Philip Henry Sheridan, né le et mort le , est un officier de carrière de l'armée américaine et général dans l'Armée de l'Union lors de la guerre de Sécession. Sa carrière est marquée par son accession rapide au grade de major-général et sa collaboration étroite avec le lieutenant-général Ulysses S. Grant, qui transfère Sheridan du commandement d'une division d'infanterie sur le théâtre occidental des opérations, au commandement du corps de cavalerie de l'Armée du Potomac, sur le front est. En 1864, il défait les forces Confédérées dans la vallée de Shenandoah, puis détruit l'infrastructure économique de la vallée, épisode que ses habitants nommèrent « The Burning », faisant ainsi usage pour la première fois dans cette guerre de la tactique militaire dite de la terre brûléeSite shenandoahatwar.org, consulté le 21 mars 2021.battlefields.org, biographie de Philip Sheridan, consulté le 21 mars 2021.. En 1865, sa cavalerie poursuit le général Robert E. Lee et le force à se rendre à Appomattox. Après guerre, il est nommé gouverneur militaire du cinquième district militaire (Texas et Louisiane), chargé de la Reconstruction.

Sheridan poursuit ensuite sa carrière lors des guerres indiennes, où son héritage est controversé en raison de la tactique brutale de la terre brûlée qu'il a utilisée contre les amérindiens. Il a milité pour l'abattage systématique de millions de bisons et contre un projet de loi visant à l'interdire. Les historiens sont divisés sur la paternité de la phrase En anglais, ., qui pourrait être une déformation de sa remarque au chef comanche Tosawi en 1869 Indian Territory Keepsakes Bear Witness to History.La formule est rapportée en 1944 par William Wellman dans son film, Buffalo Bill à une époque où le western était systématiquement anti-indien. Mais le général Sheridan n'apparaît pas dans le film et la formule y est attribuée aussi bien aux militaires qu'aux civils.. La protection de la région de Yellowstone est sa « croisade » personnelle. Il organise deux expéditions d'exploration de la région et met en place un contrôle militaire chargé de prévenir toute destruction de la nature et de la vie sauvage.

En 1871, Sheridan se trouve à Chicago lorsque débute le Grand incendie, il y coordonne ensuite les moyens militaires de secours, ce qui lui vaut la reconnaissance de la cité et de ses habitants. Le , Sheridan succède à William Sherman en tant que Commanding General of the United States Army, poste qu'il occupe quasiment jusqu'à sa mort, en 1888.

Jeunesse thumb|upright|Sous-lieutenant Philip Sheridan, d'infanterie, vers 1853. Sheridan affirmait qu'il était né à Albany dans l'État de New YorkEicher, p. 482. Dès ses 17 ans, Sheridan affirma qu'il était né à Albany, mais il est possible qu'il soit né à : Somerset (Ohio), le ; à bord d'un bateau se rendant à New York depuis l'Irlande ou à Boston. , note que Sheridan nourrissait très jeune des ambitions présidentielles et pourrait avoir menti quant à son lieu de naissance afin d'être éligible au poste de président des États-Unis. , penche pour une naissance en Irlande, citant une pierre gravée dans l'ancienne maison de ses parents et le registre des naissances de la paroisse., fils de John et Mary Meenagh Sheridan, troisième enfant d'une famille de six, immigrants de la paroisse de Killinkere dans le comté de Cavan en Irlande. Il grandit à Somerset (Ohio). Ayant atteint sa taille adulte, il ne mesurait qu'un mètre soixante-cinq, ce qui lui valut le surnom de « Little Phil » (le petit Phil). Abraham Lincoln décrivit un jour son apparence :

« Un petit gros, brun, avec un grand corps, des jambes courtes, sans assez de cou pour le pendre et de si longs bras qu'il peut se gratter les chevilles sans avoir à se pencher. »

Sheridan, enfant, travaille dans divers magasins de la petite ville, puis comme secrétaire et comptable pour un entrepôt de produits séchés. En 1848, il obtient d'entrer à l'Académie militaire de West Point grâce à l'un de ses clients, le membre du Congrès Thomas Ritchey, affirme que Sheridan mentit à propos de son âge afin d'entrer à l'académie.. Lors de sa troisième année à West Point, Sheridan est exclu durant une année pour s'être battu avec l'un de ses condisciples, William Terrill. Sheridan l'avait menacé de l'embrocher sur une baïonnette à la suite de propos insultants que ce dernier avait tenus sur le terrain d'exercice. Il obtient son brevet en 1853, d'une classe de 52 cadetsIl est de la même promotion que les futurs généraux Alexander Chambers, James Birdseye McPherson (), John McAllister Schofield, Joshua Woodrow Sill (), William Sooy Smith, William Rufus Terrill (), Robert Ogden Tyler et William Robertson Boggs, John Stevens Bowen, Henry Brevard Davidson, John Bell Hood, Reuben Ross, James Argyle Smith, Henry Harrison Walker. Les sept premiers ont combattu dans les rangs de l'Union et les sept derniers dans ceux de la Confédération...

Sheridan est alors affecté en tant que second lieutenant au d'infanterie à Fort Duncan au Texas, puis au d'infanterie à Fort Reading en Californie. La plupart de son service au d'infanterie se passe sur la côte Nord-Ouest Pacifique, en commençant par une mission topographique dans la vallée de la Willamette en 1855, au cours de laquelle il se retrouve impliqué dans une guerre contre les Yakamas et les Indiens de la Rogue River, acquérant ainsi l'expérience de la conduite de petits groupes de combat. Sheridan est blessé sans gravité, le , à Middle Cascade dans le territoire de l'Oregon. Il a également l'occasion de s'exercer à la diplomatie en négociant avec les tribus indiennes. À cette époque, il vit en concubinage avec une Indienne nommée Sidnayoh, fille du chef de la tribu Klickitat. Sheridan négligea d'ailleurs de mentionner cette relation dans ses mémoires. Il est promu premier-lieutenant en , juste avant le début de la guerre de sécession, puis capitaine en mai, sitôt après la bataille de Fort Sumter.

