La Corne de l'Afrique, et en particulier le territoire de l'actuelle Éthiopie ( et environ en 2023, contre 63 en 2000, 10 vers 1900 et 6 vers 1500), se trouve au cœur de l'histoire de l'humanité. : on y trouve les restes de certains des plus anciens hominidés connus (entre autres, Dinknesh, appelée généralement « Lucy », âgée de d'années, et Ardipithecus kadabba, un hominidé de 5,2 à d'années) mais également les plus anciennes traces de l'homo sapiens moderne.., après le Maroc depuis mai 2017 (Djebel Irhoud, ).

L'existence d'un royaume qualifié d'« éthiopien » au sud de l'Égypte est très tôt évoquée dans l'Antiquité par les sources grecques et égyptiennes, sans que sa localisation précise soit clairement identifiée.

Le royaume d'Aksoum, connu comme l'une des quatre puissances de l'époque, qui apparaît vers le , unifie des royaumes antérieurs. Des sources locales deviennent ensuite disponibles avec l'apparition du guèze vers le .

Au , l'installation de la dynastie Zagwe crée une entité politique au nord du territoire avec Lalibela comme capitale. Elle est renversée par la dynastie salomonienne qui lui succède à partir du . Le est marqué par une lutte permanente pour la sauvegarde de l'indépendance du pays face aux ambitions des puissances coloniales, la victoire d'Adoua sous Menelik II mettant fin en 1896 à ces prétentions. L'Éthiopie s'étend alors au sud et à l'est pour prendre sa forme moderne. La préservation, au moins relativeBahru Zewde , A History of Modern Ethiopia - 1855-1974, London, Eastern African Studies, ( éd. 1999), 244 p., de son indépendance caractérise l'Éthiopie durant la période coloniale de l'Afrique.

Le est marqué par le règne d' (de 1930 à 1974), interrompu par l'occupation italienne entre 1936 et 1941. Son règne et la monarchie prennent fin lors de la révolution de 1974. Elle est rapidement récupérée par la junte militaire du Derg, dirigée par Mengistu Haile Mariam. C'est la lutte indépendantiste érythréenne, commencée en 1962, qui amène à la chute du régime en 1991. Le pays est marqué par des conflits internes et avec ses voisins jusqu'en 2018, où de nouveaux dirigeants favorisent l'apaisement, contribuant ainsi à restaurer la paix et les conditions favorables au développement dans toute la région.

Une tradition historiographique ancienne tend à mettre en évidence une continuité entre toutes ces constructions politiques, au-delà des périodes peu ou pas connues qui les séparent et des variations entre les territoires concernés.

thumb|upright|Stèle monolithique d'Ezana, Aksoum, Éthiopie. Patrimoine mondial de l'UNESCO . thumb|250px|Vallée du Grand Rift (pointillée) traversant l'Éthiopie, terminée au nord par la dépression de l'Afar (triangulaire), au point de rencontre des plaques africaine, arabique et somalienne. thumb|300px|Carte géologique de la dépression de l'Afar.

Périodisation Richard Pankhurst (1927-2017)., historien britannique professeur à l'université d'Addis-Abeba, distingue huit périodes principales dans l'histoire de l'Éthiopie : la Préhistoire (avant 3000 ) ; l'Antiquité (de 3000 à 1270) ; le Moyen Âge (de 1270 au début du ) ; le ; la période gonderienne (1632-1769) ; le Zemene Mesafent (1769-1855) ; l'époque moderne (1855-1991) ; l'époque contemporaine (de 1991 à nos jours).

La Préhistoire s'achève vers le milieu du L'Antiquité éthiopienne s'étend ainsi sur plusieurs millénaires puisqu'elle prend fin en 1270 avec la chute de la dynastie Zagwe et la restauration salomonide. L'inclusion des Zagwés dans la période antique est acceptée aussi bien par Richard Pankhurst que Berhanou Abebe dans son Histoire de l'Éthiopie : d'Axoum à la Révolution. Au début de son ouvrage A history of Ethiopia, Harold G. Marcus consacre son premier chapitre à toute la période allant des « débuts » (beginnings) à 1270, confirmant ainsi cette coupure..

