Le mwotlap (M̄otlap, prononcé [], anciennement connu comme motlav) est une langue de tradition orale parlée au Vanuatu par environ personnes en 2010. Plus précisément, ses locuteurs habitent essentiellement dans une petite île officiellement connue sous le nom de Mota Lava, dans l’archipel des îles Banks, dans le nord du pays.
Comme toutes les autres langues indigènes de cet archipel, le mwotlap appartient au groupe des langues océaniennes, lui-même une branche de la grande famille des langues austronésiennes. Il est proche des langues des îles voisines telles que le mwesen.
Le mwotlap présente de nombreuses caractéristiques typiques des langues océaniennes : ses pronoms personnels distinguent quatre nombres (singulier, duel, triel et pluriel) ; l’expression de la possession est complexe (les noms peuvent être inaliénables ou aliénables, et dans le deuxième cas on indique le type de possession dont il s’agit) ; les concepts de « droite » et « gauche » ne sont pas utilisés pour se repérer et les locuteurs s’orientent en fonction de la géographie de leur île (vers la mer, vers la terre).
Le mwotlap n’a été décrit en détail pour la première fois qu’en 2001 par Alexandre François, linguiste au CNRS.
Nom Si le nom de l’île utilisé par les étrangers, Mota Lava, provient du mota, la langue qui y est parlée a été plus souvent appelée motlav, mwotlav ou mwotlap (le nom le plus utilisé de nos jours), qui sont des transcriptions du terme M̄otlap, prononcé [] (cf. Phonologie pour l’alternance entre v et p). Ce mot est le nom de l’île : les locuteurs du mwotlap appellent leur langue « le parler / les paroles / le discours de Mota Lava » (na-gatgat / no-hohole / na-vap to-M̄otlap) et se nomment eux-mêmes « les gens de Mota Lava » (ige to-M̄otlap)pp. 21–22.
Répartition géographique thumb|right|Mota Lava, l’île d’origine du Mwotlap. Le mwotlap est parlé au nord du Vanuatu, dans l’archipel des îles Banks, par environ locuteurs. Parmi ceux-ci, vivent sur l’île Mota Lava et l’îlot voisin Ra ; il faut leur ajouter quelques centaines de personnes vivant ailleurs au Vanuatup. 24 : Vanua Lava, en particulier sur la côte nord-est ; d’autres îles du nord du Vanuatu : Ureparapara, Gaua, Ambae... ; Port-Vila, capitale du Vanuatu ; Luganville, seconde ville du pays, située sur l’île d’Espiritu Santo.
Classification Le mwotlap appartient à la grande famille des langues austronésiennes, qui regroupent plus de langues. À l’intérieur de ce groupe, le mwotlap fait partie des langues océaniennes, parlées dans l’océan Pacifique et issues d’un ancêtre commun hypothétique appelé proto-océanien ; plus précisément, il appartient au sous-groupe dit « nord et centre du Vanuatu », qui regroupe 95 langues, soit la majorité des langues du payspp 12, 83–84.
Histoire La première description du mwotlap a été donnée en 1885 par , prêtre anglican qui a étudié les sociétés mélanésiennes. Bien que spécialisé principalement en mota, il consacre douze pages de son ouvrage The Melanesian Languages à la langue « motlav ». Bien qu’assez brève, cette description permet de connaître certaines des évolutions du mwotlap au cours du . De plus, Codrington décrit le volow, langue proche du mwotlap (parfois même considérée comme un dialecte du mwotlap) parlée dans l’est de Mota Lava, aujourd’hui éteintep. 36.
Phonologie vignette|Enregistrement d’une femme parlant mwotlap par Wikitongues. Consonnes Le mwotlap possède consonantiques (plus quelques allophones et phonèmes étrangers). Il présente la particularité d’avoir des consonnes labiales-vélaires avec un relâchement spirant en pp. 51–75.
+ Consonnes en mwotlap Labio-vélaires Bilabiales Alvéolaires Vélaires Glottale Occlusives sourdes q t k Occlusives sonores prénasalisées b d Fricatives v, p s g h Nasales m̄ m n n̄ Latérale l Semi-consonnes w y
On peut également mentionner le phonème , présent dans certains emprunts récents, comme rin̄ (« téléphoner »), emprunté à l’anglais ring. Un son étranger encore plus rare est , orthographié , rencontré dans quelques emprunts tels que no-Ḡot (« Dieu », de l’anglais God via le bislama Got).
