La Main rouge est une organisation secrète française pratiquant la lutte armée, qui a réalisé un grand nombre d'attentats en Europe et en Afrique du Nord dans les années 1950, à l'époque du colonialisme.

Qualifiée d'., elle puise son origine dans les groupuscules créés en Tunisie en 1952 et regroupant , et policiers prêts à tout pour empêcher l'indépendance du pays.. Le nom est très vite utilisé par les services secrets français afin de servir de couverture au service Action du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE), pour ses opérations de sabotage, d'assassinats ciblés et divers attentats ayant pour but de lutter contre l'indépendantisme en Afrique du Nord.

Les opérations du service Action du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) en Tunisie en 1954 ont été dévoilées et précisées lors de l'ouverture des archives décidée par le président François Hollande après son élection.

Ses actions portent d'abord contre des militants de l'indépendance du Maroc, de l'Algérie et de la Tunisie, en particulier les libéraux du Maroc à partir de 1952. Ensuite, elle s'attaque à tout citoyen étranger ou français gênant les opérations françaises lors de la guerre d'Algérie ou à son avocat. À partir de 1956, ses attentats visent aussi les marchands d'armes soupçonnés d'en vendre au Front de libération nationale algérien (FLN). L'opération est interrompue à la fin de 1962, à la suite de l'indépendance de l'Algérie.

Origine et création La France n'ayant pas ouvert ses archives secrètes relatives à cette période, on en avait été dans un premier temps réduit à des recoupements de sources diverses. Cependant, de nombreux agents et responsables des services ont témoigné, à partir des années 2010, dans plusieurs documents, notamment un documentaire de David Korn-Brzoza, Histoire des services secrets français, ainsi que dans un ouvrage du journaliste d'investigation Vincent Nouzille, Les Tueurs de la République, fondé sur les témoignages concordants d'agents français.. Les historiens ont travaillé de longue date sur ces recoupements notamment sur le fait que les directeurs de la Sûreté nationale ont dû assumer . de La Main rouge, cité par . cité par ..

Par ailleurs des investigations poussées ont montré que La Main rouge était même ., en plus d'être .. et .. Elle servait au SDECE car il était censé , la DST le faisant à l'intérieur des frontières..

Genèse de l'opération Dans Histoire secrète de la République, Roger Faligot et Jean Guisnel désignent La Main rouge comme . Selon ces auteurs, le feu vert de cette entreprise aurait été donné par le gouvernement socialiste de Guy Mollet (-). .

Fonctionnement Pilotées à partir de 1958 par le conseiller personnel du général de Gaulle, Jacques Foccart, en contact direct avec le Premier ministre Michel Debré, le général Paul Grossin, chef du SDECE, et le colonel Robert Roussillat, chef du service Action, les opérations Arma (destinées à détruire les armes avant qu'elles ne soient livrées au FLN) et Homo (pour homicide) ne laissent aucune trace dans les archives : le feu vert est donné oralement par Matignon et les dossiers des cibles sont brûlés après leur exécution.. En 2017, un document signé est retrouvé dans les archives de Jacques Foccart. Intitulée Fiche relative à la désignation d'un objectif, la note est adressée par le service Action au conseiller technique du général de Gaulle, président du Conseil. Cette note datée du est paraphée par Foccart et comporte les notations manuscrites : et ..

Opération de désinformation La désinformation sur la nature de La Main rouge est alimentée par les étranges confessions données le , dans le quotidien britannique Daily Mail par Christian Durieux, qui se présente comme un jeune enseignant corse. et affirme être l'un des chefs de La Main rouge. L'interview est reprise par plusieurs journaux, dont l'hebdomadaire allemand Der Spiegel. Or, Durieux n'est en fait qu'un honorable correspondant du SDECE.

