John Robert Cocker, dit Joe Cocker, né le à Sheffield (Angleterre) et mort le à Crawford (Colorado), est un chanteur de blues-rock britannique, et dans une moindre mesure, acteur et compositeur.

Sa voix rauque, immédiatement reconnaissable, et sa gestuelle scénique expressive ont largement contribué à sa notoriété internationale.

Biographie Origines

John Robert Cocker naît le au 38 Tasker Road, dans la banlieue de Crookes de Sheffield, cité minière et sidérurgique du nord de l’Angleterre. Il est le fils cadet de Harold Cocker (1907-2001), fonctionnaire, et de Madge Cocker (née Lee) (1910-1984), mariés en 1937, qui ont donné naissance à un premier fils, Victor en ..

Selon différents récits de membres de la famille, il reçoit son surnom de Joe soit parce qu'enfant, il pratiquait un jeu appelé « Cowboy Joe » ou par référence à un laveur de vitres du voisinage qui s'appelait Joe. Élevé au son du rock naissant et surtout du skiffle, les influences musicales principales de Joe sont Ray Charles et Lonnie Donegan. La première expérience de chant en public de Joe a lieu à douze ans, lorsque son frère aîné Victor l'invite sur scène à l'occasion d'une représentation de son groupe de skiffle ..

C'est en 1960 qu'avec trois amis Joe forme son premier groupe, The Cavaliers, dans lequel il est batteur puis chanteur. À l'occasion de leur premier spectacle dans un club de jeunes, on raconte qu'on leur fait payer le droit d'entrée. The Cavaliers se séparent au bout d'un an et Joe quitte l'école en 1960 pour devenir apprenti plombier/gazier dans la compagnie Gasboard tout en continuant une carrière musicale.

Débuts de carrière (1961-1966)

En 1961, il prend le nom de scène de Vance Arnold, et continue sa carrière musicale avec un nouveau groupe : Vance Arnold and the Avengers. Ce nom combine celui de Vince Everett (Cocker aurait mal entendu le nom du personnage qu'incarne Elvis Presley dans le film Jailhouse Rock et l'aurait transcrit par Vance) et celui du chanteur de country Eddy Arnold. Ce groupe de pub rock joue essentiellement dans les pubs de Sheffield, reprenant des titres de Chuck Berry et Ray Charles. En 1963, ils obtiennent leur première représentation marquante en réalisant la première partie du concert des Rolling Stones à la salle des fêtes de Sheffield.

Inspiré par les textes de Dave Berry, Joe fait également des apparitions avec le backing band local .

En 1964, après une audition auprès du producteur Mike Leander, ce dernier l'aide à enregistrer une démo de qualité, ce qui permet à Joe de signer un contrat personnel avec Decca et publier son premier quarante-cinq tours, une reprise de I'll Cry Instead des Beatles. En dépit de Jimmy Page à la guitare rythmique et d'une publicité importante de la part de Decca, insistant sur sa jeunesse et son extraction prolétaire, le disque est un échec, et le contrat d'enregistrement de Joe avec Decca s'achève fin 1964. Après avoir enregistré ce titre, Joe abandonne son nom de scène et forme le nouveau groupe : Joe Cocker’s Big Blues, dont un seul enregistrement subsiste et dont on a peu de traces ; il comporterait une reprise du morceau de Curtis Mayfield : I've Been Trying.

Après une tournée en première partie de Manfred Mann et The Hollies au Royaume-Uni puis une tournée dans les bases militaires américaines en France, il retourne travailler dans sa compagnie de gaz en 1965.

