thumb|180px|Allégorie de la ville de Madrid (1809), par Goya.
Cet article traite de l'histoire de Madrid. L'histoire de Madrid (Espagne) est marquée par l'établissement de la cour royale () et, avec la consolidation du pays, par sa transformation en capitale du royaume. Auparavant, le territoire de la ville actuelle était déjà peuplée avec l'établissement de communautés plus ou moins importantes.
Les découvertes archéologiques (haches de pierre, pointes de flèches solutréennes, céramiques, etc.) faites aux environs de Madrid témoignent de la présence de l'homme sur les rives du Manzanares dès le paléolithique inférieur. Grâce aux conditions particulièrement favorables tant du sol que de la faune et du climat, le « Madrilène » de cette époque abandonne rapidement le nomadisme. L'influence romaine se fait fort peu sentir sur ce territoire et, lors de la grandeur de Rome, l'on n'y compte qu'une centaine d'habitants, bergers et laboureurs. Au début de l'ère chrétienne, seuls les sommets de deux collines sont peuplés.
L'apparition du noyau de la Madrid actuelle remonte au , lorsque l'émir Muhammad (852-886) construit une forteresse à l’emplacement actuellement occupé par le palais royal. Cette place forte est un poste de défense avancé destiné à protéger Tolède, située plus au sud.
thumb|100px|Biface acheuléen trouvé à Madrid ( BP, M.A.N.)
Époques préhistoriques et romaines Plusieurs découvertes archéologiques révèlent une présence humaine sur les terrasses de la rivière Manzanares dès le Paléolithique. Cependant, il n'existe pas de preuves de l'existence d'un peuplement fixe durant les époques romaine et wisigothique. Il y avait cependant un relais de poste (en latin, mansio) appelé Miacium, à l’emplacement de l’actuel quartier de Carabanchel, sur la voie qui reliait Titulcia à Ségovie.
Origine et étymologie Madrid a pour origine le mot مجريات , petits cours d'eau en arabe classique, se prononçant madjriat en arabe classique et madrit en arabe dialectecal d'Espagne.
Les premières mentions du nom désignent le fort construit sur les rives du Manzanares par Muhammad , connu dans les textes arabes sous le nom de Mayrit (Magerit dans sa forme castillane).
La signification de Mayrit n’est pas claire, bien qu'il semble être l'hybride de deux noms de lieux : un mozarabe, matrice, qui signifie « source », et un autre arabe, majrà, qui signifie « chenal » ou « lit d’une rivière ». Tous deux font allusion à l'abondance des ruisseaux et des eaux souterraines de l'endroitHistoria de Madrid, disfrutamadrid.com.
Domination musulmane thumb|330px|right|Vestiges de la muraille musulmane (). La première trace historique de ce qu'est aujourd'hui la cité de Madrid, date de l'époque de la muraille musulmane de Madrid, concrètement à la fin au , quand l'émir cordouan Muhammad (852-886) dresse une forteresse sur un promontoire près de la rivière du Manzanares, dans un endroit occupé actuellement par le palais royal. La fonction de cette forteresse est de surveiller les cols de la sierra de Guadarrama pour protéger Tolède, l'antique capitale wisigothe. Également celle de Ribat, c’est-à-dire, le point de rassemblement et de départ des campagnes contre les royaumes chrétiens du nord. Par exemple, en 977, Almanzor commence sa campagne à Madrid. Quand le califat de Cordoue se désintègre, cette capitale fait partie du royaume taïfa de Tolède.
À proximité de cette fortification, fut créée une minuscule enclave connue sous le nom de Mayrit (pour les chrétiens Magerit) laquelle fut l'objet de plusieurs attaques des rois chrétiens durant la Reconquête, par exemple, Ramiro II de León essaie de l'occuper en 932.
Quand Alphonse VI de León se rend à Tolède entre 1083 et 1085, la cité passe aux mains des chrétiens sans lutte, comme divers autres villages du royaume de Tolède.
Conquête chrétienne
La cité est peuplée par des chrétiens, sans que soit expulsée sa population juive et musulmane (même si quelques-uns des édifices religieux musulmans sont réquisitionnés, comme la grande mosquée, transformée en église sous le patronage de Sainte-Marie).