Un livre publié en 1960 par un romancier d'espionnage, Pierre Genève, aux éditions Nord-Sud en Suisse, retrace l'épopée de La Main rouge, sous forme d'une longue interview de l'un de ses responsables, tout en justifiant les attentats. En réalité, tout est , selon l'enquête du journaliste d'investigation Vincent Nouzille. Le responsable de la maison d'édition, qui n'a publié que ce livre, était un officier du renseignement français du nom de Jacques Latour.

L'agent Bob Maloubier, un ancien résistant qui avait participé à la création du service Action, résume l'opération : ..

Constantin Melnik est tenu à l'écart des opérations, bien que conseiller technique du Premier ministre français Michel Debré pour les questions de sécurité et de renseignement de 1959 à 1962. Il se souvient cependant qu'à cette époque .

En fait, elle apparait depuis déjà huit ans en Tunisie. À partir de 1951, l'antenne du SDECE à Tunis est dirigée par le lieutenant-colonel Jean Germain, dont le vrai nom est Jean Allemand, assisté par Paul Conty. Louis Lalanne, qui devient en 1951 le bras-droit de Pierre Boursicot, nommé au début de la même année à la tête du SDECE. pour le réorganiser sur fond de dispersion des services secrets, va faire le voyage à Tunis. pour leur demander d'imaginer la nouvelle vocation du SDECE au Maghreb. En , Jean Allemand, promu lieutenant-colonel, est à Alger où il dirige le SDECE pour l'Algérie.

Actions du groupe en Afrique du Nord Actions en Tunisie Création En , à l'instigation de Rachid Driss, le Néo-Destour crée l'association révolutionnaire de La Main noire ayant pour but de . Rapidement démantelée par la police tunisienne., elle est réactivée en dans le contexte de la dégradation de la situation politique à la suite de l'arrivée du nouveau résident général de France Jean de Hauteclocque. En réaction aux exactions policières, elle diffuse des tracts annonçant : ..

Bientôt, des Tunisiens proches des nationalistes reçoivent à leur tour des tracts portant la signature de et accompagnés d'une main de Fatma dessinée à l'encre rouge.. Après les tracts, viennent les explosifs. Le , des attentats à la bombe visent les villas de deux avocats nationalistes tunisiens, Taieb Miladi et Tahar Sakhdar. Le lendemain, ce sont les villas du destourien Moncef Mestiri et de Sidi Mohamed Raouf Bey, fils de Moncef Bey, qui sont visées. À Paris, le délégué du Néo-Destour déclare : Depuis bientôt un an, tous les Tunisiens vivent en hors-la-loi ; ceux qui ont pu échapper au ratissage risquent les prisons et les camps de concentration ou s'exposent de plus en plus aux actions criminelles des terroristes français de La Main rouge. Cette main occulte opère tout comme les gangs, en traction avant et sous l'œil complice, voire protecteur des autorités répressives. Tout se passe en effet comme si celles-ci couvrent, sinon encouragent, les représailles et attentats divers perpétrés uniquement contre les Tunisiens musulmans et israélites par cette organisation raciste.

L'impunité dont jouissent les auteurs de ces attentats jamais revendiqués incite en effet la population à y voir des groupuscules composés de policiers et de colons extrémistes. Bientôt les noms des commissaires de police Natali, Pierangeli et Santoni circulent, ainsi que ceux des colons Grall, Bitch, Casanova, Vella, Félix, Perrussel, Casablanca, Mercier et Bouillac. Même le nom du secrétaire général du gouvernement tunisien, Raymond Pons, est cité..

Lors de sa déposition du , le journaliste Roger Stéphane, cofondateur de L'Observateur évalue à 49 le nombre d'attentats de La Main rouge entre le et le ..

Assassinat de Farhat Hached

vignette|Farhat Hached, assassiné par la Main rouge selon les historiens.