Le Grease Band (1966-1969)

En 1966, après un arrêt d'une année avec la musique, Joe s'associe au claviériste et bassiste Chris Stainton, rencontré deux ans auparavant ; ils forment The Grease Band. Ce nom a pour origine une interview que Joe avait lue, du musicien de jazz Jimmy Smith, dans laquelle ce dernier employait l'expression have a lot of grease pour décrire un autre musicien. Tout comme The Avengers, le Grease Band se produit essentiellement dans les pubs de Sheffield et des alentours. , producteur de Procol Harum, des Moody Blues et de Georgie Fame remarqua le groupe. Joe enregistre le 45 tours, Marjorine, pour Cordell, sans le Grease Band, dans un studio londonien. Il déménage ensuite à Londres avec Stainton et le Grease Band est dissout. Cordell obtient que Cocker se produise régulièrement au Marquee Club de Londres où un nouveau Grease Band, avec Stainton et le claviériste Tommy Eyre, se forme.

Après le succès d'estime aux États-Unis de Marjorine, Denny Cordell propose à Joe d'enregistrer une reprise de With a Little Help from My Friends, autre chanson des Beatles, afin d'accrocher le public américain. Participent à l'enregistrement Jimmy Page, à nouveau cette fois-ci à la guitare solo, B. J. Wilson à la batterie, Sue et Sunny comme choristes et Tommy Eyre à l'orgue. La chanson sera utilisée plus tard comme le thème d'ouverture de The Wonder Years et sera au Top Ten des classements britanniques et y restera treize semaines, atteignant la première place le . Elle atteint la soixante-huitième place dans les classements américains.

La nouvelle formule de tournée du Grease Band de Cocker inclut Henry McCullough à la guitare solo, qui jouera ensuite quelque temps avec les Wings de Paul McCartney. Après avoir fait une tournée avec les Who au Royaume-Uni pendant l'automne 1968, puis avec Gene Pitney et Marmalade au début de l'hiver 1969, le Grease Band s'embarque pour sa première tournée américaine au printemps 1969. L'album de Joe Cocker, incluant With a Little Help from My Friends, sorti peu après leur arrivée, est numéro trente-cinq dans les classements américains pour finalement devenir disque d'or. Pendant la tournée américaine, Cocker participe à plusieurs festivals importants, tels le Festival de folk de Newport et le Denver Pop Festival.

vignette|Au Festival de Woodstock en 1969.

Au mois d'août, Denny Cordell entend parler du Festival de Woodstock dans l'État de New York et convainc l'organisateur, Artie Komfeld, d'engager Joe Cocker et le Grease Band pour cette occasion. Il faut transporter le groupe jusqu'au lieu du festival par hélicoptère en raison de l'énorme affluence du public. En ouverture de la troisième journée du festival le , ils y jouent plusieurs chansons, dont Something’s Coming on, Let's Go Get Stoned, I Shall Be Released et With a Little Help from My Friends. Cocker dira plus tard de l'événement : « …une sorte d'éclipse, une journée très spéciale ».

Juste après Woodstock, Joe publie son second album : Joe Cocker !. Impressionnés par sa reprise de With a Little Help from My Friends, Paul McCartney et George Harrison lui permettent d'utiliser leurs titres She came in through the bathroom window et Something pour son album. Enregistré à l'occasion d'une pause dans la tournée pendant le printemps et l'été, l'album atteint le onzième rang dans les classements américains et devient un « hit » au Royaume-Uni, avec la chanson de Leon Russell Delta Lady.

Tout au long de 1969, Joe Cocker est l'invité de spectacles télévisuels tels The Ed Sullivan Show et This Is Tom Jones. Son attitude sur scène est très originale : souvent débraillé, une éternelle barbe de trois jours sur un visage grimaçant, il balance les bras et joue d'une guitare virtuelle, semblant parfois donner des directives à ses musiciens. À la fin de l'année, Cocker n'a plus envie de s'embarquer dans une autre tournée américaine et décide donc de dissoudre le Grease Band.

Mad Dogs and Englishmen (1969-1971) vignette|Joe Cocker en 1970.

