vignette|Poupées russes. vignette|Série de poupées russes.

Les ou (en russe , matriochka, au pluriel , matriochki) sont des séries de poupées de tailles décroissantes placées les unes à l'intérieur des autres. Le mot matriochka est dérivé du prénom féminin Matriona, traditionnellement associé à une femme russe de la campagne, robuste et aux formes généreuses, prénom de même étymologie que мать (« mère ») et матрона (« matrone »). On parle aussi parfois de , en référence à la marionnette de la mère Gigogne, qui représente une grande et forte femme entourée d'enfants.

Caractéristiques Une poupée russe est une figurine creuse en bois et façonnée au tour, coupée horizontalement à mi-hauteur et permettant d'en retirer le haut, révélant ainsi à l'intérieur une figurine similaire de taille plus petite. Cette deuxième figurine renferme elle-même une autre figurine, et ainsi de suite. Une série comporte le plus souvent 5, 7 ou 10 poupées mais peut atteindre plusieurs dizaines d'éléments : en 1970, un record de 72 poupées a été atteint à Nijni Novgorod, avec une matriochka d'un mètre de hauteur..

Les plus prisées sont fabriquées en tilleul mais la plupart sont en bouleau. Elles sont presque exclusivement tournées, de forme ovale épaulée, arrondie vers le haut pour la tête et fuselée vers le bas. Elles ne possèdent pas de mains, excepté celles qui sont peintes.

La beauté de l'objet réside dans les peintures de chaque poupée, qui peuvent être extrêmement élaborées. Une série de poupées russes suit souvent un thème particulier. Il peut s'agir par exemple de jeunes paysannes en robes traditionnelles, mais le choix du thème reste très libre, les poupées pouvant représenter des personnages de contes de fée tout comme des dirigeants soviétiques voire d'autres pays.

La poupée la plus grande est traditionnellement une femme vêtue d'un sarafan (robe traditionnelle russe) et tenant un nid. Les autres poupées peuvent être des deux sexes, la plus petite étant habituellement un bébé qui ne s'ouvre pas. On offrait jadis ces poupées lors des noces comme symboles de prospérité et d'une nombreuse descendance, mais la tradition est récente, car elles ne sont pas attestées avant la fin du .

Histoire vignette|Poupées russes sur le marché de Noël de Colmar. vignette|Poupées représentant des joueurs de football à Prague. Le « père » des matriochkas est Sergueï Malioutine, artisan populaire œuvrant sur le domaine d'Abramtsevo appartenant à l'industriel et mécène russe Savva Mamontov. Malioutine s'est inspiré d'une série de poupées de bois japonaises représentant les Shichi-fuku-jin : « Sept Divinités du Bonheur ». La plus grande poupée représentait Fukurokuju, un dieu chauve à l'air heureux et au front particulièrement haut, et à l'intérieur étaient emboîtées les six autres divinités. Malioutine dessina le croquis d'une version russe de ces poupées-gigognes, qui fut sculptée par Vassili Zvezdotchkine dans une boutique de jouets de Serguiev Possad et peinte par Serguei Malioutine, puis vendue chez Anatoli Mamontov à Moscou. Cette première série comptait huit poupées : la plus grande était une fille portant un tablier, et les autres alternaient ensuite un garçon et une fille, pour finir avec un bébé. En 1900, Maria Alexandrovna Mamontova, épouse d'Anatoli Mamontov, présenta ces poupées à l'Exposition universelle de Paris et elles remportèrent une médaille de bronzeJames H. Billington, Russia in search of itself, éd. Woodrow Wilson Center Press 2004, , pages 148 et 208 et Три матрешки, et . Peu de temps après, de nombreuses autres régions de la Russie se mirent à élaborer divers styles de matriochkas. On distingue aujourd'hui plusieurs régions possédant un style notable : Serguiev Possad, Semionovo, Polkholvsky Maidan et KirovMatryoshka - Soul of Russia.