De cette époque ancienne de domination chrétienne datent les cultes des patrons de Madrid. On aurait découvert une statue de la Vierge cachée dans la muraille extérieure de la ville le . Cette légende est à l’origine du culte de la Vierge de l’Almudena, patronne de Madrid. Le Saint patron de la Ville, San Isidro, naît vers 1082 et meurt le . La légende lui attribue plusieurs miracles.
Madrid se transforme en une ville castillane et en une commune libre liée à la couronne (ville du domaine royal) et dont les privilèges sont confirmés en 1123 par une Carta de Otorgamiento (charte de Privilèges), donnée par Alphonse VII) et en 1202 avec un fuero promulgué durant le règne de Alphonse VIII de Castille, lequel met sous la juridiction de Madrid trois ou départements ruraux :
Sexmo de Vallecas, formé par Vallecas, Vicálvaro, Ambróz, Coslada, Rivas, Vaciamadrid, Velilla, Rejas, Canillas, Hortaleza, Chamartín, Fuencarral et Fuentelfresno. Sexmo de Villaverde, formé par Villaverde, Getafe, Fuenlabrada, Torrejón de la Calzada, Casarrubios, Humanejos et Perales. Sexmo de Aravaca, formé par Aravaca, Las Rozas, Majadahonda, Boadilla, Alcorcón, Leganés, et los Carabancheles Yuso et Suso (Alto et Bajo) à l'exception du château et terre l'entourant appartenant à l'ordre de Santiago depuis 1206.
De cette manière, Madrid tiendra sous sa juridiction les terres et monts de Madrid ainsi qu'une partie de la Sierra. À cette époque on construit la seconda muraille de Madrid (connue comme muraille chrétienne).
Durant la première moitié du , l'importance de la localité augmente à cause de sa situation stratégique sur les voies de transhumance qui commencent à se stabiliser et qui relient les plateaux nord et sud. De fait, aux Cortes de Alcalá de 1348, Alphonse XI, fixe à vingt quatre le nombre de cités ayant le droit d'être représentées aux Cortes de Castille, et la ville de Madrid est une d'elles ; quand Juan II réduit le nombre à dix huit, il maintient son droit de représentation. Également à cette période, l'archevêque de Tolède et conseiller privé du roi, don Gil de Albornoz, la convertit en archiprêtré, séparant son administration religieuse de Alcalá de Henares. En la seconde moitié du siècle, les monarques de la dynastie de la Maison de Trastamare (Henri III, Jean II et Henri IV) fréquentent la ville pour pratiquer la chasse. Le dernier d'entre eux maintient une maison (dans l'actuelle rue de Santa Clara), qui devient durant son règne l’une des résidences habituelles du roi de Castille. Les Cortes de Castille se réunissent jusqu'à trois fois dans la ville de Madrid durant cette période, preuve de la prédilection spéciale de la dynastie Trastamare pour la cité.
Durant le , la ville continue à croître pour atteindre environ à la fin du siècle. Les faits saillants les plus importants seront la reconnaissance de Madrid comme cité avec une représentation aux Cortes et l'expulsion des juifs en 1492 suivie par la destruction du ghetto de Lavapiés.
Guerre des communautés de Castille Durant l'année 1520, le malaise des cités castillanes face à Charles I va en s'accroissant. Pendant les cortes convoquées d'abord à Saint-Jacques-de-Compostelle et ensuite à La Corogne, plusieurs cités, dont Madrid, refusent de voter les subsides que le roi réclame pour financer le couronnement impérial en Allemagne. Finalement, les communautés de Castille se soulèvent dans plusieurs cités.
Madrid se joint au mouvement et unit ses troupes sous le commandement de Juan de Zapata. Celui-ci, avec les capitaines communautaires Juan Bravo (Ségovie), Juan de Padilla (Tolède) et Francisco de Maldonado (Salamanque) représente les castillans soulevés devant la reine Jeanne I à Tordesillas, où elle était recluse.