Le phonème possède trois réalisations possibles, en distribution complémentaire : en début de syllabe, ou en variante libre ; en fin de syllabe, . Par exemple, à partir du radical (« courir »), on obtient les formes valag (« courent ») et me-plag (« il a couru »). Bien que la transcription utilise v dans le premier cas et p dans l’autre, il s’agit bien du même phonème. (Certaines conventions orthographique utilisent v dans les deux cas, ce qui explique pourquoi la langue est connue sous le nom de motlav et mwotlap.)
Le son apparaît cependant en début de syllabe dans des mots empruntés, comme ne-pepa (« papier », de l’anglais paper). Dans des emprunts plus anciens, un p était généralement reflété par (ou plus rarement ), par exemple no-bomdete (« pomme de terre », emprunté au français).
Un phénomène similaire se produit avec les consonnes prénasalisées : en fin de syllabe, devient et devient . Par exemple, le radical (« main ») donne bēnē-k (« de ma main ») et na-mnē-k (« ma main »). (Là encore, le fait que devienne à l’écrit résulte de la convention orthographique. Il s’agit toujours du même phonème.) Cependant, contrairement au cas de , il ne s’agit pas de distribution complémentaire, puisqu’il existe des paires minimales opposant b à m et d à n, comme na-nay (« veuve ») et na-day (« sang »). Par conséquent, un en fin de syllabe peut correspondre soit à un , soit à un sous-jacent.
La consonne est de plus en plus souvent réalisée et ressemble alors à : dans certains cas, après ou , les locuteurs eux-mêmes hésitent entre w et g. Ainsi, la séquence est parfois entendue par les étrangers comme une diphtongue * ou * : par exemple, Vet Tagde [], un îlot inhabité, est orthographié Vétaounde sur les cartes françaises.
Hormis quelques rares cas particuliers, il n’y a pas d’assimilation entre les consonnes. N’importe quelle consonne peut se trouver avant ou après n’importe quelle autre. Il n’y a que deux règles de sandhi entre les consonnes : devient ; deux consonnes identiques consécutives se simplifient en une seule consonne, aussi bien à l’intérieur d’un mot qu’entre deux mots.
Voyelles Le mwotlap possède sept voyelles orales. Il n’y a pas de voyelle nasale, ni de voyelle longue, ni de diphtongue (deux voyelles consécutives, même de même timbre, sont prononcées séparément).
+ Voyelles en mwotlap Antérieures Centrale Postérieures Fermées i u Mi-fermées ē ō Mi-ouvertes e o Ouverte a
Les voyelles et se réalisent parfois plus fermées ( et ), mais cette différence n’est pas pertinente dans la languepp. 75–76.
Orthographe Le mwotlap étant une langue de tradition orale, il n’a pas d’écriture propre. Cet article emploiera l’orthographe du linguiste Alexandre François, basée sur l’alphabet latin complété de macrons.
+ Alphabet du mwotlappp. 77–78 Lettre a b d e ē g h i k l m m̄ Prononciation Lettre n n̄ o ō p q s t u v w y Prononciation
Prosodie Le mwotlap n’a pas de tons. L’accent tonique tombe sur la dernière syllabe d’un mot ou d’un syntagme, tout comme en françaisp. 81.
Morphophonologie
Syllabes La structure des syllabes est (C)V(C) : cela implique qu’il ne peut pas y avoir plus de deux consonnes consécutives à l’intérieur d’un mot, et qu’un mot ne peut pas commencer ou finir par plus d’une consonne. Les rares exceptions à ce système sont des emprunts récents, comme skul (« école », de l’anglais school)p. 78.
Pour respecter ce schéma, quand un radical commence par deux consonnes se trouvant en début de mot, une voyelle épenthétique (la même que la voyelle suivante) est insérée entre ces consonnesp. 79. Par exemple, le radical (« saoul », de l’anglais drunk) peut donner les formes suivantes : me-tron̄ (« il s’est saoulé ») : les consonnes t et r appartiennent à deux syllabes différentes ; toron̄ (« ils se saoulent ») : l’insertion d’une voyelle entre t et r est obligatoire pour empêcher que la syllabe commence par deux consonnes successives.
