La « guerre contre le terrorisme » ou « guerre contre la terreur » (« War on Terrorism », « War on Terror » ou « Global War on Terror », GWOT) est le nom donné par l'administration américaine du président George W. Bush à ses campagnes militaires faites en réplique aux attentats du 11 septembre 2001. Ce terme n'est plus employé dans l'administration américaine depuis l'entrée en fonction de l'administration Obama en 2009..
La notion, déjà utilisée au début de la présidence ReaganComme le rappelle Noam Chomsky dans Carl Boggs (dir), Masters of war: militarism and blowback in the era of American empire, Routledge, 2003, ., refait surface dès la présidence de Bill Clinton confrontée à la montée du terrorisme international.. et sous forme de recommandations alarmantes émises dès le mois de juin 2000 qui évoquent déjà les menaces et le scénario qui devaient se concrétiser l'année suivante ..
Le terme de « Guerre contre le terrorisme » est cependant critiqué pour son non-sens sémantique ; le terrorisme n'étant pas une entité mais un mode d'action.
La « guerre contre le terrorisme » consiste en plusieurs actions policières, politiques et militaires du gouvernement des États-Unis, appuyé par différents alliés dont l'OTAN, contre différentes organisations liées au terrorisme islamiste, en premier lieu desquelles Al-Qaïda. Ces opérations antiterroristes sont appuyées par une coordination au niveau de l'ONU . de divers comités créés par le Conseil de sécurité des Nations unies, qui par la résolution 1373 du oblige tous les États membres de l'ONU à prendre des mesures législatives contre le terrorisme.
Cette campagne se démarque de la lutte antiterroriste traditionnelle par des actions militaires de grande ampleur à l'étranger, un interventionnisme actif, le fait qu'elle s'oppose non à un État (définition d'une guerre en droit international public) mais à des groupes non étatiques (Al-Qaïda en premier lieu), et qu'elle n'ait pas de terme défini, ce qui a conduit un certain nombre de commentateurs à critiquer la mise en place d'un « état d'exception permanent ». Elle débouche sur la théorisation du concept de « guerres préventives » contre les États accusés d'abriter des groupes terroristes ou susceptibles de leur fournir des « armes de destruction massive », cause de l'invasion de l'Irak en 2003 qui s'est juxtaposée à la guerre d'Afghanistan entamée dès . Outre une lutte directe (démantèlement des cellules terroristes, la destruction des camps d'entraînement), la guerre contre le terrorisme signifie aussi des enquêtes et les pressions sur les gouvernements, organisations et personnes soutenant les organisations terroristes, et le gel des avoirs soupçonnés d'appartenir ou de servir à des groupes terroristes. Elle comprend aussi les aides financières aux pays participant à la lutte contre le terrorisme, l'accroissement de la coopération policière internationale ainsi que de la coopération entre services de renseignement (mise en place d'Alliance Base, dont le siège est à Paris), les tentatives de réorganisation politique du Moyen-Orient décidée par l'administration Bush (projet du « Grand Moyen-Orient » porté par les néoconservateurs)« Map of the new middle east », Ralph Peters. It was published in the Armed Forces Journal in June 2006.
L'ONG Amnesty International a recensé et dénoncé des centaines de cas de torture et d'autres graves violations des droits humains (camp de Guantánamo, , sites noirs de la CIA) commis dans le cadre de cette nouvelle politique..
Question de la dénomination
Dans le premier mois suivant les attentats du 11 septembre 2001, le président George W. Bush avait commencé à parler de « croisade contre le terrorisme » (employant nommément le mot ) ; la formule fut abandonnée à l'instigation de ses conseillers, craignant qu'elle ne rappelle excessivement l'époque historique des Croisades en Terre sainte, alimentant ainsi une . En , des membres de l'administration américaine ont tenté d'imposer le terme pour mieux prendre en compte les dimensions politique et idéologique de ce conflit. Les néoconservateurs préfèrent souvent parler de Quatrième Guerre mondiale (World War III, World War IV), la troisième guerre mondiale étant censée être la guerre froide. Lire également le paragraphe « Une expression contestée » en fin d'article.
Contexte thumb|upright=1.6|Pays cibles d'attentats terroristes islamistes du 11 septembre 2001 à 2011. Des organisations terroristes commencèrent à cibler les États-Unis et leurs alliés dès les années 1990. L'attentat du World Trade Center en 1993, probablement organisé par Al-Qaïda, a été le premier d'une série d'attaques ciblant les Américains, suivi par l'attentat des tours de Khobar en Arabie saoudite et, en 1998, par les attentats des ambassades américaines en Afrique, en Tanzanie et au Kenya (qui auraient également été perpétrés par Al-Qaïda). Le « » déclare le que « tuer les Américains et leurs alliés — civils ou militaires — est un devoir pour chaque musulman qui peut le faire dans tout pays dans lequel il est possible de le faire »..
Dès ces années, l'administration Clinton promulgue des lois anti-terroristes, dont le Antiterrorism and Effective Death Penalty Act of 1996 et le Illegal Immigration and Migrant's Responsibility Act qui durcit les conditions d'immigration aux États-Unis.
Après les attentats en Tanzanie et au Kenya., le Président Bill Clinton lança l'opération Infinite Reach, une campagne de bombardements au Soudan et en Afghanistan contre des cibles associés à al-Qaeda... Les frappes échouèrent à neutraliser les principaux chefs terroristes. Peu après vinrent les complots terroristes du passage à l'an 2000 qui ciblaient entre autres l'aéroport international de Los Angeles. En , ce fut l'attentat de l'USS Cole, un navire américain, au Yémen., suivi un an plus tard par les attentats du 11 septembre 2001..