Bien que Joe Cocker n'ait guère envie de se retrouver à nouveau sur la route, les services d'immigration américains l'avertissent que l'annulation de ses dates pourrait compromettre ses futures tournées aux États-Unis. Il décide donc d'honorer son contrat et forme rapidement un groupe important de plus de trente musiciens qui comprend le pianiste et chef d'orchestre Leon Russell, trois batteurs et les choristes Rita Coolidge et Claudia Lennear. Denny Cordell le baptise (« Chiens Fous et Gentils Hommes Anglais »), d'après la chanson du même nom de Noël Coward. Sa musique, à l'époque, tend vers un style de rock plus bluesy, souvent comparé à celui des Rolling Stones. Au cours de la tournée qui s'ensuit (que le batteur Jim Keltner décrit après coup comme « une immense fête sans limites »), Joe Cocker parcourt quarante-huit villes, enregistre un double album en public et est gratifié de critiques très positives quant à ses prestations par les magazines Time et Life.

Il reste que la programmation de la tournée est éreintante : 65 concerts en 57 jours. Joe Cocker et Leon Russell ont des relations conflictuelles, et Cocker se met à déprimer et à boire de façon excessive vers la fin de la tournée en . Dans l'intervalle, il jouit de plusieurs citations dans les classements américains avec Cry me a river et Feeling alright de Dave Mason. Sa reprise du succès des Box Tops ,The Letter, qu'on retrouve sur l'album en public ainsi que dans le film Mad Dogs and Englishmen (scènes de reportages sur la vie de la tournée : répétitions, voyages, loisirs entre les représentations, etc.), devint son premier succès au Top ten américain.

Après un séjour de plusieurs mois à Los Angeles, Cocker retourne chez lui à Sheffield où sa famille est très inquiète de sa santé physique et mentale. Au cours de l'été 1971 High time we went, sorti en 45 tours chez A&M Records, paraît aux États-Unis, le morceau devient un succès atteignant la vingt-deuxième place sur le US Billboard Hot 100 chart. Le morceau ne figure pourtant sur l'album Joe Cocker qu'en .

En tournée (1972-1982) vignette|Joe Cocker en scène fin des années 1970.

Début 1972, après presque deux années loin de la musique, Joe Cocker part en tournée avec un groupe que Chris Stainton a monté, commençant par un concert au Madison Square Garden qui attire quelque vingt mille personnes. Après sa tournée aux États-Unis, il part pour une tournée européenne où il chante devant des publics nombreux en Allemagne ainsi qu'en Italie (Milan). Il revient aux États-Unis pour une nouvelle tournée à l'automne 1972. C'est au cours de ces tournées que le groupe met au point les morceaux qui feront partie du nouvel album : Joe Cocker. Cet album, mélange d'enregistrements de scène et de studio, atteint la trentième place dans les classements américains.

En , lors de la tournée de Joe Cocker en Australie, lui et six membres de son entourage sont arrêtés par la police à Adelaide pour détention de marijuana. Le lendemain à Melbourne, après un dépôt de plainte pour agression après une rixe au Commodore Chateau Hotel, la police fédérale australienne donne à Joe Cocker quarante-huit heures pour quitter le pays. Ce qui déclenche une énorme protestation du public en Australie ; en effet, Joe Cocker y représente un artiste étranger de haute réputation et bénéficie d'un fort soutien, plus spécialement par ceux du « baby-boom » qui deviennent majeurs et vont voter pour la première fois. L'affaire initie un immense débat quant à l'utilisation et la légalisation de la marijuana en Australie et vaut à Joe Cocker son surnom de « The Mad Dog » (le chien fou). Peu de temps après cette tournée australienne, Stainton abandonne sa carrière de musicien pour monter son propre studio d'enregistrement. Après le départ de son ami et la brouille avec son producteur de longue date, Denny Cordell, Joe sombre dans la dépression et se met à l'héroïne. Il s'en débarrasse en 1973, mais continue d'abuser des cigarettes et de l'alcool.