vignette|280px|Une galette des rois à la frangipane. La galette des rois est une préparation culinaire traditionnellement consommée après la fête de Noël, dans les pays de tradition chrétienne. Il s'agit actuellement d'une galette élaborée à base de pâte feuilletée et d'amandes (dans une préparation de frangipane), et consommée dans la moitié nord de la France, en Belgique, en Suisse, au Luxembourg, au Québec, en Acadie et au Liban.

Elle est dégustée à l’occasion de l’Épiphanie, une fête chrétienne qui célèbre la visite des Rois mages à l'enfant Jésus, relatée dans l'Évangile selon Matthieu (Mt 2, 1-12). Selon les pays, cette fête est célébrée le ou le premier dimanche après le . En Belgique, la communauté néerlandophone lui donne le nom de driekoningentaart (tarte des trois rois). Certaines variantes de la galette font apparaître des boules symbolisant les mages, ou des fruits confits représentant les pierres précieuses ornant les couronnes.

D'origine païenne, la galette des rois, qui a dépassé sa signification religieuse dans le monde moderne, est désormais l'occasion de se retrouver en famille ou entre amis. Cette tradition s'est sécularisée et est célébrée dans les municipalités, sur certains lieux de travail

De nombreuses variantes existent. Par exemple, cette galette est aussi appelée « galette parisienne » dans les régions du sud de la France, où l'on consomme non pas la galette, mais le gâteau des rois., ou diverses formes apparentées dans les pays non francophones.

Histoire Origine vignette|Les Saturnales par Antoine Callet, 1783. L'historien romain Tacite écrit qu'un jeu consistait à tirer au sort la royauté lors des fêtes consacrées au dieu SaturneAnnales, livre . : les Saturnales étaient des fêtes romaines se déroulant la semaine du solstice d'hiver (soit entre la fin de décembre et le commencement de janvier), durant lesquelles les Romains désignaient un esclave comme « roi d’un jour »Michel Meslin, L’Homme romain : des origines au de notre ère, Bruxelles, Complexe, 2001, 292, , ., pendant un banquet (au début ou à la fin des Saturnales, selon les différentes époques de la Rome antique). La fève de l'Épiphanie pourrait tirer son origine de cette pratique : dans la Grèce antique les votes s'effectuaient au moyen d'une fève blanche ou noire Le « roi d’un jour » dispose du pouvoir d’exaucer tous ses désirs pendant la journée (comme donner des ordres à son maître) avant de retourner à sa vie servile. Il n'était permis d'entreprendre aucune guerre, ni d'exécuter un criminel, ni d'exercer d'autre art que celui de la cuisine pendant les Saturnales.

Étienne Pasquier (-) décrit dans ses Recherches de la France, . les cérémonies qui s’observent en cette occasion : Eugène Cortet, Essai sur les fêtes religieuses et les traditions populaires qui s’y rattachent, Paris, E. Thorin, 1867, 283, ..

