Pierre Ceresole (né le à Lausanne et décédé le à Lutry) est un ingénieur suisse. Il est principalement connu comme pacifiste, objecteur de conscience, quaker et fondateur du Service civil international (SCI). Il a aussi enseigné les sciences (mathématique, physique) et les langues (français, anglais, espéranto).
Son nom s'orthographie « Ceresole » (nom d'origine italienne)L'arrière-grand-père de Pierre est Vincent Robert Marie Ceresole, né à Monticello (province de Coni où se trouve aussi la commune de Ceresole Alba, Piémont, Italie) en 1773 et mort de la peste à Alexandrie en 1800, médecin dans l'armée d'Égypte, époux de Suzanne Roy née à Vevey en 1780. D'où Auguste Charles Louis Guillaume Ceresole qui naît en 1801 (placé à l'institut Pestalozzi à Yverdon), étudie la théologie à Lausanne, naturalisé vaudois et bourgeois de Vevey en 1822, épouse en 1828 à Francfort-sur-le-Main Sophie Koester. D'où huit fils, dont le poète Alfred Cérésole (1842-1915) et Paul Ceresole (1832-1905), le père de Pierre. Source : P. Ceresole d'après sa correspondance, p. 239-240. Pierre Ceresole signait « Ceresole », sans accents aigus.. Certains auteurs l'ont francisé en « Cérésole », en particulier dans les textes en anglais et en allemand.
Biographie Pierre Ceresole est né à Lausanne le . Il est issu d'une famille suisse de notables. Son père Paul Ceresole est haut gradé dans l'armée suisse, juge au Tribunal fédéral et président de la Confédération suisse. Le grand-père paternel, Auguste Ceresole, est un pasteur protestant et professeur établi à Vevey. Le grand-père maternel, Marc Secretan, est avocat et mathématicien, puis photographe (à l'époque des daguerréotypes) et fabricant d'instruments d'optique.
La famille compte dix enfants, Pierre étant l'avant-dernier. Sa mère meurt quand il a neuf ans.
Il fait des études d'ingénieur à l'École polytechnique fédérale de Zurich, puis de mathématicien et de physicien en Allemagne.
Entre 1909 et 1914, il voyage aux États-Unis et au Japon. Il s'astreint d'abord à travailler comme ouvrier, puis il donne des cours de français. Face aux injustices sociales constatées dans les îles Hawaii, il décide de faire don de ses honoraires en faveur d'une œuvre de bienfaisance. Il travaille dès 1912 comme ingénieur au Japon. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, il décide de rentrer en Suisse.
Pendant la Première Guerre mondiale, il exprime publiquement son refus de la guerre. Il construit peu à peu sa vision de l'idéal chrétien, avec les conséquences pratiques qu'imposent un tel choix. Il fait don au Conseil fédéral des titres qu'il a reçus en héritage. En 1915, il est profondément impressionné par le « refus de servir » (objection de conscience) de l'instituteur vaudois John Baudraz, et par l'absence de prise de position des Églises à son sujet. Il refuse alors de payer la « taxe militaire » (impôt remplaçant la participation à l'armée, Ceresole étant libéré de l'obligation de servir pour des questions de santé). Cela lui vaut sa première condamnation à un jour de prison. Il publie Religion et Patriotisme où il explique les raisons de son refus. Le , il s'exprime à la fin du culte de l'Église française de Zurich. C'est un appel à refuser les . vignette|gauche|upright=1.35|Sur le chantier de Feldis aux Grisons en 1927 Entre 1915 et 1918, il travaille encore comme ingénieur. Puis il est engagé comme enseignant de français.
En 1919, invité par Leonhard Ragaz à la première des rencontres de Bilthoven (Pays-Bas, ces rencontres pacifistes ont lieu en 1919, 1920 et 1921), il participe à la fondation du Mouvement international de la Réconciliation. Il devient le premier secrétaire général de cette nouvelle internationale de pacifistes chrétiens et il noue alors des contacts internationaux avec des hommes et des femmes qui comme lui sont orientés vers une action constructive.