Le Moyen Âge éthiopien comprend environ deux siècles et demi de 1270 au début du . Il marque une période d'expansion et de développement qui est stoppée vers les années 1520-1530. Le est perçu comme plus instable, Berhanou Abebe parle d'une « ère des collisions et des brassages ». Harold Marcus évoque un « déclin » qui se poursuit jusqu'à 1769 et qui s'oppose à l'« âge d'or » qu'aurait constitué le Moyen Âge.

Vers 1635, la période gonderienne est inaugurée avec la fondation de la ville de Gondar. Cette phase de l'histoire éthiopienne dure un peu plus d'un siècle. Elle se distingue avec l'établissement de cette capitale fixe. Elle s'achève en 1769 avec l'assassinat de par Mikael Sehul. Ainsi commence le Zemene Mesafent, l'Ère des Princes, un nom qui indique la montée en puissance des pouvoirs locaux par rapport à l'autorité impériale.

En 1853-1855, avec l'avènement de , l'Éthiopie entre dans sa période moderne. Cette délimitation s'appuie notamment sur l'ouvrage de Bahru Zewde A history of modern Ethiopia (1855 - 1991). ; l'année 1855 est également considérée par les autres historiens, Pankhurst et Berhanou Abebe compris, comme le début de l'époque moderne. Enfin, la chute du Derg en 1991 marque le commencement de l'ère contemporaine.

Paléoanthropologie vignette|Crâne de l'Homme de Herto découvert en 1997. Depuis le début des fouilles entreprises dans le pays dans les années 1960, l'Éthiopie témoigne d'un patrimoine paléontologique extrêmement riche qui entraîne encore de nos jours de nouvelles découvertes. L'Éthiopie, située sur la vallée du Grand Rift, est ainsi le pays où ont été découverts les plus anciens ossements dHomo sapiens : ceux d'Hommes de Kibish et ceux d'Hommes de Herto. Elle est également l'un des pays où des restes de très anciens hominidés ont été mis au jour, avec le Tchad (Sahelanthropus tchadensis, 6 à d'années) et le Kenya (Orrorin tugenensis, d'années).

L'un des fossiles éthiopiens les plus connus est Lucy, appelée localement Dinknesh. Elle a été découverte le 30 novembre 1974 à Hadar sur les bords de la rivière Awash dans le cadre de lInternational Afar Research Expedition, un projet regroupant une trentaine de chercheurs américains, français et éthiopiens. Daté de d'années, Dinknesh appartient au genre Australopithecus afarensis, cousin du genre Homo. Il s'agit du premier fossile relativement complet qui ait été découvert pour une période aussi ancienne. Il a révolutionné par ailleurs notre opinion sur les origines humaines, en démontrant que l'acquisition de la marche bipède remontait à plus de d'années..

En février 2001, une équipe éthiopienne et américaine dirigée par les paléontologues Yohannes Hailé-Sélassié et Tim White annonce la découverte d'un hominidé âgé de 5,2 à d'années : lArdipithecus kadabba (de l'afar, « ancêtre de base de la famille »), considéré comme appartenant au même genre que Ardipithecus ramidus (de l'afar ardi, « terre », et ramid, « racine »).. En janvier 2005, la revue Nature présente la découverte de nouveaux représentants de l'espèce Ardipithecus kadabba au nord-est de l'Éthiopie par l'équipe de Sileshi Semaw (Université de l'Indiana)...

En février 2008, le fossile d'un ancêtre des grands singes africains est découvert dans la région de l'Afar par une équipe japonaise et éthiopienne. Âgé de d'années, Chororapithecus abyssinicus pourrait être un gorille primitif ou représenter une branche indépendante proche de celle des gorilles.. En février 2005, les restes fossilisés d'un squelette qui pourrait être le plus vieux « bipède exclusif » jamais découvert (âgé de 3,8 à d'années) sont mis au jour aux alentours de la localité de Mille, dans la région de l'Afar, par une équipe de paléontologues éthiopiens et américains codirigée par Bruce Latimer, directeur du Musée d'Histoire naturelle de Cleveland (États-Unis), et le spécialiste éthiopien Yohannes Hailé-Selassié..

Les découvertes les plus importantes restent néanmoins celles des plus anciens représentants de l'homme moderne, notamment à travers la datation en février 2005, par Ian McDougal, de deux crânes baptisées Omo 1 et Omo 2 découverts en 1967 à Kibish, en Éthiopie. À partir des sédiments dans lesquels ont été retrouvés ces crânes, ceux-ci ont été datés d'environ . Ils constituent ainsi les plus vieux ossements dHomo sapiens jamais découverts...

