Le Rassemblement du peuple français (RPF) est un parti politique français, créé par Charles de Gaulle en 1947 et mis en sommeil en 1955. Refusant de se situer dans le clivage droite-gauche bien que souvent classé à droite, et capable d'attirer des personnalités issues d'horizons et de parcours très différents, il est par ailleurs la seule formation de l'histoire du gaullisme lancée par le général de Gaulle.

Visant à défendre les propositions développées par son fondateur dans son discours de Bayeux de 1946, il est, avec le Parti communiste français, le principal parti politique de l’époque. Résolument hostile à la , il défend le renforcement des prérogatives du pouvoir exécutif, ainsi qu’un programme souverainiste, anticommuniste et favorable à une troisième voie entre capitalisme et communisme.

À la suite d’importants succès à plusieurs élections, lors desquelles il dépasse ou talonne le PCF, le parti connaît des divisions internes, décline sur le plan électoral et en nombre d’adhérents, puis est mis en sommeil par le général de Gaulle, qui reviendra finalement au pouvoir à la faveur de la crise de .

Historique Lancement par le général de Gaulle vignette|redresse|gauche|Charles de Gaulle lors de son discours de Bayeux .

Genèse et fondation Pendant la Seconde Guerre mondiale et les mois qui suivent, Charles de Gaulle refuse de créer un parti politique. En 1945, le Mouvement républicain populaire (MRP), formation démocrate-chrétienne et centriste, fait figure de parti de refuge pour un certain nombre de gaullistes. Mais la rupture est consommée en 1946 à propos du choix des institutions à donner à la France (discours de Bayeux).

La décision de créer le Rassemblement du peuple français est prise durant l'hiver et annoncée par le général de Gaulle dans son discours de Strasbourg du . Lors de l'annonce de sa création officielle, le suivant, le Général appelle à le rejoindre . Souhaitant rassembler le plus largement possible, de Gaulle autorise la double appartenance, permettant aux membres de tous les partis politiques d'adhérer au RPF tout en restant dans leur parti d'origine.

À ses débuts, le RPF peut compter sur des personnalités comme Jacques Soustelle, André Malraux, René Capitant, Jacques Foccart et Louis Vallon, qui entendent protester contre la Constitution de la « Le 14 avril 1947, le général de Gaulle lance le Rassemblement du peuple français », La Croix, 14 avril 2017 (lire en ligne).

Nombre et profil des adhérents En un an, selon les spécialistes, le Rassemblement du peuple français devient un parti de masse en atteignant un demi-million d’adhérents, juste derrière le Parti communiste français (PCF), selon Georgette Elgey dans La République des illusions, première partie de Histoire de la République, Fayard, Paris, 1993, p. 491.. Le parti revendique même un million de membres.

Les adhérents du RPF sont principalement issus des classes moyennes (artisans, commerçants, cadres moyens, employés). Le parti attire plus de femmes que les autres formations (plus d'un quart des effectifs), dont Marie-Madeleine Fourcade, célèbre résistante. Il regroupe aussi bien des monarchistes maurrasiens (Pierre Bénouville et le colonel Rémy, qui finit par adhérer à l'Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain et sera poussé à la démission par de Gaulle) que des républicains de gauche (André Malraux, Jacques Soustelle, René Capitant et Roger Barberot), des modérés (Gaston Palewski et Jacques Baumel), des démocrates-chrétiens (Louis Terrenoire et Edmond Michelet), des radicaux (Jacques Chaban-Delmas, Michel Debré, René la Combe), ou des socialistes comme Louis Vallon, et même Manuel Bridier, dirigeant national des jeunesses communistes.

Apogée aux municipales de 1947 vignette|redresse|Permanence parisienne du RPF, .