L’insurrection prend fin en juin 1521, quand, après la déroute des troupes communautaires à Villalar et un siège, l'armée royale entre dans Madrid.
La capitale et les Habsbourg Après avoir étouffé la révolte communautaire, Charles Quint se montre généreux avec Madrid et lui concède les titres de Coronada e Imperial (couronnée et impériale). Débute alors la transformation du vieil alcazar arabe.
En , alors que la ville compte déjà , Philippe II transporte la cour de Tolède à Madrid, l'installant dans l'antique alcazar. Les raisons que l'on donne à ce transfert sont très variées : parmi elles, la nécessité de préserver la Cour de l'influence du puissant archevêque de Tolède, et la grande tristesse de la jeune reine Isabelle de Valois, qui étouffait entre les murs du sévère alcazar tolédan. Il était urgent pour son époux de trouver un nouveau siège pour la Cour. Le microclimat madrilène, plus doux que celui de Tolède, et la situation géographique de la ville et son magnifique environnement naturel, en faisaient une excellente candidate. Madrid est par la suite devenue un centre politique de la monarchie.
Avec l'arrivée de la cour, la population de la cité commence à croître à un rythme accéléré. Sont construits des édifices nobles, des églises et des couvents. Les plus remarquables sont ceux fondés par le roi, comme le monastère de l'Incarnation et celui du monastère des Déchaussées royales. On abat la vieille enceinte et, en 1566, on en construit une nouvelle, la troisième de l’histoire madrilène. Une importante population destinée à satisfaire les besoins de la cour afflue alors, ainsi qu'un grand nombre de prétendants, d’aventuriers, d’aspirants aux charges et de fripons, décrits par la littérature du Siècle d'or. Les décisions royales modèlent la physionomie de la cité : en raison du manque de lieux habitables décents pour ses nobles et conseillers, le roi fait exproprier les seconds étages des maisons, qui deviennent sa propriété. La conséquence de cette mesure est que les nouvelles constructions n'ont plus qu'un seul étage et son dotées d’un patio comportant un second étage échappant à la vue des autorités municipales. En 1562, Philippe II achète les champs et les jardins de ce qui sera plus tard la Casa de Campo pour en faire une réserve de chasse. Au moment de l'unification avec le Portugal, en 1580, Philippe passe trois ans à Lisbonne puis se réinstalle à Madrid. Fernand Braudel commentera longuement ce choix qui changea la face du monde. Le retour à Madrid marque en effet la volonté d'une politique plus continentale et européenne alors que l'installation dans la capitale portugaise signifiait une politique plus ultramarine, c’est-à-dire davantage tournée vers les colonies.
En 1601, Philippe III, suivant les conseils de son favori, Francisco Goméz de Sandoval y Rojas, duc de Lerma, ordonne le le transfert de la cour à Valladolid, où elle reste cinq ans. Le , la cour revient à Madrid. Après ce retour, Philippe III prend des décisions qui auront un fort impact pour l'aspect futur de la cité : en 1616 il ordonne la construction de la Plaza Mayor et en 1618 il achète et agrandit avec des jardins et des fontaines les terrains qui actuellement constituent le Parc du Retiro.
Son fils et successeur, Philippe IV, ordonne de construire, en 1625, la quatrième muraille de Madrid, qui se maintiendra jusqu'au milieu du . Durant le règne de Philippe IV, Madrid vivra une période exceptionnelle de splendeur culturelle, avec la présence dans la ville de grands auteurs littéraires tels que Cervantes, Quevedo, Góngora, Velázquez, Lope de Vega ou Calderón de la Barca.
Pendant la dynastie des Habsbourg, la ville subit une transformation fondamentale. Le noyau initial de l’époque médiévale (autour de l'actuelle rue de Segovia) se déplace vers les abords de l'Alcazar rénové. On construit alors tous les édifices nécessaires à l'administration de la Monarchie hispanique : la Ceca (hôtel de la Monnaie) (sur l'actuelle place de l'Orient), le palais de los Consejos (actuelle Capitanía General), la Cárcel de Corte (actuel siège du ministère des Affaires extérieures), etc.
Premiers Bourbons