La sériciculture est l'élevage du ver à soie, qui est lui-même la chenille du papillon Bombyx mori. Elle consiste en l'ensemble des opérations de culture du mûrier, d'élevage du ver à soie pour l'obtention du cocon, de dévidage du cocon et de filature de la soie. L'élevage s'effectue à partir des œufs du papillon, appelés selon l'usage « graines ».
Dans le sud de la France, la maison dans laquelle on pratique l'élevage des vers à soie est appelée magnanerie, du nom de « magnan » donné au ver.
Jusqu'en 1860, la sériciculture était répandue en France, en Italie, et dans le bassin méditerranéen, mais des épizooties ont décimé les populations de vers à soie et, aujourd'hui, plus de la moitié de la production de cocon est réalisée en Asie (Chine, Inde).
Histoire de la sériciculture
Les origines La sériciculture a une histoire de plus de . Les plus vieilles traces de soie, qui dateraient de plus de , ont été trouvées par une équipe chinoise dans des tombes du site de Jiahu. Mais l’origine de l’élevage du ver à soie appartient en partie à la légende. Celle-ci raconte que c’est la princesse chinoise Si-Ling-Chi qui, 26 siècles , faisant tomber un cocon de papillon dans sa tasse de thé, découvre le principe du dévidage de la soie.
Des découvertes archéologiques montrent la présence du mûrier pour l'élevage du ver à soie dans la culture de Yangshao (Néolithique moyen chinois ( à ). L’Empire de Chine va conserver durant plus de l’exclusivité de la fabrication de la soie. Son commerce s’étend, plus de deux siècles , jusqu’à la Grèce. Les Romains nommaient Sericum la région située au-delà du Gange. Ce n’est qu’au cours du que la technique de fabrication arrive dans le bassin méditerranéen, l’empire Byzantin la conservant d’abord jalousement. Procope de Césarée (v. 500-560) décrit la façon dont l’empereur Justinien (483-565) réussit l’élevage.
La conquête musulmane de la péninsule ibérique et de la Sicile diffuse ces techniques plus largement. Sous l’impulsion de Roger de Sicile (v. 1034-1101) et de son fils Roger II (1093-1154), le ver à soie et le mûrier furent introduits dans l'ancien Péloponnèse, qui prit ensuite le nom de Morée en raison de l'importance de la culture du mûrier. L'industrie de la soie s'installe en Sicile et la Calabre, qui devinrent des centres producteurs. La diffusion continue tant en Espagne, autour de Grenade, Tolède ou Séville, qu’en Italie autour de Venise, Florence ou Milan.
Finalement, le Japon, puis l’Inde réussissent à découvrir le secret de la fabrication de la soie et deviennent d’importants producteurs.
« La sériciculture et la production traditionnelle de soie pour tissage » est inscrite sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO en 2022.
La sériciculture en France Historique thumb|Mûrier blanc à Villars (Vaucluse), vestige d'une sériciculture disparue.
La venue des papes à Avignon au début du introduit la culture du mûrier dans la région.
Louis XI (1423-1483) invite des artisans italiens et grecs à s’installer à Tours, ville qui compte métiers à tisser en 1546 et devient ainsi un centre séricicole plus important que Lyon, Montpellier ou Paris. D'autres mesures sont prises par la royauté, notamment par François , qui signe en 1544 une ordonnance encourageant la culture du mûrier.
Mais c'est surtout Henri IV qui donne une forte impulsion à la sériciculture grâce aux travaux de son illustre conseiller, l'agronome Olivier de Serres, dans le futur département de l'Ardèche. Des mûriers sont plantés jusque dans le jardin des Tuileries. François Traucat fait planter plus de quatre millions de mûriers en Provence et en Languedoc. Sous Louis XIV, Colbert chargea un certain Isnard de faire publier des mémoires sur la culture du mûrier et l'élevage du ver à soie.