Moyen Âge vignette|260px|Une galette des rois entamée (galette frangipane). Le partage de la galette est associé à la célébration des rois mages lors de l'Épiphanie, pour les chrétiens.Nadine Cretin, historienne des fêtes spécialisée en anthropologie religieuse dans Histoire de la galette des rois et de la fève, L'Express du . Au Moyen Âge, les grands nomment quelquefois le roi du festin, dont on s’amuse pendant le repasPaul Lacroix, Le Moyen Âge et la Renaissance : histoire et description des mœurs et usages, du commerce et de l'industrie, des sciences, des arts, des littératures et des beaux-arts en Europe, , Paris, [s.n.], 1848.. , voulant montrer quelle était la piété de ce prince de la fin du , remarque : Armand Lebault, La Table et le repas à travers les siècles : histoire de l’alimentation, du mobilier à l’usage des repas du cérémonial et des divertissements de table chez les peuples anciens et les français. Précédée d'une étude sur les mœurs gastronomiques primitives et sur le rôle du repas dans la civilisation, Paris, Lucien Laveur, 718 .. Giacomo Margotti, Hubert Joseph Maréchal, Rome et Londres, Paris ; Tournai, Henri Casterman, 1859, 544, .Alexandre Mazas, Vies des grands capitaines français du Moyen Âge : , , Paris, Jacques Lecoffre, 1845, ..Dans sa Vie privée des Français, Legrand d’Aussy écrit, que, dès 1311, il est question de gâteaux feuilletés dans une charte de de Fouilloy, évêque d’AmiensHistoire de la vie privée des Français depuis l’origine de la nation jusqu’à nos jours, Paris, Simonet, 1815, .. Souvent même, on paye les redevances seigneuriales avec un gâteau de ce genreJean-Baptiste-Bonaventure de Roquefort, Glossaire de la langue romane, , Paris, B. Warée, 1808, .. Ainsi, tous les ans, à Fontainebleau, le , les officiers de la forêt s’assemblent à un endroit appelé « la table du roi », et là, tous les officiers ou vassaux qui peuvent prendre du bois dans la forêt et y faire paître leurs troupeaux, viennent rendre hommage et payer leurs redevancesAlexandre de La Fons de Mélicocq, Une cité picarde au Moyen Âge : Noyon et le Noyonnais, Noyon, Soulas-Amoudry, 1841, .. Les nouveaux mariés de l’année, les habitants de certains quartiers de la ville et ceux d’une paroisse entière ne doivent tous qu’un gâteauConstantin Mazeret, C. V. Monin, Panorama descriptif, historique anecdotique des rives de la Seine de Paris à Montereau, Paris, H.-L. Delloye, 1836, .. De même, lorsque le roi fait son entrée dans leur ville, les bourgeois d’Amiens sont tenus de lui présenter un gâteau d’un setier de bléAntoine Goze, Histoire des rues d’Amiens, Amiens, Alfred Caron, 1854, ..

Monarchie vignette|La Fête des rois, de Jacob Jordaens, v. 1640-45 (Kunsthistorisches Museum, Vienne). On « tire les rois » même à la table de La France littéraire, , Paris, , note 1.. Dans ses Mémoires, Françoise de Motteville écrit, à l’année 1648, que : . » Un autre passage des mêmes Mémoires atteste que, suivant un usage qui s’observe encore dans quelques provinces, on réserve pour la Vierge une part qu’on distribue ensuite aux pauvres : Avant , les grandes dames qui tirent la fève deviennent reines de France d’un jour et peuvent demander au roi un vœu dit « grâces et gentillesses » mais « le Roi-Soleil » abolit cette coutumeLouis Charles Dezobry, Théodore Bachelet, Dictionnaire général de biographie et d’histoire, de mythologie, de géographie ancienne et moderne comparée, des antiquités et des institutions grecques, romaines, françaises et étrangères, Paris, Charles Delagrave, 1869, ..

conserve l’usage du gâteau des rois, même à une époque où sa cour est soumise à une rigoureuse étiquetteLe Journal de Paris, , , Paris, .. Le Mercure galant de décrit la salle comme ayant cinq tables : une pour les princes et seigneurs, et quatre pour les dames : Revue catholique de Bordeaux, Bordeaux, Libraire St Paul, ..vignette|Gâteau des rois par J.-B. Greuze, 1774

En 1711, le Parlement de Paris décide, à cause de la famine, de le proscrire afin que la farine, trop rare, soit uniquement employée à faire du painLa Tradition : revue générale des contes, légendes, chants, usages, traditions et arts populaires, folklore, traditionisme, histoire des religions, littérature, Paris, 1904, .. Jean Chagniot, Paris au , Paris, Hachette, 1988, 587, ..

Sur leur requête, le Parlement rend, en 1713 et 1717, des arrêts qui interdisent aux boulangers de faire et de donner, à l’avenir, aucune espèce de pâtisserie, d’employer du beurre et des œufs dans leur pâte, et même de dorer leur pain avec des œufsJean-Baptiste Denisart, Jean Baptiste François Bayard, L. Calenge, Armand-Gaston Camus, Meunier, Collection de décisions nouvelles et de notions relatives à la jurisprudence, , Paris, Veuve Desaint, 1784, .. La défense n’a d’effet que pour Paris et l’usage prohibé continue d’exister dans la plupart des provincesPierre Vinçard, Les Ouvriers de Paris, Paris, Gosselin, 1863, ..