Guerre de sécession Théâtre de l'Ouest À l'automne 1861, Sheridan reçoit l'ordre de se rendre aux Jefferson Barracks, dans le Missouri, pour se joindre au d'infanterie. Il quitte donc son poste de Fort Yamhill en Oregon, pour se rendre à San Francisco, traverse l'isthme de Panama, arrive à New York et de là fait une courte halte chez lui à Somerset. En route vers son nouveau poste, il fait une visite de courtoisie au major-général Henry Wager Halleck à Saint-Louis, qui requiert ses services afin d'auditer les comptes de son prédécesseur le Maj.-gén. John C. Frémont, dont l'administration du département du Missouri était entachée d'accusations de gaspillages et de fraudes pour un montant supposé de 12 millions de dollars.

En décembre, Sheridan est nommé chief commissary officer de l'Armée du sud-ouest Missouri, mais il réussit à convaincre le chef du département, Halleck, de lui donner également le poste de quartermaster general (responsable de l'approvisionnement de l'armée). En , il se présente au rapport du major-général Samuel Curtis et sert sous ses ordres lors de la bataille de Pea Ridge avant d'être remplacé dans son état-major par un ami de Curtis. En rentrant au quartier général de Halleck, il accompagne l'armée à la première bataille de Corinth puis sert comme adjoint de l'ingénieur du département de topographie, il fait également la connaissance du brigadier-général William T. Sherman, qui lui offre le poste de colonel du régiment d'infanterie de l'Ohio. Cependant sa nomination échoue, mais Sheridan reçoit ensuite l'appui d'amis (dont le futur secrétaire d'État à la Guerre Russell Alger), qui sollicitent le gouverneur du Michigan, Austin Blair, en son nom. Sheridan est nommé colonel du 2nd Michigan Cavalry le , bien qu'il n'ait aucune expérience dans cette arme. thumb|upright|Sheridan rejoint la cavalerie en 1862. Le mois suivant, Sheridan commande ses propres troupes au combat, conduisant une petite brigade comprenant son régiment. Lors de la bataille de Booneville, le , il met en échec plusieurs régiments de cavalerie Confédérée du brigadier-général James Chalmers, repousse une attaque par le flanc grâce à une diversion bruyante et transmet des renseignements importants sur les positions de l'ennemi. Ses faits d'armes impressionnent tant les commandants de la division, y compris le brigadier-général William Rosecrans, qu'ils recommandent la promotion de Sheridan au grade de brigadier-général. Ils écrivent à Halleck :

La promotion est approuvée en septembre, mais datée effectivement du en récompense de ses prouesses à BoonevilleSherman, vol. 1, p. 166.. C'est juste après Boonville qu'un de ses camarades officier lui offre un cheval nommé Rienzi (d'après l'escarmouche de Rienzi dans le Mississippi), qu'il montera tout au long de la guerre.

Sheridan reçoit le commandement de la Division du III Corps, de l'Armée de l'Ohio du major-général Don Carlos Buell. Le , il conduit sa division à la bataille de Perryville. Bien qu'il ait reçu l'ordre de ne pas provoquer l'engagement avant que l'armée au complet n'ait été réunie, Sheridan entraîne ses hommes au-delà de la ligne de front pour se rendre maître de la source d'eau potable de Doctor's Creek. Bien qu'il batte en retraite sur ordre du commandant du III Corps, le major-général Charles Gilbert, les Confédérés encouragés par le mouvement impromptu de Sheridan engagent la bataille, il s'ensuit un affrontement sanglant lors duquel les deux camps souffrent de lourdes pertes, sans qu'aucun ne puisse prétendre à la victoire.

Le , au premier jour de la bataille de la Stones River, Sheridan anticipe un assaut des Confédérés et place sa division en préparation de cette attaque imminente. Ses troupes parviennent à contenir les Confédérés qui, à court, de munitions sont contraints de battre en retraite. Cette action permet à l'armée de l'Union de se regrouper sur une solide position défensive. En récompense de cette brillante action, Sheridan est promu major-général le (encore une fois datée antérieurement au pour marquer la date de son exploit) et il reçoit le commandement de la Division du IV Corps de l'Armée du Cumberland. En six mois, il est passé du grade de capitaine à celui de major-général.

L'Armée du Cumberland s'étant remise de l'affrontement de Stones River, elle se prépare pour son offensive d'été contre les troupes du général Braxton Bragg. Sheridan et ses hommes font partie de l'avant-garde lancée contre Bragg lors de la campagne de Tullahoma du général Rosecrans. Au deuxième jour de la bataille de Chickamauga, le , la division de Sheridan résiste vaillamment à une attaque des troupes confédérées du général James Longstreet, mais est finalement submergée. Le général Rosecrans se replie alors sur Chattanooga sans laisser d'ordres à ses subordonnés. Sheridan, peu sûr alors de ce qu'il convient de faire, ordonne à sa division de se replier avec le reste de l'armée. Seul le XIV Corps du major-général George Thomas reste sur place. Recevant un message de Thomas relatant la résistance désespérée de ses hommes sur le champ de bataille, Sheridan donne l'ordre à sa division de faire demi-tour, mais ils n'arrivent hélas pas à temps pour aider Thomas et ses troupes qui ont finalement eux aussi fait retraite. Cependant, cette tentative pour venir en aide à Thomas sauve probablement la carrière de Sheridan, contrairement à celle de certains de ses pairs.