Il faut le terrible hiver de 1709, qui gela les châtaigniers des Cévennes ainsi que les oliviers dans tout le midi, pour obliger les agriculteurs à s'orienter vers une nouvelle ressource, la sériciculture. Le mûrier se développe dans les Cévennes et, dans une moindre mesure, en Provence. Michel Darluc parle de champs de mûriers bordant les champs de blé dans la Crau irriguée.
De 1760 à 1780, la production de cocons s'élève à environ tonnes par an. Le développement s'accentue pour atteindre en 1853 la production record de tonnes. Malheureusement, cette progression se fait au détriment des exigences sanitaires. Comme souvent, cette intensification de la production s'accompagne d'une multiplication des maladies touchant les vers à soie. La production de cocons tombe en 1856 à tonnes de cocons. M. Jeanjean, secrétaire du comice agricole du Vigan (Gard), écrit : « Les plantations de mûriers sont entièrement délaissées ; l'arbre d'or n'enrichit plus le pays ». En fait, ces maladies sont apparues dès 1849, mais la propagation avait pu être freinée par l'importation de graines espagnoles et surtout italiennes. En 1855, l'Italie ayant été également touchée, les graines importées étaient contaminées, d'où la récolte catastrophique de 1856.
Des graines sont alors importées du Japon et de la Chine, mais les mauvaises conditions de stockage dans les entrepôts à Yokohama ou à Shanghaï, ainsi que la durée du transport, compromettent leur qualité. Des importations sont également faites de Géorgie et du Caucase. Pour maintenir l'activité des industries de filage, des cocons sont aussi importés du Japon.
À la suite de nombreuses interventions, le Ministre de l'Agriculture Béhic confie l'étude de ces maladies à Louis Pasteur. Ce dernier hésite à accepter cette mission car, selon ses propres termes, il n'avait jamais touché à un ver de soie. Pasteur finit par accepter et se rend le 6 juin 1865 à Alès. Il étudie, dans les Cévennes (Gard et Ardèche), deux maladies en particulier : la pébrine et la flacherie. Après 5 ans de travaux, il propose une méthode de prophylaxie et publie en 1870 un livre intitulé Étude sur la maladie des vers à soie, dédicacé à sa majesté l'Impératrice, qui lui avait dit que « la science n'a jamais plus de grandeur que dans les efforts qu'elle fait pour étendre le cercle de ses applications bienfaisantes ». Ces maladies avaient également été étudiées par de Quatrefages, Béchamp et Balbiani, mais la postérité ne retiendra que le nom de Pasteur.
Grâce à ces travaux recommandant l'utilisation de graines saines, le développement de la pébrine est enrayé, mais la production ne progresse pas et se stabilise entre et tonnes de cocons. En effet, d'autres facteurs entrent en ligne de compte : résistance de la flacherie, ouverture du canal de Suez d'où une concurrence étrangère plus forte, développement dans le midi de cultures plus rémunératrices (fruits et légumes dans les plaines et vignes sur les coteaux) et apparition des fibres synthétiques.
En 1891, la sériciculture est à l'origine d'un événement pittoresque et festif. L'élevage du ver à soie utilisait des feuilles de papier perforé de petits trous ronds. Monsieur Lué, administrateur du Casino de Paris, se procura des chutes de ces feuilles de papier. Elles furent utilisées comme projectiles dans un bal masqué donné à l'occasion du Carnaval de Paris. Ainsi fut lancée la vogue mondiale du confetti en papier, prodigieuse à ses débuts et que nous connaissons toujours aujourd'hui.
Après le bouleversement de la guerre de 1914-1918, la production se stabilise entre et tonnes de cocons puis, à compter de 1924, elle continue à décroître jusqu'à 500 tonnes à la Libération. Pendant la Seconde Guerre mondiale, un bref renouveau se manifeste pour la fabrication des parachutes. Une affiche éditée par le Ministère de l'Agriculture demande aux paysans français d'élever des vers à soie avec pour slogan : « Des parachutes français tissés avec de la soie française ». Malgré cela, la production continua à baisser pour ne devenir qu'anecdotique.