L'année suivante, en 1920, il démissionne de ce poste pour créer le Service civil international (nommé dans les premières années Service civil volontaire international) qui va faire sa renommée internationale. Il met sur pied en 1920 le premier camp à Esnes près de Verdun (France) avec quelques autres pacifistes (allemands, autrichiens et anglais, dont le quaker Hubert Parris). Dans ce lieu hautement symbolique ont travaillé à la reconstruction, pendant cinq mois, des volontaires originaires des pays qui peu avant se faisaient la guerre. En 1924 a lieu le premier « chantier » de service civil en Suisse.
À Bilthoven, il fait la connaissance de l’irlandaise Lilian Stevenson qui comme lui participe aux trois rencontres. Il en tombe amoureux et la demande en mariage, sans succèsGijsbert Gerrit Jacob den Boggende, "The Fellowship of Reconciliation 1914-1945", A Thesis Submitted to the School of Graduate Studies in Partial Fulfillment of the Requirements for the Degree Doctor of Philosophy, McMaster University, Hamilton, Ontario, 1986, .
Entre 1926 et 1937, Pierre Ceresole partage son temps entre l'enseignement à La Chaux-de-Fonds (comme professeur de mathématiques) et de nombreuses campagnes du service civil dans divers pays et en particulier en Inde (tremblement de terre au Bihar, 1934-1937). Là, il rencontre de nombreuses fois GandhiLire les Lettres du Bihar dans En Inde sinistrée, 1935. Ceresole a déjà rencontré Gandhi en Suisse en 1931, il officie alors comme traducteur (en particulier quand Gandhi vient à Villeneuve chez Romain Rolland)..
En 1936, Romain Rolland donne son soutien à la candidature de Pierre Ceresole pour le prix Nobel de la paixEdmond Privat 1889-1962, Revue neuchâteloise no 43/44, été-automne 1968, fac-similé reproduit en page 63. La lettre de R. Rolland à Edmond Privat est datée du 31 août 1936, R. Rolland insiste pour que cette candidature ne vienne pas concurrencer celle de Carl von Ossietzky..
Pierre Ceresole rédige en 1936 une longue lettre de demande d'adhésion à la Société religieuse des Amis (quakers). À son dernier retour d'Inde, en 1937, il passe par les États-Unis et assiste à un congrès mondial des quakers près de Philadelphie.
Avant même le début de la Deuxième Guerre mondiale, Pierre Ceresole refuse d'obéir à un exercice d'obscurcissement. À Pâques 1940, il s'exprime publiquement dans une église. En 1941, il divulgue une circulaire interne de l'état-major de l'armée suisse avec ce texte : . À deux reprises, en 1942 puis en 1944, il se rend à pied en Allemagne. La plupart de ces actions lui valent des procès et des condamnations à la prison.
Le , Pierre Ceresole épouse Lise David, une parente. Ils habitent une petite maison au Daley sur Lutry. Pierre Ceresole meurt le , après plusieurs mois de maladie.
Citations vignette|upright=1|Assis au milieu des enfants, chantier de Brynmawr au pays de Galles en 1931. Les Carnets de route de Pierre Ceresole contiennent de nombreuses pensées brèves qui sont la source des citations suivantesLes numéros des pages renvoient à la seconde édition des "Carnets de route", de 1960. : (, 1912-1914) (, 1912-1914) (, 1914) (, 1914) (, 1915-1916) (, 1915-1916)
Sur Pierre Ceresole Romain Rolland : Cité par H. Monastier en exergue de sa brochure de 1947, repris et simplifié par D. Anet en couverture de La passion de la paix.
Œuvres thumb|upright=1|Avec Jean Inebnit en 1931 Über die Bewegung eines materiellen Punktes auf einer geichförmig rotierenden Fläche, Inaugural-Dissertation zur Erlangung der philosophischen Doktorwürde, vorgelegt der Hohen philosophischen Fakultät, Mathematik-Naturwissenschaftl. Sektion der Universität Zürich, 1903 « Le parallélisme psycho-physiologique et l'argument de Bergson », in Archives de Psychologie, No 18, Religion et patriotisme, Éd. de la Fédération romande des socialistes chrétiens, Lausanne, 1917, 38 p. — Aussi édité la même année par La Concorde, Lausanne, 42 p. Une autre patrie, Éd. de la Fédération romande des socialistes chrétiens, Lausanne, 1918, 48 p. Les forces de l'esprit : Emerson 1803-1882, Imprimerie coopérative, La Chaux-de-Fonds, 1930, 24 p. L'armée suisse : quarante-deux questions, Röhm, Bâle, 1931, 7p. « Religion and Service », in The Friend, Londres, Mémoire adressé à la Cour de Cassation pénale, 1940 Vivre sa vérité : Carnets de route [1909-1944], La Baconnière, Neuchâtel, 1949, éd. augmentée 1960ca, 279 p.