Selon l’agence de presse NovostiAgence de presse Novosti citée par Philippe Boulanger & Alain Cohen, Le Trésor des paradoxes, éd. Belin, 2007, Toutefois le concept d'objets emboîtés était déjà présent en Russie à la fin du , pour les œufs de Pâques : on peut notamment citer le premier œuf de Fabergé, datant de 1885, qui renfermait un jaune, contenant une poule, renfermant à son tour un pendentif de rubis et une réplique miniature de la couronne impériale.vignette|Poupées à vendre à Arbat, Moscou.|gauchePendant la Perestroïka, les matriochkas représentant les dirigeants de l'Union des républiques socialistes soviétiques devinrent une variété courante. Les poupées représentaient, par ordre croissant ou décroissant, Mikhaïl Gorbatchev, Léonid Brejnev, Nikita Khrouchtchev, Staline et Lénine. Iouri Andropov et Konstantin Tchernenko n'apparaissent presque jamais à cause de la brièveté de leurs mandats. Des versions plus récentes commencent avec Vladimir Poutine puis continuent avec Boris Eltsine, Gorbatchev, Brejnev, Khrouchtchev, Staline et Lénine.

Symbolique Les matriochkas sont utilisées métaphoriquement comme exemple-type de conception dans ce qu'on appelle le principe des poupées russes. On parle de ce principe lorsqu'on observe une relation de type « objet à l'intérieur d'un objet similaire », que l'on retrouve aussi bien dans la nature que dans des objets créés par l'homme. On peut citer entre autres le matrioshka brain, une mégastructure fondée sur la sphère de Dyson.

Cette métaphore se rapproche de celle de l'oignon. Lorsqu'on épluche la couche extérieure de l'oignon, on trouve un oignon semblable à l'intérieur. Ce genre de structure est par exemple employée par les stylistes.

L'expression est utilisée par François Jacob pour décrire le principe majeur de l'organisation de la matière, quand il énonce que « c’est par l’intégration que change la qualité des chosesLa logique du vivant, : « Il n’y a pas une organisation du vivant, mais une série d’organisations emboîtées les unes dans les autres comme des poupées russes. Derrière chacune s’en cache une autre. Au-delà de chaque structure accessible à l’analyse finit par se révéler une nouvelle structure, d’ordre supérieur, qui intègre la première et lui confère ses propriétés. ». »

Les poupées matriochka sont une représentation traditionnelle de la mère portant un enfant à l'intérieur d'elle et peuvent être perçues comme une représentation d'une chaîne de mères perpétuant l'héritage familial à travers l'enfant dans leur ventre. De plus, les poupées matriochka sont utilisées pour illustrer l'unité du corps, de l'âme, du cœur et de l'esprit.... En informatique et dans le domaine de l'intelligence artificielle vignette|Matriochkas dans le style de Wikipédia. En informatique Dans le domaine de l'informatique, la poupée russe est à l'origine de plusieurs métaphores de la fonction récursive : pour résoudre un problème informatique, une solution rapide et efficace est parfois de résoudre une petite portion du problème, puis de dire qu'on va appliquer .

Exemple : Pour déterminer quel est le plus jeune élève, dans une classe de , on pourrait écrire un programme qui fait chaque comparaison une à une, d'affilée .

Ou alors, on peut choisir une méthode récursive (en « poupée russe »). Le programme se résumera alors à deux instructions : Instruction 1 : Prendre l'âge du premier élève venu dans la liste. Instruction 2 : Comparer l'âge de cet élève avec l'âge du plus jeune élève du groupe restant. (autrement dit, on relance le même calcul sur un problème qu'on vient de réduire en taille). Instruction 3 : La réponse au problème est la réponse donnée par l'instruction 2.

Ce programme est « récursif » car l'instruction 2 va relancer un calcul identique, mais sur un plus petit nombre d'élèves (ici, ), et ainsi de suite. On a imbriqué un problème plus petit pour résoudre le « grand » problème.