Tableau récapitulatif Le tableau ci-après donne les chiffres de la production française de cocons. Ils sont empruntés jusqu'en 1856, à un mémoire de M.Dumas, membre de l'Institut, inséré dans les comptes rendus de l'Académie de Sciences de Paris ; de 1857 à 1871, à la statistique de la France par M.Block ; de 1872 à 1903, aux statistiques annuelles du syndicat des marchands de soie de Lyon ; de 1913 à 1941, aux statistiques du ministère de l'Agriculture, bulletin technique séricicole.
+Production française de coconsAnnéeProductionannuelleen tonneAnnéeProductionannuelleen tonneAnnéeProductionannuelleen tonne1801-074.25018738.36019009.1801808-125.140187411.07019018.4501813-205.200187510.77019027.2871821-306.90018762.39019035.9851831-4014.700187711.40019134.4231841-4517.50018787.72019203.2301846-5224.25018794.77019212.557185326.00018809.49019222.584185421.50018819.25519233.355185519.80018829.69019244.22418567.50018837.66019253.38918577.50018846.25719263.099185811.50018856.61819273.655185911.00018868.26119282.668186011.50018878.98019292.53518618.50018889.55019301.82718629.70018897.410193199618639.50018907.800193298618648.50018916.883193394218655.50018927.6801934975186616.40018939.9871935656186714.100189410.5841936673186810.60018959.300193764418698.10018969.3181938596187010.10018977.7601939526187110.32018986.893194058218729.87018996.9931941593
Des essais de relance Une première relance a été conduite par Édouard de Cazalet à Molières-Cavaillac (Gard) au profit d'un centre d'aide par le travail (CAT). Les résultats n'ont pas été convaincants. Une autre expérience débute en 1972 à Monoblet. Une ancienne magnanerie est remise en état et l'Association pour le Développement de la Sériciculture (ADS) en Cévennes est créée. En 1978, année de fermeture de la station séricicole d'Alès, l'ADS lance sa première campagne de production. Quelques agriculteurs se mobilisent et produisent une tonne et demie de cocons. Le projet se développe et reçoit des aides du Conseil général et du Conseil régional.
Toutefois, la production reste très faible.
Conditions techniques de l'élevage Élever quelques chenilles de Bombyx pour obtenir des cocons est chose facile, mais il n'en est pas de même pour l'élevage d'un grand nombre de vers à soie : il faut alors respecter des conditions d'hygiène rigoureuses pour prévenir les diverses maladies. Avant de filer son cocon pour se transformer en chrysalide, le ver à soie subit quatre mues. L'espace de temps compris entre ces mues successives a reçu le nom d'âge. Le ver à soie passe donc par cinq âges successifs.
La graine : incubation et éclosion La première condition qu'exige l'éducation du ver à soie est le choix de la graine. On doit rechercher une couleur gris cendré. La fabrication de la graine étant une opération délicate, des établissements spécialisés ont été agréés conformément à la loi du 7 mars 1944 afin de produire des souches saines.
La mise en incubation doit être effectuée à la mi-avril, époque à laquelle les bourgeons de mûriers commencent à s'épanouir. Les conditions d'une bonne incubation sont : une chaleur douce s'élevant régulièrement de 1 à 2 degrés par jour jusqu'à 23 °C et sans jamais redescendre ; de l'air pur et sans cesse renouvelé, indispensable à la respiration très active des œufs à ce moment ; une légère humidité pour éviter le dessèchement de la graine.
Pour réaliser cette incubation, les graines étaient autrefois placées dans des sachets, ou nouets, qui étaient portés par les femmes sous leur vêtement ou déposés dans une pièce chauffée telle que celle où se trouve le four du boulanger. Il est évident que les conditions précédentes étaient mal respectées. La meilleure solution est de recourir à une couveuse ou incubateur dont le type classique en France est le castelet des Cévennes.