Le Juge () est un western parodique italo-français réalisé par Jean Girault et Federico Chentrens, sorti en 1971.
Il s'agit de l'adaptation d'un album de Lucky Luke, Le Juge de Morris et René Goscinny, paru en 1959. Le film marque la première adaptation au cinéma en prises de vue réelles de cette bande dessinée, tandis que la première adaptation animée, Lucky Luke, basée sur une histoire originale, sort un peu plus tard la même année.
Le film raconte l'affrontement de l'excentrique Roy Bean, juge autoproclamé aux verdicts arbitraires, incarné par Pierre Perret, et du bandit Black Bird, joué par Robert Hossein, qui tente de s'imposer à son tour comme juge, pour asseoir son contrôle sur la petite ville de Langtry, au Texas. Le personnage de Lucky Luke, déjà secondaire dans l'album, disparaît de cette adaptation, remplacé par le personnage de Buck Carson, incarné par Angelo Infanti. Le film reste malgré cela fidèle à l'album. Hors animation, c'est seulement en 1991 que le personnage de Lucky Luke est incarné pour la première fois au cinéma, par Terence Hill, dans le film qu'il réalisa lui-même, Lucky Luke.
Synopsis vignette|gauche|Le véritable « juge » Roy Bean, en 1885. Le terrible bandit Black Bird attaque un convoi d'or mais l'importante cargaison lui est à son tour dévalisée par un mystérieux cavalier solitaire, en réalité une femme, Kati, la nièce du juge autoproclamé Roy Bean. Après avoir dissimulé l'or dans un cimetière, Kati rejoint son oncle fantasque dans son café-tribunal, où ce dernier exerce la justice de manière très personnelle et arbitraire, dans la bonne ville de Langtry (Texas).
Buck Carson, le convoyeur du chariot attaqué, tout comme Black Bird cherchent à récupérer l'or. Ils en viennent à soupçonner Kati. Roy Bean parvient à écarter Buck grâce à une parodie de procès injuste, mais ne peut empêcher Black Bird d'établir, en face de son établissement, un saloon plus vaste et plus luxueux, déclenchant une rivalité ouverte entre les deux hommes pour le contrôle de Langtry.
vignette|Le Jersey Lily, saloon-tribunal de Roy Bean à Langtry, en 1900.
Après l'échec de diverses manœuvres, le « juge » et le bandit décident de régler leur différend lors d’une partie de poker. Black Bird remporte la partie en trichant davantage que son adversaire. Roy Bean, excédé, est contraint de quitter la ville.
Kati découvre ensuite que la fortune du bandit provient du butin qu'elle lui avait dérobé, Black Bird ayant découvert sa cachette. Avec l'aide de Buck, elle tente de récupérer le trésor mais est capturée par Black Bird. Roy Bean, revenu à Langtry, intervient à temps pour sauver sa nièce et reprendre possession de l'or.
Fiche technique Réalisation : Jean Girault et Federico Chentrens (sous l'unique pseudonyme de Richard Owens) Scénario : Jean Girault, d'après l'album Le Juge issu de la série de bande dessinée Lucky Luke de Morris et René Goscinny Dialogues : Jacques Vilfrid Musique : Pierre Perret Photographie : Décors : Sydney Bettex Production : Maurice Jacquin ; Paul Laffargue (directeur de production) Sociétés de production : COMACICO, Milvia Cinematografica Pays de production : et Budget : de francs (soit environ en ) Format : couleur - mono Durée : 92 minutes Genre : western Date de sortie : France :
Distribution Pierre Perret : le juge Roy Bean Silvia Monti : Kati Robert Hossein : Black Bird Françoise Girault : Dolly Xavier Gélin : Antonio Paola Borboni : Victoria Silvio Bagolini : Joe Piccadilly Giuliano Disperati : Pistolero Ugo Fangareggi : Slim Cristina Gajoni : l'orpheline Werner Hasselman : le pasteur Angelo Infanti : Buck Carson Franco Jula : Jérémie Tiberio Murgia : Post Mortem
Production La bande dessinée Lucky Luke, créée en 1946, connaît un grand succès populaire mais est tardivement adaptée à l'écran. Un premier projet d'adaptation en feuilleton télévisé est tenté vers 1963 par les jeunes réalisateurs Philippe Tisserant et Jean Fressignaud. L'esthétique et le montage se veut fidèle à la forme de la bande dessinée (à la manière des effets peu après vus dans la série Batman). Les comédiens sont des non-professionnels engagés pour leur ressemblance physique avec les personnages et prévus pour être ensuite postsynchronisés. Morris, créateur de Lucky Luke, explique : . Il se convainc que son héros n'est pas fait pour être vu en live action. L'univers de Lucky Luke apparaît pour la première fois à l'écran en 1967 dans le scopitone de la chanson Les Dalton de Joe Dassin, réalisé par Robert Valley.