Révolution française vignette|Caricature : « Le gâteau des rois, tiré au Congrès de Vienne en 1815 » Quand vient la Révolution, le nom même de « gâteau des rois » devient un dangerEdmond et Jules de Goncourt, Histoire de la société française pendant la Révolution, Éditions du Boucher, 2002, 360, . et Pierre-Louis Manuel, du haut de la tribune de la Convention, tente sans succès d’obtenir l’interdiction du gâteau des roisJean Leflon, La Crise révolutionnaire 1789-1846, Bloud & Gay, 1949, 524, ., mais la galette triompha du tribun. . Peu après, un arrêté de la Commune ayant changé, dans la séance du , le jour des rois en « jour des sans-culottes », le gâteau n’a plus sa raison d’êtrePhilippe Buchez, Pierre-Célestin Roux-Lavergne, Histoire parlementaire de la Révolution française ou Journal des assemblées nationales depuis 1789 jusqu’en 1815 : la narration des événements ; les débats des assemblées ; les discussions des principales sociétés populaires, et particulièrement de la société des Jacobins ; les procès- verbaux de la Commune de Paris ; les séances du tribunal révolutionnaire ; le compte-rendu des principaux procès politiques ; le détail des budgets annuels ; le tableau du mouvement moral extrait des journaux de chaque époque, etc. ; précédée d’une introduction sur l’histoire de France jusqu’à la convocation des États-Généraux, Paris, Paulin, 1834-1838, ..

Selon Christine Armengaud, cette disparition n'est néanmoins que momentanée, car les sans-culottes ayant renommé l’Épiphanie en « fête du Bon Voisinage »Franck Jouve, Michèle Jouve, Made in France, Périgueux, Chronique, 2013, 160, ., et un décret du ayant recommandé de partager la « galette de l’ÉgalitéChristine Armengaud, Le Diable sucré, Paris, La Martinière, 2000, 167, , . », il réapparaît bientôt sur toutes les tables familiales.

Tradition de « tirer les rois »

vignette|La fête des rois, scène d’intérieur. Famille de paysans attablée devant l’âtre pour célébrer la fête d’Épiphanie avec la traditionnelle galette des rois, dans Victor Fournel, Le Vieux Paris : fêtes, jeux, et spectacles, Tours, Alfred Mame, 1887, d’après Pierre-Jean Mariette, .La tradition se déroule en 4 étapes :

Le découpage de la galette et l'attribution des parts D'origine romaine (voir section Histoire/Origine), la tradition stipule que le plus jeune présent à l'assemblée se glisse sous cette table et désigne la répartition équitable des parts entre les convives en annonçant leurs noms lorsqu'une part est coupée, hors de son champ de vision, par une main innocente.

Si la fève est découverte lors de la découpe, la main innocente demande aux convives de se retourner, et elle replace la fève dans la frangipagne d'une part au hasard. Les convives se retournent alors et peuvent faire tourner la galette de sorte que nul ne puisse douter que l'attribution par le cadet sous la table ne favorise un participantDidier Philippe, Petit Lexique des fêtes religieuses et laïques, Paris, Albin Michel, 2002, 165, , ..

Le découpage doit se faire de manière équitable pour que chaque convive ait une chance égale de trouver la fève. L’usage commande de partager la galette en autant de parts que de convives, plus une.. Au Moyen Âge, cette dernière, appelée « part du Bon Dieu », « part de la Vierge » ou « part du pauvre » est destinée au premier pauvre qui se présentera au logisAndré Joseph Panckoucke, Dictionnaire des proverbes françois, et des façons de parler comiques avec l’explication et les étymologies les plus avérées, Francfort et Mayence, Varrentrapp, 1750, Philibert-Joseph Le Roux, Dictionnaire comique, satirique, Amsterdam, Michel Charles Le Cene, 1718, . Cette coutume a traversé les siècles et est encore présente dans certains foyers.

Découverte de la fève Celui qui découvre la fève dans sa part de galette est proclamé roi ou reine de la journée.