Les attentats du créèrent une demande immédiate de la part des États-Unis pour une réponse décisive, menant à l'invasion de l'Afghanistan, au motif que le régime taliban abritait les camps d'entraînement de Ben Laden. L'invasion eut lieu d'abord sous le nom de code « opération Enduring Freedom », conduisant à la chute des talibans.
En 2001, les Nations unies ont adopté la résolution 1373, sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies, ce qui lui donne une force obligatoire pour tout État signataire. Cette résolution, première dans le droit international par son caractère impératif (le Conseil de sécurité se faisant pour l'occasion un quasi-organe législatif mondial) oblige tout États à pénaliser l'assistance aux activités terroristes et à mettre fin à leurs supports financiers, et exige le partage obligatoire des informations sur des groupes planifiant des actes terroristes. La résolution 1373 exige aussi des États qu'ils mettent en place un contrôle strict des migrations, notamment en « sécurisant » les frontières Dans cette mesure, elle a joué un rôle non négligeable dans la mise en place de passeports biométriques, ou de bases de données telles que, dans l'Union européenne (UE), EURODAC.
En 2005, le Conseil de Sécurité adopta également la résolution 1624 concernant l'incitation aux actes terroristes, accompagnée d'une mesure exigeant le respect des droits de l'homme dans le cadre de la lutte anti-terroriste..
Chronologie Cible américaine Dans les déclarations des terroristes islamistes, les États-Unis sont souvent considérés comme « le Grand Satan » ou l'« empire du mal » (terme utilisé par Reagan pour stigmatiser l'URSS). En effet, tout oppose la société américaine telle qu'elle est perçue dans ses productions culturelles (films, musique populaire, avec des femmes dénudées, par exemple) à la société souhaitée par les islamistes radicaux. Des problèmes géopolitiques récurrents comme le conflit israélo-palestinien font que les États-Unis sont perçus comme l'allié indéfectible d'Israël, dont l'existence est refusée par ces mêmes mouvements. Ainsi, super-puissance alliée aux ennemis « intimes », les États-Unis sont la cible principale (bien que souvent indirectement) des terroristes islamistes.
Mobilisation Ces agressions sont vécues comme un véritable traumatisme par une très grande partie de la population, qui les associe à l'attaque de Pearl Harbor par les Japonais en 1941, sans déclaration de guerre préalable. Les États-Unis se sentent en guerre, et l'administration Bush décrète la mobilisation nationale, suivie en cela par les médias américains. En France, Le Monde titre dans son édition datée du : « Nous sommes tous Américains »Edito de Jean-Marie Colombani, Nous sommes tous Américains, Le Monde, 13 septembre 2001. Le choc est transmis à l'ensemble de la planète, les images de l'effondrement des deux tours inlassablement diffusées sur les écrans, tandis que le Conseil de sécurité de l'ONU apporte son soutien immédiat (résolution 1373 précitée).
Washington met immédiatement en place toute une série de mesures visant à détruire les groupes terroristes et à protéger la population, le territoire, le mode de vie, les valeurs et les intérêts des États-Unis.
La première mesure, le , fut de faire atterrir tous les avions civils survolant l'espace aérien des États-Unis, quelques heures après les attentats, et d'empêcher les autres avions d'y pénétrer ; avec plusieurs exceptions pour quelques avions privés, dont un avion saoudien qui a permis à des membres de la famille Ben Laden de sortir du pays — détail que relèvent certains opposants à George W. Bush (dont le cinéaste Michael Moore)..
Perspectives upright=1.2|thumb|Pervez Musharraf, George W. Bush et Hamid Karzai à la Maison-Blanche le ; le repositionnement géostratégique des forces militaires des États-Unis autour de l'« arc du terrorisme » concerne au premier chef le Pakistan dans les zones tribales, frontalières avec les parties de l'Afghanistan où persiste un appui aux talibans dans les villages de montagne.
Dans son discours sur l'état de l'Union de 2002, George W. Bush utilisa l'expression « axe du Mal » pour désigner des pays accusés de supporter le terrorisme comme l'Irak, l'Iran ou la Corée du Nord. Cette expression marqua un élargissement considérable des visées de ladite « guerre contre le terrorisme », dans la mesure où elle n'englobait plus seulement la lutte contre al-Qaïda, mais, en principe du moins, contre toute forme de terrorisme, ou du moins contre ce que Washington appelait « États voyous » (expression d'abord utilisée par Reagan, à propos de la Libye, dans les années 1980).
L'amalgame entre la Corée du Nord et l'Irak se justifiait, aux yeux de la Maison-Blanche, par la présence alléguée d'un programme d'armes de destruction massive (essentiellement d'un programme nucléaire) dans les deux pays. La suite des événements montra que l'Irak ne possédait pas de tel programme, suscitant un tollé international : il ne s'agissait là que d'un prétexte pour justifier l'invasion de l'Irak, déclenchée le avec l'opération liberté irakienne. Paris s'était pour l'occasion opposée à Washington, le président Chirac envoyant le ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin à la tribune de l'ONU pour dissuader les Nations unies de donner leur blanc-seing à l'opération, ce qui permit le rejet de la résolution américaine présenté par Colin Powell. L'opération marqua un succès dans l'opinion publique internationale, tandis qu'elle suscita un boycott aux États-Unis à propos des produits français (par exemple, les frites étant rebaptisées Freedom fries).