Six mois seulement après sa création, le RPF remporte les élections municipales des et , avec des campagnes massives, comme la diffusion de tracts dans la petite ville minière de Briey ou le lancement par un avion de prospectus au-dessus de Nancy. Il obtient 38 % dans les villes de plus de , tandis que le MRP chute à 10 %. À gauche, le rapport de force reste stable, avec un PCF à 30 % ; mais la défection ou l'abstention de la SFIO lors de l’élection des maires par les conseils municipaux permet au RPF de prendre les mairies de Paris, Marseille, Bordeaux, Lille, Strasbourg et Rennes, ainsi que des communes plus petites, souvent au détriment du PCF. Son implantation dans la France rurale reste cependant médiocre, le MRP y faisant de bons scores.

Peu après les initiatives communistes de , de Gaulle choisit la ville minière de Saint-Étienne, qui en fut le théâtre, pour présenter son projet d'association capital-travail.

Le RPF profite de sa victoire aux municipales pour demander la dissolution de l’Assemblée nationale, mais sans l'obtenir. Au contraire, les parlementaires retardent la tenue des élections cantonales, prévues pour à , ce qui conduit de Gaulle à faire organiser par Christian Fouchet une « campagne du timbre » pour renflouer financièrement le mouvement gaulliste (près de deux millions et demi de vignettes de cinquante francs sont envoyées par les Français). En 1951, un livre, La France sera la France : ce que veut Charles de Gaulle, est publié pour mieux faire connaître les idées du fondateur du RPF.

Affaiblissement et échecs Discrédit du RPF marseillais La gestion des évènements sociaux de l'automne 1947 contribue à affaiblir le parti gaulliste. En effet, c'est le gouvernement de la « Troisième Force » et son ministre de l'Intérieur Jules Moch qui rétablissent l'ordre au moment où de nombreux Français craignent un basculement du pays vers un régime communiste. Le recours à de Gaulle semble alors moins nécessaire pour les conservateurs, les modérés et le patronat.

À Marseille, la mauvaise réputation du service d'ordre du RPF va nuire au parti après l'affaire Vincent Voulant. S'étant présenté en rempart contre le mais montré peu regardant sur ses colistiers, le maire de la ville, Michel Carlini, souffre rapidement de la sulfureuse réputation de certains de ses adjoints venus d'une droite locale discréditéeAnne-Laure Ollivier, « Gaullistes et socialistes au prisme du pouvoir local : l'exemple de Marseille (1947-1977) », revue d'histoire Vingtième Siècle, 2012 (lire en ligne).. Dès le , une lettre de Louis Gence au général de Gaulle accuse Carlini de pratiquer un « sabianisme à étiquette RPF », en référence à Simon Sabiani, figure du PPF marseillais, qui avait dirigé la commune dans les années 1930 avant sa mise sous tutelle et qui utilisait comme agents de la fraude électorale ses amis du milieu marseillais (Paul Carbone, François Spirito, Antoine Guérini)Jean-Paul Brunet, « Un fascisme français : le Parti populaire français de Doriot (1936-1939) », Revue française de science politique, 1983, volume 33, numéro 2, ..

Charles de Gaulle choisit Marseille pour le premier congrès du RPF, en , alors que la commune représente de l’avis de beaucoup un échec clair du gaullisme municipal. Cette situation contribue à la scission du RPF au printemps 1952, quand Henry Bergasse, le seul député RPF des Bouches-du-Rhône, fait partie des 26 qui votent l’investiture d'Antoine Pinay. Depuis 1950, Bergasse dénonçait le fait que « la municipalité fait du tort au RPF » et « cède tout à Defferre », pour se ménager son quotidien Le Provençal.

En , le RPF participe aux élections au Conseil de la République. Quelque 42 % des sénateurs élus s'inscrivent à l'intergroupe gaulliste mais seuls 19 % () constituent un véritable groupe gaulliste, appelé l’Action démocratique et républicaine.

Censure médiatique de De Gaulle Pendant cette période, Charles de Gaulle est interdit d'antenne radio alors que les journaux nationaux lui sont très majoritairement hostiles. Il doit donc se déplacer dans toute la France pour faire connaître son programme. Cependant, il peut compter sur une nouvelle presse affiliée au RPF, comme L'Étincelle, Le Rassemblement (de 1948 à 1954), Liberté de l'esprit (de 1949 à 1954), mais aussi sur quelques éditions locales, telles que Le Démocrate des Charentes ou La Voie libre (bulletin). Cette presse gaulliste ne connaît néanmoins qu'une faible diffusion.

