côtière près de Saint-Martin-de-Varreville, furent détruits par les B-26 Marauder, bombardiers moyens de la Air Force, volant à moins de () et fournissant aussi un appui aérien rapproché aux forces d'assaut ; les tanks DD : 28 des amphibies ont atteint le rivage car ils ont été mis à l'eau deux fois plus près de la plage qu'à Omaha, et n'ont donc pas coulé dans la Manche. Ils purent aussi se diriger dans le courant de manière plus efficace pour éviter la houle ; l'erreur sur la zone de débarquement avec un débarquement vers une zone plus au sud que prévu se révélant une des zones de sortie de plage la moins fortifiée ; les troupes parachutistes : la différence la plus significative fut les de la et de la aéroportée qui combattaient déjà dans l'intérieur des terres lors du début du débarquement. Cinq heures avant la première vague d'assaut, les troupes parachutées ou arrivées par planeurs combattaient au-delà des plages, éliminant l'ennemi des positions le long des sorties de plages et créant la confusion parmi les Allemands, prévenant ainsi toute contre-attaque organisée de la part de l'ennemi vers les zones de débarquement.

Mais ce succès doit être relativisé par les lourdes pertes subies par les troupes aéroportées. La perdit 40 % de ses effectifs le jour J, du fait d'une dispersion au largage (plusieurs tombèrent dans les marais) et de durs combats au sol.

Logistique vignette|droite|redresse=1.1|Soldats des , , et de la aéroportée américaine. Ferme Marmion à Ravenoville, Utah Beach, près de Saint-Marcouf dans le Cotentin, le .

Dans les heures, ce sont , de combats et d'approvisionnement qui seront débarqués sur cette plage.

Par la suite, une véritable logistique d'approvisionnement va être mise en place à Utah Beach par la brigade spéciale de génie américain, forte de , brigade qui sera portée dans les semaines qui suivent à près de . Cette unité, commandée par le major général Eugene Meode Caffey, permettra de à le débarquement sur la plage et l'acheminement jusqu'au front de , de la jeep à la locomotive, d'approvisionnements. En effet, bien avant d'être privés de leur port artificiel de Saint-Laurent-sur-Mer (appelé Mulberry A) détruit par la tempête du , les Américains avaient déjà imaginé des solutions de rechange, les Rhino ferries : la plage sera donc utilisée par des chalands mais aussi par des échouages volontaires de bateaux de plus fort tonnage, repris ensuite par la marée montante. Le quartier général de cette unité du génie sera durant les premières semaines établi dans le premier blockhaus pris aux Allemands à Utah Beach. Sur celui-ci s'élève aujourd'hui le monument à la mémoires des hommes de la de génie.

Vue du côté allemand Selon un historien anglais, Sir Basil Liddel Hart, qui a interviewé les généraux allemands prisonniers de guerre, le haut-commandement allemand était conscient de la faiblesse des divisions stationnées à l'ouest. Les divisions étaient squelettiques.

Selon des auteurs allemandsE. von Klapper (1966) et P. Carell (1969) , le point d'appui (Widerstandsnest) WN5 donna bien du fil à retordre aux troupes de débarquement. Cette position était aussi bien armée que possible (en fonction des ressources disponibles alors) : mini-tanks "Goliath" ; une tourelle blindée, ; canons de ; canons anti-chars de ; un obusier de ( mondiale) ; une tourelle de char Renault FT, enterrée, abritant une mitrailleuse Hotchkiss.