Articles De nombreux articles ont été publiés dans les brochures du Service civil international, ainsi que dans des bulletins et revues dont en particulier L'Essor, La Révolution pacifique, Nie wieder Krieg.
Témoignages sur l'engagement du SCI En Allemagne et aux Indes pour la paix, Secrétariat du service civil international, La Chaux-de-Fonds, 1934, 15 p. En Inde sinistrée, La Concorde, Lausanne, 1935, 118 p. En vue de l'Himalaya : lettres du Bihar, La Concorde, Lausanne, 1936, 141 p. Aux Indes pour la paix vivante : lettres du Bihar 1935-1937, Imprimerie coopérative, La Chaux-de-Fonds, 1937, 220 p.
Bibliographie Pierre Ceresole 1879-1945 : In memoriam, Lausanne, Service civil, 1945, 61 p. Hélène Monastier, Un Quaker d'aujourd'hui : Pierre Ceresole, Société religieuse des Amis (Quakers), Paris, 1947, 43 p.
Hélène Monastier, Pierre Ceresole : le plus grand parmi nous, celui qui sert, Société religieuse des Amis (Quakers), Paris, 1960, 20 p. Hélène Monastier , Pierre Ceresole d'après sa correspondance, La Baconnière, Neuchâtel, 1960, 251 p.
E. Valsangiacomo, « Pierre Cérésole », in Almanach de la Croix Rouge suisse, 1994, Keith R. Madock, Living Truth : A Spiritual Portrait of Pierre Ceresole 1879-1945, Pendle Hill Pamphlet 379, Wallingford PA, 2005, 35 p.
Hommages Entre 1950 et 1959, des volontaires du Service civil volontaire international ont participé à la construction de nouveaux logements dans la France dévastée. On a voulu honorer le travail de ces volontaires en baptisant « rue Pierre Ceresole » la rue principale du lotissement Claire-Cité, à Rezé, proche de NantesCharles Richard, Un village dans la ville : Claire-Cité, éd. Elor, St-Vincent-sur-Oust, 1996.. De même à Pessac (banlieue sud de Bordeaux), une « avenue Pierre Cérésole » se trouve dans le quartier dit Cité des Castors.. Il y a encore une « rue Pierre Ceresole » à Granville (en Basse-Normandie).
Alfred Bietenholz-Gerhard dédie un poème à Pierre Ceresole, en page de titre de son recueil Reimereien (vers 1952, en allemand)Alfred Bietenholz-Gerhard, Reimereien, Basel, Haldimann, [1952?]. Dem von Pierre Cérésole gegründeten Internationalen Freiwilligen Zivildienst gewidmet..
« Quakers Contemporary » : un chant du quaker norvégien Hans Aaen, dédié aux quakers contemporains, mentionne Pierre dans son premier couplet (publié en 1981)Hans Aaen (words); Troels Aaen (music), Some new songs for and about Quakers, Ås (Norway), Kvekerforlaget, 1981. Chant « Quakers Contemporary »..
« Une vie au service de la paix » : une exposition est consacrée à Pierre Ceresole en 2010, dans le cadre de la bibliothèque de La Chaux-de-Fonds qui héberge les archives du Service civil international. C'est en Suisse la première reconnaissance officielle de l'œuvre de Pierre CeresoleExposition du au . L'exposition est réalisée en français, allemand et anglais, ses différentes versions étant destinées à être présentées en divers lieux. Brochure : ..
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Famille Cérésole ou Ceresole Service civil international Hélène Monastier Rencontres de Bilthoven
Liens externes
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