En , le dessinateur Morris et le scénariste René Goscinny cèdent les droits d'adaptation cinématographique d'un seul album, Le Juge, treizième de la série, paru en 1959, à la société Modis située au Liechtenstein ; ces droits sont ensuite transmis à la maison de production italienne Milvia CinematograficaContrat de cession de droits d'auteur pour l'album Le Juge par Morris et René Goscinny signé le , cité dans ... La condition du contrat est que Lucky Luke n'apparaisse pas dans l'adaptation, qu'il n'y ait aucune mention de Lucky Luke dans le film comme dans sa promotion et que les noms de tous les personnages fictifs soient changés (seul demeure le nom du personnage-titre historique Roy Bean)Olivier Gonord, « Lucky Luke au cinéma », dans .. Milvia et la société française COMACICO coproduisent le film, pour un devis de quatre millions et demi de francs, l'associé français participant à hauteur de ..
Au cours de la décennie naît le western italien, des films à la tonalité plus cynique que le genre original américain mettant en scène des personnages vraiment violents et sadiques, dans des décors de l'Ouest américain reconstitués en Europe. Après les triomphes internationaux des fondamentaux du genre réalisés par Sergio Leone, une vague de westerns spaghetti plus légers apparaît en 1969, touchant à la parodie (alors que le genre est déjà lui-même une parodie ou pastiche), tels Sabata de Gianfranco Parolini ou Mort ou vif... de préférence mort de Duccio Tessari. C'est dans ce contexte qu'est produit Le Juge, coréalisé par le Français Jean Girault, fort du succès du Gendarme de Saint-Tropez, et l'Italien Federico Chentrens. Le tournage est prévu pour huit semaines à partir d', entièrement en Italie, en extérieurs et studios.
Le film marque la première adaptation cinématographique de la bande-dessinée Lucky Luke en prises de vue réelles (en omettant deux films-pirates réalisés en Turquie). Respectant la volonté des auteurs, Lucky Luke est absent du film, remplacé par un personnage équivalent nommé Buck Carson ; le cow-boy solitaire n'avait déjà de toute façon qu'un rôle secondaire dans l'intrigue de l'album[voir archive] .. Morris et Goscinny ont certainement été rebuté de montrer Lucky Luke en live par l'expérience médiocre du feuilleton télévisé. En dehors de ce changement, le film reste fidèle à l'album et se concentre sur l'affrontement de l'excentrique « juge » Roy Bean et du bandit Black Bird (nommé Bad Ticket dans l'album) pour la domination de la petite ville de Langtry, au Texas. À la même époque, Morris et Goscinny préparent aux studios Belvision la première adaptation en dessin animé, le film Lucky Luke (ou Daisy Town).
Le Juge est écrit par les scénaristes italiens Luigi Angelo, Federico Chentrens et Oscar de Mans et un auteur français, Jacques Vilfrid, scénariste de toutes les réalisations de Girault. Le tournage a lieu à Cinecittà à l'automne 1969. La tête d'affiche est tenue par les acteurs français Pierre Perret (chanteur rare au cinéma) et Robert Hossein. Dans l'unique comédie de sa carrière., Hossein livre une prestation exubérante et cartoonesque versant dans le cabotinage, à l'opposée de son rôle impassible dans son film Une corde, un colt… (1969). L'acteur italien Angelo Infanti tient le rôle de Buck Carson, la transposition de Lucky Luke. Jean Girault fait tourner son épouse Françoise, d'habitude maquilleuse, apparue dans deux autres de ses films. La star italienne est l'actrice Silvia Monti, vue en France dans Le Cerveau de Gérard Oury. L'affiche italienne n'annonce pas une comédie, ne fait aucune mention de l'œuvre de Morris et Goscinny et les deux réalisateurs sont cités sous l'unique pseudonyme américanisant de Richard Owens (déjà utilisé par Chentrens)..
Exploitation, accueil et postérité Le Juge ne sort en France qu'en . Le contrat de cession des droits d'adaptation exige d'indiquer seulement dans le générique et la promotion, sans référence à Lucky Luke. Le film attire seulement .. C'est un échec commercial au vu des succès habituels de Jean Girault et Jacques Vilfrid, notamment ceux avec Louis de Funès. Ce n'est qu'avec On l'appelle Trinita, deux mois plus tard, que le western comique commence à trouver son public en France. La même année, le dessin animé Lucky Luke, sorti en décembre, remporte davantage de succès avec [voir archive] .
Quelques critiques jugent positivement le film. Parmi eux, Jean d'Yvoire dans Télérama se réjouit du ton léger du film, contrastant à la noirceur des westerns spaghetti : . L'hebdomadaire corporatif Le Film français estime que .. À l'inverse, la revue italienne Segnalazione Cinematografiche pour l'année 1972 évoque ..
Le Juge, film resté peu connu, est vu comme une œuvre atypique dans le cinéma comique français, autant pour la carrière du réalisateur Jean Girault. que dans l'histoire des adaptations de Lucky Luke au cinéma et à la télévision. Hors animation, c'est seulement en 1991 que le personnage de Lucky Luke est incarné pour la première fois au cinéma, par Terence Hill, dans le film qu'il réalisa lui-même, Lucky Luke, d'après le dessin animé de 1971.
Notes et références
Annexes Bibliographie
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Liens externes
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