Ce sont les déplacements du général de Gaulle ou de ses porte-paroles officiels (Jacques Debû-Bridel, André Malraux, Gaston Palewski, Geneviève de Gaulle, le colonel Rémy, Jean Nocher, Robert Boulin) qui popularisent ses discours. À ces occasions, les réunions du RPF sont souvent accueillies par des militants communistes aux cris de « fascistes ! » et des affrontements opposent alors souvent gaullistes et communistes ( infra)Rémi Kauffer, ..

Les élections cantonales de 1949 sont un nouveau succès pour le RPF, bien que le score soit en retrait par rapport aux élections municipales de 1947. Ses places fortes sont le nord de la France (au-delà d'une ligne Bordeaux-Genève) : Alsace, Lorraine, Nord, Seine, littoral atlantique jusqu'au Pays basque. En dépit de ses performances électorales, le mouvement connait une chute sensible du nombre de ses adhérents alors même que sa position se renforce dans le milieu étudiant par l'entremise de Pierre Dumas ou de Jacques Dominati.

Élections législatives de 1951 La préparation des élections législatives de 1951 se fait non sans difficultés et les acceptations ou refus d’investitures de candidats se font dans la discorde, avec plusieurs démissions d’adhérents. Au scrutin législatif, le RPF obtient plus de quatre millions de voix (22 % des suffrages exprimés) et , mais le nouveau système électoral dit des « apparentements » limite son succès. L’importante victoire souhaitée à l’occasion de ces législatives n'a donc pas lieu (la direction souhaitait obtenir plus de ) et les députés RPF ne sont pas assez nombreux pour infléchir la politique sociale, ni les institutions.

Vers la mise en sommeil Isolement politique vignette|redresse|alt=|Jacques Soustelle, président du groupe RPF à l’Assemblée nationale, est pressenti pour devenir chef du gouvernement lors de la crise ministérielle de , mais renonce en raison de l’opposition du général de Gaulle, hostile à tout compromis avec .

Très populaire, Charles de Gaulle écarte toute solution de force préconisée par certains de ses partisans et refuse toute orientation « bonapartiste » du mouvement.

Dans l'opposition, le RPF vit un véritable ostracisme de la part des autres partis politiques alors que certains de ses parlementaires tentent de nouer des contacts, contre l'avis de Charles de Gaulle, qui refuse toute compromission. De ce fait, Jacques Soustelle, un temps pressenti pour prendre la présidence du Conseil, doit renoncer.

Scission de 1952 En , les dissensions au sein du mouvement finissent par aboutir à une scission. Vingt-sept députés RPF votent l'investiture du gouvernement d'Antoine Pinay, malgré la consigne contraire donnée par le général de Gaulle. Ces parlementaires sont alors exclus du parti. En suivant, quarante-cinq autres députés RPF rompent avec la formation gaulliste. On parle alors de la "scission de 1952" au sein du parti gaulliste.

Échec aux municipales de 1953 L'année suivante, le , Charles de Gaulle rend leur liberté aux parlementaires après le résultat des élections municipales, à l’issue desquelles le RPF perd la moitié de ses voix et plusieurs des villes conquises en 1947 (Marseille notamment). Le Général explique cet échec par la trahison de la droite, coupable de l'avoir abandonné une fois que la menace communiste avait disparu. Parmi ces personnalités de droite accusées d'opportunisme figurent les députés qui ont investi Antoine Pinay en 1952 (parmi lesquels Édouard Frédéric-Dupont et Henry Bergasse). Le Général après cet échec se retire de nouveau et le RPF connaît des difficultés financièresGeorgette Elgey, Histoire de la Quatrième république, Bouquins, p. 463..

Tensions internes persistantes