Copie vocalique La copie vocalique désigne la capacité de certains préfixes à copier la voyelle du mot qui suit. C’est le cas notamment de l’article na-, du locatif le- ou de te-, qui sert à former des adjectifs d’origine. Ils donnent par exemple nō-vōy (« volcan »), ni-hiy (« os »), to-M̄otlap (« de Mota Lava »), mais na-pnō (« île ») et na-nye-k (« mon sang »). En fait, certains mots permettent la copie de leur voyelle, mais d’autres l’empêchent : ces derniers sont les radicaux qui commencent par deux consonnes. Ainsi, les radicaux et autorisent la copie de leur voyelle, mais les deux consonnes au début de et la bloquent.
Il existe cependant quelques exceptions (moins de 5 % des noms), telles que (« soleil ») et (« champ »), qui donnent respectivement avec l’article na-lo et nē-tqē, et pas *no-lo et *na-tqē comme on pourrait s’y attendrepp. 96–105.
Un phénomène similaire mais plus rare, appelé transfert vocalique, concerne une poignée de lexèmes : la première voyelle du mot, au lieu d’être copiée par le préfixe, est transférée. Ainsi, hinag (« igname ») devient ni-hnag et pas *ni-hinagpp. 114–119.
Évolution phonétique Le mwotlap, comme les autres langues du nord et du centre du Vanuatu, a perdu les consonnes finales du proto-océanienp. 85.
Plus récemment (il y a quelques siècles), les mots étaient accentués sur l’avant-dernière syllabe, avec un accent secondaire toutes les deux syllabes. Toutes les voyelles posttoniques (syllabes atones situées après un accent tonique) se sont amuïes. Ainsi, le mot M̄otlap est issu d’une forme *M̄ótaláva : les voyelles non accentuées ont été perdues. Cependant, celles-ci se sont maintenues en début de mot, comme dans Asol (« Sola »), qui provient de *a-Sólapp. 86–92.
D’autre part, les voyelles amuïes ont dans certains cas influencé le timbre de la voyelle précédente : dans *lagi (« se marier »), le i a légèrement fermé le a en disparaissant, donnant la forme moderne leg . Dans l’autre sens, le proto-océanien *pulan (« lune ») a donné wōl : le a a ouvert le u. Ce phénomène d’umlaut ou métaphonie, que l’on retrouve également dans quinze autres langues de la régionA. François, Unraveling the history of the vowels of seventeen northern Vanuatu languages, explique que le mwotlap a augmenté son inventaire de cinq voyelles (celles du proto-océanien) à sept. En outre, ces évolutions historiques permettent de comprendre la morphophonologie complexe des voyelles en mwotlap.
Parmi les évolutions les plus récentes, le son , encore présent au , a été remplacé par au cours du : qirig (« aujourd’hui »), relevé en 1885 par Codrington, est maintenant qiyigp. 62. (Le fait que ce son réapparaisse dans des emprunts est un phénomène différent.)
Grammaire Le mwotlap est une langue SVO : l’ordre des mots dans la phrase est fixe et est toujours sujet-verbe-complément-compléments circonstanciels.
Contrairement au français qui ne distingue que deux nombres (singulier et pluriel), le mwotlap en distingue quatre : singulier, duel, triel et pluriel. Ceci n’est valable que pour les mots qui désignent des humains ; les noms non humains n’ont pas d’opposition de nombre et sont exprimés comme des singuliersp. 256.
Noms et substantifs Alors qu’en grammaire française, « nom » et « substantif » sont synonymes, ils désignent deux catégories similaires mais distinctes en mwotlap. Les substantifs sont tous les mots se référant à des humains, que ce soient des noms propres ou des termes comme imam (« père »), bulsal (« ami »), m̄alm̄al (« jeune fille »), etc. Ils peuvent servir de sujet, d’objet, de possesseur, etcpp. 161–162. Les noms sont tous les autres mots que l’on peut qualifier de noms communs, mais qui ne désignent pas des personnes. Ils doivent être précédé d’un article pour fonctionner comme un substantif.