En juin 2003, une équipe internationale dirigée par Tim White, F. Clark Howell (Berkeley, Californie) et Berhane Asfaw (Centre de recherche de la Vallée du Rift, Addis Abeba) met au jour le fossile dénommé Homo sapiens idaltu (idaltu voulant dire « ancien » en langue afar, langue de la région des fouilles).. Daté de , communément appelé « l'homme de Herto », il constitue alors, avec Omo 1 et Omo 2, le plus vieux représentant de l'espèce Homo sapiens. La découverte est réalisée près du village de Herto, à au nord-est de la capitale éthiopienne Addis-Abeba. Berhane Asfaw indique qu'., et le journal American Scientist titre en décembre 2003 : . En mai 2017, une publication révèle les analyses de trois crânes découverts au Maroc : ils sont plus anciens de .Dinknesh et le fossile type dArdipithecus kadabba sont de nos jours exposés au musée national d'Addis Abeba.

Préhistoire Industrie lithique thumb|200px|left|Objet en pierre taillée, l'un des plus anciens exemples d'industrie lithique - Melka Kunture, Éthiopie. Le site de Kada Gona, à Hadar, a livré certains des plus anciens outils taillés connus à ce jour .. Ils sont âgés de 2,3 à d'années. Ces premiers outils sont des galets aménagés présentant un bord tranchantLes premiers outils utilisés par l'homme préhistorique, Dossier du site Hominidés.com .

À partir d'environ 1,7 million d'années, l'Oldowayen, caractérisé par une industrie lithique peu élaborée, laisse place à l'Acheuléen. Celui-ci se caractérise par l'apparition de nouveaux outils, plus grands et plus élaborés, tels que les bifaces, les hachereaux ou les bolas. Ces nouveaux outils apparaissent eux aussi pour la première fois en Afrique. Melka KuntureSite du musée de Melka Kunture et Gadeb sont des sites éthiopiens ayant livré des vestiges de cette période.

Melka Kunture a livré des fossiles dHomo erectus parmi les plus anciens du continent africainMarcello Piperno, « La Préhistoire de Melka Kunturé (Éthiopie) », Bulletin du Centre de recherche français de Jérusalem, , printemps 2001, . Plusieurs milliers d'outils travaillés (grattoirs, rabots, pièces à encoches et outils denticulés) y ont été mis au jour. Des milliers de vestiges en obsidienne ont également été retrouvés sur ces sites : le nom de cette roche viendrait de celui dObsius, un personnage de la Rome antique qui signala le premier sa présence en ÉthiopiePline l'Ancien, Histoire naturelle, voir aussi « obsidienne » sur le Wiktionnaire..

Art rupestre . De nombreuses peintures ont été retrouvées dans les régions d'Hararghe, Gamu-Gofa, du Tigré, dans la vallée du Nil BleuWion (A.), Poissonnier (B.), 2010, « Šumgädäl, peintures rupestres et histoires de vaches dans le Sud-Gondär », Annales d'Éthiopie, 25, . et en Érythrée. Certaines d'entre elles montrent la traite des vaches, l'utilisation d'arcs et de flèches, de lances et de boucliers. Le bétail, les chèvres, des lions et des éléphants y sont très représentés. L'agriculture, via la culture du teff, des graines de Nyjer (graines de niger) issues de Guizotia abyssinica, et de la banane ensete (Edulis edule), qui étaient déjà cultivées avant 5000 Les cultures de blé et d'orge, tout d'abord apparues en Asie Mineure et en Iran, sont introduites vers 6000 . Des recherches menées près d'Aksoum montrent que le labourage et l'araire sont utilisés avant le début de l'ère chrétienne. Les pièces axoumites préchrétiennes représentent un épi de blé, accompagné du symbole préchrétien du Soleil et de la Lune.

La date de domestication du bétail est mal définie. Les peintures rupestres suggèrent que les moutons et les chèvres sont domestiqués avant 2000 .

Mégalithisme éthiopien thumb|240px|Champ de stèles sur le site de Tiya thumb|200px|Détail d'un des monuments du champ de Stèle de Tiya