Dans le domaine de l'IA Les LLM créent des représentations numériques très longues pour encoder et « comprendre » les textes, les sons, musiques ou images, avec comme inconvénient que ces représentations numériques sont lourdes à stocker et que leur utilisation est coûteuse en ressources.

Dans le domaine de l'intelligence artificielle, on parle d'« apprentissage Matryoshka » ( Matryoshka Representation Learning ou MRL, une méthode introduite par un article scientifique de 2022)..) pour désigner des techniques qui entraînent spécifiquement un modèle d'IA à produire, dans l'espace latent de son réseau de neurones artificiels, des représentations hiérarchisées et imbriquées, où les premières dimensions d'un embedding contiennent l'information la plus générale et importante, les dimensions suivantes ajoutant des couches de détails plus fins. Cette approche « en poupées russes » est une méthode d'entraînement d'embeddings permettant de truncater, c'est-à-dire de couper un vecteur (ou un embedding) après un certain nombre de dimensions, tout en gardant la partie restante encore utilisable ; c'est un moyen de compresser des embeddings tout en conservant leur structure sémantique, ce qui permet de faire efficacement travailler une IA tout en consommant bien moins d'énergie et plus rapidement, ou en lui permettant de s’adapter à la puissance disponible. Cette technique est par exemple utilisée par des modèles comme text‑embedding‑3 d'OpenAI pour ajuster dynamiquement la dimension des vecteurs selon les besoins en coût ou en précision.

De nouvelles méthodes ( appelées SMEC) apprennent l'IA à produire des versions plus courtes de ces représentations sans perdre trop d’information. Pour cela SMEC combine trois techniques : une façon plus stable d’entraîner le modèle, un système qui choisit intelligemment quelles parties garder quand on réduit la taille, et un mécanisme qui aide le modèle à apprendre en comparant des versions longues et courtes d'une même donnée. Les tests montrent que la méthode réduit fortement la taille des données tout en gardant de bonnes performances (parfois meilleures qu'avec d'autres techniques)..

Dans la culture Les poupées russes sont également un symbole de la Russie dans la culture populaire.

Iconographie

vignette|Concept original d'émoji tel que soumis au Consortium Unicode par Jef Gray. En 2020, le Consortium Unicode a approuvé la poupée matriochka (🪆, code U+1FA86) comme l'un des nouveaux caractères emoji dans la version 13.. L'émoji de la poupée matriochka, ou poupée gigogne, a été présenté au consortium par Jef Gray.., en tant que symbole non religieux et apolitique de la culture russo-européenne de l'Est et de l'Extrême-Orient..

Cinéma Dans Le Grand Blond avec une chaussure noire, le personnage principal possède une série de telles poupées, qui seront ouvertes une à une par les espions. Dans le film Les Poupées russes, la philosophie de vie sentimentale est comparée à la découverte successive d'une nouvelle personne à la manière d'un jeu de poupées russes. Cependant, comme pour les deux autres volets de la trilogie, le titre a un double sens. Celui-ci évoque les danseuses russes, et plus particulièrement la relation entre William et Natacha. Dans le film L'Apprenti sorcier, la poupée gigogne sert de prison aux morganions. Dans le film Les Cinq Légendes, le père Noël possède des poupées russes qui représentent chaque facette de sa personnalité.

Littérature Le Silence des matriochkas d'Anne Bassi, roman, 2021, Éditions Bérangel, Boivre-la-Vallée Dans La Machination Voronov des aventures de Blake et Mortimer, l'échantillon du virus, au cœur de l'intrigue serait dissimulé à l'intérieur de matriochkas. La Poupée russe de Wladimir Kokovtsov, roman, 2017, Éditions de la Neva, Neuilly-sur-Seine

Séries télévisées Dans le dessin animé Les Héros d'Higglyville, les personnages sont des matriochkas vivantes.