Le , Farhat Hached, fondateur et leader de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT), est assassiné à Radès. Dès l'annonce du meurtre, Hauteclocque tente de brouiller les pistes en évoquant mais la piste de La Main rouge est évidente pour tout le monde. La responsabilité du résident général est même mise en cause à la suite du témoignage d'un ambassadeur affirmant à Charles-André Julien que Hauteclocque était non seulement au courant de l'attentat qui se préparait mais qu'.. Un document déclassifié en 2013 révèle que, dès le , le résident général avait dit de la victime : .. L'enquête policière est close en 1955..

Le , la famille de Farhat Hached, la Ligue des droits de l'homme et la Fédération internationale pour les droits humains portent plainte au tribunal de grande instance de Paris pour apologie de crime de guerre contre Antoine Méléro, un ancien policier français fier d'avoir fait partie de l'organisation terroriste, en raison de ses déclarations, diffusées par la chaîne de télévision Al Jazeera le .. Dans cette émission, Méléro approuve l'opération en ces termes : .

En 2011, l'UGTT et la famille Hached demandent à nouveau la déclassification des archives concernant l'assassinat de Farhat Hached.. Cette demande obtient gain de cause le ., à l'occasion de la visite officielle du président François Hollande en Tunisie.

Obtenues des ministères français des Affaires étrangères et de la Défense, ces archives confirment qu'aucune partie tunisienne n'est impliquée. Autre document déclassifié en , qualifié d'information clé par le fils de la victime Noureddine Hached, un rapport du SDECE révèle que, quelques jours avant l'assassinat, une équipe du service Action du SDECE avait été envoyée de Paris. Daté du , ce document montre que l'équipe du leader syndical tunisien et , facilitant l'assassinat qui a eu lieu tout près de chez lui.

Toutes ces révélations incitent l'historien Gilles Manceron à affirmer que ..

Assassinat de Hédi Chaker

vignette|upright|Hédi Chaker.

Le , Hédi Chaker, ancien trésorier du Néo-Destour, est assassiné après avoir été enlevé chez lui. Placé en résidence surveillée, il avait pourtant demandé du secours à la gendarmerie locale alors que les tueurs enfonçaient sa porte mais les gendarmes arrivent trop tard. Son cadavre est retrouvé portant l'avertissement : Avis à la population. Tout acte de sabotage ou assassinat commis dans une localité entraînera l'exécution de trois chefs destouriens de ce lieu. Rien ni personne ne nous arrêtera. Qu'on se le dise.

Une fois de plus, la justice est incapable de retrouver les meurtriers. Il faut attendre l'indépendance en 1956 pour que soit confirmé, ce que tout le monde murmurait. Chaker avait été exécuté par des membres de la famille du conseiller municipal sfaxien Ahmed Belgaroui qui avait été assassiné par la Main noire le .. Des gendarmes français avaient escorté les tueurs lors de leur mission. Les assassins tunisiens sont arrêtés et traduits devant la Haute Cour. Deux d'entre eux, Abdelkader et Mohamed Chédli, sont condamnés à mort par pendaison ; les autres inculpés, au nombre de 19, écopent de peines allant des travaux forcés à perpétuité à deux ans de prison. Quant aux gendarmes incriminés, ils ont pu regagner la France avant d'être mis en cause..

Actions de 1954 La situation sécuritaire s'aggrave en 1954 après le refus du gouvernement français de libérer Habib Bourguiba : actes de terrorisme et de contre-terrorisme se succèdent. Le , pour venger un garde forestier abattu par la Main noire, les tueurs de La Main rouge assassinent Ali et Tahar Haffouz, deux fils de notables et colons tunisiens.. L'un est un dirigeant local du Néo-Destour, l'autre un dirigeant de l'Union tunisienne de l'agriculture et de la pêche...

En représailles, cinq colons de la région du Kef sont assassinés par la Main noire. La même nuit, c'est un magasin tunisien qui est pris pour cible faisant un mort et deux blessés.

Le , c'est un café maure à Menzel Bouzelfa qui est la cible de rafales de mitraillettes tuant trois Tunisiens et en blessant quatre autres..